Jacqueline de Montbel d'Entremont est née le à Paris, dans une maison proche du Palais du LouvreAnne Weigel, Jacqueline d'Entremont, SSHA, 2008, .. Elle est morte en prison au château d'Ivrée (Piémont) le . Veuve en premières noces, elle se convertit au protestantisme et elle épouse en deuxièmes noces l'amiral Gaspard II de Coligny dont elle sera veuve après son assassinat au cours du massacre de la Saint-Barthélemy.

Biographie Amédée de Foras, auteur de l'Armorial et Nobiliaire de Savoie, relate que .

Contexte historique 1536-1559 vignette|Portrait de Béatrix Pacheco d'Ascalona, mère de Jacqueline, par Corneille de Lyon Jacqueline est la fille unique et l'héritière de la famille savoyarde de Montbel d'Entremont qui possède de nombreux fiefs en Savoie, en Bresse, en Bugey et en Piémont. Son père, Sébastien, comte d'Entremont et de Montbel, seigneur du Montellier, Natage, Saint-Maurice, etc., épouse le une jeune fille espagnole, d'ascendance portugaise L'ancêtre de Béatrix Pacheco est Juan Pacheco da Silva, page portugais passé au service du prince des Asturies, vers 1440. Il se couvrit de gloire à la bataille d'Olmedo et fut nommé duc d'Ascalana par le roi de Castille et Léon. (Anne Weigel. Ibid page 24), Dona Béatrix Pacheco d'AscalanaLe portrait de Béatrix Pacheco d'Ascalana, comtesse d'Entremont, dessiné par Jean Clouet est conservé au Musée Condé du Château de Chantilly, (MN.177), fille de Jean, comte de Sifuente, duc d'Ascalana. Dona Béatrix est la demoiselle d'honneur de la reine Éléonore de Habsbourg (1498-1558), sœur de Charles Quint. La reine Éléonore, veuve du roi Manuel Ier de Portugal (1469-1521), épouse en deuxièmes noces en 1530 le roi de France François (1494-1547) et vient s'établir avec sa suite espagnole au Palais du LouvreBéatrix Pacheco d'Ascalana, future comtesse de Montbel d'Entremont, mère de Jacqueline, est dame d'honneur de la reine Éléonore à la cour du Louvre en 1530, en même temps que Louise de Montmorency, comtesse de Coligny. On compte également parmi les dames d'honneur de la reine Éléonore, Diane de Poitiers, épouse du comte de Brézé. Les futures alliances matrimoniales Montbel d'Entremont, Bastarnay et Coligny ne seront pas fortuites..

Depuis l'occupation en 1536 du duché de Savoie par les troupes françaises de François , puis de son fils Henri II, les seigneurs savoisiens sont généralement invités à la cour de France. La chute du duc Charles III de Savoie, obligé de s'exiler à Nice, les contraint à abandonner Turin pour rejoindre le roi François . C'est ainsi que le comte Sébastien de Montbel, chevalier de l'Ordre de l'Annonciade et chambellan de la reine Éléonore, rencontre Béatrix Pacheco et qu'il l'épouse à Paris en 1539Sébastien de Montbel d'Entremont s'allia le 17 septembre 1539 par mariage avec Béatrix Pacheco, en présence de Monseigneur le Dauphin (Le futur Henri II, fils du roi François ), de Jean de Menthon, de Philibert de Gilly et de Louise de Montmorency, épouse de Gaspard de Coligny, dame d'honneur de la reine Éléonore. Samuel Guichenon, Histoire de Bresse et du Bugey, page 177.. Leur fille Jacqueline est née à Paris le , dans une maison proche du Palais du Louvre. et va passer sa première enfance à la cour du Louvre, jusqu'à l'âge de six ans.

Lorsque le roi François meurt en 1547, la reine Éléonore, sa veuve, va se réfugier avec sa suite dans les Pays-Bas espagnols, chez sa sœur, Marie de Hongrie (1505-1558). La jeune Jacqueline, à la garde de sa mère, va être formée à la cour de Bruxelles jusqu'à l'âge de seize ans, en 1557, date à laquelle elle est désignée pour être demoiselle d'honneur de la princesse Marguerite de France (1523-1574), sœur du roi Henri II, future duchesse de Savoie par son mariage avec le duc Emmanuel-Philibert de Savoie. Jacqueline va donc retrouver le palais du Louvre en 1557, à l'âge de seize ans, pendant que sa mère rejoint le château de Saint-André de Briord en Bugey.

En 1559, le duc Emmanuel-Philibert de Savoie, fils de feu le duc Charles III, obtient la libération de son pays après avoir vaincu les Français à la bataille de Saint-Quentin (1557). Par les traités du Cateau-Cambrésis du , Emmanuel-Philibert va réussir à obtenir l'évacuation progressive des troupes françaises de ses domaines de Savoie et du Piémont, mais il va devoir à tout prix défendre les positions de son pays vis-à-vis des protestants genevois qui s'infiltrent en Savoie et des Français qui conservent certaines positions stratégiques et qui convoitent ses domaines frontaliers. Il entame son règne en rassemblant les notables savoyards qui ont servi la France au cours des vingt-cinq dernières années d'occupation et en leur confiant les postes de la nouvelle administration savoyarde et de son armée. Il va également interdire aux femmes de la noblesse savoyarde de se marier avec des étrangers ou avec des protestants, afin que les fiefs de Savoie ne soient pas séparés de la couronne. Pour témoigner tout le prix qu'il attache au rapprochement du comte de Montbel, le duc de Savoie lui demande de lui remettre de ses propres mains le collier de l'ordre suprême de la Très Sainte Annonciade Des liens de parenté existaient entre la dynastie de Savoie et la Maison de Montbel : c'est entre les bras de sa grand-tante paternelle de Montbel d'Entremont qu'Emmanuel-Philibert de Savoie fut baptisé à Chambéry en 1528. dans Anne Weigel, Jacqueline d'Entremont, SSHA, 2008, page 29.. Cet insigne honneur est accompagné de deux exigences: Jacqueline, en âge de se marier, doit épouser un seigneur savoyard de son rang et de religion catholique. Il y va de la sûreté des États de Savoie.

La cour de France est devenue un champ d'intrigues entre protestants et catholiques jusqu'au , date de la mort accidentelle du roi Henri II, blessé lors du tournoi qu'il venait d'organiser en l'honneur du mariage de sa sœur Marguerite avec le duc Emmanuel-Philibert de Savoie. Son fils, François II, époux de Marie Stuart, lui succède sur le trône de France à l'âge de 15 ans. Il confie la gestion du pays aux princes de la Maison de Guise qui trouvent les caisse vides en arrivant et décident d'éloigner la plupart des personnages de l'ancienne cour du Louvre. Les guerres de religion s'accentuent sous le nouveau règne qui va s'interrompre brutalement le , date de la mort du jeune roi François II. Lui succède sur le trône son frère cadet âgé de 10 ans ! Le nouveau roi Charles IX va régner sous la tutelle de sa mère, Catherine de Médicis, régente du royaume, dans un climat de guerres de religion exacerbé qui va aboutir au massacre de la Saint-Barthélemy, le .

Premier mariage

Au milieu de cette tourmente d'État, Jacqueline, à peine âgée de vingt ans, va être mariée par sa mère à un seigneur français, sans tenir compte des exigences du duc de Savoie. Béatrix Pacheco, comtesse d'Entremont, jette son dévolu sur le cousin de Diane de Poitiers, ancienne dame d'honneur de la reine Éléonore : Claude de Bastarnay, comte du Bouchage, baron d'Anthon, fils de René de Bastarnay (petit-fils d'Imbert) et d'Isabelle de Savoie (fille de René de Savoie, dit le Grand Bâtard de Savoie). Dans son Histoire de la Bresse et du Bugey, Samuel Guichenon, relate que le mariage .

Le mariage restera stérile, étant précisé que le comte du Bouchage est éloigné en permanence de sa jeune épouse du fait de sa participation aux guerres de religion, en tant que combattant catholique. Il meurt à la bataille de Saint-Denis, lors du conflit entre les troupes catholiques royales et les troupes protestantes dirigées par le futur second époux de Jacqueline, Gaspard II de Coligny, le C'est dans le combat de Saint-Denis que le vieux connétable Anne de Montmorency (1493-1567), âgé de 74 ans, trouve la mort, froidement assassiné par ses adversaires protestants, d'une balle dans le dos, alors qu'il était en passe d'être fait prisonnier. On observe qu'Anne de Montmorency est l'oncle de deux combattants opposés : à la fois, de Gaspard de Coligny, (Protestant) fils de sa sœur Louise de Montmorency et de Claude de Basternay, (Catholique), fils de sa belle-sœur, Isabelle de Savoie (fille de René de Savoie et sœur de Madeleine (1510-1586).

Conversion au protestantisme

Jacqueline, veuve, est réfugiée chez sa mère, au château de Saint-André de Briord, en Bugey savoyard, actuel département de l'Ain.

Elle rencontre son vieil ami Marc-Claude de Buttet, et Théodore de Bèze, autrefois attachés à la Brigade des poètes précédant La Pléiade de Ronsard, qu'elle a connus autrefois à la cour du Louvre Anne Weigel, Jacqueline d'Entremont, SSHA, 2008, pages 66 à 79. Marc-Claude de Buttet, poète savoisien, a pris sa retraite dans son village de Tresserve, au bord du Lac du Bourget La mode poétique, à l'époque de la Pléiade, est de chanter une égérie sous un nom mythique, à l'exemple de Ronsard avec Cassandre. Marc-Claude de Buttet, gentilhomme savoisien, est admis à la cour du roi François au palais du Louvre. Il était le protégé d'Odet de Coligny, cardinal de Chatillon, frère de l'amiral, et de Marguerite de France, future duchesse de Savoie. Il choisit comme égérie Béatrix Pacheco Da Silva et lui attribue le nom d'Amalthée, une chèvre mythologique ! Une dizaine d'années plus tard, Jacqueline d'Entremont prend le relais de sa mère lorsqu'à son retour de Bruxelles, elle apparaît à la cour d'Henri II. Muse de cet amoureux platonique, elle va, à son tour, inspirer la verve poétique du gentilhomme savoisien sous le nom d'Amalthée. Mais, les historiens sont toujours très divisés sur l'identité exacte de l'Amalthée (Sarah Alyn Stacey, Marc-Claude de Buttet, l'Honneur de la Savoie, Honoré Champion, Paris, 2006, 235 P.). Théodore de Bèze est devenu ministre du culte protestant à Genève. Son éloquence et sa force de conviction sont restés célèbres. Il réussit sans peine à convertir la comtesse d'Entremont à la religion réformée. Elle va officiellement abjurer la religion catholique, au grand dam du duc de Savoie.

Second mariage

Théodore de Bèze est en relation très suivie avec l'amiral Gaspard de Coligny, chef des protestants de France. Il a en effet participé au colloque de Poissy entre le 9 et le Malgré l'échec des négociations du colloque de Poissy, Théodore de Bèze et Gaspard de Coligny vont obtenir en janvier 1562 la signature par le roi François II, âgé de 12 ans, de l'Édit de janvier. Connu également sous le nom d'Édit de Tolérance, il reconnaît officiellement aux protestants le droit de s'assembler dans certaines villes pour célébrer leur culte. Mais le massacre de Wassy, perpétré par les troupes de François de Guise le mars 1562, remet tout en question et ravive à nouveau les guerres de religion. Le duc de Guise est assassiné le 18 février 1563 et meurt des suites de ses blessures le 24 février. Théodore de Bèze dans son Histoire Eccleésiatique dit : Grâces furent rendues solennellement avec grandes réjouissances., en compagnie de l'amiral, face aux théologiens catholiques. Depuis cette époque, tous les actes de Coligny sont influencés par le ministre du culte de Genève.

Le , meurt Charlotte de Laval, épouse de Gaspard de Coligny. Elle lui a donné huit enfants et il ressent cruellement cette perte. Théodore de Bèze conseille à Jacqueline de se remarier avec l'amiral. Elle le connaît bien pour l'avoir rencontré à plusieurs reprises à la cour du Louvre, depuis son retour de la cour de Bruxelles en 1557. Sa mère, Béatrice Pacheco, était dame d'honneur de la reine Éléonore, en compagnie de la mère de Gaspard. Elle l'a bien connu adolescent à la cour du Louvre en 1530Louise de Montmorency, (1496-1547), veuve du maréchal Gaspard Ier de Coligny, depuis 1522, se consacre à l'éducation de ses enfants au château de Châtillon. Puis, en 1530, elle est appelée à la cour par le roi François où elle est désignée comme dame d'honneur de la reine Éléonore de Habsbourg. Ses trois fils, Odet (13 ans), Gaspard (11ans), et François (9 ans), vont vivre à la cour et poursuivent leurs études avec les fils du roi.