Francisco de Paula Sanz (Malaga, 1745 - Potosí, 1810) était un haut fonctionnaire espagnol qui exerça ses fonctions dans la vice-royauté du Río de la Plata à la fin du et au début du .
D’abord affecté à Buenos Aires, comme directeur des douanes, puis comme gouverneur-intendant de Buenos Aires (auquel titre il fit prendre une série de mesures à tendance progressiste), il remplit ensuite, à partir de 1788, un mandat à Potosí, dans le Haut-Pérou, où il tenta, mais en vain, de redynamiser l’activité des mines d’argent de Potosí, alors en rapide déclin, par une réorganisation des structures d’exploitation et par l’introduction de techniques nouvelles.
Sa fidélité au roi le porta à s’opposer en 1809 aux mouvements indépendantistes surgis dans le Haut-Pérou et à apporter son concours à leur répression par les troupes royalistes, mais sans prendre part directement aux aspects les plus féroces de ladite répression. Néanmoins, après qu’il eut également refusé en 1810 de faire allégeance au nouveau gouvernement issu de la révolution de Mai, il fut appréhendé par Castelli et les siens et condamné à mort.
Biographie Francisco de Paula Sanz y Espinosa de los Monteros Martínez y SolerSanz étant le nom de famille, et Francisco de Paula le prénom, ― point de vue que contestent certains auteurs. naquit, selon la plupart des auteurs, sur la foi du document Expediente de pruebas del caballero de la orden de Carlos III, en Espagne, plus précisément dans la ville de Malaga, et fut baptisé le dans la paroisse des Saints-Martyrs de cette même villeQuelques auteurs affirment, sans cependant avancer une quelconque preuve documentaire, qu’il vit le jour à Naples, en Italie..
Dans le document d’enquête susmentionné, il est indiqué qu’il était fils de José Sanz, lui-même fils de Lorenzo Sanz et Josefa Martínez, originaire d'Orihuela, et de María Manuela Espinosa de los Monteros, fille de Tomás Espinosa de los Monteros et de María Manuela Soler, originaire d’Alicante, quoiqu’une bonne partie de la bibliographie le signale comme le fils naturel de Charles III d'Espagne et d’une princesse napolitaine.
Le , Sanz fut nommé directeur de la Renta del Tabaco, office de taxation du tabac, da la Vice-royauté du Río de la Plata, sur décision de son protecteur José de Gálvez, ministre des Indes.
Directeur de la Renta del Tabaco (1777-1783) Le furent rédigées dans le palais du Pardo les instructions générales et particulières de la mission de Sanz, comprenant des indications relatives à la mise en place d'offices du tabac là où ils avaient jusque-là fait défaut, et à la gestion de ceux déjà existants, ainsi que des références à la réglementation qu’il aurait à observer dans les provinces américaines.
En , l’expédition appelée del tabaco, consistant en les deux frégates Carmen et Aurora, appareilla du port de Cadix à destination de la ville de Buenos Aires, avec escale à Montevideo. Sanz y côtoya entre autres l’officier contrôleur des comptes Antonio Marín, le Fidèle Interventeur de l’administration de Buenos Aires, Rufino de Cárdenas, l’administrateur de Montevideo José Álvarez de Toledo, tous en compagnie de leurs familles.
Après avoir pris connaissance de la situation dans la capitale du Río de la Plata, il entreprit le un premier voyage dans les provinces du Litoral, visitant toutes les localités de quelque importance dans les provinces de Santa Fe (Rosario, Coronda, la ville de Santa Fe), rejoignant ensuite Bajada del Paraná, Corrientes, Asuncion et les villages des Missions, pour enfin regagner Buenos Aires, six mois après son départ.
Peu de temps plus tard, le , accompagné des secrétaires Diego Siochan y Mayorga et Francisco de Paula Saubidet, et escorté de quatre soldats et d’un chef de dragons, il entama une deuxième tournée, qui l’emmena dans les provinces qui lui restaient encore à parcourir. En un an et demi, il visita Córdoba, Santiago del Estero, Tucumán, Catamarca, les provinces de La Rioja et de Mendoza, franchit la cordillère des Andes et visita Santiago du Chili, Valparaíso et Arica, se rendant ensuite dans les provinces du Haut-Pérou et à Santa Cruz de la Sierra, puis, après un nouveau passage par Córdoba, fut de retour à Buenos Aires le . Par le moyen de ces voyages, il acquit une connaissance directe des provinces du Río de la Plata que fort peu d’agents de la Couronne possédaientBrading, David, Miners and Merchants in Bourbon Mexico 1763-1810..
Son travail efficace à la direction de la Renta del Tabaco lui valut le , plus par son mérite propre que par influence, la distinction de Chevalier surnuméraire de l’Ordre royal de Charles III.
Gouverneur-intendant de Buenos Aires (1783-1788) Le , Francisco de Paula Sanz prêta serment comme Intendant de l’Armée et des Finances royales de la Vice-royauté, et le de la même année fut reconnu par le Cabildo de Buenos Aires surintendant ou gouverneur-intendant de Buenos Aires.
Il eut d’excellents rapports avec le vice-roi Juan José de Vértiz y Salcedo, et les mesures progressistes communément attribuées à celui-ci furent pour une bonne part conçues, impulsées et mises en œuvre par Sanz. Tant le pavage des rues et le nivellement de la Plaza Mayor, que la réglementation des façades des maisons, l’éclairage public, l’assainissement des bas-fonds de la ville, l’amélioration de l’approvisionnement en eau potable et en vivres, entre autres problèmes urbains, furent pour Sanz sujets d’étude et objets d’amélioration, il est vrai avec le plein appui du vice-roi. C’est lui également qui fit en sorte que les douanes de Buenos Aires pussent bénéficier d’un édifice approprié à leur fonction et qui fut à l’origine de la création du Consulat de commerce de Buenos Aires.
En 1784, à la suite de la demande faite par le roi d’un rapport sur l’état des réductions de guaranís, Sanz requit auprès du gouvernorat des Missions guaranís tous éléments utiles pour établir le rapport sollicité, qu’il fit parvenir à Charles III dès cette même année. Faisant preuve de zèle, il ordonna et adjoignit à son rapport un recensement complet des biens des villages guaranís, ainsi qu’une carte des sites et de leur juridiction.
En , Nicolás del Campo y Rodríguez de Salamanca, marquis de Loreto, accéda à la fonction de vice-roi. L’activité de Sanz put se poursuivre, mais les rapports avec le nouveau gouvernant furent conflictuels.
Le , il rédigea le Reglamento Interno que ha de observarse por la ciudad de Buenos Ayres y la Junta Municipal de Propios y Arbitrios de ella, en el gobierno y administración de estos ramos y en el pago de los salarios y gastos que ha de satisfacer de sus caudales ('Règlement interne qui devra être observé par la ville de Buenos Ayres et par le Commission municipale des Propriétes et Impôts de celle-ci, lors de la gestion et de l’administration de ces branches et lors du paiement des salaires et dépenses dont elle devra s’acquitter au moyen des revenus qu’elle en tire'), lequel lui valut une appréciation favorable de la part du Procureur de la Real Audiencia.
Sanz stimula la pêche sur les côtes patagoniennes (baleine, morue et sardine), et ce fut sur la base de ses rapports favorables que le vice-roi Loreto octroya les permis correspondants.
En 1787, il eut un différend avec le cabildo de Buenos Aires à propos de la durée du mandat de l’alcade de premier vote, que Sanz estimait être, conformément à l’Ordonnance royale sur les Intendances, de deux ans au lieu de un. Le Cabildo, avec l’appui de la Real Audiencia et du vice-roi, obtint finalement la concession royale prévoyant désormais des mandats de un an pour une fonction que le Cabildo jugeait extrêmement lourde.
En 1788, le roi Charles IV d'Espagne monta sur le trône. Les nouvelles autorités disposèrent que la charge de surintendant général de l’intendance de Buenos Aires fût désormais exercée par le vice-roi, par suite de quoi Sanz dut abandonner le poste. Dans le Juicio de Residencia qui fit suite à cette disposition et qui avait été pris par Martín José de Asco y Arostegui, gouverneur élu de la province de Huarochirí, aucune charge n’avait été prévue pour SanzException faite d’une demande particulière formulée par María Josefa Alquizalete, veuve de José Antonio Rodríguez, secrétaire de la Real Hacienda, au sujet de préjudices résultant de ce que celui-ci fut empêché de détenir le secrétariat de la Surintendance.. De 1784 à 1788, il occupa le poste de frère majeur de la Confrérie de la Charité.
Au cours de son mandat, Sanz s’était distingué par son sens pratique et ardeur progressiste, bien qu’il lui manquât une plus grande liberté d’action pour pouvoir agir selon sa vocation entreprenanteGarner, Richard, Silver production and entrepreneurial structure in century, ., en particulier sous le mandat du marquis de Loreto. Cependant, ce fut en accord avec Loreto qu’il avait vigoureusement défendu la salaison et exportation de viande bovine et qu’il stimula l’industrie pelletière dans la province de Salta. En ce qui concerne la répression de la contrebande sur les rives du Río de la Plata, son action fut moins claire et on le suspectait de recevoir des « prêts » de la part des intéressés pour financer son fastueux train de vieBrading, David, Miners and Merchants in Bourbon Mexico 1763-1810.
Gouverneur-intendant de Potosí (1788-1810) Le Jugement de résidence ayant été dissous sans difficultés, il fut nommé cette même année 1788 gouverneur-intendant de Potosí, en remplacement de Juan del Pino Manrique de Lara.
Si beaucoup ont souligné l’appui décidé qu’il apporta tout au long de son mandat aux œuvres de charité et aux maisons de miséricorde, ainsi que les mesures qu’il prit pour favoriser l’activité des missions, c’est toutefois par la question minière et le travail de corvée des Indiens (mita) que sa longue période d’administration à Potosí fut marquée plus particulièrement.
Le travail indigène thumb|230px|Le Cerro Rico, tel que dessiné vers 1715. La production d’argent, principale ressource de la ville, avait atteint aux alentours de 1650 son niveau maximal. Après cette date, les gisements commencèrent à s’épuiser, entraînant une baisse lente et constante de la population de Potosí : en 1750, elle s’était réduite à habitants, et en 1780, elle n’était plus que de .
Cependant, l’épuisement de quelques veines principales et l’inondation d’autres n’étaient pas les seules difficultés. Les entreprises minières potosines de l’époque, à la différence des autres centres de production de l’Empire hispano-américain, se caractérisait par une structure tripartite d'exploitation, qui comprenait, d’abord, les propriétaires des ingenios (les infrastructures destinées à transformer le minerai), ensuite les exploitants, et enfin les travailleurs, en général soumis à la mita, c'est-à-dire corvéables.
Tandis que d’un côté le nombre des ingenios existants se maintenait stable, de l’autre la demande pour leur exploitation augmentait constamment. De cette façon, les propriétaires bénéficiaient d’une rente croissante et tendaient à décourager toute innovation, alors que les exploitants pour leur part voyaient leur marge bénéficiaire s’amenuiser sans cesse, n’étaient guère en mesure de réunir du capital pour améliorer leurs procédés techniques et, en eussent–ils été capables, n’auraient eu aucune certitude quant à pouvoir maintenir l’exploitation sur la longue durée, voire à moyen terme.
D’autre part, le mercure, dont il était fait grande consommation, et qui constituait l’un des principaux intrants nécessaires à séparer l’argent d’avec les matières terreuses, était de disponibilité limitée, situation aggravée encore par les restrictions et par la spéculation qui pesaient sur son commerce.