vignette|Bataille lors des Croisades : le mos Teutonicus remédie à la décomposition du cadavre des chevaliers morts afin qu'ils soient transportés dans leur lieu d'inhumation souhaité.

Le (locution latine, littéralement « usage teuton », rappelant l'origine germanique de cette coutume), parfois appelé (« usage gaulois »), est une technique funéraire d'excarnation utilisée dans l'Europe médiévale. Consistant à séparer les os de la chair du cadavre, cette technique hygiénique permet ainsi pour les grands seigneurs et prélats mourant loin de chez eux de rapatrier leurs os avant que leur corps ne soit putréfié.

Contexte

vignette|À la mort de Saint Louis, l'embaumement interne étant insuffisant pour éviter la putréfaction du corps durant son long retour, on a recours au mos Teutonicus.

La technique d'embaumement pratiquée en Égypte antique perdure quelque temps dans la Rome antique, puis tombe en désuétude. Au début du Moyen Âge, l'art égyptien dans ce domaine est perdu et la technique d'embaumement est rudimentaire, à l'exception de grands seigneurs et prélats qui peuvent s'offrir le savoir-faire d'embaumeurs (le baume et les épices étant fort onéreux) pour empêcher leur corps de se décomposer durant son rapatriement lorsqu'ils décèdent loin de leur communauté..

Au cours de la deuxième croisade, la mort de croisés en terre infidèle pose la question du traitement du corps, les chevaliers voulant être enterrés dans leur patrie et non en territoire musulman. Le transport du corps entier sur de longues distances et en climat chaud est peu hygiénique, l'embaumement ne pouvant empêcher la décomposition que quelques jours.. Une autre solution est employée, le mos Teutonicus, l'« usage teuton », expression inventée par le chroniqueur Boncompagno da Signa au : « Les Teutons prennent les entrailles des cadavres des hommes haut placés lorsqu'ils meurent en terre étrangère et laissent leurs restes en ébullition dans des chaudières jusqu'à ce que la chair, les tendons et les cartilages soient séparés des os et, après un certain temps, ces os sont lavés dans du vin parfumé et saupoudrés d'épices pour être ramenés dans leur patrie. » en référence aux chevaliers germaniques qui utilisent lors des croisades cette technique plus hygiénique et économique que l'embaumement., cette pratique étant attestée dès la fin du sur l'évêque de Hildesheim ..

Les premiers embaumeurs à l'époque des croisades sont des cuisiniers et des bouchers qui ont l'habitude d'ouvrir des carcasses et de les faire bouillir (pour ne laisser que les ossements), des barbiers chirurgiens experts dans la dissection ou des apothicaires qui ont des aromates à portée de main. Parfois, en plus du cœur prélevé et embaumé, la tête et les mains avec les avant-bras sont découpés et momifiés pour être ramenés à la veuve qui peut ainsi authentifier la dépouille. Ce procédé a l'avantage d'être plus hygiénique et moins coûteux..

Les aristocrates français et anglais préfèrent l'embaumement au mos Teutonicus (sauf cas de force majeure comme pour Saint Louis., Philippe III., Bertrand Du Guesclin ou Alphonse de Poitiers), pratiquant pour certains une partition du corps (, « division du corps » en cœur, entrailles et ossementsBipartition (cœur et corps) ou tripartition (cœur, entrailles et corps).) avec des sépultures multiplesPratique initiée au milieu du par les chevaliers et souverains du royaume d'Angleterre et du Saint-Empire romain germanique morts en croisade ou loin de leur lieu de sépulture choisi, tel Henri du Saint-Empire. comme le pratiquent les rois Plantagenêt et à leur suite, à partir du , les princes capétiensLe premier roi capétien dont la tripartition du corps est bien attestée est Philippe puisque la destinée du cœur de Saint Louis n'est pas connue.dans le royaume de France (majoritairement les rois, parfois les reines ou les proches). Cette dilaceratio permet la multiplication des cérémonies (funérailles du corps, les plus importantes, puis funérailles du cœur et funérailles des entrailles) et des lieux (avec un tombeau de corps, un tombeau de cœur et un tombeau d’entrailles, comme les gisants royaux à entrailles de l'abbaye de Maubuisson.) où honorer le défunt..

Procédé L'excarnation ou « décarnisation. » est un procédé de dépeçage du corps qui est démembré (pour faciliter l'étape suivante), éviscéré puis bouilli pendant plusieurs heures dans une marmite d'eau ou de vin aromatisé d'épices, ce qui permet de séparer la chair du reste du corps... La chair et les viscères peuvent être enterrés immédiatement ou conservés dans du sel (comme de la viande animale) pour être rapatriés comme les ossements.

Interdiction Bien que l'Église catholique ait un grand respect pour cette pratique, le pape Boniface considère que l'intégrité corporelle du défunt doit primer. Il interdit le par la décrétale du . ., reprise par la bulle du .

La décrétale décrit le procédé comme suit : lorsqu'un chrétien, .

Dans la pratique, certains bénéficieront de bulles d'exemption de la part des papes pour continuer à utiliser le ..

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie .

Articles connexes Thanatopraxie Mort Rite funéraire

Catégorie:Rite funéraire Catégorie:Science ou technique au Moyen Âge central