Un groupe franc motorisé de cavalerie, ou GFC, est un type d'unité autonome de l'armée française en 1940, qui a existé au début de la Seconde Guerre mondiale, de la fin du mois de au commencement du mois d'. S'il n'était pas à proprement parler interarmes, appartenant à la cavalerie, le groupe franc regroupait toutefois des éléments de cavalerie blindée, d'artillerie et d'infanterie.

Création et missions Les groupes francs motorisés de cavalerie, chacun du volume d'un à deux escadrons, ont été formés fin pendant la bataille de France, principalement par l'agrégation de rescapés issus d'un groupe de reconnaissance de division d'infanterie mécanisé (notamment du ) et de jeunes recrues entrainées au combat mécanisé à Montlhéry.

Comme le précise Robert M. Gerard, ces groupes francs étaient uniquement composés de volontaires.

Les groupes francs à ont été officiellement créés le et les le .

Les missions des groupes francs motorisés de cavalerie, constitués dans des circonstances désespérées, étaient : le combat de retardement ; la sûreté d'états-majors ; la recherche du renseignement ; le renforcement.

Ces petites unités, placées sous les ordres d'un capitaine, regroupaient à la fois des chars, des auto-mitrailleuses, des canons antichars de calibres 25 et , des fantassins portés armés de mitrailleuses lourdes, des side-cars et motos armés, leurs propres camions de munitions et de carburant. De surcroît, tout l'équipement des groupes francs était neuf et de qualité (chars moyens Somua modèle 1935, Renault AMC 35, et légers Hotchkiss H39, canons automoteurs Laffly…).

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Chaque groupe franc, comprenant blindés, artillerie et infanterie, agissait de façon autonome, dans la zone qui lui avait été assignée, combattant le plus souvent seul, à la disposition du général commandant la zone, là où celui-ci avait besoin d'un renfort déterminé.

Initialement destinés à renforcer la défense de la Somme, les groupes francs , 2, 4 et 5 furent finalement déployés aux environs de Rouen à partir du pour protéger les ponts de la basse Seine. Commandés par de jeunes chefs énergiques et déterminés, ils se révélèrent extrêmement mordants, ne décrochant que sur ordre lorsqu'ils n'étaient pas déjà détruits.

Numérotation et ordre de bataille au 6 juin 1940

De 1 à 5 francs motorisés de cavalerie ont été rapidement constitués à partir du , à Montlhéry où était basé le COMAM (Centre d'organisation de motocyclistes et automitrailleuses). Y regroupant les volontaires et récupérant là les matériels disponibles, les groupes francs ont pu être opérationnels dès le commencement du mois de juin (le au soir pour le , le pour le )

En théorie, les cinq unités devaient comprendre chacune : 1 peloton moto (à sidecars et motos), 1 peloton de chars (idéalement à 5 blindés ; Somua S-35, Renault AMC 35 ou Hotchkiss H39) et 1 d'automitrailleuses (idéalement à 5 blindés ; auto-mitrailleuses Panhard 178), antichars (l'un à 2 canons de et l'autre à 2 canons de tractés ou Chasseur de chars Laffly W15 TCC), (ou plus exactement son équivalent en volume, pour le moins, armé de mitrailleuses lourdes et mortiers).

Le , l'ordre de bataille de la armée française comprend les , , et , chacun théoriquement composé d'un peloton moto, d'un peloton à quatre automitrailleuses, de deux groupes antichars (l'un à 2 canons de et l'autre à 2 canons de ) et de deux groupes de mitrailleuses. Ce n'est déjà plus d'actualité pour au moins trois de ces groupes francs (, et ) fortement éprouvés la veille.

GFC : capitaine Robert de Neuchèze. 1 peloton de commandement, 2 pelotons de chars (l'un à 5 chars Hotchkiss, l'autre à 7 AMC-35) et 1 d'auto-mitrailleuses (à 4 blindés Panhard AMD-178), 1 groupe anti-chars (à 2 canons anti-chars de ), 1 peloton de mortiers et 1 compagnie d'infanterie motorisée (sic). GFC : lieutenant (R) Pierre Heilbronn (mort pour la France le ) et lieutenant Pierre Huot. 1 peloton moto (à sidecars et motos), 1 peloton de chars (à 2 chars Somua S-35, lieutenant Limouzin et aspirant Gugenheim) et 1 d'auto-mitrailleuses (à 2 blindés Panhard, lieutenant Ruffier d'Epenoux et adjudant Garcia), anti-chars (à 2 canons anti-chars SA37 de ). GFC : capitaine François de Fürst. 1 peloton de commandement 1 peloton moto 1 peloton d'automitrailleuses de découverte 1 peloton de chars légers 1 section d'infanterie portée 1 groupe anti-chars (canons anti-chars de ) 1 peloton de anti-chars. GFC : capitaine François Huet ; lieutenant de Marolles ; Effectif : , dont 8 officiers, 19 sous-officiers et ; 1 peloton de commandement et 1 moto (à sidecars et motos), 1 peloton de chars (à 2 AMC-35, un troisième étant en panne sur son porte-engin, aspirants Guy Dubern et Lepage) et 1 d'auto-mitrailleuses (à 4 ou 5 blindés), anti-chars (l'un à 2 canons anti-chars de et l'autre à 2 canons de ), 1 peloton de mitrailleuses lourdes et 1 de mortiers. Il était prévu, semble-t-il, que ce dispose mais tel n'était pas le cas. GFC : capitaine Ricaud ; adjoint : sous-lieutenant (R) Robert Marius Gueiroard ; formé le à Montlhéry et opérationnel le ; Effectif : , dont 8 officiers et 241 sous-officiers et cavaliers ; 1 peloton de commandement (à 1 command car, 6 side-cars, 10 motos, 4 véhicules spécialisée - radio, téléphone, maintenance et cuisine de campagne, ) et 1 moto (à 18 sidecars et 6 mitrailleuses, 35 hommes), 1 peloton de chars (à 5 chars Somua S-35, ) et 1 d'auto-mitrailleuses (à 5 blindés Panhard M-1939, ), 2 pelotons anti-chars, l'un de (à 2 chasseurs de chars Laffly, GMC, 34 hommes), l'autre de (à 2 canons de , 2 mitrailleuses et 4 half-tracks, ), 1 peloton de mitrailleuses lourdes (à 6 mitrailleuses lourdes, GMC, 1 command car, ).

Environ la moitié de l'effectif du était issu de la Légion étrangère. Environ un quart des soldats était d'active, les trois quarts restants étaient constitués de mobilisés ayant presque tous effectué un service militaire de deux ans.

Les capitaines Huet et Ricaud venaient de combattre deux semaines en Belgique, puis dans le Nord-Pas de Calais, chacun à la tête d'un escadron du (groupe de reconnaissance de la ), régiment commandé par le colonel Pierre Préaud. Tous deux étaient des officiers de premier ordre, admirés de leurs subordonnés . Le disparut le et une partie de ses hommes et matériels furent affectés aux et .

Faits d'armes et retraite D'un volume global à peine équivalent à celui d'un régiment de cavalerie, les cinq groupes francs motorisés ont joué un rôle symbolique, mais localement significatif, dans les combats de retardement du mois de , conservant leur mordant au-delà même de l'armistice. Le commandement français s’effondrait, mais les chefs des groupes francs demeuraient d’une énergie imperturbable et défendaient avec leurs moyens toutes les positions qui pouvaient l’être. Ils recevaient régulièrement, avec colère, l’ordre de décrocher et de battre en retraite .

Le s'est notamment illustré lors de la défense de la Loire, aux côtés des cadets de Saumur les et . Il avait auparavant participé brièvement à la défense de la Somme, combattant dès le à Bouelles, puis à celle de la Seine.

Le se trouve pont des Andelys, lors de la défense de la Seine, les samedi 8 et dimanche . Il se bat encore au pont de Saint-Pierre-du-Vauvray le .

Il combat héroïquement enfin à Boos (Seine-Maritime), près de Rouen, aux côtés du ,

Le Journal de marche et opérations du 1° Régiment de Cuirassiers de la campagne de France et Belgique de 1940, récapitulant sa composition et ses effectifs au moment de sa dissolution le 1° , cite le 2° G.F.C.M. en ces termes : « Au Régiment est venu s'ajouter depuis la Loire le de cavalerie motorisée () sous les ordres du Lt Huot avec le S-Lt Limousin et l'Aspirant Barée ».

Le 1° Cuirassiers avait notamment défendu du 18 au , les rives de la Loire en aval de Tours, notamment les ponts de Langeais, Cinq-Mars et Port-Boulet. Il semble bien que le 2° G.F.C.M. ait constitué un apport significatif au 1° Cuirassiers, réduit à la moitié de ses effectifs et de son matériel après son évacuation de Dunkerque, malgré un reconditionnement partiel au sud de Paris.

Le , demeuré le dernier des cinq au COMAM de Montlhéry, combat à Savigny-sur-Orge le , jour de la prise de Paris, puis à Nozay (Essonne) le . Rattaché à la DLI, il couvre la retraite de l'armée de Paris. Son effectif est réduit à 1 officier, 3 aspirants, 2 sous-officiers et du rang le .

et Les et se sont distingués dans les mêmes circonstances, les , le premier à Igoville, au combat de Pont-de-l'Arche, le second à Boos, puis à Rouen même, tenant les ponts du centre-ville.

Le atteint la Somme, un peu à l'Est d'Abbeville, le à du matin, où il subit sa première attaque aérienne le lendemain. Le à midi, ce GFC reçoit l'ordre de défendre le village de Boos, à l'Est de Rouen, où il arrive en fin d'après-midi. Le lendemain vers , il y stoppe une colonne de moyens allemands (PzKpfw IV), venant du hameau de Puits Guérard, revendiquant la destruction de 7 chars. Les rescapés, s'étant détournés vers Igoville, y seront neutralisés par le dans la nuit du 8 au 9. Le , n'ayant perdu qu'un seul blindé, reçoit l'ordre de se replier vers Rouen.

Le combat à Igoville, en avant de Pont-de-l'Arche, le , de du matin à . À l'issue de ce combat, l'effectif du , replié sur la rive droite de la Seine, est réduit de moitié environ et il a perdu tous ses blindés et canons. En début d'après-midi, il est relevé de sa mission de protection du fleuve par un escadron de dragons portés commandé par le capitaine Jacques Weygand, fils du général Weygand.

Le combat dans le centre de Rouen le , de du matin à , défendant le pont de Pierre et le pont Boieldieu. Il y affronte une dizaine de chars légers PzKpfw et près de moyens. Son groupe de deux canons antichars revendique la destruction d'au moins 15 de ces chars allemands, peut-être davantage, avant d'être neutralisé, et l'un des chars du GFC aurait détruit allemands et, bien que touché, demeure opérationnel. À l'issue de ce combat, l'effectif du est passé de environ à 90, avec seulement et en état. Il reçoit alors l'ordre d'abandonner Rouen et les rives de la Seine pour se replier en défense de la ligne terrestre La Bouille - Elbeuf, avec quartier général (QG) à Saint-Ouen-de-Thouberville. Il y est au contact d'un bataillon d'infanterie français commandé par un lieutenant-colonel aussi déterminé à combattre que Ricaud.

Le le est à Normanville (Eure), où il subit une attaque, et le à Bourgtheroulde. Profitant de la relative accalmie qu'offre le sud de la Seine ces deux groupes francs, presque privées d'armes lourdes, se reconstituent tant bien que mal, de environ pour le , et du même ordre pour le ). Le est désormais assigné à la protection de l'état-major du général de La Laurencie. Du , le assure la surveillance de la Seine, entre La Bouille et la mer, secondé par une compagnie de . Son QG est à Bourneville (Eure).

Les deux groupes francs, bientôt contraints de se replier, sur ordre, d'abord en Basse-Normandie, puis en Mayenne, vont participer ultérieurement à la défense de la Loire, puis à la retraite jusque sur la Dordogne. Ils poursuivront leurs actions de retardement jusqu'à l’entrée en vigueur de l'armistice du 22 juin 1940, avec détermination et de façon aussi ordonnée que possible, le étant handicapé par sa mission de protection d’État-major. Les , le prend une part active à la défense de Château-Gontier, puis s’illustre particulièrement en tenant les ponts du Lion-d'Angers, bloquant les infiltrations blindées ennemies, sous de forts bombardements d’artillerie et de Stukas. Lorsque l’armistice signé le entre en vigueur, le à , le vient d'atteindre la Garonne et, deux jours plus tard, s'installe à Flaujagues (Gironde), où il demeure en alerte plusieurs semaines, jusqu'à la démobilisation.