La colonisation espagnole de l'Amérique, commencée avec les voyages de Christophe Colomb vers la fin du , a permis à la monarchie catholique espagnole de maîtriser une grande partie du continent (son extension maximale étant atteinte au ). L'Espagne a ensuite perdu progressivement cette domination avec l’accès à l’indépendance des territoires, et la guerre hispano-américaine de 1898, quand les dernières colonies espagnoles (Cuba, Porto Rico, les Philippines) ont été perdues au profit des États-Unis.

Les possessions du continent Amérique constituaient une grande partie de l'empire espagnol. Les premières colonies étaient situées dans les Caraïbes, puis se sont ensuite étendues à l'Amérique centrale, la partie de l'Amérique du Sud située à l’ouest du , le Mexique, le Sud actuel des États-Unis et enfin une partie de l'Alaska.

Au début du , les colonies espagnoles en Amérique commencèrent leur processus d'indépendance qui se termina autour de 1825. Les colonies restantes de Cuba et de Porto Rico furent finalement perdues à l'issue de la guerre hispano-américaine en 1898, qui mit un terme définitif à la domination espagnole sur les Amériques.

Voyages de Christophe Colomb

Après un refus du roi du Portugal, le Génois Christophe Colomb arrive à convaincre les Rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand II d'Aragon, de financer une expédition qui doit permettre d'atteindre les et ses richesses par l'ouest. En , Colomb atteint l'île de San Salvador (Bahamas), puis fonde La Navidad, le premier établissement colonial du Nouveau Monde à Hispaniola. Il est nommé gouverneur général des Indes (1493-1500) par les rois espagnols avec des privilèges peu importants.

thumb|upright=1.5|Les quatre voyages de Colomb.

Cependant, le traité de Tordesillas de 1494 limite les ambitions de l'Espagne en obligeant celle-ci à partager le « Nouveau Monde » avec les Portugais. Ainsi, les nouvelles terres découvertes situées à l'Ouest d'un méridien à des îles du Cap-Vert seront attribuées aux Espagnols.

Pendant ce temps, le gouvernement de Colomb (auquel il a associé ses deux frères Bartolomeo et Giacomo) se révèle désastreux, pour les colons qui s'affrontent entre eux, mais surtout pour les autochtones d'Hispaniola dont la population s'effondre du fait des maladies et des exactions des conquérants. Au cours de trois autres voyages effectués jusqu'en 1504, Christophe Colomb explore les Antilles et le littoral caraïbe de l'Amérique centrale.

Mais c'est au Florentin Amerigo Vespucci qu'est attribuée en 1507 la découverte d'un nouveau continent, puisqu'il l'a le premier, semble-t-il, considéré comme un continent, ou parce qu'un cartographe l'a dénommé ainsi d'après son prénom.

Durant le , les Espagnols découvrent des terres américaines qui s'étendent de la Californie et de la Floride jusqu'à la Terre de Feu. Hormis le Brésil, tombé sous la coupe portugaise, l'Espagne s'est emparée de tous ses territoires à l'Ouest de celui-ci (y compris l'imposante vice-royauté du Pérou, qui comprend les mines d'argent de Potosí et qui fait partie de la Nouvelle-Espagne créée en 1525).

Après une phase de découverte au départ d'Hispaniola, la seule colonie peuplée par les Espagnols pendant 18 ans, entre 1492 et 1510, commence en 1510 la colonisation espagnole de la terre ferme d'Amérique. Cette partie du nouveau monde est divisée par le roi d'Espagne en deux parties, le Veraguas, à l'ouest du golfe d'Urabá, et la Nouvelle-Andalousie à l'Ouest de ce golfe, la séparation étant assurée par la rivière Darién, appelée plus tard rivière Atrato. Le Veraguas contient toute l'Amérique centrale, jusqu'au Panama, et la moitié de l'actuelle Colombie, alors jugée la plus riche en or, car elle inclut les futures mines d'or du Chocó, situées le long du río Choco.

Plus tard, en 1534, la découverte et exploration du golfe du Saint-Laurent par le Français Jacques Cartier au nom du roi de France remet en question la légitimité du traité de Tordesillas. Espagnols et Portugais n'auront plus le monopole de la découverte et de la colonisation des Amériques : France, Angleterre et Provinces-Unies, notamment, s'inviteront dans l'aventure coloniale américaine dès la fin du .

Mise en place des colonies

L'arrivée de Cortés au Mexique L’Empire aztèque, au centre du territoire de l’actuel Mexique, fut le premier des grands empires américains à être colonisé par les Espagnols. En effet, c’est tout d’abord en 1517 que Michel Mourre (2004). Mourre : dictionnaire encyclopédique d’histoire (i.m.), Paris, Bordas/SEJER, p. 3624. Par la suite, c’est le que Hernán Cortés débarque à Veracruz. Il est alors bien accueilli par les Tlaxcaltèques, les adversaires traditionnels des Aztèques. Il commence par imposer . En effet, Moctezuma se montre d’abord conciliant avec les Espagnols, s’efforçant de gagner du temps, mais à la suite d’un soulèvement des Aztèques contre les Espagnols (Mourre, 2004, p. 3725), .

L'arrivée de Pizarro et d'Almagro au Pérou Au début du , Wachtel, Nathan (1971). La vision des vaincus : les Indiens du Pérou devant la Conquête espagnole, [s.l.], p. 48 et plusieurs civilisations sont hostiles aux souverains incas. C’est environ au même moment que les conquistadors Francisco Pizarro et Diego de Almagro arrivent au Pérou. Ils réalisent, quelque temps après leur arrivée, que cette situation leur est favorable. Ils tentent de convaincre les Incas qu’ils sont pacifiques et finissent par organiser une rencontre à Cajamarca avec le dirigeant inca, Atahualpa. Cette « rencontre » se révèle être un guet-apen qui tourne au massacre : des milliers de membres de l'élite inca sont tués et Atahualpa est fait prisonnier. Mourre, Michel (1968). Dictionnaire d’histoire universelle, Paris, Éditions universitaires, p. 1624. Un conflit éclate alors entre les quelques Espagnols présents au Pérou et les Incas jusqu’au début des années 1570. De ce conflit, il découlera plusieurs massacres qui causeront des milliers de morts, principalement du côté des peuples amérindiensBaron, Martin (2012). Recueil de textes [Document inédit], Histoire des Amériques, Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, Rouyn-Noranda, [s.p.]..

Finalement, les conquistadors Cortés, Pizarro et Almagro sont les principaux acteurs de la conquête du Mexique et du Pérou par les Espagnols. L'Amérique est tout d'abord découverte par hasard par Christophe Colomb, lequel y fait quatre voyages. Par la suite, les côtes mexicaines sont reconnues par Fernandez de Cordoba et, finalement, Cortés amorce la conquête du Mexique. Pizarro et Almagro suivront l’exemple de Cortés, peu de temps après lui, mais au Pérou. Les mouvements coloniaux espagnols en Amérique furent contestés vigoureusement par les populations déjà installées (autochtone, indigènes), mais, à l'exception du peuple Mapuche, la résistance de ceux-ci s'avéra impuissante.

Évangélisation vignette|droite|Azulejo, couvent franciscain de Belvís de Monroy (Cáceres).

La Nouvelle-Espagne, à partir de 1524, est en cours d'évangélisation. Les précurseurs sont des franciscains. L'histoire retient 12 noms. Les pionniers franciscains de l'évangélisation de l'Amérique espagnole furent appelés Les Douze Apôtres du Mexique : Martin de Valencia (1474-1534) ; François de Soto (v. 1500-1563) ; Martin de Coruña (ou de la Corogne) ; Juan Juárez ; Antoine de Ciudad Rodrigo (?-?) ; Toribio de Benavente (v. 1481-v. 1569), dit « Motolinia » ; García de Cisneros (?-?) ; Louis de Fuensalida (?-?) / Fontsortie ; Juan de Ribas / Ribes ; François Jiménez ; André de Córdoba ; Jean de Palos (?-1527), remplaçant de Bernardino de la Torre.

Deux au moins sont réputés pour avoir collecté, peut-être étudié, mais surtout brûlé en grand autodafé la plupart des textes (illustrés) indigènes (de telle région), dont les Relations sont des tentatives de reconstitution.

Il convient d'ajouter à la liste de ces pionniers de l'évangélisation d'autres religieux catholiques, eux aussi entrés dans l'histoire. Parmi eux des Dominicains et des Jésuites : Bartolomé de las Casas (1484-1566) ; Pierre de Gand (v. 1480-1572) ; Andrés de Olmos (v. 1485-1571), Arte de la lengua mexicana (1547) ; (v. 1484-1566) ; Luis Cáncer (1500-1549) ; Bernardino de Sahagún (v. 1499-1590), qui publie en 1577 l'encyclopédie Historia general de las cosas de nueva España ou Codex de Florence ; (v. 1507-1585), qui publie en 1558 un El arte de la lengua tarasca du Michoacan, puis le El thesoro spiritual en lengua de Mechuacan ; Alonso de Molina (v. 1513-v. 1579) ; (1519-1576) ; Gerónimo de Mendieta (1525-1604) ; (1533-1582), Rhetorica christiana (1579) ; José de Acosta (v. 1540-1600), De Natura Novi Orbis (1588), De promulgatione Evangelii apud Barbaros, sive De Procuranda Indorum salute (1588), Historia natural y moral de las Indias (1590) ; Juan de Torquemada (missionnaire) (v. 1557-1624).

Métissage Dès les débuts de la colonisation, un processus de métissage se met rapidement en place et quasi exclusivement par les femmes, avec des alliances matrimoniales forcées ou volontaires, dons, rapts et viols. Les conquistadores s'attribuent et se partagent les femmes indiennes tombées en captivité. Le terme mestizo (attesté en ce sens en 1598) sert à dénommer cette nouvelle catégorie d’êtres humains issus des unions entre Amérindiens et Espagnols. Il se différencie alors de mulato (mulâtre) désignant les personnes issues d'unions entre Noirs et Espagnols et de zambo, désignant les personnes issues d'unions entre Noirs et Amérindiens. À partir du , se met en place une « société des castes » ou les différentes combinaisons ethniques et degrés de métissage entre Européens, Amérindiens et Africains sont définis et hiérarchisés en généralement sept groupes (Espagnols, castizos, moriscos, mestizos, mulatos, Indiens et Noirs). Un mouvement artistique, la peinture de castes (pinturas de castas) se développe par ailleurs en Nouvelle-Espagne au et qui représente les diverses castes au sein des colonies espagnoles et notamment les mélanges ethniquesSoizic Croguennec, Société minière et monde métis : Le centre-nord de la Nouvelle Espagne au XVIIIe siècle, Volume 64 de Bibliothèque de la Casa de Velázquez, Casa de Velázquez, 2015, p. 243-283.

Territoires La colonisation européenne des Amériques, ou plutôt les différents Empires coloniaux que les différentes puissances maritimes européennes ont essayé de constituer, sur plus de trois siècles, contribue à brouiller les repères, par les rivalités ainsi provoquées, batailles, guerres, pirateries, et commerce triangulaire. L'essentiel reste l'Empire colonial espagnol (1492-1975) et l'Empire colonial portugais (1415-1999, colonisation portugaise de l'Amérique).

Amérique du Sud vignette|gauche|280px|Zonage 1534-1539 thumb|600px|Carte des territoires de l'Empire espagnol pendant l'union ibérique (1580-1640).

Nouvelle-Espagne : Mésoamérique et Amérique du Nord thumb|left|300px|La Nouvelle-Espagne est en vert foncé et les territoires contestés, en vert pâle.

Les répartitions et dénominations des territoires rattachés à la Couronne d'Espagne ont beaucoup changé, surtout au premier siècle de la colonisation.

La Nouvelle-Espagne (1535-1821) regroupe globalement tous les territoires espagnols en Amérique du Nord. Elle accède par une guerre à l'indépendance en 1821 : la Floride a déjà été cédée en 1819 aux États-Unis par le traité d'Adams-Onís). Ce territoire, auquel les États-Unis vont ravir l'Arizona, le Nouveau-Mexique, la Californie et le Texas, va devenir le Mexique.

Outre la Nouvelle-Espagne et les Indes occidentales espagnoles (Antilles : Haïti, République dominicaine (Hispaniola, Capitainerie générale de Saint-Domingue (1535-1865)), Porto Rico, Jamaïque, Dominique et Trinité-et-Tobago), la base historique reste l'île de Cuba, future Capitainerie générale de Cuba (1510-1898).

La question de la main d’œuvre est déjà importante à Cuba. Des esclaves y sont importés encore longtemps en dépit de l'interdiction officielle.