Pline l’Ancien (en latin Caius Plinius Secundus) ou Pline Le Naturaliste, né en à Côme dans le Nord de l'Italie et mort en 79 à Stabies, près de Naples, lors de l'éruption du Vésuve, est un écrivain et naturaliste romain du .

Il est l'auteur d'une monumentale encyclopédie intitulée Histoire naturelle (Naturalis Historia), publiée vers 77 et comptant trente-sept volumes. Cet ouvrage, le seul de Pline l'Ancien qui soit parvenu jusqu'à nous, a longtemps été une importante référence scientifique et technique. Pline a en effet rassemblé le savoir de son époque sur des sujets variés, tels que les sciences naturelles, l'astronomie, l'anthropologie, la psychologie et la métallurgie.

En 79 , il adopte son neveu Pline le Jeune, qui prend le nom de Caius Plinius Caecilius Secundus.

Biographie Lieu de naissance Pline l'Ancien, chevalier romain, naquit sous le consulat d’Asinius Pollion et de Caius Antistius Vetus en 23 de l'ère chrétienne, soit l'an de Rome 776. Une incertitude persiste sur le lieu de sa naissance : Vérone, selon les uns, Côme (), selon d'autres. Ce qui fait croire que Pline est de Vérone, c'est que des manuscrits portent en effet Plinius Veronensis, et que Pline lui-même, dans sa préface, appelle d'un mot militaire Catulle son pays (conterraneus) ; or Catulle était de Vérone. En faveur de Côme, on remarque qu'Eusèbe de Césarée, dans sa Chronique, joint au nom de Pline l'épithète de Novocomensis ; mais Eusèbe et les écrivains postérieurs ont longtemps confondu Pline l'auteur de l'Histoire naturelle et Pline le Jeune, son neveu, l'auteur des Lettres et du Panégyrique de Trajan. L'argument le plus considérable en faveur de Côme est le nombre d'inscriptions trouvées dans cette ville où le nom de Pline revient souvent : elles ne sont pas, il est vrai, relatives à notre Pline, mais du moins elles montrent qu'à Côme ce nom était commun, et l'on en tire la conclusion que notre auteur pouvait être aussi de cette ville ; mais ce point ne paraît pas avoir trouvé sa conclusion définitive.

Formation Pline l'Ancien était membre de la classe sociale des chevaliers romains (equites) par sa mère, fille du sénateur Caius Caecilius de Novum Comum. Venu dans sa jeunesse de Côme à Rome, il fut mis à l'école des rhéteurs, selon la coutume, puis commença une carrière équestre, dans l'administration impériale. Avant 35Pline l'Ancien, Histoires naturelles, XXXVII, 81, son père Caius Plinius Celer l'emmena à Rome, où il confia son éducation à un de ses amis, le poète et général Publius Pomponius Secundus. Pline y acquit le goût d'apprendre, qu'il conserva toute sa vie. Deux siècles après la mort des Gracques, le jeune homme put admirer certains de leurs manuscrits autographes, dans la bibliothèque de son maître. Il leur consacra plus tard une biographie. Pline mentionna les grammairiens et rhétoriciens Remmius Palaemon et Arellius Fuscus dans sa Naturalis historiaXIV, 4 ; XXXIII, 152, et fut sans doute leur élève. À Rome, il étudia la botanique au topiaire d'Antonius Castor et vit les anciens « arbres lotus » sur les terrains qui avaient appartenu auparavant à CrassusXVII, 1. Il assista probablement au triomphe de sur la Bretagne, en 44 (III, 119). Sous l'influence de Sénèque, il devint un étudiant passionné de philosophie et de rhétorique et commença à exercer la fonction d'avocat.

Carrière militaire Il servit en 47 comme tribun militaire. en Germanie sous les ordres de Cnaeus Domitius CorbuloD'après , Corbulo était le demi-frère du général Publius Pomponius Secundus : leur mère, Vistilia, était une matrone de la chevalerie romaine, qui eut sept enfants de ses six maris : certains deviendront membres de la famille impériale. : c'était un poste à l'état-major qui le plaçait sous les ordres directs du commandant de district. Officier du praetorium, il y retrouva le général Publius Pomponius Secundus, fin lettré. Il participa à la conquête romaine des Chauques, tribu germanique du littoral Nord-Ouest et à la construction du canal entre le Rhin et la Meuse. En tant que jeune commandant d'un corps de cavalerie (præfectus alae), il écrivit, dans ses quartiers d'hiver, un essai sur l'art de lancer le javelot à cheval (de jaculatione equestri).

Il séjourne en Gaule narbonnaise comme administrateur des finances impériales et recueille des observations locales sur les sujets les plus divers : les vents, l'hydrographie du Rhône, la flore et la faune, les productions agricolesRaymond Chevallier, « Pline l'Ancien et la Narbonnaise ». In Revue belge de philologie et d'histoire, tome 60, fasc. 1, 1982. Antiquité — Oudheid. pp. 136-142, lire en ligne.. Il apprit la signification d'un certain nombre de mots celtiques. Il nota les sites associés à l'avancée romaine en Germanie, et les lieux des victoires de Drusus. Il accompagna Pomponius, ami de son père, en expédition contre les Chattes (50) et visita la Germanie pour la troisième fois, en tant que compagnon du futur empereur Titus Flavius (Praef. § 3).

Préfet de la flotte de Misène…c'est-à-dire commandant de la moitié de la flotte romaine. Auguste avait réorganisé un siècle plus tôt la flotte romaine deux grandes unités : l’une, pour la garde de la Méditerranée, au cap Misène (classis Misenatium) ; l’autre, pour la garde de l’Adriatique, près de Ravenne (classis Ravennatium). À ces deux flottes principales s’en joignirent quelques autres moins importantes, comme celle d’Alexandrie en Egypte (classis Alexandrina) : cf. ., il assiste à l'éruption du Vésuve, qui touche Pompéi et cause sa propre mort alors qu'il fait l'observation de ce phénomène volcanique en tentant de porter secours à des amis ; le récit en est fait par son neveu Pline le Jeune (Lettres 6, 16 et 20, adressées à l'historien Tacite).

Premiers travaux de recherche Sous Néron, il vécut principalement à Rome. Il mentionna la carte d'Arménie et les abords de la mer Caspienne qui fut cédée à Rome par le personnel de Corbulo en 59 (VI, 40). Il assista aussi à la construction de la Domus Aurea de Néron après le grand incendie de 64 (XXXVI, 111).

Entre-temps, il compléta les vingt livres de son Histoire des guerres germaniques, seul ouvrage de référence cité dans les six premiers livres des Annales de Tacite (I, 69). Cet ouvrage fut probablement l'une des principales sources de renseignements sur la Germanie jusqu'aux écrits de Tacite. Au début du , Symmaque eut un petit espoir d’en retrouver une copie (Epp., XIV, 8).

Il consacra beaucoup de son temps à des sujets moins polémiques, comme la grammaire et la rhétorique. Studiosus, un travail détaillé sur la rhétorique, est suivi des huit livres de Dubii sermonis (67). Travaillant sans relâche, il se fait transporter en litière pour qu'un de ses esclaves lui lise des ouvrages et qu'il puisse dicter ses notes à un autre esclave secrétaire muni de tablettes enduites de cire.

Au service de l'État et de la science vignette|Le Vésuve vu de Pompéi. Sous le règne de son ami Vespasien, il retourna au service de l'État comme procurateur en Gaule narbonnaiseL'historien américain Syme estime que Pline aurait pris la succession de Valerius Paulinus en Narbonnaise au début de l'an 70. Mais on peut expliquer sa familiarité avec la provincia de bien d'autres façons : cf. à ce sujet (70) et en Hispanie romaineFriedrich Münzer a tenté de dresser une liste exhaustive des derniers postes occupés par Pline l'Ancien. Cette liste, confirmée par Ronald Syme, demeure une référence dans le monde anglo-saxon. Münzer distingue ainsi quatre affectations en tant que procurateur : (i) Gaule narbonnaise en 70, (ii) Province d'Afrique de 70 à 72, (iii) Tarraconaise de 72 à 74, et (iv) Gaule Belgique de 74 à 76. Deux sont clairement attestées, et les deux autres ne sont que probables ; quoi qu'il en soit, il a dû y en avoir plus que deux, car Suétone évoque une succession de postes ; cf. à ce sujet . (73). Il visita aussi la Gaule belgique (74). Durant son séjour en Espagne, il se familiarisa avec l'agriculture et les mines du pays, en plus de visiter l'Afrique (VII, 37). À son retour en Italie, il accepta une charge auprès de Vespasien, qui le consultait aux aurores avant de vaquer à ses occupations officielles. À la fin de son mandat, il consacra l'essentiel de son temps à ses études (Pun. Epp., III, 5, 9).

Il compléta une Histoire de son Temps en 31 livres, traitant du règne de Néron jusqu'à celui de Vespasien, qu'il voulait ne laisser paraître qu'après sa mort (N. H., Praef. 20). Cette œuvre, citée par Tacite (Ann., XIII, 20 ; XV, 53 ; Hist., III, 29), influença Suétone et Plutarque.

Pline termina presque son grand ouvrage Naturalis historia, une encyclopédie dans laquelle il collecta une grande partie du savoir de son époque, travail planifié sous la direction de Néron. Les informations qu'il collecta à cette fin ne remplissaient pas moins de 160 volumes en l'an 73, lorsque Larcius Licinus, le légat préteur dHispania Tarraconensis, essaya vainement de les acheter pour l'équivalent de plus de (valeur estimée en 2002). Il dédia son œuvre à Titus Flavius en 77.

Le , jour de l'éruption du Vésuve en 79 qui ensevelit Pompéi et Herculanum, il se trouvait à Misène, en tant que Préfet commandant la flotte militaire romaine, basée en cet endroit. Voulant observer le phénomène au plus près et désirant porter secours à quelques-uns de ses amis en difficulté sur les plages de la baie de Naples, il partit avec ses galères, traversant la baie jusqu'à Stabies (aujourd'hui Castellammare di Stabia) où il mourut, probablement asphyxié, à 56 ans. Son neveu écrivit : .

L'éruption fut décrite par son neveu Pline le Jeune dont le nom est retenu en volcanologie ancienne pour décrire ce type d'éruption : on parle en effet d'.

Le récit de ses dernières heures est relaté dans une intéressante lettre que Pline le Jeune adressa, 27 ans après les faits, à Tacite (Epp., VI, 16 ). Il envoya aussi, à un autre correspondant, un exposé sur les écrits et le mode de vie de son oncle (III, 5) :

Le seul fruit de son inlassable labeur qui subsiste de nos jours est sa Naturalis historia qui fut utilisée comme référence pendant de nombreux siècles par d'innombrables élèves.

Œuvres vignette|Histoire naturelle de Pline l'Ancien (manuscrit du milieu du , coll. de l'abbaye de Saint-Vincent du Mans, France). Pline le Jeune, dans une de ses lettres, cite toutes les œuvres de son oncle.

Je suis très heureux que la lecture des livres de mon oncle vous passionne au point de vouloir les posséder tous et d'en réclamer la liste complète. Je remplirai le rôle de catalogue et même je vous indiquerai l'ordre de leur composition, car cette connaissance ne déplaît pas non plus aux curieux de lettres.

L'Art de lancer le javelot à cheval (en 1 livre) : il l'a composé avec autant de talent que de soin, lorsqu'il était aux armées comme commandant d'une aile de cavalerie.

La Vie de Pomponius Secundus (en 2 livres) : il en était particulièrement aimé ; il écrivit cet ouvrage comme pour s'acquitter d'une dette envers la mémoire de son ami.

Les Guerres de Germanie (en 20 livres) : il y a raconté toutes les guerres que nous avons soutenues contre les Germains. Il les commença pendant son service en Germanie ; un songe lui en donna l'idée ; pendant son sommeil il vit debout devant lui le fantôme de Drusus Néron, qui, après avoir soumis une grande partie de la Germanie, y mourut ; il lui recommandait de veiller sur sa mémoire et le priait de le sauver d'un injurieux oubli.

L'Homme de lettres (en 3 livres, divisés en 6 volumes à cause de leur étendue) : il y prend l'orateur au berceau et le conduit à sa perfection.

Les Difficultés de la grammaire (en 8 livres) : il l'écrivit pendant les dernières années du règne de Néron, quand tous les genres d'études un peu libres et un peu sérieuses eurent été rendues périlleuses par la servitude.

La Suite d'Aufidius Bassus (en 31 livres).

L'Histoire naturelle (en 37 livres) : ouvrage étendu, savant, presque aussi varié que la nature elle-même.