La SS « Charlemagne » nommée le plus souvent la « division Charlemagne » par simplification dans la littérature française d'après-guerre, est l'une des divisions d'infanterie de la Waffen-SS de la Seconde Guerre mondiale. Elle est constituée majoritairement de Français engagés volontaires pour combattre sous uniforme allemand avec les forces armées du Troisième Reich.
La première unité de SS français est d'abord nommée en allemand « Französische (SS) Freiwilligen-Sturmbrigade », avec le numéro 8 ou « Sturmbrigade (SS) Frankreich ». Celle-ci est engagée en Pologne contre l'offensive Lvov-Sandomir en . Retirée en raison des pertes, elle est transformée en division à en regroupant tous les volontaires français (Kriegsmarine, LVF, Sturmbrigade Frankreich et l’Organisation Todt) qui combattent pour le Troisième Reich, auxquels s'ajoutent des hommes de la Milice française.
Bien que la division n'ait pas terminé sa formation et soit dépourvue d'armes lourdes‚ elle est engagée contre l'offensive de Poméranie orientale fin où elle est détruite en quelques jours. Le bataillon Charlemagne est levé parmi les rescapés afin d'être engagé dans la bataille de Berlin où il combat et est défait, du au quand l'Allemagne nazie capitule. Historique Depuis , Adolf Hitler a donné son accord pour l'engagement de citoyens français dans la SS. À partir de , de plus en plus de Français s'étant engagés dans la NSKK en Belgique « désertent » pour rejoindre le principal camp de formation pour les volontaires occidentaux dans la Waffen-SS qui se trouve à Sennheim (ville alsacienne de Cernay située à l'ouest de Mulhouse, en Alsace-Moselle annexée par le ) et y contractent un engagement régulier.
Jusqu'en , les effectifs de ces Français (officiellement enregistrés comme Flamands ou Wallons) auraient été 300, de l'ordre d'une compagnie environ.
Le , un décret paru au Journal officiel permet aux Français de contracter officiellement un engagement dans la Waffen-SS, Heinrich Himmler souhaitant à terme intégrer tous les volontaires étrangers dans celle-ci. Les volontaires sont d'abord regroupés dans différents centres de recrutement ouverts en France (à la caserne Clignancourt de Paris, pour tous les engagés de cette région) et se rendent ensuite au camp de formation SS de Cernay, près de Mulhouse.
La « 33. Waffen-Grenadier-Brigade der SS Charlemagne » remplace à l'automne 1944, entre autres, la Légion des volontaires français (LVF) et la « Französische SS-Freiwilligen-Sturmbrigade ». Elle est formée au camp militaire de Wildflecken, appelé , en amalgamant tant bien que mal les unités francophones engagées au côté de l'Allemagne : de la LVFPierre Giolitto, Histoire de la Milice, Campus, ; un millier de rescapés de la « Französische SS-Freiwilligen-Sturmbrigade » et un autre millier encore formés à Sennheim ; de la Milice ; français de la Kriegsmarine ; quelques centaines de volontaires des Schutzkommandos ; quelques anciens du « Nationalsozialistische Kraftfahrkorps » (NSKK).
Formation À l'origine, l'objectif des recruteurs de la Waffen-SS était de créer une, voire deux divisions entièrement françaises. La faiblesse du nombre de volontaires comme la sévérité de la sélection obligèrent Heinrich Himmler à revoir, le , ses ambitions à la baisse. De à , environ se seraient présentés aux bureaux de recrutement, moins de la moitié seront effectivement acceptés (environ ).
Peuvent s'engager les volontaires âgés de . La taille minimum est fixée à , puis ramenée à . Ils doivent être d'ascendance aryenne, ne pas être Juifs, noirs ou métissés. Une enquête réalisée à Paris en par le RuSHA (direction des questions raciales et de peuplement de la SS) auprès de révèle que 48 % d'entre eux sont aptes à être admis dans la SS selon les critères applicables aux Allemands. 38 % d'entre eux sont de type nordique dominant, avec une répartition pour les autres types méditerranéen (37 %), dinarique (14 %), alpin (12 %) ou même extra-européen (9 %). 37 % proviennent de Paris et l'Île-de-France, 14,5 % d'Auvergne, les volontaires venant du grand Sud-Ouest sont aussi très nombreux. 54 % ont entre 17 et , 78 % sont catholiques, 62 % inscrits à un mouvement politique (dont 20 % au PPF et 10 % à la Milice française). Enfin, 58 % sont des travailleurs manuels et 25 % des étudiants.
Joseph Darnand, qui a déjà prêté serment à Hitler le à l'ambassade d'Allemagne à Paris et est nommé à cette occasion SS-Frw.Obersturmführer, soucieux d'armer la Milice, obtient des armes du Haut-Commandement de la Waffen-SS après avoir fourni, le , une dizaine de ses cadres qui s'enrôlent pour devenir l'armature de la future unité SS française : Pierre Cance (délégué général de la Milice française et bras droit de Darnand), Noël de Tissot (secrétaire général de la Milice française et bras droit idéologique de Darnand), Léon Gaultier qui travailla pour le Ministère de l'information de Paul Marion à Vichy, Jean Artus (instructeur à l'école des cadres d'Uriage), Paul Pignard-Berthet (lui aussi instructeur), Henri Fenet (chef départemental de la Milice de l'Ain), Ivan Bartolomei, Albert Pouget (chef départemental de la Milice de Lozère), Pierre Bonnefoy (chef départemental de la Milice du Vaucluse), Émilien Boyer (Franc-Garde de Carcassonne), Jacques Lefèvre (chef départemental de la Milice de l'Aude), Jacques Massot (chef départemental de la Milice du Var) et Jacques-Flavien de Lafaye (chef départemental de la Milice de l'Allier).
De à , une vingtaine d'élèves officiers français dont beaucoup de cadres miliciens sont envoyés en stage à l'école des cadets de la SS de Bad Tölz. Les sous-officiers sont eux formés à Posen-Treskau (janvier-) et la troupe reste à Cernay. La Sturmbrigade se regroupe à Neweklau en . Seul le premier bataillon, soit plus de , commandé par le SS-Frw.Hstuf. Pierre Cance, part pour le front. Le second bataillon, formé par Jean Artus et Paul-Marie Gamory-Dubourdeau (Commandeur de la Sturmbrigade et le plus haut gradé SS français), est encore en cours de constitution. Le , les effectifs de la Sturmbrigade s'élèvent à , sans compter les nouveaux engagés encore à l’entraînement à Cernay. Au moins une cinquantaine de Français a été envoyée au dans les formations spéciales d'Otto Skorzeny ; on ne sait rien de ces Français-là.
Le corps contient au total près de en . Il est officiellement commandé par l’Oberführer Edgar Puaud ancien commandant de la LVF depuis , mais supervisé en fait par le général Krukenberg.
En , la brigade « Waffen-Grenadier-Brigade der SS Charlemagne (französische Nr.1) » devient une division : la « 33. Waffen-Grenadier-Division der SS Charlemagne (französische Nr. 1) ».
Secteur de Sanok Le , les éléments français partent vers le front, pour appuyer la Panzergrenadier-division SS « Horst Wessel », commandée par l'Oberführer Trabandt, notamment dans le secteur de Sanok (Dudyńce, Pielnia, Wolica18. SS-Freiwilligen-Panzer-Grenadier Division Horst Wessel ; "Sanok, 8.44, with attached elements I. SS-Sturmbrigade Frenkreich" [in:] Martin Windrow, Jeffrey Burn. The Waffen-SS. 1992. s. 18.; "Le lendemain de l'échec de la contre-attaque allemande de Mortain, le bataillon de la Sturmbrigade Frankreich monte en ligne dans le secteur de Sanok" [in:] Jean Mabire. La Division Charlemagne. 1998. s.16 ; Robert Forbes. For Europe: the French volunteers of the Waffen-SS. 2006. s. 81. , Galicie - Carpates polonaises). Ils sont engagés à partir du . Le bataillon est relevé le matin du par une unité de la Heer (Wehrmacht) ; les pertes s’élèvent alors à une vingtaine de tués et près de 110 blessés. Le bataillon embarque à nouveau, pour Radomyśl Wielki, à une centaine de kilomètres au nord-ouest.
Secteur de Mielec Débarqués le , les hommes prennent position. Les premiers vrais combats commencent le , puis le lendemain commence une énorme offensive soviétique sur tout le front oriental. Le dernier jour des combats, le , est particulièrement meurtrier. Les restes du bataillon sont rassemblés près de Tarnów. Sur les quelque engagés, on compte valides ou peu blessés (bientôt portés à 210 avec l'arrivée de nouveaux isolés), plus de , une cinquantaine de disparus ou prisonniers et . Sur les 19 officiers et aspirants du bataillon, six sont indemnes ou presque, quatre sont morts (Robert Lambert ; Jean-Louis Le Marquer ; Dominique Scapula ; Joseph Peyron), deux sont disparus (Noël de Tissot, sans doute mort ; Charles Laschett, fait prisonnier) et sept ont été blessés et évacués (Pierre Cance, Henri Fenet, Paul Pleyber, Gaultier, Paul Pignard-Berthet, Pierre Hug et Henri Kreis). Beaucoup de croix de fer à titre posthume seront remises. Le , le bataillon embarque à la gare de .
Ce sont les restes du et les effectifs du qui, joints à d'autres forces militaires ou paramilitaires françaises (le régiment de la LVF, une partie de la Milice française, les engagés de la Kriegsmarine et des Schutzkommandos de l'Organisation Todt), constitueront la brigade, puis division « Charlemagne » à partir du .
Engagement de la division en Poméranie
La division française est engagée par l'état-major allemand de manière anticipéeRobert Forbes, For Europe. The French Volunteers of the Waffen-SS, pour tenter de contrer l'avance soviétique en Poméranie.
Le , un premier contingent s'embarque à Fulda en direction de la Poméranie. À cette date, les armées soviétiques tentent d'encercler les troupes allemandes.
Les Waffen-SS français ne disposent que de camions et de PanzerfaustPierre Giolitto, Volontaires français sous l'uniforme allemand, Paris, Librairie académique Perrin, 1999, .. Pilonnées par l'aviation alliée, les troupes arrivent péniblement à Hammerstein (aujourd'hui Czarne, voïvodie de Poméranie) le . Dès le , jour où commence l'offensive du deuxième front biélorusse (Rokossovski), avant même d'avoir regroupé ses hommesP. Giolitto, op. cit., , Puaud lance ses troupes autour des bourgs d’Elsenau (Olszanowo) et Bärenwald, au sud-est d'Hammerstein.
Le lendemain , voulant exploiter, Rokossovski engage le blindé de la garde (général Panfilov), embarquant sur ses chars la de fusiliers et appuyé par une grande force d'aviation. La Charlemagne, qui compte alors mais pas d'armes lourdes, et des éléments SS lettons, sont disloqués en seulement trois heures par les unités de Panfilov, qui continue sa route en direction de Köslin sans attendre.. La Charlemagne fait ensuite face pendant trois jours et trois nuits à des troupes de la (général Kozlov, relevé au bout de quelques jours par Romanovski). . Au cours de ces premiers combats, durant lesquels le Brigadeführer Krukenberg a pris le commandement effectif de la division (laissant à Puaud un rôle tout juste symbolique), les Waffen-SS français ont perdu Jean Dumont, Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale et de ses origines.. Le , le bataillon Auphan s'oppose vigoureusement à l'attaque du de cavalerie de la garde (général Olikovski) soutenu par deux régiments d'artillerie automotrice et dans les airs. Le bataillon finit dispersé.
Après un regroupement à Neustettin (qui sera pris par Olikovski le 28), suivie d'une rapide réorganisation, la division doit entreprendre une longue et difficile marche dans le froid et la neige pour rejoindre le secteur de Belgard, situé à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest.