La ( ; japonais : ryūkyū shintō ; « la voie du divin des îles Ryūkyū ») est un ensemble des croyances originaires des îles Ryūkyū parfois reconnues comme religion. Elles se rapprochent de diverses pratiques de l'île de Kyūshū et du sud de la Corée mélangeant le polythéisme et l'animisme.
Histoire
Deux courants religieux existent : le culte d'Utaki et le culte d'Hinukan. Le premier culte est de type chamanique pratiqué par les noro. Il consiste dans la vénération des divinités et des ancêtres. Le second culte est de type domestique pratiqué par les femmes. Il s'agit d'attirer l'attention des divinités domestiques afin de protéger l'habitation et ses habitants.
Mythe fondateur des îles Ryūkyū Un mythe est une histoire traditionnelle qui tente d'expliquer la raison de la présence de l'homme sur Terre et la vie.
« Au commencement, l', qui vivait dans le céleste, regarda sur la Terre et vit qu'il n'y avait aucune île. Il ordonna alors à Amamikyu de créer l'îles Ryūkyū, qui lui demanda les matériaux nécessaires. Alors, l'Empereur Céleste envoya apporter à la déesse de l'herbe, des arbres. Ceci fait, elle descendit sur Terre et arriva sur l'île d'Okinawa, au lieu-dit de Seifa-utaki, et construisit les châteaux de Tamagusuku et Chinen. Elle demanda à nouveau à l'Empereur Céleste les matériaux nécessaires afin de créer des humains, mais les autres dieux ne voulaient pas descendre. Elle devint alors enceinte de Shinerikyu et peupla l'archipel. À ce moment, le peuple habitait dans les cavernes, mangeait les fruits et buvait le sang des animaux. Amamikyu monta pour la troisième fois au ciel et reçut les semences des cinq céréales qu’elle sema dans les îles et, avec les récoltes, elle célébra la fête du ciel, de la terre et des dieux. Mais à mesure que le temps passait, les dieux-gardiens disparurent et les calamités commencèrent de s’abattre sur le pays. » Après plusieurs générations, Tentei vit le jour et partagea les îles entre ses cinq enfants : l’aîné, Tenson, devint le premier roi de Ryūkyū ; le fils cadet devint le premier seigneur féodal ; le troisième fils le premier fermier ; la fille aînée devint la première noro royale et la seconde devint la première noro du village. »
Divinités et rituels
Kami Un est un esprit ou une« concentration d’énergie spirituelle ». Il existe différentes catégories d'esprits telle que les esprits malins, négatifs, errants, fantômes...
Quand une noro meurt, elle devient le contenant de sa grande énergie et par là-même devient un kami. Les esprits négatifs sont souvent considérés comme des « fantômes ». Généralement ce sont les esprits de ceux qui eurent une mort horrible ou qui ne reçurent pas de sépulture correcte.
D’autres esprits malins se dissimulent sous une forme entre dieux et esprits des morts : ces esprits sont supposés être irrités ou fâchés par la présence humaine. Ils sont responsables d’accidents, de maladies, voire de morts causées par la proximité des habitations.
Kami plus ou moins domestiques Le est un esprit terrestre symbolisé par trois petites pierres. Il habite généralement dans la cuisine ; c’est un dieu du feu, chargé de sa bonne conservation : son culte est organisé par la matriarche. Par extension un hinukan de la communauté est le gardien du feu sacré communal dont le culte est organisé par la noro locale. Lorsqu’il habite la maison familiale, l'hinukan n’a pas de domicile propre et ne quitte le foyer que pour retourner chez lui célébrer la Nouvelle Année solaire. Il peut être comparé à Kamuy Huci, déesse du foyer dans la religion des Aïnou.
Le fuuru nu kami (litt. dieu des toilettes) est le protecteur familial de la zone des déchets, des déjections des cochons et des humains. Lorsque ce dieu bienveillant est absent, l’endroit peut devenir maléfique et potentiellement hanté par un mauvais esprit. Comme fuuru nu kami est considéré essentiel à la bonne tenue de la maison, son habitat (la salle de bains et les toilettes) est nettoyé régulièrement ce qui est une marque de déférence à son égard ; des comptes-rendus familiaux réguliers lui sont d’ailleurs faits. Cet esprit est semblable à celui de la déesse des salles de bains en Corée, Cheukshin.
Les dieux les plus fréquemment invoqués sont clairement ceux de la maison, mais certains autres puissants dieux sont révérés par la communauté dans son entier ; de plus certaines créatures mythiques sont respectées sans être considérées comme des déités. Dans les communautés villageoises, le culte implique le plus souvent des déités marines ou montagnardes qui déterminent les succès ou échecs des cultures, de la pêche, du commerce, de la navigation : ces entités comprennent également des esprits cachés habitant des rochers, des arbres, des grottes, des cascades et sont respectés par les habitants. Des offrandes leur sont faites, il ne faut pas déplacer tel rocher, entrer dans telle grotte ou couper tel arbre, etc.
Certains ancêtres très anciens ou très puissants de leur vivant sont promus au rang de déité et leur esprit demeure dans un utaki : c’est en général un bosquet, une cascade, une grotte située près du village, dont l’accès est souvent limité et le caractère sacré toujours respecté. La partie la plus sacrée d’un utaki est l’ibi et ses environs (ibi nu mae) : seules les noro peuvent entrer dans l’ibi pour faire des offrandes et dire des prières dans l’ibi nu mae. L’utaki le plus célèbre et le plus sacré des Ryūkyū est Sefa-utaki situé sur Okinawa en face de Kudaka-jima : la légende explique que la déesse Amamikyu, qui a donné naissance aux îles de l’archipel, y serait descendue du ciel ; depuis cet espace sacré les gens priaient en se tournant vers Kudaka-jima. L’intronisation de la grande prêtresse de la Cour de Shuri, la kikoe-ōgimi, se déroulait ici. Kudaka est également le site de plusieurs utaki, de même que les environs du château de Nakijin ainsi que ceux de Gusukuyama (Ie-shima).
Buchidan vignette|Buchidan des îles Ryūkyū
est un autel dans les temples et les maisons. C’est un espace, habituellement un petit meuble, dédié à l’autel familial, au Bouddha et à diverses inscriptions rappelant les noms des ancêtres auxquels de l’encens et de l’alcool sont offerts. Dans l'archipel Ryūkyū, le buchidan n’abrite pas de statue du Bouddha comme dans le reste du Japon mais uniquement des tablettes sur lesquelles sont inscrits les noms des ancêtres de la famille. Le buchidan se transmet de génération en génération, de premier fils en premier fils mais seulement s’il a hérité de la maison paternelle ; il sert pour les réunions familiales lors des périodes festives comme le nouvel an ou O bon. Habituellement le buchidan reçoit des offrandes d’encens, de thé, d’eau et de riz cuit ; durant les fêtes on rajoute des fruits, du sucre et des gâteaux de riz : pendant cette période les familles offrent parfois de l’alcool (sake ou awamori).
Mabui
Le est un concept ryukyuan mélangeant les concepts d’âme et de mana. L’âme dans de nombreuses traditions est immortelle, de même que le mabui qui est également une caractéristique de l’individu. Le mabui d’un mort peut s’accrocher à un vivant, exigeant alors un rituel de séparation (マブイー沸かし, mabui-wakashi) ou nécessitant un déplacement de l’endroit de la mort vers l’endroit du repos (suukaa). Dans le cas d’une mort subite, un rituel complexe se déroule pour séparer le mabui de là où il s’est accroché vers un endroit où il pourra demeurer.
Tout d’abord des prières sont adressées aux ancêtres et aux dieux du foyer puis on visite le lieu où la perte se serait produite ; une offrande d’encens et de fruits aux ancêtres est effectuée ainsi que des prières de remerciement : trois pierres de l’endroit en question sont alors attachées à un vêtement porté pendant la perte et rapportées avec des boules de riz en offrande à la maison par la matriarche. Si le cas est particulièrement inquiétant, une yuta peut être requise comme intermédiaire. Uchatoù-mintoù protège des pertes de mabui ainsi que de la possession par des esprits étrangers (kakaimun) : le matin on doit offrir de l’eau et du thé aux dieux du foyer accompagnés de prières pour une bonne journée.
Créatures Le est une créature magique d’Okinawa : le kijimuna est un lutin qui ressemble à un jeune garçon aux cheveux rouges qui aurait l’apparence d’une poupée troll… Certains disent que seuls les enfants ou les gens dont le cœur est pur peuvent le voir. Il peut être accompagné par du feu et vit en haut des banians (gajumaru), ils sont spécialement présents dans la région de Yomitan où leurs représentations peuvent être vues en de nombreux endroits. Ils peuvent vous aider mais changent fréquemment d’idée, ils aiment pêcher et manger du poisson, ils sont associés aux arbres de manière générale.
Une autre créature, représentée en poterie sur la plupart des toits d’Okinawa, sont les shīsā utilisés pour leur capacité à éloigner le mal des maisons. C’est une représentation modifiée des komainu que l'on trouve sur les autres iles de l'archipel japonais ou des lions gardiens que l’on trouve à l’entrée des temples chinois.
Représentants du pouvoir de l’Océan on trouve les dragons (リュウ, ryū) qui apparaissent souvent dans les légendes ryukyuanes. Par exemple dans l’Iro-Setsuden (recueil de contes compilé au ), les dragons montrent des pouvoirs semblables à ceux des dieux et vivent dans leur propre royaume sous-marin. Cette conception semble provenir de Chine également.
Intervenants
Kaminchu
Les (okinawaïen : kamigutsu ; japonais : kannushi) sont des personnes spécialisées dans les rituels magiques et religieux. Leur rôle social correspond à celui d’un chaman, agissant suivant ses qualifications et servant de médium pour toutes sortes d’activités mystiques ainsi que de médiateurs entre esprits matériels et immatériels.
Bien qu’ils puissent accompagner le transfert du mabui d’un mort, ils ne peuvent guider un esprit en dehors du monde réel vers l’au-delà. Dans la langue d’Okinawa, shiji représente la capacité de ressentir et contrôler le pouvoir des ancêtres-kami ainsi que de communiquer avec eux.
noro/Nūru
La (okinawaïen : nūru) est une prêtresse qui parle avec le monde magique et les kami. La noro leur fait des offrandes pour communiquer et qui parfois peuvent les apaiser.
Les obligations principales d'une noro consistent à assurer les offices et à organiser les célébrations et les rituels. Les cérémonies se déroulent dans des lieux sacrés, habituellement un bosquet (ong), une grotte ou en mer. La prêtresse y récite des formules de conjuration magique. Elle est généralement assistées par deux hommes (guji okkan) qui battent le tambour rituel.
Rôles Les noro procèdent aux rituels divinatoires destinés à déterminer les meilleurs jours pour les cérémonies sacrées, pour les rites sociaux (mariages, décès) et pour les activités agricoles. Un lopin de terre (niigami) était réservée à la noro du village, en général sœur du chef (nitchu) de la plus vieille (ou plus puissante) famille de la communauté (niiya). La noro devait rester vierge ; elle était assistée par une fille de chaque maisonnée pour ses activités religieuses. Les symboles de sa fonction sont les vêtements blancs en fibre de bananier et les colliers de magatama, pierres sacrées en forme de virgule.
Sur les îles plus petites, des traditions spécifiques survivent comme sur Kudaka où la population considère que toutes les femmes entre 31 et peuvent être noro ; le rite d’initiation destiné aux femmes entre 31 et , izaiho, se tenait tous les douze ans : à cause du manque de femmes de cet âge, le dernier véritable rituel s’est déroulé en 1978.