Harvey Kurtzman () est un dessinateur de bande dessinée américain.
Très tôt attiré par la bande dessinée, il publie ses premières histoires à 18 ans. Après avoir produit des pages pour divers éditeurs, il arrive en 1949 chez EC Comics. C'est là qu'il acquiert sa célébrité, tout d'abord en éditant, écrivant et dessinant des comics de guerre ( et ) puis en étant le tout premier rédacteur en chef du magazine édité par EC Comics) en 1952. Kurtzman est également connu pour le strip , paru dans le magazine Playboy de 1962 à 1988. Kurtzman est plus tard décrit par le New York Times comme ayant été « l'une des figures les plus importantes de l'Amérique de l'après-guerre », notamment à cause de l'influence de Mad sur la culture populaire américaine.
Biographie Jeunesse Harvey Kurtman naît le à New York d'Edith et David Kurtzman, deux juifs russes. Harvey a un frère aîné nommé Zachary. Son père meurt à trente-six ans d'un ulcère. Edith Kurtzman est alors obligée de mettre ses deux fils dans un orphelinat car elle ne peut subvenir à leurs besoins. Elle se remarie après plusieurs mois avec Abraham Perkes, lui aussi juif russe. Le nouveau couple reprend alors les deux enfants. La famille déménage ensuite dans le quartier du Bronx où Harvey dessine régulièrement sur le trottoir avec des craies de couleur. Il montre assez de disposition pour que sa mère l'inscrive à l'institut Pratt alors qu'il seulement huit ans. Dans les années 1930, il parvient à se faire publier dans le quotidien communiste 3. Il remporte deux fois des concours de dessins et entreprend par la suite des études à la High school of music and arts de New York puis à la Cooper Union for the Advancement of Science and Art. C'est dans la première de ces deux écoles qu'il rencontre Al Feldstein, John Severin et Will Elder qu'il retrouvera plus tard chez EC Comics. Quant à ses dessins sur le trottoir, ils deviennent une série régulière de strips intitulée Ikie and Mikie en hommage au strip de Rube Goldberg intitulé Mike and Ike.
Premiers travaux Alors qu'il a dix-huit ans, Harvey Kurtzman commence à travailler tout en poursuivant ses études. Il dessine des publicités sur les vitres d'épiceries et est même un moment recruté pour briser des grèves alors que le soir il se rend aux réunions syndicales. En 1942, il parvient enfin à travailler dans les comics. Il est engagé comme assistant par Louis G. Ferstadt, un artiste de peintre contraint de dessiner des comics pour vivre. Ferstadt dirige un petit studio qui travaille pour Quality Comics, Ace Magazines et Gilberton, éditeur de la série Classics Illustrated. C'est pour le numéro de celle-ci adaptant Moby Dick en que Kurtzman est pour la première fois rémunéré pour avoir travaillé sur un comics (même si son nom n'apparaît pas). Dans les mois qui suivent Kurtzman participe à plusieurs comics pour les maisons d'édition qui traitent avec Ferstadt. Sa première œuvre identifiée avec certitude est une page humoristique dans le comics publié par Ace Magazines en . Il dessine des histoires de super-héros pour cet éditeur jusqu'en octobre 43 dans et . En 43 et 44 il travaille pour Quality comics sur des histoires policières et en 45-46 pour Aviation Press sur des histoires de guerre. En 1943, son nom apparaît pour la première fois dans le comics Police Comics publié par Quality Comics.
Durant la Seconde Guerre mondiale il reste cantonné aux États-Unis où il dessine pour la Division de l'Information de l'armée des guides d'entraînement, des affiches, des illustrations et un strip qui apparaît dans un journal militaire. Il rencontre Leonard B. Cole qui lui propose de travailler sur la série Black Venus publiée dans le comics Contact Comics. Libéré des devoirs militaires Harvey Kurtzman se retrouve obligé, avec ses deux frères, de soutenir financièrement sa mère. En effet, son beau-père est reconnu coupable d'avoir fabriqué de faux tickets de rationnement et est condamné à trois ans de prison. En 1947, il crée un studio de dessin publicitaire avec Bill Elder et Charles Stern. Pour assurer en partie des revenus il sous-loue une partie du local à d'autres auteurs dont John Severin et, pendant quelques mois René Goscinny. Dans l'immédiate après-guerre le monde des comics connaît d'importants changements : le système des studios qui créaient entièrement des comics pour des éditeurs s'éteint pour être remplacé par le travail d'auteurs indépendants. De plus, si de nombreuses maisons d'édition naissent et que le nombre de comics augmente, cela compense difficilement le retour sur le marché du travail des auteurs qui avaient été appelés sous les drapeaux.
Après-guerre Cependant Kurtzman parvient à trouver du travail pour Martin Goodman, un éditeur de nombreux magazines en tous genres dont des magazines de mots croisés. Kurtzman qui est assez doué pour en créer est donc employé à cela. Cela permet aussi à Kurtzman d'entrer en relation avec Stan Lee, cousin par alliance de Goodman qui édite aussi Timely Comics dont Stan Lee est rédacteur en chef. Chez Timely Kurtzman réalise de bref récifs humoristiques, nommés Hey Look! sur une idée de Stan Lee, publiés dans divers comics. La paie pour cette série est basse (37,5 $) et Kurtzman doit continuer à produire des mots-croisés ou des illustrations. Il y rencontre alors sa future femme, Adèle qui travaille comme relectrice. Celle-ci quitte ensuite Timely pour suivre des études mais elle entretient une correspondance avec Kurtzman. Ils finissent par se marier en . Pendant ce temps, Stan Lee propose d'autres travaux à Kurtzman. C'est d'abord une série animalière humoristique, Pigtales mettant en scène deux cochons puis Rusty qui est un plagiat de Blondie de Chic Young. Durant cette période, il parvient aussi à produire un strip appelé publié dans le New York Herald Tribune mais seulement neuf strips paraissent.
Dans le même style que Hey Look!, Kurtzman crée Egghead Doodle et Genius qui paraissent en partie chez Timely mais surtout chez Toby Press. Pour cet éditeur il crée aussi la série Pot-Shot Pete...Sheriff of Yucca-Pucca Gulch qui connaît trois épisodes. Il dessine toujours des publicités ou des illustrations pour les clients du Charles William Harvey studio et il réalise plusieurs strips ou illustrations pour Varsity un magazine masculin. Enfin, il crée plusieurs albums pour la jeunesse pour l'éditeur Kunen Book dont quatre avec René Goscinny qui était alors présent dans le studio. Les ventes ne sont pas suffisantes et l'expérience tourne court. Gosciny décide alors de rentrer en France.
EC comics et MAD Débuts En 1949, Harvey Kurtzman présente son portefolio à William Gaines, propriétaire d'EC Comics depuis la mort récente de son père Max Gaines. Bill Gaines apprécie l'humour de Hey Look! mais n'a alors rien à proposer. Il le met toutefois en relation avec son frère David qui s'occupe de projets qu'EC Comics peut réaliser pour d'autres sociétés ou organisme. C'est ainsi qu'il demande à Kurtzman de produire un comics éducatif de 16 pages pour la prévention des maladies vénériennes.. Intitulé , l'histoire mêle western et mise en garde contre la syphilis. Le salaire reste modeste, 161$ mais il est le bienvenu alors que la famille s'agrandit avec la naissance d'une fille nommée Meredith.
Alors que Max Gaines avait fondé EC Comics pour publier des comics religieux ou éducatifs, son fils Bill abandonne cette direction qui est un gouffre financier et préfère éditer des comics policiers, des romances ou des westerns. Même si la situation financière de la société s'améliore, cela reste insuffisant. Aussi Gaines, assisté d'Al Feldstein propose quelques histoires d'horreur dans ses comics policiers. Finalement, les anciennes séries sont abandonnées pour laisser à de nouvelles consacrées à l'horreur ou la science-fiction. Bill Gaines rappelle alors Kurtzman pour participer à cette aventure. En est publiée sa première histoire dans le numéro 14 de , pour un comics de la période d'EC Comics. Dès lors, ce dernier dessine chaque mois plusieurs histoires. Non seulement, il réalise plusieurs planches chaque mois mais en plus, le salaire chez EC est supérieur à celui chez bien d'autres éditeurs.. Les difficultés financières habituelles s'éloignent enfin. Il commence par dessiner diverses histoires de science-fiction ou d'horreur jusqu'en juin 51..
Two-fisted Tales et Frontline Combat À partir de , il convainc Bill Gaines de publier un comics d'aventures dont il serait le responsable éditorial. Il crée donc le comics le premier numéro porte sur la couverture le car Two-fisted tales vient à la suite du Haunt of Fear . Ce comics est à l'origine un comics d'aventures mais avec l'escalade de la guerre de Corée, il se transforme pour ne raconter que des histoires de guerre. En juillet 51 un second comics est édité par Kurtzman : qui est aussi consacré à des histoires de guerre. Kurtzman édite alors ces deux séries, écrit les scénarios et dessine certaines histoires et des couvertures11.
Mad Un nouveau type de magazine Harvey Kurtzman passe beaucoup de temps à réaliser les comics dont il est le responsable mais il estime ne pas être payé à sa juste valeur pour le travail fourni aussi en 1952, il se plaint auprès de William Gaines. Il souhaite être payé autant que Al Feldstein, l'autre responsable éditorial de EC comics. La réponse de Gaines est que Feldstein est responsable de plus de comics. Il est alors convenu que si Kurtzman édite un comics humoristique, sa paie serait augmentée. C'est ainsi que Harvey Kurtzman propose un nouveau comics : Mad. Il écrit tous les scénarios, dessine quelques couvertures et quelques histoires. Cette même année il écrit quelques scénarios et prépare les esquisses pour le comic strip de Guy l'Éclair dessiné par Frank Frazetta et encré par Dan Barry.
Le premier numéro de paraît en octobre de cette année. À partir du numéro trois, les ventes augmentent et le titre devient rentable. L'augmentation du nombre de lecteurs amène à partir de , le à paraître chaque mois alors qu'à l'origine il était bimestriel. Kurtzman écrit les scénarios de chaque histoire durant les 23 premiers numéros. À la fin 53, et ont vu leurs ventes diminuer et Kurtzman consacre plus de temps à Mad. est alors arrêté et redevient un comics d'aventures édité par John Severin.
Mad au contraire connaît le succès et après neuf numéros bimestriels il devient mensuel en . En 1955 le format comic book est abandonné et à partir du numéro 24 Mad devient un magazine. La raison de cette transformation tient à la volonté de William Gaines de garder Kurtzman au sein de EC comics. En effet, le magazine Pageant a proposé à Kurtzman de devenir le rédacteur en chef de la revue et celui-ci a déjà fait savoir à Gaines qu'il souhaite faire de Mad un magazine. Gaines refuse dans un premier temps car il ignore tout de l'édition de revue, mais finalement il accepte la demande de Kurtzman, et celui-ci accepte de rester..
Menaces sur EC Comics