Jacob Petit, pseudonyme de Jacob Mardochée, né à Paris en où il est mort le , est un céramiste français.

Son nom reste attaché à l'originalité de sa production. Abondante et diverse, naguère jugée d'une exubérance de mauvais goût, elle est aujourd'hui recherchée pour son originalité, la qualité de sa finition et la richesse de sa polychromie.

Origines familiales L'état civil de Jacob Petit n'a jamais pu être établi de manière assurée, pour deux raisons : l'incomplète reconstitution des registres parisiens antérieurs à 1860, détruits par la Commune en ; la tardive stabilisation des patronymes juifs en France .

Le seul acte d'état civil incontestable concernant Jacob Petit est celui rédigé après son décès : Archives de Paris. arrondissement. Acte de décès n° 1704 du 06/12/1868. Vue 4/18..

À ce jour, le contrat de mariage conclu aux environs de 1816 entre Jacob Mardochée et Adélaïde Petit, fille d'un boulanger de Chantilly, n'a pu être trouvé. Jacob Petit adopte comme pseudonyme le patronyme de son épouse, sous lequel son nom passe à la postérité.

L'examen des actes d'état civil parisiens reconstitués au nom de « Mardoché(e) », et un recoupement des informations qu'ils fournissent, établissent que le couple formé par Moïse Mardochée et Sarah Simon a eu pour fils : Bernard (Paris, 1793Archives de Paris. Acte de naissance reconstitué de Bernard Mardochée du 15/07/1793. Vues 35 à 37/51. - 1855Archives de Paris. Acte de décès reconstitué de Bernard Mardochée du 07/01/1855. Vue 13/51.), sous-lieutenant d'infanterie puis rentier. Son acte de mariage précise les nom et prénom de sa mère (Sara Simon) ; il a pour premier témoin son frère, Jacob MardochéeArchives de Paris. Acte de mariage reconstitué de Bernard Mardochée et Esther Raphaël du 02/07/1818. Vues 17 à 19/51. ; Bironi (Paris, 1797Archives de Paris. Acte de naissance reconstitué de Bironi Mardochée du 18/06/1797 - 30 prairial an V. Vues 13 et 14/51. - avant ), brouettier, marié le au Havre avec Élise Eugénie Auger (Le Havre, 1815-1842), fille d'un ouvrier perceurArchives de Seine-Maritime. Acte de mariage de Bironi Mardochée et Élise Eugénie Augé du 28/06/1836. Vue 134/266. ; Armand Moyse (Paris, 1798Archives de Paris. Acte de naissance reconstitué d'Armand Moyse Mardoché du 20/12/1798 - 30 frimaire an VII. Vues 46 à 48/50. - avant ), enrôlé en dans les cuirassiers du Berry. Armand Moyse Mardochée n'étant pas cité lors de la succession de son père en , il est mort avant cette date.

L'acte de naissance de Jacob, né en 1796, n'a pas été reconstituéArchives de Paris. Fichier alphabétique des actes de naissance reconstitués au nom de « Mardochée ». Vues 23 sqq/51. Jusqu'à la vue 41 incluse, l'ordre chronologique n'est pas respecté par suite de confusions entre la date de naissance effective et le jour de déclaration a posteriori.. Celui de Jacob (dit Eugène) Mardochée du Archives de Paris. Acte de naissance reconstitué de Jacob Mardochée du 15/09/1791. Vues 9 à 14/16. concerne un homonyme, fils d'Élie Mardochée, mercier, et de Brunette Bernard, mariés en 1768 à Brody, en Pologne, suivant le rite hébraïque. Il contredit l'acte de décès du céramiste sur deux points essentiels : l'année de naissance induite par l'âge d'une part, le nom des parents d'autre part. En outre, la succession de Moïse Mardochée, laissant en 1840 pour héritiers ses fils Benard et Jacob (voir infra), ne peut concerner un dénommé Élie.

Le recensement parisien des Juifs de 1809 cite le couple (famille ). Le père, bijoutier, est né en 1754 à Avron ; la mère est née en 1766 à Mutterscholtz (Bas-Rhin) ; ils sont parents de neuf enfants : Élise, née en 1792 ; Abraham, né en 1795 ; Heluf, né en 1796 ; Jacob, né en 1796 ; Bironi, né en 1797 ; Hayem, né en 1799 ; Élie, né en 1800 ; Minette, née en 1801 ; Esther, née en 1807.

On remarque l'absence inexpliquable de deux fils : Bernard (né en 1793) et Armand Moyse (né en 1798).

Sarah Simon, épouse de Moyse Mardochée, meurt à Paris, rue Pecquay, le , à l'âge de 73 ans (née vers 1765)Archives de Paris. Acte de décès reconstitué de Sara Simon du 03/12/1838. Vue 23/51..

Moïse Mardochée meurt à Paris, rue des Archives, le . Il est rentier, âgé de 89 ans (né vers 1751)Archives de Paris. Acte de décès reconstitué de Moyse Mardoché du 01/06/1840. Vue 9/51.. Ses deux fils, Bernard et Jacob Mardochée, renoncent à sa succession le Archives de Paris. Enregistrement après décès. DQ 810. Folio 23 v°. Bernard et Jacob Mardochée, héritiers, demeurent alors respectivement 28, rue de la Folie-Méricourt et 26, rue de Bondy..

Biographie Après avoir appris le dessin en autodidacte, Jacob Petit entre comme élève dans l'atelier du peintre Antoine-Jean Gros, disciple de Jacques-Louis David. Précocement attiré par la porcelaine, il rejoint la manufacture de Sèvres dès 1822.

vignette|redresse|Flacon à parfum représentant une Chinoise. Le bouchon n'est pas d'origine. Collection privée.

Passionné d'arts décoratifs, il effectue plusieurs voyages en France et en Europe (en Italie, en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Angleterre) pour approfondir ses connaissances et perfectionner sa technique.

Revenu en France, il publie en 1830-1831 un Recueil de décorations intérieures, comprenant tout ce qui a rapport à l'ameublement, comme vases, trépieds, candélabres, lustres, girandoles, lampes, chandeliers, cheminées, faux poëles, pendules, tables, secrétaires, commodes, canapés, lits, draperies de croisées, fauteuils, chaises, tabourets, miroirs, et tout ce qui a rapport à l'orfèvrerie, menuiserie, serrurerie. Motivé par un désir d'exhaustivité, cet ouvrage connaîtra un vif succès. L'auteur y puisera constamment ses futures inspirations.

Jacob Petit possède à Fontainebleau une manufacture de porcelaine employant 80 ouvriers. À Paris, il dirige un atelier situé 26, rue de Bondy puis rue Paradis-Poissonnière .

Créateur animé d'un indéniable esprit d'entreprise, il semble par contre n'avoir été qu'un homme d'affaires malheureux. Il fait faillite en 1848. À la fin de sa vie, la malchance le poursuit : un incendie détruit l'un de ses ateliers, ce qui précipite sa ruine.

Admis pour fièvre à l'hôpital Beaujon le , il y meurt le d'une hémorragie cérébraleAssistance publique - Hôpitaux de Paris. Archives en ligne. Hôpital Beaujon ancien. Registre des entrées du au - 1 Q 2/100 - Vue (dans la colonne Observations, il est indiqué Israélite) ; registre des décès de 1868 - 3 Q 2/51 - Vue .. Mort dans la misère, il est inhumé le suivant, en tranchée gratuite, au cimetière parisien du Père-LachaiseArchives de Paris. Cimetière du Père-Lachaise. Inhumations du 08/12/1868. Vue 24/31..

Son épouse, Anne Adélaïde PetitAnne Adélaïde Petit est née à Chantilly (Oise) le , fille de Jean-Baptiste Petit (boulanger né à Noyon vers 1734 et mort à Chantilly le / 7 germinal an XII) et d'Anne Julie Barbier., meurt à l'hospice de Fontainebleau le Archives de Seine-et-Marne. Fontainebleau. Actes de décès de 1875. Vue 77/88., dépourvue du moindre bien comme l'atteste le certificat d'indigence délivré à l'administration fiscale le Archives de Seine-et-Marne. Enregistrement après décès. 143 Q 16.. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (concession reprise).

Œuvre vignette|redresse|Marque bleue « JP » de Jacob Petit. vignette|redresse|Brûle-parfum, vers 1830. Localisation inconnue.

Jacob Petit produit un grand nombre d'objets décoratifs en porcelaine : vaisselle, vases, tisanières, flacons à parfum, brûle-parfum, encriers, presse-papiers, vide-poches, pendules, luminaires d'intérieur, et même des cheminéesinsecula.com..

Ses créations se caractérisent par leur audace inventive. Empreintes d'éclectisme, elles puisent à tous les répertoires décoratifs : néogothique ; Renaissance ; baroque ; néoclassique ; exotisme inspiré des cultures arabe ou chinoise…

Naguère critiqué pour ses couleurs jugées criardes, Jacob Petit s'avère un coloriste remarquable. Il n'hésite pas à juxtaposer teintes franches et rares, tons mats et brillants, pour créer une chatoyante polychromie aux combinaisons presque infinies. Il cherche à rendre la matière avec réalisme (étoffes, bijoux, pierreries, carnations, pelage d'animaux, pétales et feuillages de fleurs, troncs d'arbre…). Répandu généreusement, l'or souligne socles et éléments saillants ou décoratifs. L'ensemble produit une impression de gaieté.

vignette|redresse|Personnage galant, vers 1835. Honolulu Museum of Art.

Sa créativité empreinte de fantaisie s'exprime, par exemple dans des flacons à parfum conçus par paires : un couple composé d'un homme et d'une femme en costumes de diverses époques ou civilisations (Écossais ; Espagnols ; nobles médiévaux ; Turcs ; Chinois ; Indiens d'Amérique…).

Esprit perpétuellement en éveil, Jacob Petit dépose plusieurs brevets de fabrication. Il aime relever des défis techniques, telle la réalisation de corbeilles en minces filets de porcelaine imitant l'osier tressé (voir infra). Il s'intéresse, entre autres, au procédé difficilement maîtrisable de la dorure sur porcelaine.

Dès 1834, il participe à de nombreuses expositions, où il recueille diverses récompenses en reconnaissance de son esprit pionnier mêlant audace et créativité. Le Rapport du jury central de l'exposition des produits de l'industrie nationale de 1834 lui accorde une mention honorable, . Il ajoute que cnum.cnam.fr..

En lui décernant une médaille de bronze, le jury de 1839 affirme : cnum.cnam.fr..

L'abondante production de Jacob Petit révèle un souci permanent de recherche et de renouvellement mais aussi de qualité technique, où l'effet décoratif s'accompagne de vraisemblance. Son inventivité et son savoir-faire suscitent l'admiration et la convoitise des collectionneurs.

Notes et références Notes

Références

Liens externes

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