thumb|Pensionnat indien de Qu'Appelle (vers 1885). vignette|Fort Resolution (date inconnue). Les pensionnats autochtones, pensionnats indiens, ou écoles résidentielles, étaient une forme d'enseignement public en internat destiné aux Autochtones au Canada. Il s'agissait d'institutions destinées à scolariser, évangéliser et assimiler les enfants autochtones. Au cours du , le Département des Affaires Indiennes encouragea le développement des internats pour autochtones afin de favoriser leur assimilation. Cette pratique, qui séparait les enfants de leur famille, a été décrite comme le fait de . Bien plus que des écoles, ces pensionnats étaient des selon Murray Sinclair, président de la Commission vérité et réconciliation.

Ils se sont répandus avec la création en 1831 du Mohawk Institute, à Brantford (Ontario) et se sont maintenus durant plus d'un siècle et demi, le dernier ayant fermé ses portes en A timeline of residential schools, the Truth and Reconciliation Commission, CBC News, 16-05-2008. Au total, enfants métis, inuit et membres des Premières Nations ont dû les fréquenter. Une bonne partie de ceux-ci n'ont jamais retrouvé leur famille. Entre y sont morts.

Cette institution a laissé des séquelles très graves sur les peuples autochtones : Ce système a porté atteinte à leur respect de soi et a

Le même système a existé aux États-Unis, où l'on dénombre 360 pensionnats autochtones, avec des conséquences également traumatisantes, mais les efforts des Autochtones américains pour obtenir la création d'une commission de Vérité et Réconciliation similaire à celle du Canada n'ont pas abouti..

Début de l’assimilation C’est pour évangéliser et assimiler les populations autochtones que le gouvernement fédéral et les Églises ont instauré les pensionnats autochtones.. En créant ces écoles, ils ont voulu imposer de nouvelles valeurs et croyances, donner une éducation « appropriée » ainsi qu'instaurer une discipline orientée vers le travail industriel chez les enfants autochtones. Les conditions de vie des pensionnats étaient très difficiles et plusieurs pensionnaires en ont conservé des séquelles psychologiques importantes..

Le terme « pensionnat autochtone » regroupe les écoles industrielles où étaient enseignés divers métiersTels les métiers de forgeron, menuisier, charpentier, ébéniste, cordonnier, ferblantier… (), les pensionnats, les foyers scolaires, les maisons d’hébergement, les logements chez un particulier et les écoles résidentielles. Au Québec, pour qu’un pensionnat autochtone soit reconnu comme tel, l’enfant doit avoir été placé dans un pensionnat hors de son foyer familial. De plus, le Canada doit avoir été conjointement et exclusivement responsable du fonctionnement du pensionnat et de la garde des pensionnaires.

En 1857, le gouvernement colonial a mis en place une loi intitulée Act for the Gradual Civilization of the Indian Tribes in the Canadas. Cette loi a comme but d’imposer des restrictions sur les actions des autochtones, comme posséder une terre et de l’alcool. De plus, cette loi permettait à un Indien de sexe masculin, de l’Ontario et du Québec, qui parlait couramment l’anglais ou le français et qui n’avait pas de dettes, d’être reconnu comme un citoyen canadien à part entière. Après quoi, il « s’émancipait » de son statut d’Indien. Il pouvait se voir attribuer une terre de cinquante acres dans une réserve. Cependant, celui qui « s’émancipe » de son titre n’obtient, tout de même, pas un droit de vote. Cette politique avait comme but de réduire la superficie des réserves et, de ce fait même, réduire le nombre d’Indiens dans ces provinces.

vignette|Élèves et personnel d'un pensionnat autochtone à Regina en Saskatchewan en 1908.

Les Autochtones étaient considérés comme des personnes que l’on devait civiliser. Le premier pensionnat est créé en Colombie-Britannique en 1863, mais le régime des pensionnats est officiellement instauré en 1892, par suite d'ententes avec les clergés catholique, anglican, méthodiste et presbytérien.

En 1877, le gouvernement fédéral du Canada adopte une loi initialement désignée « Acte des Sauvages », définissant sa responsabilité Fiducial envers les « Indiens » résidant dans une réserve. Cet acte visait également à libérer les territoires pour faire place aux nouveaux colons. Cependant, cette loi n’aurait pas été signée au Québec. En 1883, le premier ministre John A. Macdonald autorise la mise en œuvre de pensionnats, un système conçu pour couper tout lien entre les jeunes autochtones et leur culture, et pour les isoler de leur milieu familial. Le gouvernement canadien et le Département des Affaires Indiennes sont ceux qui ont démarré le projet des pensionnats. En fait, ils se sont assignés responsables des communautés autochtones depuis l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique. En 1884, un amendement de la Loi sur les Indiens permet au Canada de créer et financer des pensionnats, gérés par le gouvernement et les églises catholique, anglicane, méthodiste, presbytérienne et unie.

En vertu de la loi sur les Indiens modifiée en 1920 sous la direction de , tous les enfants des Premières Nations âgés de devaient fréquenter une école ou un pensionnat autochtone au moins 10 mois par année. Cette loi fédérale a été ignorée pendant longtemps au Québec pour plusieurs facteurs, soit le refus de la province d’assumer la charge mise en place de cette scolarisation, le manque d’intérêt envers les peuples autochtones et la crise économique de 1929. De plus, le coût de construction  des pensionnats était élevé. Au Québec, les pensionnats autochtones ont commencé leurs opérations une quinzaine d’années à la suite de la Loi sur les Indiens. Lorsque ceux-ci furent achevés, plusieurs parents autochtones ne voyaient pas l’intérêt d’une éducation plus poussée pour leurs enfants au-delà du grade primaire, car la demande pour l’enseignement secondaire existait seulement depuis quelques années, donc plusieurs enfants passaient inaperçus dans le système. Ce sont les Oblats de Marie Immaculée, qui, au début des années 1950, ont reçu l’autorisation du gouvernement fédéral de prendre la responsabilité de ces pensionnats.

Si de nombreux établissements étaient francophones au tournant du , le gouvernement fédéral décida d'imposer l'anglais en 1910 comme unique langue d'enseignement.

En 1945, le gouvernement fédéral cessa de verser une allocation familiale aux familles dont les enfants ne fréquentaient pas l’école, ce qui était un autre moyen de rendre obligatoires la fréquentation scolaire et l’assimilation..

En 1951, la réforme sur la Loi sur les Indiens prônait l’abolition des pensionnats et l’intégration des enfants autochtones dans les écoles provinciales. Cependant, les Oblats de Marie Immaculée auraient milité pour garder ce système au Québec. Selon eux, les écoles traditionnelles n’auraient pas été « outillées » adéquatement pour recevoir des élèves autochtones.

Les ententes avec les clergés sont abolies en 1969 par le Livre blanc de 1969 sur la politique indienne du gouvernement du Canada, déposé par Jean Chrétien, alors ministre des Affaires indiennesNaithan Lagace Niigaanwewidam et James Sinclair, Livre blanc de 1969, Encyclopédie canadienne. Cette mesure entraine la fermeture de nombreux pensionnats. Toutefois, la mise en adoption forcée de nombreux enfants, débutée dans les années 1950, se poursuit jusque dans les années 1980.

Origines américaines Le Canada prend inspiration du système créé aux États-Unis.

À la fin du , les autorités canadiennes et américaines partagent une vision commune en considérant les peuples autochtones comme un obstacle à la colonisation et à la construction nationale. Jugeant les conflits armés trop coûteux, les deux gouvernements se tournent vers l'assimilation par l'éducation pour résoudre ce qu'ils qualifient de « problème indien ». Selon le sociologue Andrew Woolford, spécialiste des politiques de destruction culturelle, cette politique s'officialise au Canada avec le rapport Davin de publié en 1879 ; ce document recommande explicitement de calquer le modèle développé aux États-Unis, dont le principe central repose sur l'éloignement systématique des enfants de leur noyau familial dans des pensionnats.

Bien que l'expression « tuer l'Indien dans l'enfant » ait parfois été attribuée à tort à Duncan Campbell Scott au cours des dernières années, elle constitue en réalité une reformulation déjà présente dans le rapport de 1996 de la Commission royale sur les peuples autochtones, puis reprise en des termes proches par Stephen Harper dans les excuses officielles qu'il a présentées en 2008 au nom du gouvernement du Canada. L'écrivain canadien Mark Abley souligne que la formulation originale provient de Richard Henry Pratt, officier de l'armée américaine et directeur de pensionnats autochtones. Dans un discours de 1892 à la National Conference of Charities and Correction, il a inclus cette phrase : ().

S'il n'a pas prononcé cette phrase exacte, Scott a néanmoins tenu des propos qui s'en rapprochent. En 1920, avant l'adoption de l'amendement à la Loi sur les Indiens, il a ainsi déclaré vouloir , précisant que l'objectif était qu'il ne subsiste plus, au Canada, un seul Indien qui n'ait pas été absorbé dans la société.

Conditions de vie vignette|230px|Brochure du médecin Peter Bryce dénonçant les mauvaises conditions sanitaires et le traitement des enfants dans les pensionnats pour autochtones.

Les conditions de vie dans les pensionnats étaient souvent difficiles. L’une des causes directes des maladies et des décès était le financement largement inadéquat de la part du gouvernement, ce qui entraînait un manque de qualité, de quantité et de variété de la nourriture. La solitude, l’absence de contact avec les parents et la famille, la frustration liée à l'interdiction de parler sa langue maternelle, la piètre qualité de l’enseignement, la faim, l’institutionnalisation, le travail excessif, les règles strictes, les châtiments corporels, les agressions sexuelles et l’absence de personnes de confiance sont des aspects que l’on a pu retrouver dans la majorité des pensionnats..

Les conditions sanitaires étaient propices à l'expansion de la tuberculose, ainsi que l'a vivement dénoncé Peter Bryce, alors médecin engagé par le gouvernement fédéral pour superviser 35 pensionnats. Il rapporte notamment que, en 1907, le quart des élèves mourait et que dans une école le taux de mortalité avait atteint . Il intervient à plusieurs reprises auprès du ministère pour obtenir des changements radicaux, mais il se heurte à une fin de non-recevoir de la part de . En désespoir de cause, il publie une brochure dénonçant cette situation en 1922.

Lors de leur arrivée au pensionnat, les jeunes étaient dépouillés de leurs effets personnels et de leurs vêtements traditionnels. On coupait leurs cheveux, changeait leur nom et on leur donnait un numéro. Ils recevaient un uniforme correspondant à leur tranche d'âge.

À l'instar des méthodes alors utilisées en France pour faire disparaître les langues régionales, les enfants étaient punis s'ils utilisaient leur langue.

Les responsabilités de cette situation ne relèvent pas uniquement des autorités religieuses qui dirigeaient ces pensionnats, comme le souligne Ovide Bastien :