vignette|redresse=1.5|L'Osroène en tant que province de l'Empire romain.
L'Osroène (grec Ὀσροηνή), souvent orthographiée « Osrhoène », est une région de l'Asie mineure (sud-est de l'Anatolie orientale, nord-ouest de la Mésopotamie), bornée au nord par les monts Taurus, au sud et à l'est par le Chaboras (rivière Khabur), à l'ouest par l'Euphrate, et qui eut pour capitale Édesse (aujourd'hui Şanlıurfa, en Turquie). La région a été le berceau d'un État important dès le , appelé Hourri (« grottes ») par les Babyloniens, en raison de nombreuses grottes situées dans la chaîne du Nemrut Dag.
L'Osroène acquiert son indépendance à la suite de l'effondrement de l'Empire séleucide. Elle a constitué de 132 av. J.-C. à 216 un petit royaume indépendant dirigé par une dynastie d'origine arabe, dont les souverains portent le plus souvent le nom d'Abgar ou de Manu Alexander Roberts et James Donaldson (dir.), The Writings of the Fathers Down to AD 325: Ante-Nicene Fathers, vol. 8, Hendrickson Publishers, Peabody, 1994, 657-672 . Adrian Fortescue, The Lesser Eastern Churches, Catholic Truth Society, 1913, 22 .. Ce royaume a souvent été appelé du nom de sa capitale, « royaume d'Édesse ». La langue parlée est le syriaque Amir Harrak, « The Ancient Name of Edessa », dans Journal of Near Eastern Studies, vol. 51, 3 (juillet 1992), 209-214 ..
Il a longtemps servi de tampon entre l’Empire romain et celui des Parthes. La région est conquise par l'empereur romain Trajan (98-117). Sous Hadrien, elle retrouve une certaine autonomie, mais devient à partir de ce moment un royaume client de l'Empire romain. En 163, elle s'allie avec l'Empire parthe contre les Romains. Elle devient une province romaine en 216. Plus tard, au , elle dépend du diocèse d'Orient.
Histoire Période hellénistique Lors de la victoire d'Alexandre le Grand (-336/-323) sur les Perses achéménides et de sa libération, la ville principale appelée Urhai est occupée par une population araméenne. En -303, les Macédoniens reconstruisent la ville et la rebaptisent Édesse, en souvenir d'une cité de leur pays (selon l'historien et le géographe grec Appien et Étienne de Byzance). La ville devient alors la capitale de la province d'Osroène et est peuplée, ainsi que plusieurs autres villes, de vétérans de l'armée.
Vers -132 (ou -136), un roitelet local, Aryu ou Ariou, (-132/-127 ou -136/-127), s'affranchit des Séleucides qui gouvernent la ville et fonde une monarchie indépendante avec Édesse pour capitale. À part quelques souverains d'origine arménienne ou parthe, la plupart sont nabatéens. Ce royaume, quelquefois appelé « principauté des Abgars » (onze souverains portent ce nom), joue sur la rivalité entre les Romains et leurs voisins Perses pour conserver son autonomie pendant près de quatre siècles, malgré les diverses armées qui traversent son histoire.
L'Osroène au Selon Pline l'Ancien, à l’époque romaine, les habitants de l'Osroène et de la Commagène sont des Arabes et leurs souverains auraient porté le titre de phylarque (chef d’une phylé) ou toparque (magistrat). Abgar II est décrit comme un « phylarque arabe » par Plutarque et est décrit comme « roi des Arabes » par Tacite.
Le royaume s'étend au nord jusqu'aux Monts Taurus, à l'ouest jusqu'à l'Euphrate, qui le sépare de la Commagène, et à l'est jusqu'au Tigre. Il comprend, à part Édesse, des villes importantes comme Carrhes, Nisibe (en Mésopotamie), Rhesaena, Saroug, Singara (Sinjar, Irak), Zeugma sur l'Euphrate, constituant la réunion des villes d'Apamée (rive gauche) et de Séleucie de l'Euphrate (rive droite) et un passage obligé pour les caravanes. Cette description correspond à l'apogée du royaume au
vignette|redresse=1.7|Carte situant l'Osroène, l'Adiabène, la Gordyène (ou Corduène), la Sophène, la Commagène et l'Atropatène à l'époque de l'apogée de l'Arménie sous Tigrane II.
Vassale de l'Arménie Sous Tigrane II d'Arménie (95 à 55 av. J.-C.), l'Osroène devient vassale du royaume d'Arménie.
En 85 av. J.-C., Tigrane II rejette la vassalité de l'Arménie envers les Parthes, il récupère des territoires qu'il avait dû leur céder., pille le pays partheStrabon, Géographie, XI, 14.16., et impose sa suzeraineté sur plusieurs territoires parthes, dont l'Osroène, l'Adiabène, la Gordyène et l'Atropatène, l'Arzanène (pays d'Ardzène, vers le haut du Tigre) et la Mygdonie (ou pays de Nisibe)René Grousset, Histoire de l'Arménie, Payot, 1984 , 87.. « Les dynastes ou rois de ces provinces conservent leur couronne, mais comme vassaux du nouveau “Grand Roi” ». Tigrane prend en effet le titre de « roi des rois », réservé aux souverains parthesGérard Dédéyan (dir.), Histoire du peuple arménien, Privat, Toulouse, 2007, 121..
Bataille de Carrhes
À l'époque du premier triumvirat, Édesse est l'alliée des Romains. En 53, le proconsul Crassus, à la tête d'une armée de , franchit l'EuphrateDion Cassius, livre XL, 17. sur les conseils d'un faux allié, le roi d'Osroène, appelé Augarus ou AcbarusDion Cassius l'appelle Augarus, Appien le nomme Acbarus et Plutarque l'appelle Ariamnès tout en précisant qu'il est le chef d’un clan arabe.Plutarque, Vie de Crassus, 25, 27. et attaque la Mésopotamie dans le but de prendre Séleucie du Tigre. Mais il est trahi par ce même Abgar qui change de camp pour se ranger du côté des Parthes au cours même de la bataille de Carrhes après avoir conduit les troupes romaines dans un piège. La bataille de Carrhes eut lieu le 9 juin 53 av. J-C. Crassus fut battu ; son fils trouva la mort au cours du combat et le consul lui-même périt pendant la retraiteDion Cassius, Histoire romaine livre XL, 21.Theodor Mommsen, Histoire romaine, livre V, IX.Plutarque, Vie de Crassus, 31-32.. Cette sévère défaite des Romains oblige le roi d'Arménie à entrer dans l'alliance Parthe. L'Osroène et l'Adiabène repassent sous la vassalité des Parthes. De plus, les Romains conservent depuis cette bataille une crainte respectueuse des capacités militaires des Parthes.
Pertes au profit de l'Adiabène Au , sous d'Adiabène (v. 20 - v. 30), plusieurs territoires qui appartiennent à l'Osroène à l'époque de la bataille de Carrhes (-53) sont passés sous le contrôle du royaume voisin d'Adiabène. C'est le cas de Singara, mais aussi de la région de la rivière Khabour qui dépendent de l'Osroène à l'époque de Tigrane II d'Arménie, tout comme la région de la ville de CarrhesFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XX II - 2.. Ce mouvement est encore renforcé lorsque dans les années 30, donne le territoire de Nisibe au roi d'Adiabène pour le remercier de son aide décisive qui lui a permis de remonter sur le trône partheFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XX II - 3.. À ce moment-là, le royaume d'Osroène semble se limiter au territoire autour d'Édesse. C'est d'ailleurs à ce moment que l'appellation « roi d'Édesse » commence à être préférée à l'appellation « roi d'Osroène » pour les Abgar. Toutefois, Zeugma est toujours sous leur contrôle et avec elle le passage de l'Euphrate, stratégique tant sur le plan militaire que commercial.
Culturellement, le christianisme commence à essaimer hors de Palestine sur le Proche-Orient, l'Osroène et Edesse sont dans les premières régions touchées après AntiochePaul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, Seuil, 1974, , .
Tutelle romaine Plus tard, Bar Ezad est détrôné en 114 lors de l'offensive contre les Parthes dirigée par l'empereur romain TrajanPaul Petit, La paix romaine, PUF, collection Nouvelle Clio – l’histoire et ses problèmes, Paris, 1967, 1971, , qui conserve la ville sous sa tutelle deux ans avant de la laisser à deux princes étrangers, Yalur et Parthamaspatès. En 123, Ma'Nu VII Bar Ezad, frère d'Abgar VII, réussit à reprendre le trône Encyclopædia Britannica, articles Osroène et Pacorus II, sur http://www.britannica.com. À partir de cette époque, comme beaucoup de régions sous tutelle romaine, les monnaies sont frappées avec l'effigie du souverain régnant d'un côté et celle de l'empereur romain de son époque au dos.
En 163 lors d'un nouveau conflit entre Romains et Parthes, Wa'Il Bar Sahru prend les Parthes comme alliés dans sa lutte contre les Romains. Le général romain Avidius Cassius réoccupe l'Osroène en 164 et poursuit sa contre-offensive jusqu'en Mésopotamie. À la fin de cette guerre en 166, Rome maintient des garnisons stratégiques en Osroène.
Province romaine vignette|La province romaine d'Osroène dans le diocèse d'Orient. L'Osroène est annexé comme province romaine par Caracalla en 216François Zosso et Christian Zingg, Les Empereurs romains, édition Errance, 1995, , p. 74. L'Osroène passe peut-être en 244 sous la mouvance perse sassanide par le traité de paix désavantageux signé par Phillipe, empereur fraîchement proclamé et pressé de regagner RomeFrançois Zosso et Christian Zingg, Les Empereurs romains, édition Errance, 1995, , p. 90. Valérien y est battu et capturé par le sassanide à la bataille d'Édesse en 260. La région passe sous le contrôle de Palmyre à la suite des victoires d'Odénat sur les Perses en 262. Après les succès de Carus puis de Galère contre les Perses à la fin du , la province d'Osroène est intégrée dans le diocèse romain d'Orient.
Souverains de l'Osroène vignette|Le roi recevant le Mandylion, censé être le visage de Jésus imprimé miraculeusement sur un linge (icône du ). La liste des souverains d'Osroène est en général reconstituée comme ci-dessous (les noms et les dates jusqu'à doivent être regardés avec précaution).. Aryu (132 - 127 av. J.-C.) ; Abdu bar Maz'Ur (127 - 120 av. J.-C.) ; Fardhasht bar Gebar’u (120 - 115 av. J.-C.) ; bar Fradašt (115 -112 av. J.-C.) ; bar Bakru (112 - 94 av. J.-C.) ; bar Bakru, co-roi (94 - 92 av. J.-C.) ; Ma'Nu I, co-roi (94 - 92 av. J.-C.) ; Figo ou Piqa, co-roi, (94 - 92 av. J.-C.) ; Figo ou Piqa (92 - 68 av. J.-C.) ; bar Abgar (68 -53 av. J.-C.) ; Inter-règne (53 - 52) Aloha (52 - 34 av. J.-C.) ; Faquri ou Paqor (34 - 29 av. J.-C.) ; (29 - 26 av. J.-C.) ; Sumoqo (26 - 23 av. J.-C.) ; Saphul (23 - 4 av. J.-C.) ; Ukomo bar Ma'Nu (4 av. J.-C. - 7 ap. J.-C.) ; bar Ma'Nu (7 - 13) ; Ukomo bar Ma'Nu (13 - 50) ; (50 - 57) ; (57 - 71) ; bar Ma'Nu (71 - 91) ; Sanatruk (91 - 109), (roi arsacide d'Osroène, d'Adiabène et d'Arménie aussi appelé Xosroes) ; bar Ezad (109 - 116) ; Inter-règne romain (116 - 118) ; Yalur, co-roi (118 - 122), vassal des Parthes ; Parthamaspatès, co-roi (118 - 123), vassal de Rome ; bar Ezad (123 - 139) ; bar Ma'Nu (139 - 163) ; Wa'Il bar Sahru (163 - 165) ; bar Ma'Nu (165 - 167) ; Philoromaios (167 - 177) ; Abgar IX (179 - 212) ; Severus bar Ma'Nu (212 - 214) ; Severus bar Abgar IX (214 - 216) ; [ bar Abgar X Severus (216 - 242) ; Frahad bar Ma'Nu (242 - 244).
Annexes Articles connexes Littérature syriaque, École théologique d'Édesse, École théologique de Nisibe Antiquité romaine Province romaine, Gouverneur romain, Liste de voies romaines, Antiquité tardive, Notitia dignitatum, Liste des diocèses de l'Empire romain tardif, Liste des provinces du Bas-Empire (de -92 à +628) à incidences sur les zones voisines (relevant du diocèse du Pont) (Parthie/Iran) Guerres perso-romaines (de -54 à +628) Guerre parthique de Trajan (114-115 et 116-117)), guerre romano-parthique de 161-166, guerres romano-parthes (de -66 à +217) (114-118) (Azerbaïdjan actuel) , royaume de Lazique (131-697, Géorgie de l'Ouest) Diocèse d'Antioche/d'Orient Assyrie (province romaine) (116-118) Mésopotamie (province romaine) (116-118, 198-637) (214-637)
Notes et références Notes
Références
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