La tentative d'assassinat de Ronald Reagan se déroule le à l'issue d'une allocution devant l'AFL-CIO à l'hôtel Hilton de Washington. Le quarantième président des États-Unis est visé seulement soixante-neuf jours après le début de sa présidence. Un homme s'extrait de la foule saluée par le président sur lequel il tire les six balles du barillet de son revolver. Quatre d'entre elles font des victimes : le porte-parole de la Maison-Blanche James Brady, le policier Thomas Delahanty, le garde du corps Tim McCarthy et le président, touché par la dernière. Si personne n'est tué le jour de l'attentat, James Brady meurt des suites de ses blessures 33 ans plus tard, en .
Atteint au flanc gauche, le président Reagan subit une perforation du poumon et des hémorragies internes mais il récupère rapidement grâce à une prise en charge médicale efficace. Tandis qu'on l'opère à l'hôpital universitaire George Washington, il n'est fait aucune évocation formelle de la succession présidentielle.
Interpellé dans les secondes suivant la fusillade, John Warnock Hinckley, Jr. est identifié comme l'unique tireur. L'enquête policière révèle que le jeune homme, issu d'une famille aisée, est atteint de troubles mentaux : solitaire, il est obsédé par l'héroïne du film Taxi Driver, l'actrice Jodie Foster, qu'il souhaite séduire au moyen d'un acte qu'il veut historique. Le procès confirme la préméditation mais Hinckley est déclaré non coupable pour cause d'aliénation mentale en . Le verdict entraîne de nombreuses réactions négatives et, parmi d'autres conséquences, une loi votée en inverse la charge de la preuve dans les cas de défense fondée sur les troubles mentaux. Immédiatement interné dans un établissement psychiatrique, Hinckley y reste jusqu'en 2016.
Ronald Reagan sort grandi de cet événement, qui lui offre une nouvelle image publique d'homme fort. Son programme économique est mieux accepté par la population et un lien se crée entre le président et une large majorité de la population américaine. La sécurité des présidents américains est ensuite repensée. Le contrôle des armes à feu est également renforcé par la loi Brady signée en par le président Bill Clinton.
Contexte Élection et investiture de Reagan alt=À travers le toit d'un véhicule noir, un homme en costume souriant se tient les mains au-dessus de la tête dans un signe de victoire. À ses côtés, une femme habillée de rouge salue de la main gauche.|vignette|gauche|Ronald et Nancy Reagan remontent Pennsylvania Avenue le lors de l'investiture du des États-Unis. En , Jimmy Carter, le président sortant, est impopulaire et se présente à l'élection de 1980 avec une image de dirigeant qualifié de . En effet, la fin de son mandat est marquée par les conséquences économiques du deuxième choc pétrolier ainsi que par plusieurs crises politiques : crise des otages américains en Iran, intervention soviétique en Afghanistan, accident nucléaire de Three Mile Island, ou encore sa mésaventure avec un lapin qui le tourne en ridicule.....
Face à lui, le parti républicain investit comme candidat Ronald Reagan, ancien gouverneur de Californie et préféré à George H. W. Bush.... Après avoir essuyé deux échecs en 1968 et 1976, Reagan obtient en effet la nomination républicaine à sa troisième tentative. Ancienne vedette de cinéma, admirateur de Franklin Roosevelt, initialement affilié au Parti démocrate, Ronald Reagan évolue jusqu'à devenir un fervent républicain. Il lance sa carrière politique en en annonçant son soutien au candidat ultra-conservateur Barry Goldwater. En , il devient gouverneur de Californie, poste qu'il occupe huit ans. Il y fait ses preuves en résistant à de grandes manifestations étudiantes contre la guerre du Viêt Nam ; il parvient à équilibrer le budget de l'État et signe une loi pour autoriser l'avortement si la mère est en danger de mort. Il balaie avec humour les critiques sur son âge et impose grâce à son charisme un programme libéral fondé sur d'importantes baisses d'impôts, notamment sur le travail, sur une limitation de l'intervention de l'État et sur un renforcement de la puissance militaire du pays. L'élection prend l'allure d'un plébiscite : Reagan l'emporte avec plus de huit millions de voix d'avance sur son adversaire et un collège électoral composé de contre 49. Il devient à cette occasion l'homme le plus âgé à être élu à la présidence des États-Unis, à l'âge de ...
Le , quelques minutes après son discours d'investiture, les autorités iraniennes libèrent les otages américains retenus en Iran, soulevant l'hypothèse d'un accord secret entre Reagan et les Iraniens. Reagan hérite d'une situation économique difficile avec une longue stagflationPour la première fois depuis la fin de la Première Guerre mondiale, les États-Unis connaissent deux années consécutives avec une inflation à deux chiffres : 13,3 % en et 12,4 % en . Sur la même période, la croissance est en déclin et devient même négative : 3,2 % en et -0,2 % en . alors que l'Union soviétique semble en plein développement avec sa stratégie d'expansionnisme. Pour répondre à cette situation, Reagan fait une intervention télévisée le ..... Dans les jours qui suivent, il augmente la limite de la dette du gouvernement fédéral. puis le budget de l'armée.. Sa politique internationale est marquée par le souhait de pouvoir s'impliquer dans de nouveaux pays comme l'Argentine ou l'Angola. et la gestion de l'implication des États-Unis dans la guerre civile du Salvador.. Le début de son mandat est également marqué par une lutte de pouvoir au sein du gouvernement, le secrétaire d'État Alexander Haig souhaitant dès le jour d'investiture diriger la politique étrangère et la cellule de crise de la Maison-Blanche, ce qui lui est refusé...
Historique meurtrier et dangers de la présidence Jusqu'alors, huit présidents des États-Unis ont déjà subi un attentat par armes à feu, ce qui en fait la principale menace qui pèse sur les chefs de l'État américains. Quatre d'entre eux en ont réchappé, mais quatre autres sont morts sous les balles. Par ailleurs Richard Nixon, a été la cible d'Arthur Herman Bremer ; Gerald Ford a aussi été visé à Sacramento puis à San Francisco en . Certains observateurs ont même relevé qu'avant Reagan, tous les présidents américains élus lors d'une année divisible par 20 sont morts avant la fin de leur mandat : ils évoquent à ce sujet la « malédiction de Tecumseh ».
Dans le domaine de la politique américaine, les présidents ne sont pas les seules victimes d'assassinats : en avril , le pasteur Martin Luther King est assassiné, puis en juin, c'est au tour de Robert F. Kennedy. Ces crimes poussent le Sénat à adopter à la fin de l'année une loi de contrôle de la circulation des armes à feu : il s'agit du Gun Control Act. En , le musicien John Lennon est tué par balles par Mark David Chapman à l'entrée du bâtiment de New York dans lequel l'artiste réside avec Yoko Ono.. Si chacun de ces homicides soulève l'indignation d'une partie du public qui exige un meilleur contrôle des armes à feu dans le pays, chaque débat fait également grandir la puissance et le nombre de membres de la (NRA) qui milite pour une grande liberté d'usage et de circulation de ces armes.. En réaction à la mort violente de Lennon, le président élu Ronald Reagan déclare qu'une restriction du port d'arme ne semble pas la solution appropriée.. L'assassinat de l'ancien membre des Beatles aurait contribué au passage à l'acte de John Warnock Hinckley, Jr. contre le nouveau président.
Cette violence politique a un impact sur Ronald Reagan : au même titre que de nombreux autres personnages politiques de haut rang à la suite de l'assassinat de John F. Kennedy en ., il se voit assigner une protection du Secret Service lorsqu'il devient gouverneur de Californie en . De fait, quelques semaines plus tard, l'agent qui assure sa protection surprend deux hommes en train de tenter de poser une bombe près de son domicile de Sacramento.
Le , quelques jours avant l'attentat, le couple présidentiel visite le théâtre Ford dans le cadre d'une levée de fonds pour la conservation du bâtiment ; or il s'agit du lieu où Abraham Lincoln a été assassiné par John Wilkes Booth en 1865.. En , Reagan évoque cette visite dans son autobiographie : .
Chronologie de la tentative d'assassinat Discours présidentiel à l'hôtel Hilton de Washington vignette|gauche|alt=Le président des États-Unis applaudi à la tribune.|Ronald Reagan lors de son discours devant l'AFL-CIO le .
Vers le lundi , le président Ronald Reagan entre dans l'hôtel Hilton de Washington pour y effectuer un discours dans la salle de réception devant les représentants de la construction et du bâtiment du principal regroupement syndical des États-Unis, l'.. Différents membres de la Maison-Blanche et particulièrement le secrétaire au Travail Raymond Donovan ont en effet demandé au président d'accepter l'invitation du syndicat pour renforcer l'attrait des cols bleus en vue de la campagne de réélection de 1984. Néanmoins, en tant que membre du Parti républicain et en libéral économique convaincu, Reagan est un adversaire politique des syndicats. Ainsi, au cours du trajet allant de la Maison-Blanche à l'hôtel Washington, Donovan, ayant discouru sans convaincre quelques heures plus tôt, anticipe un accueil difficile.
alt=Entrée d'un hôtel blanc dont la façade est courbée. Des arbres et un drapeau américain la décorent au-dessus d'un mur en briques grises.|vignette|droite|À gauche de l'image, la sortie présidentielle de l'hôtel Hilton de Washington. Le cortège présidentiel attend Ronald Reagan quelques mètres devant le porche. Avant d'entrer en scène, Reagan enlève l'une de ses lentilles de contact : ce stratagème lui permet de lire son discours d'un œil tout en observant la foule de l'autre. Le président monte à la tribune au son de la marche et passe derrière la table où sont présents les principaux représentants du syndicat. Dans son discours, Reagan insiste sur le fait qu'il est le premier président à avoir été membre de l' puisqu'il a été président du syndicat professionnel des acteurs et figurants de à . Avec optimisme et patriotisme, il demande à son audience de la patience et de l'unité : Même si la foule se lève pour l'applaudir poliment à , son discours reçoit un accueil morose, les coupes budgétaires décidées et défendues à la tribune par le président mettent directement en danger les emplois de ses auditeurs. Néanmoins, personne n'ose le chahuter ou le huer. Après avoir serré quelques mains, Reagan quitte les lieux par l'entrée VIP entouré de sa garde rapprochée.
Fusillade En cet après-midi chaud et pluvieux, le cortège présidentiel attend le président à une quinzaine de pas de la sortie de l'hôtel. : quelques minutes avant l'arrivée de Reagan, et suivant la procédure, le chauffeur Drew Unrue gare la limousine du président à son emplacement habituel. Il s'agit d'une Lincoln Continental de noire, équipée de vitres pare-balles, blindée, qui pèse . Difficile à manœuvrer, le véhicule doit être positionné par son conducteur en retrait de la sortie. Le Secret Service connaît le Hilton de Washington pour y avoir organisé plus de cent visites présidentielles : il sait que le président est exposé entre la sortie de l'immeuble et la voiture. Néanmoins, la distance est si courte qu'il est jugé inutile que le président porte un gilet pare-balles contrairement à ce qui se fait habituellement lors de ses sorties publiques.