Le camp romain d’Obernburg est un camp fortifié romain situé au centre-ville d’Obernburg am Main, ville de l’arrondissement de Miltenberg en Basse-Franconie. Ce camp faisait partie de la ligne du Main du Limes de Germanie et est aujourd'hui entièrement recouvert d'édifices modernes. Le site archéologique a acquis un rayonnement inter-régional non seulement par les multiples inscriptions votives provenant pour la plupart de l’enceinte sacrée de la milice du camp, mais aussi par le nombre et l'importance des connaissances amassées sur les phases de construction successives de cette colonieCf. ..
Le site Ce camp, composante du Limes du Main, fut édifié sur la rive occidentale du Main inférieur. Le fleuve y est très encaissé dans le relief, et son lit n'est guère large. Les hauteurs environnantes ont conservé leur relief découpé au milieu des petites vallées étroites de rivières se jetant dans le Main. La plaine aménagée à la romaine sur les berges de la rivière était plutôt étroite et fut défendue par l'ouest au moyen d’épis élevés plantés d'arbres. Deux rivières se déversent dans le Main à cet endroit : droit face au camp, une rivière du Spessart, l’Elsava, et plus au sud, venant de l'ouest, la Mümling. Les chercheurs se demandent encore si Obernburg n'a pas été l'amorce du limes (frontière fortifiée) du plateau d’Odenwald qui prend naissance un peu plus au sud, car l'extrémité (désormais identifiée) de cette portion de la frontière était le fort de Wörth. Cette dernière garnison, située à moins de au sud d’Obernburg-am-Main, n'a, selon les connaissances actuelles, vu le jour qu'après 110-115 apr. J.-ChrD'après .. d'abord en tant que relai du limes de l’OdenwaldD'après .. Ainsi, il est possible que dès l'an 100 ap. J.-Chr Obernburg ait joué un rôle particulier dans la défense du secteur nord de la marche de Haute Germanie.
vignette|Emplacement du camp romain à la pointe nord du limes d’Odenwald.
Archéologie Les infrastructures du château en pierres devaient encore être visibles au Moyen Âge, car les allées principales du camp ressortent encore aujourd'hui clairement dans le plan urbain, même si elles ne sont plus délimitées par la présence de murs. Ainsi la Rue des Thermes (Badgasse) suit le tracé d'une des voies prétoriennes qui menait en direction du sud-ouest à la porte fortifiée du camp (Porta prætoria), et le tracé du cardo (autrefois appelé Hauptstraße) correspond à celui de la voie prétorienne reliant les portes sud-ouest et nord-est (resp. Porta principalis dextra et Porta principalis sinistra). Il n'est pas jusqu'au decumanus, allée perpendiculaire, dont le tracé vers la porte nord-ouest du camp ne soit repris approximativement par la Schmiedgasse actuelle. La Rue Haute (Obere Gasse) rappelle le tracé du rempart sud du camp. Afin de restituer l’étendue du camp militaire romain, on a matérialisé en 1984 sur les bornes de trottoir de la Badgasse l'emplacement de la Porta prætoria. Obernburg est mentionné pour la première fois dans la littérature spécialisée comme l'emplacement d'un camp romain en 1771, mais à cette époque on situait le camp plutôt dans les vignobles surplombant la villeD’après : (woselbst ein kleines römisches Castell an dem Pfalrayn war), et toutefois on lit au vol. II (1772) : (großen starken Castell auf dem Berge an gedachter Stadt Obernburg ; cité par Cf.. L'inspecteur de la Commission Impériale du Limes (RLK), Wilhelm Conrady, commença en 1882 à rechercher les vestiges du camp romain, et ce n'est qu'à la fin de l'automne 1884 que, dans des conditions difficiles, il parvint à localiser schématiquement les contours des remparts du fort sous des fondations d'époque médiévale.. Les tranchées et sondages pratiqués permirent d'estimer grossièrement le plan d'ensemble du camp, ses quatre tours et de localiser à gros traits les principia, bâtiments et logements de la garnison. En 1901 on découvrit, dans l'îlot antérieur des principia, qui se trouve à l'actuel carrefour de la Schmiedgasse avec la voie romaine, le fragment d'une frise représentant la déesse romaine Victoria. Dans la même zone on mit au jour en 1921 une inscription gravée dans le sol, dont l'éclat de frise de Victoria n'est certainement qu'un fragment. À exactement à l'extérieur du rempart sud, on découvrit lors de la reconstruction d'une citerne enterrée en 1954 sept autels consacrés par la milice du camp (les beneficiarii). En 1959, alors que l'on reconstruisait une école (devenue aujourd'hui le centre de soins d'Obernburg) à , on dégagea au nord du camp une fontaine, comportant les vestiges de deux colonnes dédiées à Jupiter. Entre ce même secteur et le de la Römerstraße, on mit au jour de 1984 à 2008 un dépotoir contenant de nombreux fragments de céramique. Dès 1849, le commandant Maximilian Ney, envoyé à Obernburg pour réprimer les soulèvements populaires, avait chargé un bataillon de ses soldats de recueillir, le long de la chaussée nord-sud (autour de l'actuel tribunal) (eine Menge von römischen Gefässen, die allem Anscheine nach aus Gräbern stammten). Les vestiges recueillis à cette époque avaient rejoint les collections du Musée central romain-germanique de Nuremberg, mais du fait d'une erreur d'enregistrement (« Oberndorf » au lieu de « Obernburg »), ce n'est qu'en 1968 qu'on put les rattacher au site actuel.Cf. .. Les vestiges du camp primitif en palissade ont été eux aussi dégagés en plusieurs fois, entre autres en 1985-86 lors de fouilles dans le Löwengarten, puis en 2004 au cours du chantier du nouveau commissariat au de la Miltenberger Straße. De 2000 à 2007, de nouvelles fouilles furent conduites autour de la citerne construite en 1954, et ramenèrent tout l'autel de la milice du camp et les murs de l’enceinte consacrée..
Les différents camps Selon l'analyse des vestiges et la synthèse des fouilles menées à l'échelle régionale, notamment par les archéologues Egon Schallmayer et Barbara Pferdehirt, c'est peu après les années 100Barbara Pferdehirt: Die römische Okkupation Germaniens und Rätiens von der Zeit des Tiberius bis zum Tode Traians. Untersuchungen zur Chronologie südgallischer Reliefsigillata. In: Jahrbuch des Römisch-Germanischen Zentralmuseums Mainz 33, 1986. S. 221-320; hier: S. 279.–110 apr. J.- Chr. qu’un premier fort défendu par une palissade fut implanté en ce lieu, et une inscription dédicatoire retrouvée sur le site, dans ce qui était le poste de commandement, indique que c'est vraisemblablement en 162 qu'il fut reconstruit en pierre. Cette date coïncide avec d'authentiques données dendrochronologiques de l'époque de la construction de la palissade du Vorderen Limes (nouvelle ligne de l'Odenwald) et de son prolongement, le « Mur rhétique ». Par ailleurs, la fondation de colonies villageoises (camp romain de Buch) et d'importantes mesures d'aménagement d'autres camps voisins (par ex; le camp romain d’Aalen) dans les années 60 du de notre ère sont contemporains : cette décennie semble particulièrement marquée par une campagne de renforcement à grande échelle du limes de Germanie.
À en juger par certaines traces d'incendies, le camp a été détruit au moins en partie par les Alamans vers 233 apr. J.- Chr. Il demeura toutefois sous contrôle jusqu'à l’effondrement du Limes romain (« champs Décumates ») vers 260-75 ap. J.-Chr. Les monnaies les plus récentes ont en effet été frappées en 244-47Claudia Theune: Germanen und Romanen in der Alamannia. Verlag Walter de Gruyter. Berlin 2004. . S. 410. sous le règne de l'empereur Philippe l'Arabe. Après la retraite des derniers Romains, certains vestiges témoignent que le camp a toutefois continué d'être habitéClaudia Theune: Germanen und Romanen in der Alamannia. Verlag Walter de Gruyter. Berlin 2004. . S. 126..
Le camp romain La motte castrale primitive On sait depuis longtemps que dans le quartier bâti au sud de la Porta principalis dextra de l'enceinte romaine en pierre, il a existé un camp plus ancien fortifié d'une palissade et d'un fossé creusé en deux phases. Le fossé, dont le tracé a été recoupé encore en 2004 au de la Miltenberger Straße, a été comblé par une voie romaine plus tardive, qui menait directement à la porte sud-ouest du camp en pierre. Le camp à palissade pourrait être le plus ancien camp romain de cet endroit du limes. Il est possible que ce camp ait coexisté avec la muraille en cours de construction, avant d'être abandonné et recouvert par la fortification permanente.
Le fort définitif L'enceinte fortifiée quasi-carrée de 188 × (= ) formant les remparts d’Obernburg affecte le plan typique du moyen empire, largement adopté par l'armée, avec des angles arrondis (en forme de carte à jouer). L'avant du camp, l'aile prétoriale, percée de la Porta prætoria faisant face à l'ennemi, est orientée sud-est, face au fleuve (le Main).
Les remparts Les remparts étaient épais de , avec un soubassement de D'après l'article de .. Globalement, l'épaisseur de la muraille variait entre 1,85 et à la base. Comme le montrent les vestiges mis au jour en plusieurs endroits, les créneaux affectaient une forme semi-cylindrique couronnée de pointes en étoile, caractéristique des forts du limes.
Au nord du rempart sud-ouest flanqué de tours, trois lits de moellons ont subsisté presque intacts avec leur jointoiement parfaitement soigné. On en déduit que la muraille, dans sa partie inférieure, était de même facture que les tours du guet du limes du plateau de l’Odenwald. Sur une couche de fondation on dressait un lit de moellons taillés haut de , puis on posait à l'entour un lit de 10 cm. Sur cette couronne on posait un entablement à angle vif haut de , dont la forme protubérante était bien reconnaissable de l'extérieur. Sur cet entablement on dressaient à nouveau deux lits successifs de moellons hauts de . La longueur des moellons variait entre 38 et . Au milieu des ruines de la tour, on a retrouvé deux morceaux de tuiles de la corniche et des tuiles de couvertures demi-cylindriques.
Les portes fortifiées et les tours Au moins trois côtés du camp comportaient une porte fortifiée à deux vantaux, défendue chacune de deux tours. Le fait que la Porta decumana (porte Nord-ouest) ait eu elle aussi deux tours est une pure spéculation de Conrady, car dès 1884 son emplacement était occupé par une brasserie et le mur intérieur avait été entièrement rasé, de sorte qu'on n'a pu retrouver son emprise que par les différences de coloration du sol.
Les recherches menées en deçà des remparts sud-ouest, dans la retentura (arrière-camp) de la garnison, ont permis d'établir que les deux tours flanquant la muraille de ce côté étaient en saillie de sur le nu extérieur des remparts. Cette disposition a été retrouvée sur toutes les autres tours du camp à l'exception des quatre tours d'angle, dont on n'a pu retrouver aucune trace distincte.
Les fossés Une berme (agger), dont on a pu mesurer en plusieurs endroits la largeur (entre 70 et ), et un fossé large de défendaient l'accès au camp. Au moment où Conrady entreprit ses fouilles, ce fossé, encore profond de , traversait une pâture à précisément à l'extérieur de l'enceinte médiévale nord-ouest. La structure du fossé a montré que le fond en était surcreusé au milieu de 15 à . Conrady, après avoir dégagé sur le terrain l'étage d'époque romaine jusqu'à une distance d'un mètre à l'extérieur du fossé sans y avoir retrouvé trace d'un second fossé, formula l’hypothèse qu’Obernburg n'avait jamais été défendue que par un seul fossé..
Les corps de logis La reconstitution du plan des bâtiments intérieurs du camp sous les strates de l’enceinte médiévale d’Obernburg a été par nature un travail délicat, et cependant les principia (corps de logis) ont finalement pu être localisés sans risque d’erreur.