vignette|C-9 Nightingale, version militaire médicalisé du Douglas DC-9. 21 exemplaires en service entre 1968 et 2004. L’aviation sanitaire représente une étape dans l’histoire de la médecine et plus particulièrement dans l'histoire de la médecine aéronautique..
Au cours des guerres, la rapidité de l'évacuation des blessés pour leur appliquer un traitement précoce a toujours été considérée comme un facteur déterminant de leur survie. La maîtrise des airs a ouvert de nouvelles possibilités. C’est ainsi que les services médicaux aériens sont nés et se sont développés au cours des guerres du , bénéficiant à la fois de l’amélioration des performances des aéronefs et des progrès de la médecine hospitalière.
Le savoir-faire acquis sur les champs de bataille a été mis ensuite au service de l’ensemble de la population.
Origines Projets non aboutis À la fin du , le médecin général de l'armée néerlandaise de Moy avait imaginé de transporter des blessés dans de larges nacelles suspendues à des ballons tractés par des chevaux. Mais ceci n’a jamais été réalisé et il n’y a jamais eu de transport de malades ou blessés dans des ballons libres ou captifs..
En 1910 le , fondateur de l’association des Dames françaises, propose un prix pour la réalisation d’un avion ambulance. Le projet d’avion ambulance de Marie Marvingt et l’ingénieur Louis Béchereau, futur concepteur du SPAD, n’a pas de suite malgré la maturité de son projet, l’entreprise chargée de sa fabrication ayant fait faillite.. L'avant-projet de Ribes et Julliot en 1912 ne dépasse pas le stade de maquette ..
Si aucun de ces projets n’a pu aboutir, c’est qu'il y avait discussion au début du siècle sur le concept de propriété du domaine aérien et de protection juridique internationale des avions sanitaires.
Le sénateur Reymond, médecin et pilote, présente au Sénat un projet tout autre consistant à utiliser l’avion pour repérer les blessés sur le terrain. Il en fait la démonstration lors des grandes manœuvres de l’automne 1912 mais sa mort dans les tout premiers mois de la guerre ne lui permettra pas d’en promouvoir le concept..
Premières évacuations sanitaires aériennes d’opportunité Ce nom a parfois été donné aux évacuations effectuées sur des avions d’arme biplace non aménagés pour le transport de blessés. Elles étaient le fait d’initiatives locales indépendamment de toute organisation médicale planifiée. De ce fait, leur décompte n’a jamais été réalisé de façon précise.
On s’accorde pour considérer que la première du genre s’est déroulée au Royaume de Serbie en , où l'escadrille française MF 99 S équipé de Farman MF.11 commandée par le commandant Dangelzer. évacue une douzaine de blessés sur le trajet Prizren, Shkodër, Aleso durant la campagne de Serbie..
Le au protectorat français au Maroc, l’évacuation entre Ksar el Souk et l’hôpital de Bou Denib du général Poemyrau blessé au thorax accueilli par le général Lyautey et le professeur Tufier venu le soigner fit grand bruit, étant donné la personnalité de l’intéressé, en deux parties : (1) , et (2), ..
Moins connues sont les , effectuées au Maroc en 1918, rapportées par le médecin major Epaulard., et surtout celles, très nombreuses, décomptées entre 1919 et 1921 par le colonel Denain commandant l’aéronautique au Levant français..
L'avion Dorand AR, premier avion ambulance Pendant la Grande Guerre, l’idée est reprise par le docteur et député Eugène Chassaing qui propose de transformer un avion déjà existant en avion ambulance au lieu d’en fabriquer un de toutes pièces. Cette solution avait l’avantage d’être beaucoup plus simple et moins onéreuse que les projets précédents. Il présenta son projet à l’Assemblée nationale le puis dans la presse. Grâce au soutien de Justin Godart, ministre du Service de santé, un avion Dorand AR, petit biplan à armature en bois déclassé sur le plan opérationnel, lui fut attribué.. vignette|Version sanitaire du Dorand AR selon le docteur et député Eugène Chassaing. L’aménagement réalisé par le capitaine Dalsace consistait à installer deux brancards superposés dans le fuselage en supprimant le poste du mitrailleur. La première expérience eut lieu le à Villacoublay et la présentation officielle quelques jours plus tard en présence de J.Godart. Le mois suivant, d’autres démonstrations furent effectuées près du Moulin de Laffaux dans la région de Soissons occupée par la armée.. Le journal l'Opinion du qualifia Chassaing de « père de l’avion sanitaire ». vignette|Une version ambulance d'un Curtiss JN-4 américain lors d'un exercice en 1918. À la demande du général LyauteyLettre MG, le 28 décembre 1918, Rabat, Résidence générale de France au Maroc, du général de division Lyautey au sous-secrétaire d’État du Service de santé militaire., Résident général au Maroc, Chassaing s'y rend en pour y étudier les conditions d’emploi de l’avion à des fins sanitaires. Avec le lieutenant-colonel Cheutin, commandant le régiment d’aviation, ils élaborent une tactique sanitaire comportant l’évaluation des besoins qui sont fixés à pour l’ensemble du territoire, la création de pistes de secours, la coordination entre les troupes au sol et les moyens aériens, la priorité accordée aux communications téléphoniques concernant les évacuations médicales, la prise en charge des patients non seulement militaires mais aussi civilsLettre le 18 novembre 1918, Rabat, du médecin major de classe Chassaing au médecin général inspecteur Braun directeur de Service de santé du Maroc..
Pour débuter, six autres avions AR furent aménagés de la même façon, dont quatre destinés au Maroc. Mais ils étaient peu performants, peu fiables, difficiles à entretenir faute de pièces de rechange et finalement peu adaptés à une utilisation opérationnelle. Bien que disponibles au printemps 1918, ils ne furent utilisés qu’à deux reprises au Maroc, le et le pour évacuer quatre blessés.
Des essais d'avions ambulances sont effectués également par d'autres pays durant ce conflit.
Aviation sanitaire en temps de guerre Aviation sanitaire au Maroc et au Levant Après les démonstrations de 1917 et les premières réalisations au début de 1919, l’intérêt de l’avion sanitaire n’était plus discuté. Mais il fallait trouver un autre appareil plus performant que le Dorand AR. La guerre 1914-1918 étant terminée, de nombreux avions étaient désormais sans emploi et destinés à la casse bien qu’étant encore en relatif bon état. C’était le cas des Breguet . Chassaing obtint du sous-secrétariat d'État de l’aéronautique que soixante d’entre eux soient aménagés en version sanitaire avec chargement latéral pour deux brancards superposés. Les premiers exemplaires furent livrés au printemps 1921, vingt à Casablanca et seize au Levant. Il s’agissait du Breguet type A2. Après la première utilisation le au Maroc, les évacuations sanitaires aériennes entrèrent très rapidement dans la pratique courante, ce qui conduisit Cheutin à dire lors du premier congrès international de l'aviation sanitaire en 1929 que cette date . Deux ans plus tard, un nouveau modèle entra en service, le Breguet Tbis Limousine.. Plus spacieux et chauffé, il améliora considérablement le confort des blessés. Il était cependant plus délicat à piloter en raison de l’emplacement de la cabine de convoyage en avant du poste de pilotage.
Ces deux appareils furent remplacés à partir de 1929 par des avions plus performants : le et le . Dans les endroits difficiles d’accès avec des pistes d’atterrissage très courtes, on utilisait le Hanriot HD.14 et le Bloch MB.80, avions plus légers ne transportant qu’un seul blessé..
En additionnant les données annuelles publiées par le médecin colonel Schickelé entre 1920 et 1938, on arrive à un total de au Maroc et au LevantM. Schickelé, série d’articles dans Arch. Méd. Pharm. Milit. : 1931, 403-9 ; 1932, 9-51, 1933, 813-20 ; 1934, 253-58 ; 1935, 511-4 ; 1936, 795-8 ; 1937, 847-52 ; 1938, 249-55 ; 1939, 950-9.. On a considéré que le tiers des évacués devait la vie à l’aviation sanitaire. La question des indications ou contre-indications à l’évacuation par la voie aérienne n’a guère fait l’objet de commentaires à l’époque car il n’y avait pas d’alternative. C’était soit la civière et le cacolet à dos de mulet pendant des heures voire deux ou trois jours avec le développement de l’infection et de la gangrène, soit l’avion avec parfois des barotraumas.
Sur le plan du pilotage, ces évacuations étaient considérées comme difficiles. Elles étaient confiées aux pilotes les plus confirmés. Parmi ceux-ci, on retrouve Jean Mermoz affecté à Alep au début de sa carrière..
Ainsi, la France a été le premier pays à mettre en œuvre l’aviation sanitaire en situation opérationnelle à grande échelle, sous l'impulsion des médecins capitaines Albert Chemin. et Jean Vial. Par ailleurs, Marie Marvingt fut invitée à organiser l'aviation sanitaire civile au Maroc en 1934, qu'elle présidera ensuite.
Aviation sanitaire en France entre les deux guerres mondiales Les succès des premiers Breguet sanitaires aux colonies firent école en métropole. Le médecin colonel Robert Picqué, chirurgien, médecin chef de l’hôpital militaire de Talence, s’employa entre 1922 et 1927 à mettre en place une organisation sanitaire aérienne dans le Sud-ouest de la France qu’il souhaitait étendre ensuite à tout le pays. Deux, puis trois avions de type Breguet et Hanriot HD.14 ainsi qu’un pilote attitré, Goegel, avaient été mis à sa disposition sur la base aérienne de Cazaux. Une quinzaine de terrains avaient été repérés et aménagés selon ses indications auprès des principales agglomérations de la région permettant aux avions d’aller récupérer malades et accidentés pour les conduire à Bordeaux afin de les traiter. Il fut un promoteur passionné de l’aviation sanitaire, multipliant ses interventions en France et à l’étranger lors des différents congrès médicaux. Si bien que sa mort accidentelle le dans la commune de Marcheprime à l’occasion d’une évacuation aérienne suscita une intense émotion qui fit de lui l’apôtre de l’aviation sanitaire..
Une autre doctrine d’emploi de l’avion à des fins sanitaires fut proposée par un industriel, Nemirovski, associé au docteur Tilman. Elle consistait à amener par voie aérienne l’équipe chirurgicale avec ses moyens opératoires auprès des blessés pour les traiter sur place au lieu de les transporter vers un centre hospitalier. À cette fin, il aménagea plusieurs appareils dont un avion de bombardement, le Voisin. Baptisée « Aérochir », cette réalisation n’eut guère de succès. L’idée en sera reprise bien plus tard lors de la création des antennes chirurgicales aéroportées.
Sur le plan juridique, Juliot, juriste de formation, fut le principal artisan de l’application des conventions de la Croix-Rouge internationale à l’aviation sanitaire. Ceci fut acquis en 1929 avec l’ de la convention de Genève qui assurait en cas de guerre la garantie de la neutralité aux avions sanitaires..Plusieurs associations virent le jour : « la ligue nationale pour les transports sanitaires » présidée par Le Troquer, ancien ministre, « les amis de l’avion ambulance (AAA)» fondée par Marie Marvingt et Robert Charlet. Un « comité permanent des congrès internationaux de l’aviation sanitaire » fut créé à l’Aéro-Club de France.
Apôtre de longue date de l’assistance aérienne, Marie Marvingt contribue à l’organisation en 1929 à Paris du premier Congrès international de l’Aviation sanitaire, présidé par Lyautey et accueillant les représentants d'une quarantaine de nations. D'autres évènement suivront : les « Journées d’aviation sanitaire coloniale » tenues à Paris en 1931 à l’occasion de « l’Exposition coloniale internationale », puis les congrès internationaux de Madrid en 1933, de Bruxelles en 1935 ainsi que d’autres réunions de moindre importance en France ou à l’étranger. Lors de ces réunions , la plupart des modèles d’avions sanitaires existant ou en projet étaient exposés.