Le validisme, ou capacitisme., est un système de valeurs sociales faisant de la personne dite « valide », sans handicap, la norme sociale.. Au sein d'une société se conformant à une telle norme peuvent alors se développer des jugements et traitements dévalorisants à l'encontre des personnes vivant avec un ou plusieurs handicaps (moteurs, sensoriels, mentaux, cognitifs et psychiques), tels que la paraplégie, la tétraplégie, l'amputation, la malformation, les troubles dys et neuroatypiques (dyspraxie, dyslexie, dysgraphie, dyscalculie, dysorthographie, autisme, TDAH, etc.), les troubles psychiques, la schizophrénie, la trisomie 21
Les personnes non conformes à une telle norme sociale peuvent ainsi être discriminées. Par un phénomène de comparaison sociale et d'altérisation, les personnes correspondant à la norme peuvent développer des préjugés réducteurs contre les personnes vivant un handicap.
La Convention relative aux droits des personnes handicapées définit l'absence d'accommodement raisonnable en faveur de personnes non valides comme une discrimination fondée sur le handicapConvention relative aux droits des personnes handicapées, article 2.
Étymologie Le capacitisme et le validisme sont deux traductions du début des années 2000, dans l'espace francophone, du terme en anglais , ce dernier étant ..
Le terme apparait aussi en parallèle avec les mouvements pour la défense des droits civiques au Royaume-Uni des années 1970.
Les deux termes, calqués sur « racisme » et « sexisme », ont évolué. Le terme capacitisme s'inscrit dans le contexte canadien, et dans celui des mouvements handi-féministes. Le terme validisme s'emploie principalement en Europe francophone et dans l'espace militant français concernant le rapport entre le handicap et le travail. Par ailleurs, le capacitisme est souvent rapproché du concept d'handiphobie..
La psychophobie est une forme de validisme qui concerne les personnes handicapées mentales ou neuroatypiques, et les personnes handicapées psychologiquement ou psychoatypiques (voir Neurodiversité).
Définitions
Définitions universitaires LEncyclopedia of Disability (2006)http://www.galileo.usg.edu/scholar/uga/databases/enpa-uga1/?Welcome Encyclopedia of Disability (2006) (SAGE) définit le capacitisme comme suit : Se référant à des travaux antérieurs, Fiona A. Kumari Campbell, maître de conférences en études sur le handicap à l'université Griffith de Brisbane (Queensland, Australie) confirme que le concept de validisme n'est pas clairement défini dans la littérature et qu'il a « une spécificité définitionnelle ou conceptuelle limitée ». Elle définit le validisme (2001) comme :
D'autres définitions du validisme existent, comme celle de Vera Chouinard (1997), professeure canadienne de géographie à l'université McMaster de Hamilton : . Ron Amundson (professeur de philosophie à l'université de Hawaiʻi à Hilo) et Gayle Taira définissent le validisme comme « une doctrine qui traite à tort les déficiences comme inhérentes et naturellement horribles, et qui rend les déficiences elles-mêmes responsables des problèmes rencontrés par les personnes qui en sont atteintes ».
Harpur (chercheur à l'université Griffith) soutient que le terme « validisme » est une étiquette puissante, capable de provoquer un changement de sens dans l'utilisation des stéréotypes négatifs et de faciliter le changement culturel en concentrant l'attention sur le discriminateur (plutôt que sur la victime ou le handicap).
La discrimination à l'égard des personnes handicapées est également appelée « capacitisme ». Gregor Wolbring, professeur adjoint au département « Community Health Service » de l'université de Calgary (Canada), déclare que le capacitisme (disableism ou ableism en anglais) est le « compagnon » du validisme (Ableism) :
Fiona Campbell fait également la distinction entre validisme et capacitisme. Selon elle, le capacitisme est traditionnellement au centre des recherches dans le domaine des études sur le handicap. Le capacitisme favorise le traitement inégal des personnes (physiquement) handicapées par rapport aux personnes non handicapées. Il marque les handicapés (éloignés) comme les autres et travaille dans la perspective des non-handicapés.
Définitions de collectifs militants Le manifeste du Collectif Luttes et handicaps pour l'égalité et l'émancipation (CLHEE) définit le validisme comme suit :L'association Handi-social, fondée par Odile Maurin en 2001 à Toulouse, emploie le terme de validisme afin de désigner le système de normes et de valeurs qui organise la société autour de la figure de la personne valide, notamment sous l'impulsion d'Elisa Rojas du CLHEE. Le terme est employé afin de nommer puis de dénoncer un ensemble de discriminations, montrant que la personne handicapée est marginalisée et exclue de l'espace public, mettant en avant une domination et une ségrégation des corps (voir Biopolitique)..
Ou encore la définition issu d'un article d'Autonomie de Classe, organisation révolutionnaire marxiste française :
Manifestations du validisme Le capacitisme conduit à des préjugés sociaux, à la discrimination et à l'oppression des personnes handicapées, car elle influence la législation, les politiques et les pratiques. Les préjugés capacitistes sont à l'origine de pratiques discriminatoires, telles que la stérilisation des filles et des femmes handicapées, la ségrégation, l'institutionnalisation et la privation de liberté des personnes handicapées dans des établissements spécialisés et le recours à la coercition sur la base du « besoin de traitement » ou du « risque pour soi-même ou pour autrui », le refus de la capacité juridique en fonction de la capacité mentale, le refus de traitement en fonction du handicap, ou l'absence de prise en compte des coûts supplémentaires de la vie avec un handicap..
Lien avec le mouvement eugéniste Le mouvement eugéniste est né et s'est développé sur la base des préjugés capacitistes à la fin du et au début du siècle. Selon cette approche, des milliers de personnes handicapées, dont des enfants, ont été empêchées de se reproduire par des programmes de stérilisation forcée en Amérique du Nord et en Europe.. En Allemagne, la pratique eugénique nazie a été responsable du meurtre d'environ 300 000 personnes handicapées considérées comme ayant « une vie indigne »..
Le roman Le Nain de Mendel (1998), par Simon Mawer, traite du thème de la liberté reproductive des personnes handicapées, de l'avortement, et de l'eugénisme. Il est considéré comme exemplifiant le capacitisme..
Contrairement à d'autres atrocités liées à l'eugénisme au vingtième siècle, les conséquences du mouvement eugéniste et son impact sur la manière dont les sociétés continuent à percevoir le handicap sont restées longtemps confinées au milieu du handicap.
Discriminations économiques France : discrimination "salaire en ESAT".
Bioéthique Une vision capacitiste du handicap conduit également à des pratiques coercitives. Si l'autonomie est une valeur centrale de la bioéthique, de nombreux groupes de personnes handicapées, comme les personnes handicapées mentales, les personnes handicapées psychosociales, les personnes atteintes de démence et les personnes autistes, sont régulièrement considérées comme « inaptes » à consentir à un traitement et sont donc soumises à des interventions médicales forcées et/ou involontaires, à des recherches et à des expérimentations visant à guérir ou à corriger leurs déficiences (et leurs conséquences). Ces pratiques comprennent, entre autres, la stérilisation, la contraception et l'avortement ; des interventions médicales invasives, douloureuses et/ou irréversibles ; l'électroconvulsivothérapie ; et l'administration de médicaments psychotropes.
De nombreuses interventions thérapeutiques qui s'inscrivent dans le cadre de normes de pratique médicale largement acceptées sont néanmoins controversées du point de vue du handicap. Par exemple, bien que les médicaments psychotropes soient aujourd'hui relativement courants, leur utilisation soulève diverses questions éthiques. Elles comprennent la médicalisation de la souffrance humaine et des problèmes sociaux ; la médication des comportements difficiles, en particulier chez les enfants ; les effets secondaires inconnus, notamment le suicide et les complications médicales ; l'obtention du consentement éclairé dans un contexte d'informations biaisées et de discrimination structurelle ; et les questions profondes d'identité, telles que le rôle de l'entente de voix, des visions et des expériences sensorielles similaires. Les interventions pharmaceutiques devenant de plus en plus sophistiquées (par exemple, les pilules « intelligentes »), il est nécessaire d'inclure la voix des personnes souffrant de handicaps psychosociaux elles-mêmes dans ces discussions éthiques. Les efforts de prévention des handicaps comprennent le recours au dépistage génétique prénatal et au diagnostic génétique préimplantatoire. Grâce aux progrès technologiques, ces options sont de plus en plus disponibles, ont lieu plus tôt et sont plus sûres et plus accessibles. L'effet cumulatif du choix individuel, de l'idéal de la progéniture parfaite et de la capacité de discernement, tant chez les cliniciens que dans la société en général, a entraîné une augmentation constante du nombre de futurs parents qui choisissent de ne pas avoir d'enfant handicapé. Dans certains pays à revenu élevé, les taux élevés de recours au dépistage ont déjà été associés à une réduction significative du nombre d'enfants nés avec certains handicaps congénitaux.
Du point de vue des droits des personnes handicapées, on craint que ces pratiques ne renforcent et ne valident socialement le message selon lequel les personnes handicapées n'auraient pas dû naître. Les cadres législatifs qui prolongent le délai d'un avortement légal (voir Interruption médicale de grossesse) ou, exceptionnellement, autorisent l'avortement en présence d'une déficience fœtale, aggravent ce message. En outre, comme la conséquence est la naissance d'un nombre plus restreint de personnes handicapées, certains craignent une réduction de la défense du handicap et du soutien social aux personnes handicapées. De plus, les politiques de santé et les lois sur l'avortement qui perpétuent des stéréotypes et une stigmatisation profondément ancrés à l'encontre des personnes handicapées sapent également l'autonomie et le choix des femmes en matière de reproduction. À cet égard, si la question de l'avortement sélectif en fonction du handicap requiert une plus grande attention, les solutions ne doivent pas compromettre le droit de toutes les femmes, y compris les femmes handicapées, de décider si elles veulent ou non poursuivre une grossesse. Comme l'ont montré les interventions contre les avortements sélectifs en fonction du sexe, les interdictions d'avortement et les restrictions à l'utilisation des technologies sont non seulement préjudiciables aux droits des femmes, mais aussi inefficaces. L'édition génétique désigne la « réparation » active des gènes associés à une déficience. Outre les diverses questions éthiques soulevées par cette technologie, notamment celles liées à la sécurité, au consentement, aux inégalités et aux mutations involontaires, les bioéthiciens et les militants des droits des personnes handicapées craignent qu'elle n'entraîne une diminution importante de la diversité en soi et une réduction des possibilités pour ceux qui sont considérés comme différents. Étiquetage
La théorie de l’étiquetage se fonde par exemple sur la focalisation sur une différence. Cela s'accompagne souvent d'une péjoration des caractéristiques des personnes handicapées visées. Le discours n'est toutefois pas nécessairement péjoratif.