thumb|CRS (à gauche) et gendarmes mobiles (à droite) lors d'une manifestation en septembre 2016 à Paris.

Pris au sens large, le maintien de l'ordre public est l'ensemble des comportements et des actions visant à maintenir la paix civile.

Dans le contexte d’un rassemblement de personnes, spontané, organisé ou subi, le terme de « maintien de l’ordre public » (MO) définit surtout l’action de la force publique pour faire respecter la loi et pour assurer ou rétablir la continuité des différentes activités d’une collectivité : vie sociale, administration, gouvernement, commerces et services. Cette action des forces de police sur le terrain, théoriquement de nature préventive puis éventuellement répressive, est normalement précédée par une action éducative et souvent complétée par une action judiciaire.

Dans un contexte de paix civile, la notion de maintien de l'ordre équivaut à assurer la sécurité des communautés et des individus, c'est-à-dire agir pour prévenir l'incivilité (actes qui ne constituent pas forcément des infractions pénales) ou des infractions pénales faibles (telle que l'ivresse publique). Elle n'est donc pas exclusivement liée à la lutte contre la criminalité.

Le maintien de l'ordre peut servir de prétexte pour restreindre les libertés individuelles. Or, une démocratie doit garantir les droits des individus et notamment le droit à l’expression, le droit à la sûreté de la personne (art. 3 de la Déclaration universelle des droits de l'homme), le droit de circulation (art. 13), le droit à la liberté d'opinion et d'expression (donc de manifestation pacifique, art. 19) et le droit à la propriété (art. 17).

Confrontées à une palette de situations allant du simple service d'ordre à la répression de l'émeute, voire de l'insurrection, et dont les conséquences, notamment en cas d'actes inadéquats de maintien de l'ordre ("bavure"), affectent gravement la vie sociale et politique de leur pays, les forces destinées au maintien de l'ordre bénéficient d'un entraînement particulier et disposent de moyens et de tactiques spécifiques. Dans une démocratie, les « soldats » du maintien de l'ordre sont confrontés non pas à des ennemis, mais à des « citoyens temporairement égarés » qu'il convient donc de contenir et de canaliser avec le minimum de violence et en leur laissant toujours une porte de sortie, sous le contrôle constant des autorités administrative et judiciaire.

Les responsables du maintien de l'ordre tiennent également compte de la violence de personnes non concernées à priori par les motivations des manifestants et qui s'insèrent — soit à titre individuel soit au sein de groupes organisés — dans les dispositifs pour des actions de provocations ou de casse systématique (voir notamment l'article Black bloc).

Situations typiques vignette|Policiers antiémeute allemands en 2012.

Les dispositifs de maintien de l'ordre sont mis en place à titre préventif dès lors qu'un rassemblement de grande ampleur comporte un risque de dégénérer. La notion de « risque de dégénérer » est floue et dépend de l'appréciation des autorités, ainsi que de l'opinion publique. Citons par exemple : les manifestations revendicatives organisées ; les forces de maintien de l'ordre doivent souvent être déployées pour lutter contre les casseurs qui s'immiscent dans les cortèges revendicatifs. Elles peuvent également être présentes aussi pour protéger les manifestants contre des contre-manifestants ; les manifestations spontanées : l'absence d'organisation encadrant les manifestants et de service d'ordre peut faire craindre des débordements ; les manifestations sportives avec un public connu pour ses violences (hooliganisme) ; catastrophes : pour permettre l'intervention des secours et éviter les pillages.

Moyens de maintien de l'ordre vignette|Cet exercice OTAN d’entraînement aux missions de maintien de la paix en 1996 effectué par des militaires de l'Ouzbékistan expose les différentes approches pour rétablir l'ordre entre les pays développés et les pays du Sud, où armes et morts font partie intégrante des manifestations souvent sanglantes. L'une des principales difficultés du maintien de l'ordre tient à la proportionnalité des moyens employés et au respect des droits de l'Homme, dans un cadre de débats parfois reliés à la militarisation de la police. Dans une démocratie, il vise en principe à prévenir ou contenir les troubles en limitant les blessures infligées aux personnes visées, y compris aux délinquantsdans le sens : qui commettent les délits, et en évitant de causer la mort. Cela suppose notamment : l'utilisation d'armes non-mortelles ; lesquelles ont déjà causé des morts. la définition de tactiques spécifiques ; des intervenants formés à ces tactiques spécifiques et équipés.

Dans une démocratie, l'usage de la force ou des armes est soumis à l'autorisation de l'autorité civile. L'usage de la force ou des armes implique le strict respect des principes de proportionnalité et de réversibilité. Cette dernière notion consiste pour les forces de l'ordre à être capables, dans un délai très bref et pour une durée très brève, de faire usage de moyens de coercition tout en conservant la possibilité de mettre rapidement un terme à cet usage dès lors que la situation ne le justifie plus.

En France, le maintien de l'ordre relève de l'autorité administrative (préfet de région, préfet de police, préfet de département, sous-préfet, maire), ainsi que des commissaires de police et des commandants de groupement de gendarmerie, qui utilisent la procédure de mise à disposition pour mettre en œuvre les différentes forces de l'ordre (notamment les CRS, les compagnies d'intervention de la police ou les escadrons de gendarmerie mobile).

Tactiques spécifiques vignette|Policier allemand en tenue de maintien de l'ordre en 2011. vignette|Marines américains entraînés au maintien de l’ordre par la gendarmerie française en . Les militaires engagés dans des opérations de guerre asymétrique ou d'aide humanitaire doivent souvent réagir à des mouvements de foules. À titre préventif : médiation préalable avec les organisateurs ; surveillance des grands rassemblements, par des observateurs en hauteur et des observateurs en civil au sein de la foule, afin de détecter les débuts de violence ; dialogue et médiation avec les participants et notamment leurs leaders ; présence dissuasive de forces de l'ordre ; une présence trop visible peut à l'inverse « échauffer les esprits » ; limitation des mouvements afin de protéger des endroits sensibles, comme des bâtiments publics ou des personnes pouvant être la cible ; des violences (par exemple personnes d'origine étrangère dans le cas d'émeutes racistes), en condamnant des rues ou en filtrant les accès ; présence d'équipes très mobiles (donc peu équipées) pouvant pénétrer facilement dans la foule et extraire les fauteurs de trouble.(tactique d'exfiltration) ; Dans l'action répressive : canalisation des manifestants ; barrages fixes ; bonds offensifs et charges ; maintien à distance des manifestants violents par des moyens adaptés : canons à eau et/ou grenades lacrymogènes ; isolement et interpellation des meneurs et agitateurs en flagrant-délit ; prise d'images aux fins de poursuites judiciaires ; répression pénale après identification et ou dénonciation des casseurs (notamment au Royaume-Uni).

Les méthodes varient d'un pays à l'autreCe paragraphe est rédigé d'après les conclusions du Rapport relatif à l'emploi des munitions en opérations de maintien de l'ordre remis le 13 novembre 2014 au ministre de l'intérieur français conjointement par l'inspection générale de la police nationale et l'inspection générale de la gendarmerie nationale après le décès d'un manifestant lors de la manifestation de Sivens en octobre 2014) - voir références externes.. Certains pays (et notamment la France) préfèrent limiter au maximum les contacts physiques entre forces de l'ordre et manifestants, sources de nombreuses blessures, en maintenant ces derniers à distance par l'emploi de gaz lacrymogènes lancées à la main ou à l'aide de dispositifs spécialisés (tromblons et lance-grenades). Dans d'autres pays (par exemple l'Allemagne), l'usage des grenades est beaucoup plus rare et les canons à eau sont davantage utilisés, le contact physique étant beaucoup plus fréquent. Au Royaume-Uni, les poursuites judiciaires sont beaucoup plus fréquentes - et les peines plus lourdes - que dans les autres nations de l'Union européenne.

Matériel et véhicules Équipement de protection individuelle : casque, gilet pare-balles, protection des bras et des jambes, gants, bouclier anti-émeute. Bâtons de défense (matraque, bâton télescopique, tonfa). Gaz lacrymogènes (grenades ou conteneurs). Dispositifs assourdissants ou éblouissants. Véhicules protégés : film de protection sur les vitres, blindage, grilles. Dispositifs de barrage (fixe ou mobile). Canons à eau. Armes non létale (dont lanceurs de balle de défense en France). Grenades à effet de souffle : grenades lacrymogènes instantanées (GLI) et grenades offensivesEn France, l'utilisation des grenades offensives (en dotation dans la seule gendarmerie) pour le maintien de l'ordre a été interdite par décision du ministre de l'intérieur le 13 novembre 2014 à la suite du décès d'un manifestant lors de manifestations violentes contre la construction d'un barrage à Sivens.. AutresDans la législation de nombreux pays, y compris la France, le terme d'arme à feu s'applique à de nombreuses armes utilisées au maintien de l'ordre (lanceurs de balles de défense, certaines grenades, etc.). armes à feu - notamment pistolets, revolvers, fusils et carabines - en légitime défense ou en dernier recours.

Certains pays utilisent des unités de police montée, par exemple en Allemagne, aux États-Unis, en France (uniquement pour les services d'ordre), ou au Royaume-Uni.

Forces et doctrines de maintien de l'ordre Allemagne vignette | Policiers revêtus d'un gilet « Gestion de conflit » (), lors d'une manifestation à Magdebourg en 2011.

En Allemagne, le , Benno Ohnesorg, un étudiant, est tué par un tir policier à Berlin Ouest en marge d'une manifestation contre la venue du shah d'Iran Mohammed Reza Pahlavi. Ce a inspiré la politique dite de « » (). Cette doctrine est fondée sur la psychologie des foules et vise à éviter la solidarisation des manifestants pacifiques avec les plus radicaux. La stratégie de la désescalade est adoptée en Allemagne, comme dans d'autres pays tels que la Suède, le Danemark, l’Angleterre ou les Pays-Bas. Elle consiste à cibler individuellement des personnes posant problème au sein d’une manifestation, et non pas de considérer la foule dans son ensemble. Au sein de la manifestation, on trouve ainsi des personnes clairement identifiées comme étant des policiers (portant un gilet « Gestion de conflit »), qui se font le relai des unités de maintien de l’ordre, en communiquant directement avec les manifestants, en leur expliquant au besoin pourquoi les policiers font telle ou telle manœuvre, et pourquoi à un autre moment il faut se pousser. Ce dialogue permet généralement de maintenir le calme.

France thumb|Cavaliers de la garde républicaine mobile et émeutiers - Place de la Concorde, 7 février 1934, à la suite de la crise du 6 février 1934. vignette|Strasbourg, 6 février 2013 : manifestants et gendarmes mobiles. thumb|CRS lors d'une manifestation - 2016. vignette|Canon à eau mobile de la police nationale à Paris.