William Robert Robertson, né le et mort le est un officier de l'armée britannique, chef de l'état-major impérial « CIGS » de 1916 à 1918, pendant la Première Guerre mondiale. En tant que CIGS, il privilégie les opérations sur le front de l'Ouest au détriment des autres théâtres d'opérations. Au cours de la guerre, Robertson a des relations de plus en plus tendues avec Lloyd George, Secrétaire d'État à la Guerre, puis Premier ministre. Il menace de démission lorsque Lloyd George propose de mettre les troupes britanniques sous les ordres de Robert Nivelle, le commandant-en-chef des armées françaises en 1917.
En 1917, Robertson appuie la poursuite de la bataille de Passchendaele, en contradiction avec Lloyd George ce dernier souhaitant que l'effort de guerre britannique se concentrent sur les autres théâtres d'opérations jusqu'à l'arrivée des troupes américaines sur le front occidental.
Robertson est le premier et le seul soldat de l'armée britannique à avoir commencé sa carrière comme simple soldat et à l'avoir terminée au grade de field-marshal.
Biographie Premières années Robertson est le fils de Thomas Charles Robertson et Ann Dexter Robertson (née Beet), il nait le à dans le Lincolnshire. « Wully » Robertson étudie à l'école de l'église locale et commence sa carrière militaire en . Il quitte son poste de serviteur chez le comte Cardigan pour s'enrôler - cinq mois chez les mineurs - puis pendant douze ans comme simple soldat dans le (The Queen's) Lancers.
En tant que jeune soldat, Robertson est reconnu pour ses prouesses physiques, il gagne des concours de maniements de lances d'épées et de tirs, pour son intérêt pour l'histoire militaire. Il est promu sergent-major en 1885. Encouragé par ses officiers, il présente et réussit un examen pour un brevet d'officier. Il est alors affecté comme sous-lieutenant dans le Guards le . Il fait partie des quatre ou cinq hommes du rang qui, chaque année, réussissent ces examens.
Robertson a des difficultés de train de vie. Il a un salaire mais doit dépenser supplémentaires par an pour maintenir le niveau de vie d'un officier de cavalerie. Sans le départ de son régiment en Indes où le salaire est plus élevé et les frais inférieurs à ceux du Royaume-Uni, Robertson aurait probablement quitté la cavalerie. Le père de Robertson lui a offert ses uniformes. De son côté Robertson économise en buvant de l'eau potable pendant les repas et en ne fumant pas, les pipes n'étant pas autorisées dans les mess des officiers et les cigares étant trop chers. Grâce à une bourse, il étudie l'ourdou, l'hindi, le persan, le pachto, le pendjabi et le gorkhalî avec des natifs pour obtenir la qualification d'interprète. Il est promu lieutenant le et nommé attaché à la Direction générale du renseignement du Département de l'Intendant général en Inde le . Il obtient le grade de capitaine le .
Robertson prend part à l'expédition de Chitrâl comme officier de renseignement en 1895. Il est décrit par le lieutenant-général Sir Robert Low, le commandant de l'expédition comme « un officier plein d'avenir très actif et intelligent ». Robertson participe au siège du Malakand, au cours de ce siège il est attaqué par ses deux guides lors d'une mission de reconnaissance. Il réussit à faire fuir ses assaillants et à en blesser un, ce dernier est capturé peu après et exécuté. Robertson reçoit l'ordre du Service distingué pour ce fait de guerre.
Robertson intègre le de Camberley, il est choisi par le commandant en chef de l'armée des Indes (Commander-in-Chief, India), c'est le seul soldat du rang qui intègre cette école. Élève assidu, il étudie les mathématiques de base, l'allemand et le français, il devient interprète en langue allemande. Il suit les cours d'histoire militaire du colonel Henderson et intègre les principes de Jomini, de Clausewitz et les travaux d' (Opération militaire-1866) qui mettent en avant la concentration des troupes et l'ascendant physique et moral pour détruire la force principale adverse. Robertson sort second du Staff College en , il est détaché au département du renseignement du ministère de la Guerre, le .
Guerre des Boers et Staff College Au commencement de la guerre des Boers, Robertson est nommé adjudant-général adjoint au général Frederick Roberts, le commandant en chef des armées britanniques en Afrique du Sud, le . Il est présent aux batailles de Paardeberg, de Poplar Grove et aux autres batailles des mois de mars et de mai. Robertson est promu au grade de major le , il est obtient une citation militaire le .
Robertson est à nouveau affecté au ministère de la Guerre en , il est promu lieutenant-colonel breveté le . Il est nommé adjoint au quartier-général responsable de la section du renseignement militaire à l'étranger le , il est recommandé pour ce poste par le général Sir Henry Brackenbury, un expert du renseignement. Robertson travaille en étroite collaboration avec William Nicholson, le directeur des opérations militaires, il obtient le brevet de colonel le . Après avoir été l'un des plus vieux lieutenants de l'armée, Robertson est un des plus jeunes colonels. Il dirige une équipe de neuf agents répartis dans la section impériale, la section des affaires étrangères et la section spéciale et considère l'Allemagne comme la principale menace pour la Grande-Bretagne. Le , il est nommé directeur adjoint des opérations militaires et obtient l'Ordre du Bain.
À la fin de son contrat en , Robertson traduit des ouvrages militaires allemands et austro-hongrois en anglais. Il est nommé quartier-maître général adjoint à le , il est promu brigadier à l'état-major d'Aldershot le . Nicholson l'ancien chef de Robertson, devenu chef d'état-major général impérial, le nomme commandant du Staff College à partir du , Robertson devient professeur à Camberley.
Robertson reçoit l'Ordre royal de Victoria, le , il est promu brigadier-général le . Le , il est Chevalier de l'Ordre royal de Victoria et nommé directeur de la formation militaire au ministère de la Guerre le . Lors de l'incident de Curragh, Robertson envisage un temps de démissionner. Cet incident provoque une défiance entre les officiers supérieurs de l'armée impériale britannique et les libéraux. Robertson se sort de l'incident sans dommage pour sa réputation.
Première guerre mondiale 1914-1915 Quartier-maître général du BEF Au début de la première guerre mondiale, Robertson est toujours directeur de la formation militaire au ministère de la Guerre. Il remplace Murray comme quartier-maître général du Corps expéditionnaire britannique (BEF) dirigé par le Field Marshal French le . Robertson considère que le BEF est trop avancé et discute avec le major-général Robb, responsable des lignes d'approvisionnement dès le pour préparer une retraite possible alors que dans le même temps French et Wilson envisage de s'avancer davantage en Belgique. Il organise des dépôts de ravitaillement non plus à partir des ports belges jugés trop exposés mais à partir des ports français de la Manche et même de l'Atlantique. Ces nouvelles lignes de ravitaillement sont utilisées après la bataille de Mons.
Robertson devient chef d'état-major du BEF à partir du en remplacement de Murray en prenant le poste à Wilson le sous-chef d'état-major. Une rencontre a lieu entre les deux hommes le où tous deux indiquent vouloir refuser la place. Robertson précise dans ses mémoires avoir hésité à accepter le poste, malgré le prestige et le salaire important car il n'était pas le premier choix de French, mais l'avoir pris par devoir. Il refuse de conserver sous ses ordres directs Wilson. Ce dernier continue à conseiller French durant les repas que Robertson prend au mess des officiers. Les relations entre Robertson, plusieurs officiers supérieurs britanniques et French se détériorent au cours de l'année 1915.
Chef d'état-major du BEF Robertson devient Chevalier de l'Ordre du Bain le . Il souhaite un engagement britannique important sur le front occidental. Il considère que les pays des Balkans vont agir selon leurs intérêts propres et non selon ceux de la Grande-Bretagne et déconseille le débarquement des Dardanelles. Il précise à French le que les troupes britanniques devront rester sur la défensive si le gouvernement ne fait pas du front occidental le principal théâtre d'opérations.
Robertson se plaint auprès de Kitchener de l'attitude imprudente de French. Le , il se positionne contre la retraite des Britanniques par les ports de la Manche, hypothèse envisagée par le gouvernement britannique après la seconde bataille d'Ypres. Il considère en effet que dans cette hypothèse les Anglais deviendraient des spectateurs impuissants de la défaite française. Le , il répond à un mémorandum de Churchill en indiquant que les combats sur la presqu'ile de Gallipolli sont aussi meurtriers que les combats du front occidental mais sans combattre l'adversaire principal, l'Allemagne. Il présente un document appelé « Notes sur le rôle du gouvernement pour la conduite de la guerre », le où il indique que le gouvernement doit faire des choix sur les objectifs de la guerre, dans le cas présent la libération de la Belgique et la destruction de l'appareil militaire allemand, et laisser les militaires atteindre ces objectifs.
Le , Robertson et le Roi George V ont un entretien privé au cours duquel le Roi se laisse convaincre de remplacer French à la tête du BEF. Robertson présente ses idées au conseil de guerre. Sur le plan tactique, il préconise une avancée lente et progressive des troupes sous la protection de l'artillerie et la mise en place de contre-batteries efficaces. Il souhaite également que les troupes engagées le soient par surprise et aient des objectifs réalistes, protégées par l'artillerie pour limiter les effets des contre-attaques allemandes. Maurice l'un des hommes rédigeant les mémentos de Robertson, lui conseille le de réaliser des attaques locales sur des positions que les Allemands, pour des raisons politiques ou stratégiques, sont dans l'obligation de conserver. Ce type d'attaque va permettre de maximiser les pertes de l'adversaire.
Robertson, initialement opposé à l'offensive sur Loos, recommande le à la de réaliser une attaque plus limitée pour s'emparer de Messines et de la crête Wyndeschete. Le , il recommande au gouvernement britannique de s'engager pleinement aux côtés des Russes pour éviter que ces derniers ne signent une paix séparée en cas de perte de la Pologne.
Les rapports entre Robertson et French se détériorent de plus en plus. Le , Robertson indique à Wilson qui lui est impossible de gérer ou d'influencer French. Wilson note dans ses mémoires que Robertson a tenté de discréditer son supérieur lui envoyant des documents que French refuse de lire ou de signer. Notamment au début , il envoie une note concernant les volontaires britanniques qui doivent rejoindre le front ouest que French ne lit pas précisant qu'il est au courant de la situation. Robertson se plaint de la situation auprès de Wigram, un conseiller du Roi. Il est nommé Grand Officier de la Légion d'honneur le et il agit comme Commandant en Chef du BEF lorsqu'en septembre French tombe malade.
Chef de l'état-major impérial (CIGS)