vignette|200px|Blason de Saint-Beauzély

La commune de Saint-Beauzély se trouve dans le département actuel de l’Aveyron et dans l’ancienne province du Rouergue, à au nord-ouest de Millau. Le territoire communal correspond en grande partie à la communauté – ou taillable - d’Ancien Régime, à laquelle fut adjoint le domaine de La Gineste (ancienne enclave de la communauté de Castelnau-Pégayrols) et, en 1837, l’extrémité méridionale de l’ancienne communauté de Saint-Léons, composée de trois domainesMarc Vaissière, De Roèrgue a Avairon, Millau, 2005, . Le village de Saint-Beauzély (Baudilius en latin, Sant-Bausèli en occitan) tire son nom du saint patron de la paroisse.

Occupé très anciennement, ce territoire était traversé par une voie romaine (au sujet du Grand chemin et ses variantesVaissière Marc, Pays et paysans du Rouergue, seigneuries et tenanciers de la terre sous l’Ancien Régime, éditions del Monsénher, 2008, . Ce n’est toutefois qu’au Moyen Âge que fut bâti et loti le bourg fortifié. Devenu chef-lieu de seigneurie et de paroisse, riche de la production agricole environnante, de sa spécialisation dans l’extraction et le travail de la pierre et comme village-étape sur un axe important, il fut prospère du Moyen Âge au . Il obtint le statut de chef-lieu de canton en 1790, ce qui confirma son rôle administratif. Mais la construction, dès la fin du , d’un axe routier majeur détournant la circulation de la commune (la « route des intendants », actuelle D 911) et la marginalisation progressive des productions économiques locales contribuèrent à la perte de vitalité et de population de la commune et de son chef-lieu, au et au siècles. Cependant, depuis quelques décennies, Saint-Beauzély se développe de nouveau, comme « banlieue » résidentielle de Millau, dans le cadre de la rurbanisation, avec l’installation de jeunes couples qui permettent aux services publics ruraux et à quelques commerces de se maintenir.

Préhistoire et histoire antique De nombreuses traces archéologiques ont été découvertes sur le territoire de Saint-Beauzély, qui compte plusieurs dolmens. Elles démontrent un peuplement très ancien. Toutefois, on ne connaît pas aujourd’hui une véritable agglomération antérieure au bourg médiéval dans l’espace de la commune. On a cependant retrouvé en 1987 un sanctuaire gallo-romain au lieu-dit des Basiols, sur la crête du Lévézou, près de la voie romaine. Il a été fréquenté du début du premier siècle jusqu’au Jean Pujol et Jean-Pierre Séguret, « Le sanctuaire des Basiols et les fana du département de l’Aveyron », dans Dix ans d’archéologie aveyronnaise : recherches et découvertes, Montrozier, juin 1995- octobre 1996, . En effet, une voie romaine traversait le territoire actuel de cette commune selon un axe du sud-est vers le nord-ouest (soit la D30 puis la D171, mais sans les virages et les détours). Elle reliait Millau (Condatomagos-Amiliavum) à Rodez (Segodunum). Son tracé devait suivre des voies plus anciennes. Il est resté un axe important jusqu’au .

Histoire médiévale et moderne

Histoire ecclésiastique : les paroisses de Saint-Beauzély et de Salsac – Azinières

Saint-Beauzély était dans le diocèse de Rodez. L’église de Saint-Beauzély est mentionnée pour la première fois en 1082. Elle était associée au prieuré de Castelnau-Pégayrols, dont elle dépendait avec d’autres églises voisines. Le prieuré fut cédé par les seigneurs de Castelnau, de la famille de Lévézou, à l’abbaye bénédictine Saint-Victor-de-Marseille en 1071. L’église était une annexe de Castelnau, avec toutes les fonctions paroissiales, jusqu’à ce qu’elle devienne une paroisse de plein droit en 1682 (Archives départementales de l’Aveyron, G 312). Jusqu’à la Révolution française, les curés de Saint-Beauzély étaient proposés par le prieur de Castelnau à l’évêque de Rodez qui les investissait. Le prieur de Castelnau prenait la dîme sur la paroisse. Le saint patron de l’église et de la paroisse, Saint Beauzély ou Baudile ou Beaulize (Baudilius), aurait été un soldat romain chrétien originaire d’Orléans, martyrisé à Nîmes pour avoir refusé de sacrifier aux idoles. Il aurait été fouetté et décapité. Son culte se serait développé autour de son tombeau, d’abord situé dans un bois à l’extérieur de la ville près d’un laurier, et doté de vertus curatives pour les enfants. Ses reliques furent ensuite transférées dans la ville, mais elles ont disparu au cours des guerres de religion. Son culte se serait répandu le long de grands axes de communication empruntés par des soldats, ce qui vaut pour Saint-Beauzély en Rouergue. D’abord représenté comme un soldat au laurier, il a pris ensuite l’apparence iconographique d’un diacre et d’un saint guérisseurAndré Maury, « Qui était saint Beauzély », Découverte du Rouergue, t. 7, annales 1990-1991, Université Populaire du Sud Rouergue, 1996, .

Le territoire de la paroisse ne couvrait qu’une partie de la commune actuelle et de l’ancienne communauté, comprenant les faubourgs de Saint-Beauzély, les hameaux de Muzettes, Les Gardies, Barruques et Alaret et les domaines de La Baume, La Baumette et Les Landescarte par Jean-Yves Bou, initiateur de cet article, dans le Bulletin Généalogique du Rouergue, , janvier 1999, . Le village de Gaverlac dépendait de la paroisse de Saint-Laurent-du-Lévézou, le moulin de Moulibez de celle de Castelmus et le domaine de la Gineste d’Estalane. Les autres lieux dépendaient de la paroisse de Salsac. L’église Saint-Jacques de cette petite paroisse est isolée dans la vallée de la Muse. C’est un édifice intéressant : des vestiges gallo-romains auraient été utilisés pour construire une église pré-romane au , transformée en église romane au Pauline de la Malène, Parcours romans en Rouergue, t. 2, Rouergue, 2009, ; Geneviève Durand, « L’église Saint-Jacques-de-Salsac », Revue du Rouergue, , 1992. Elle qui sert aujourd’hui de garage, au péril de sa conservation. Outre quatre domaines agricoles, c’est surtout le village d’Azinières qui peuplait la paroisse. Il était situé sur l‘ancienne voie romaine, sur le Causse Rouge. Au , ses habitants obtiennent le transfert du culte dans une chapelle construite à Azinières, alors dédiée à Saint Roch. La paroisse avait été donnée par l’évêque de Rodez à l’abbaye Saint-Victor-de-Marseille en 1252, dans le cadre d’un échange de paroisses. Elle fut rattachée au prieuré de Castelnau, comme Saint-Beauzély. Le prieur levait la dîme et nommait le curé.

Le prieuré grandmontain de Comberoumal Ce monastère de l’ordre de Grandmont, magnifiquement préservé et restauré, aurait été fondé en 1192Synthèse dans Pauline de la Malène, Parcours roman en Rouergue, t. 2, Rouergue, 2009, ; Rouquette Joseph, « Notice sur Notre-Dame de Comberoumal », dans Congrès scientifique de France, session, Rodez, 1874, t. 2, ; Dieudonné Rey, Le prieuré de Comberoumal, Rodez, 1925 (rééd. Lacour, Nîmes, 1998) ; Marc Vaissière, « Le temporel de Comberoumal », Revue du Rouergue, , 1999 ; Vaissière Marc, « La seigneurie de Comberoumal », dans Pays et paysans du Rouergue, seigneuries et tenanciers de la terre sous l’Ancien Régime, éditions del Monsénher, 2008, ; Pierre et Catherine Bastide, Le prieuré grandmontain de Comberoumal, Sauvegarde du Rouergue , 2009. Une légende attribue la fondation à une dame de Saint-Beauzély en remerciement de la guérison de son fils après avoir prié pour Saint-Étienne, étant protectrice de moines de l’ordre de Grandmont installés au lieu de Laura-Ventosaplutôt qu'Aura-Ventosa souvent mentionné.. Les moines auraient quitté un ermitage troglodytique -une laure- pour le nouveau monastèred’après Dieudonné Rey, cité dans Al canton, . On ne conserve pas d’acte précis de fondation. L’abbé Rouquette précise que le comte de Rodez appela ces moines en 1210 sur une terre qui lui appartenaitRouquette Joseph, « Notice sur Notre-Dame de Comberoumal », dans Congrès scientifique de France, session, Rodez, 1874, t. 2, . Mais Marc Vaissière signale la mention d’une inféodation datée de 1207Vaissière Marc, « La seigneurie de Comberoumal », dans Pays et paysans du Rouergue, seigneuries et tenanciers de la terre sous l’Ancien Régime, éditions del Monsénher, 2008, . Il confirme la donation royale. Le monastère était dirigé par un prieur qui possédait droit de justice haute, moyenne et basse sur une partie du territoire de la commune actuelle de Saint-Beauzély formant une seigneurie constituée de bois et de champs. Le prieuré fut réuni en 1317 à celui de Saint-Michel près de Lodève et ne conserva que quatre moines. Puis il fut déserté à partir des guerres de religion. Au , lors de la suppression de l’ordre de Grandmont (1769), il n’y avait plus qu’une famille de fermiers, les Alric, pour gérer économiquement le domaine. Le monastère et ses terres furent vendus en 1791 comme bien national à famille de Julien de Pégayrolles. Les moines sont à l’origine de la construction d’un très beau monastère en grès ocre dont on conserve l’église, une partie du cloître, la salle capitulaire, le cellier, le dortoir et les bases du réfectoire et des cuisines sur lesquelles une maison de maître a été construite au . L’ensemble en grès taillé avec un soin extrême est somptueux.

Autre présence ecclésiastique indirecte sur le territoire actuel de la commune, le domaine de La Gineste, autrefois dans la communauté de Castelnau et dans la paroisse d’Estalane, qui appartenait à l’abbaye bénédictine de moniales dite l’Arpajonie de Millau.

La seigneurie de Saint-Beauzély

La première mention d’un château à Saint-Beauzély daterait de 1189-1192, mais il s’agit d’un récit légendaire sur la fondation du prieuré de Comberoumal, repris dans de multiples sourcesRey, Bousquet. Il n’y a aucune mention de Saint-Beauzély dans le livre issu de la thèse de Frédéric de Gournay, Le Rouergue au tournant de l’An Mil, de l’ordre carolingien à l’ordre féodal (-), Toulouse, 2004. Il semble que la véritable première mention de la seigneurie soit du début . Elle appartenait alors à la puissante famille des Lévézou, qui dominait un immense territoire, à cheval sur le massif du Lévézou, le plateau de Salles-Curan et la vallée de la Muse et du Tarn, jusqu’aux portes de MillauJérôme Belmon, « Parenté et seigneurie en Rouergue aux et siècles, l’exemple des sires de Lévézou », dans Études aveyronnaises, 1999, . Ce domaine fut progressivement démembré entre diverses branches et sa géographie largement recomposée. En 1228, Alix de Lévézou reçut en dot la seigneurie de Saint-Beauzély lors de son mariage avec Bernard d’Arpajon, autre puissante famille de la noblesse rouergate. Mais en 1238 Bernard de Lévézou fit hommage au comte de Toulouse pour Saint-Beauzély et Castelnau. Il est possible qu’il y ait partage de droits avec coseigneuries, comme c’était fréquent en Rouergue. La seigneurie changea de famille au gré des mariages et des ventes, selon une histoire complexe. Se succédèrent les Combret (), les Roquefeuil (), les Arpajon (), les Castelpers-Panat-Combret () qui tentèrent de constituer une grande seigneurie protestante, les Tauriac (1598-1621), Antoine Grégoire des Gardies (époux Tauriac en 1621) et finalement les de Julien de Pégayrolles qui acquirent la seigneurie au début du , les biens des héritiers Grégoire des Gardies ayant été mis sous séquestre en 1716, pour dettesArchives départementales de l’Aveyron, J 1012.