vignette|Croquis fait par Grafton Elliot Smith de l'ensemble du corps de la momie « La Jeune Dame » (Younger Lady), montrant l'étendue des dommages qu'elle a subis.
La Jeune Dame (« Younger Lady » en anglais) est le nom informel donné à une momie découverte le dans la vallée des Rois en Égypte, dans la tombe KV35, par l'archéologue Victor Loret. La momie a reçu la désignation KV35YL (« YL » pour « Younger Lady ») et porte comme CG 61072 numéro d'inventaire au musée égyptien du Caire, où elle est encore conservée aujourd'hui.
Grâce à des tests d'ADN, cette momie a été identifiée en 2010, de manière relativement certaine, comme étant la mère du pharaon Toutânkhamon et une fille du pharaon et de la reine Tiyi.
Découverte
La momie a été découverte le par l'archéologue Victor Loret à proximité de deux autres momies dans l'une des salles de la tombe KV35 du roi située dans la vallée des Rois : un jeune garçon décédé vers l’âge de dix ans, peut-être le prince Oubensénou, et une femme plus âgée, identifiée à la reine Tiyi grâce aux récentes analyses ADN de la lignée de Toutânkhamon. Les trois momies ont été trouvées ensemble dans une petite antichambre, nues, côte à côte et non identifiées. Toutes trois avaient été fortement endommagées par des pilleurs de tombes antiques.
Description de la momie
Le docteur Grafton Elliot Smith examina la momie lors de son étude des anciennes momies royales menée au début du . Il constata immédiatement qu'il s'agissait du corps d'une femme, et non d'un homme comme le pensaient Loret et d'autres auteurs ultérieurs ; il attribua cette erreur au fait que la tête de la momie était rasée. Le corps mesurait et il estima que la femme n'avait pas plus de au moment de son décès, en se basant sur le degré de fusion de la crête iliaque et l'absence de dents de sagesse. Dans une étude réalisée dans au début du , la tomodensitométrie suggéra plutôt un âge compris entre vingt-cinq et trente-cinq ans au moment du décès, en se basant sur l'état de la jonction épiphysaire et la fermeture des sutures crâniennes.
On observe un petit orifice ovale () à l'avant du crâne, dans l'os frontal ; cet orifice présente des bords tranchants, biseautés et festonnés. De plus, des fragments d'os sont visibles à l'intérieur du crâne. Ces éléments, ainsi que l'absence de signes de cicatrisation ou de sclérose, indiquent qu'il s'agit d'une blessure post-mortem. La cavité crânienne contient le cerveau et la dure-mère, réduits et desséchés ; aucun matériau d'embaumement n'y est présent. Ceci est inhabituel, car toutes les autres momies de la fin de la présentent des traces de tentative d'extraction du cerveau. Des compresses de lin ont été placées devant les yeux, et un méchage sous-cutané est présent dans la joue droite et au milieu du visage. vignette|gauche|Vue de face de la momie trouvée dans la tombe KV35. La momie présente une large plaie à la joue et à la bouche, côté gauche. On pensait initialement que cette blessure, qui a également détruit une partie de la mâchoire, était due à des pilleurs de tombes, mais des examens de la momie en 2003 par une équipe scientifique de l'Université d'York, sous la direction de Joann Fletcher, ainsi qu'une tomodensitométrie réalisée dans le cadre du Egyptian Mummy Project, ont déterminé que la blessure était antérieure à la mort. La lésion touche sa joue, le sinus maxillaire gauche, l'apophyse alvéolaire et une partie de sa mâchoire ; elle ne présente aucune trace de cicatrisation. De plus, la plupart des os faciaux fracturés de la femme sont manquants ; un rouleau de lin imprégné de résine, utilisé pour l'embaumement, a été placé sur la plaie et partiellement sous la peau restante, ce qui renforce l'hypothèse que la blessure est antérieure à la momification. Les chercheurs estiment que cette blessure a été fatale et qu'elle résulte d'un impact violent sur le visage de la femme avec un objet lourd. Zahi Hawass considère la blessure comme accidentelle, la femme ayant reçu un violent coup de sabot d'un animal, tel qu'un cheval, tandis qu'Hermann Schögl suggère qu'elle a été tuée dans un accident de char. Ashraf Selim juge la blessure trop violente pour être accidentelle. Selon lui, la femme a été blessée lors d'un acte de violence délibéré. Julian Heath suggère que la blessure était probablement due à un coup de hache.
La momie présente plusieurs dents manquantes suite à sa blessure au visage, dont une est visible à l'intérieur de sa bouche. Ses dents de sagesse supérieures ne sont pas sorties ; ses dents ne présentent aucune usure visible ni aucune irrégularité occlusale.
La paroi antérieure du thorax a subi d'importants dommages lors de pillages de tombes antiques, créant une large ouverture. Son cœur est resté en place et demeure visible à l'intérieur du corps. Le diaphragme n'a pas été retiré, mais deux ouvertures y ont été pratiquées pour permettre l'extraction des poumons. Ses organes internes ont été extraits par une incision d'embaumement de , située dans la région inguinale gauche ; l'incision est ovale et béante. Le torse a été rempli de fibres de lin enduites de résine et de compresses de lin traitées à la résine. L'une de ces compresses a été placée dans le bassin. Le plancher pelvien était largement ouvert et enduit de résine. Il a probablement servi de voie d'accès pour extraire les viscères lors du processus de momification et constitue un exemple possible d'éviscération périnéale. On observe un remplissage sous-cutané à l'arrière de la hanche droite. Le bassin présente de petites fractures post-mortem et les jambes sont également endommagées ; la moitié antérieure des deux pieds est manquante.
Don Brothwell affirme qu'il y a une autre blessure sous son sein gauche, probablement une plaie perforante ou une blessure par arme blanche. Cependant, cette affirmation n'est étayée par aucune autre des études réalisées sur la momie.
Le bras gauche de la momie est étendu le long de son corps, la main posée sur la hanche gauche ; le bras droit a été arraché près de l’épaule, probablement par des pilleurs de tombes antiques. La fracture est béante et ne présente aucune trace de suture. L’absence du bras droit de la momie a suscité une légère controverse parmi les chercheurs. Deux bras sectionnés ont été découverts dans la tombe KV35, et l’un comme l’autre étaient susceptibles d’appartenir à la momie. L’un était plié, le poing serré, tandis que l’autre était tendu. Il était courant que les momies de femmes de la famille royale égyptienne soient présentées avec un bras plié et l’autre tendu. Le bras le plus susceptible d’être plié était le gauche. Ashraf Selim, du Egyptian Mummy Project, a examiné les deux bras pour trancher la question. Le bras plié a été comparé à la main gauche de la momie et s’est avéré trop long pour appartenir à la même femme ; la consistance des os des deux bras était également différente. Le bras tendu présentait une longueur et une densité osseuse similaires, ce qui a permis de conclure qu'il appartenait très probablement à la momie. Le bras droit nouvellement identifié de la momie présente deux fractures, « l'une au bras et l'autre au poignet » ; la main est fracturée.
La momie a le lobe de l'oreille gauche doublement percé ; le lobe de l'oreille droite est abîmé. Les oreilles percées étaient assez courantes chez les femmes du Nouvel Empire égyptien, y compris les femmes de la famille royale et celles du peuple ; par conséquent, son oreille percée ne permet pas aux chercheurs de déterminer son identité ni sa position sociale. De même, la découverte d'une perruque dans la tombe KV35, qui aurait pu appartenir à la momie, n'a pas permis de conclure quant à son identification. Les partisans de la théorie identifiant cette femme à Néfertiti ont souligné les similitudes perçues entre la perruque et le type de perruques portées par Néfertiti. Bien qu'il s'agisse d'accessoires de mode utilisés par les Égyptiennes de la même époque, cela ne permet pas non plus d'identifier la personne qui portait la perruque.
Identité
Beaucoup de spéculations ont été faites sur l'identité de la momie de la « Jeune Dame ». Après l'avoir trouvée, Victor Loret a d'abord cru que la momie était un jeune garçon, car sa tête avait été rasée. Cette interprétation a perduré pendant des années. Un examen approfondi ultérieur, fait par Grafton Elliot Smith, a confirmé que la momie était une femmeIl a estimé que les méthodes d'embaumement utilisées sur la momie sont très similaires à celles pratiquées sur et sur les momies contemporaines et a supposé qu'elle devait être un membre de sa famille royale ()..
Avant que des tests ADN ne soient réalisés, diverses hypothèses avaient été émises, notamment les reines Néfertiti et Kiya. Cependant, aucun élément autre que l'ADN ne permet de connaître l'identité de la momie, si ce n'est qu'il s'agissait d'une femme de la famille royale décédée vers la fin de la . Cependant, entre 2008 et 2010, une importante étude basée sur des tests ADN sur les chromosomes homologues et sur le génome mitochondrial sur plusieurs momies de la fin de la Les momies concernées sont celles de Youya, Touya, Toutânkhamon, et deux fœtus de la tombe de Toutânkhamon, celle de KV55, celles de KV21 (KV21A et KV21B) et trois parmi celles de la tombe KV35 (la première portant des inscriptions l'identifiant au roi , la deuxième surnommée Elder Lady et souvent identifiée à la reine Tiyi, et enfin la troisième surnommée Younger Lady). ont montré que la momie Younger Lady était celle de la mère du roi Toutânkhamon, une très proche parente de la momie de la tombe KV55 (son frère selon l'étude), de celle identifiée comme étant celle du roi (son père selon l'étude) et celle surnommée Elder Lady identifiée à Tiyi (sa mère selon l'étude). Ces résultats ont permis d'ajouter de nouveaux éléments au débat entre historiens, mais plusieurs hypothèses restent envisagées.
Fille d' et de Tiyi
Les résultats de l'étude génétique ont été interprétés par l'équipe l'ayant réalisée comme suit : la momie Younger Lady serait celle d'une fille du roi et de la reine Tiyi, une sœur du roi Akhenaton, identifié à la momie de KV55, et la mère de Toutânkhamon, mais pas celle de la momie KV21A, identifiée à Ânkhésenamon.
Dans cette reconstruction généalogique, le principal mystère est l'identité de cette fille d' et Tiyi ; en effet, au moins quatre filles du couple ont été identifiées avc certitude, mais elles sont complètement absentes du règne d'Akhenaton. L'équipe de l'étude génétique exclut parmi les sœurs connues du roi Akhenaton les princesses Satamon, Iset et Henouttaneb car elles seraient attestées comme des épouses royales de leur père (ceci est certain pour les deux premières, mais sujet à débat pour la troisièmeHenouttaneb porte le titre de « compagne d'Horus, celle qui est dans son cœur » (). Ceci fait dire à certains qu'elle était une épouse de son père (), mais tous ne le font pas ().) et propose les princesses Nebetâh et BaketatonLa généalogie de la princesse Baketaton est siket à débat, car elle est également considérée comme une fille d' et Tadukhipa/Kiya () ou comme une fille d'Akhenaton et Tadukhipa/Kiya ( ; ).. Le roi aurait eu au moins huit filles selon l'une des scènes de la tombe TT192 de Khârouef, grand intendant de la reine Tiyi.