vignette|Assiette à imitation de décor de dragon chinois dit en faïence de Rouen, circa 1750-60, France. vignette|Le sur la Place St Marc à Venise en Italie. En 2025, il est démontré que le lion est un hybride composé d'une sculpture en bronze réalisée sur les rives du Yangtsé, sans doute un « zhènmùshòu » ou gardien des tombes de l'époque Tang, auquel on a adjoint des ailes et arrivé avant 1200 à VeniseLe lion de la place Saint-Marc à Venise « made in China » ? Une nouvelle étude émet cette hypothèse, Le Figaro, 4 septembre 2025, à lire sur https://www.lefigaro.fr/culture/patrimoine/le-lion-de-la-place-saint-marc-a-venise-made-in-china-une-nouvelle-etude-emet-cette-hypothese-20250904.

vignette|Statuette, assiettes et plat en céramique de Rouen, Chinoiserie, , France, Musée de Bernay.

Une chinoiserie est un objet d'art européen décoratif des dont l'esthétique décalque l'art d'Asie. Il évoque l'attrait du collectionnisme pour les objets et architectures provenant d'Extrême-Orient, plus que de Chine en particulier. Il reflète un goût pour un Extrême-Orient rêvé, son imagerie et ses symboles, dans la forme (asymétrie, jeux sur les échelles) comme dans le fond (motifs et canons). L'art d'Asie orientale est vu et lu comme un modèle de singularités, qui est admiré, collectionné, copié, adapté mais aussi hybridéin: Jacques Marx, De la Chine à la chinoiserie. Échanges culturels entre la Chine, l'Europe et les Pays-Bas méridionaux (), Revue belge de Philologie et d'Histoire, , Bruxelles, 2007, .

Par extension, le mot chinoiserie va désigner les bibelots ou objets d'art qui proviennent de Chine ou qui en sont dans le goût réel ou de fantaisieDéfinition donnée dans la septième édition du dictionnaire de l'Académie Française en 1878, où le mot fait son entrée. voir https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A7C1417.

Le terme apparaît en 1823, chez Charles Fourier, pour désigner un art servile, immobile et fait de préjugés imitant les chinois qu'il ridiculise in Charles Fourier, Théorie de l'unité universelle ; Du libre arbitre, Chap III, Paris ed 1841-42, p177 et note 12 p187 ., puis il est repris en 1836, sous la plume de Honoré de Balzac dans son roman L'Interdiction. in Marianne Bastid-Bruguière, La France et la Chine : itinéraire d’une rencontre, BNF à lire sur https://heritage.bnf.fr/france-chine/fr/editorial#haut%20de%20page.

Le mot entre dans le dictionnaire Larousse en 1845, avec un sens péjoratif de bizarre et vulgaire pour désigner les objets de bazars prisés par les femmes légères ou parvenues.

Le mot est repris du français en anglais, allemand ou néerlandais et se dit (中国风) en mandarin.

Histoire

thumb|La coupe en jade (dynastie Ming, Chine) issue de la collection du cardinal Mazarin entre 1653 et 1661, puis dans celle de Louis XIV aujourd'hui au Musée Guimet, Paris. thumb|Cornelis de Bryer - Fruits et fraises dans un bol Wan-Li, une céramique d'exportation V.1658.

L'attrait pour les objets venus de Chine se manifeste en Europe dès l'Antiquité (tissus de soies), avant de s'épanouir du au , où objet de collections il fut assimilé d'une part à la vogue rococo du baroque français, au style rocaille et d'autre part à l'excentricité anglomane du . On peut prêter à cet engouement des résonances « philosophiques », tel qu'il est inscrit dans des thèmes littéraires de la sinophilie développés aux Lumières qui voit dans l'Empire Céleste le modèle idéal du gouvernement du despote éclairéCat, Une des provinces du rococo, la Chine rêvée de François Boucher, Musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon, du 8 novembre 2019 au 2 mars 2020, 288 pages, Paris, In Fine éditions d'art, 2020. L'esthétique de la chinoiserie s'inscrit dans un mouvement complexe d'échanges diplomatiques et culturels entre artisans et artistes d'Asie et d'Occident qui s'influencent mutuellementvoir note 1. En 1700, la reconnaissance mutuelle de l'Empereur Xangxi et Louis XIV pour les français, ou pour les Chinois la soumission du roi de France à l'empereur de Chine ouvre une période de fascination réciproqueColl, sous la direction de Lucien Bély, Dictionnaire Louis XIV, article Chine, Editions Robert Laffont, Paris, 2015.. Ainsi la culture chinoise va jouer un rôle important dans la prise de conscience d'une forme de beauté propre à l'irrégularité en Europein Meng Hua, Visions de l'autre, Chine, France Beijing, Pekin University Press, ..

Le chinoiserie était très populaire en Europe au pour de nombreuses raisons. Les Européens avaient un intérêt marqué pour l'Asie, en raison de l'extension du commerce avec l'Extrême-Orient, en particulier la Chine. Leur contact avec cette nouvelle culture, bien que toujours limité, s'était accru. Le terme "Chine" représentait, dans l'esprit des Européens, une région plus vaste incluant non seulement la Chine elle-même, mais aussi le Japon, la Corée, l'Asie du Sud-Est, l'Inde et même la Perse. Dans l'art, le style "oriental" était perçu comme une source d'inspiration ; les riches images et les dessins harmonieux de ce style reflétaient l'image d'un monde idéal, d'où l'on pouvait puiser des idées pour remodeler sa propre culture. Ainsi, le style chinoiserie doit être considéré comme un résultat important des échanges entre l'Occident et l'Orient. Au XIXe siècle, particulièrement dans la seconde moitié, le style chinoiserie fut inclus dans la définition générale de l'exotisme.

Bien que le terme "chinoiserie" ait pour racine "Chine", les Européens des n'avaient pas une idée claire de la réalité de la Chine. Souvent, les termes tels que "Orient", "Extrême-Orient" ou "Chine" étaient utilisés de manière interchangeable pour désigner la région de l'Asie de l'Est, avec la véritable culture chinoise comme principal représentant, mais la signification de ces termes pouvait varier en fonction du contexte. Par exemple, dans son œuvre de 1772 "On Oriental Gardening", Sir William Chambers utilisait le terme "China" pour désigner l'Orient en général. Dans les registres financiers de Louis XIV aux , des expressions telles que "façon de la Chine" ou "à la chinoise" étaient déjà enregistrées. Au , le terme "chinoiserie" est apparu pour la première fois dans la littérature française. Dans le roman L'Interdiction, publié en 1836, Honoré de Balzac employait "chinoiserie" pour désigner des objets d'art au style chinois. Dès lors, ce terme a progressivement gagné en popularité, étant utilisé de manière plus fréquente pour désigner des objets fabriqués dans le style chinois, mais parfois aussi pour désigner des objets élégants ou rares. En 1878, "chinoiserie" est officiellement entré dans le dictionnaire de l'Académie française.

Céramique et porcelaine

La porcelaine de Chine est remarquable et connue de longue date, vendue par les marchands d'Asie Mineure dans le bassin méditerranéen, pour son aspect translucide et fin qu'aucune autre céramique ne possédait, elle est décrite ainsi au milieu du : Octave du Sartel, La porcelaine chinoise, Paris, 1881, p.28. Ces porcelaines apparaissent dans les inventaires du duc d'Anjou ou du duc de Normandie dès le idem note précédente pp 32-34 . Aussi de la Renaissance au , les artisans européens de Rouen en France, Delft en Hollande,ou de Meissen en Saxe tentèrent de s'approprier des techniques pour imiter la porcelaine chinoise, en bleu et blanc qui est importée depuis Canton par les Portugais à partir de 1514in Daisy Lion-Goldschmidt, Les porcelaines chinoises du palais de Santos, Arts Asiatiques N°39, Année 1984,pp. 5-72 à lire sur https://www.persee.fr/doc/arasi_0004-3958_1984_num_39_1_1616, tout en imitant les motifs et dessins, pagodes, personnages, dragons... sans connaître le secret du kaolin.

Cinq exemples de céramiques chinoises imitées du

thumb| Prince et Princesse de Chine dans le Codex Boxer de (1590) pour le roi Philippe II d'Espagne. thumb|Routes commerciales portugaises vers Macao et Nagasaki en bleu et en blanc routes espagnoles depuis les Philipines au .

Objets de collection de la royauté

Les porcelaines chinoises et les objets d'extrême-Orient sont collectionnés par la noblesse et le clergé, par exemple le cardinal Richelieu possédait une collection de venues de Chine au Palais CardinalLe Cabinet du Cardinal Richelieu à lire sur https://curiositas.org/cabinet/curios1232. Les marchands portugais vendaient à la foire Saint-Germain des objets de "Lachine" (en un seul mot). Les objets recherchés étaient du tissu, des soies, des porcelaines et des meubles laqués (coffres et paravents). À Lisbonne, la collection d’assiettes de porcelaines chinoises, dont les plus anciennes datent de 1500, accrochée au plafond de la “Salle des porcelaines” du palais de Santos, est un exemple du commerce de céramiques entre la Chine et l’Europe et de sa réception esthétique.. Le roi d'Espagne Philippe II possédait une collection de 3000 pièces, essentiellement des porcelaines "bleues et blanches", les Médicis eux 400 céladons et bleues et blanchesStéphane Castelluccio, « Les porcelaines orientales du Garde-Meuble de la Couronne de Louis XIV à Louis XVI », in Versalia, Revue de la Société des Amis de Versailles, n° 15, année 2012, pp. 45-70.

L'objet chinois le plus ancien entré dans les collections de Louis XIV à Versailles est une petite coupe de jade blanc de l’époque Ming provenant de la vente de la succession du cardinal Mazarin décédé en 1661, qui se trouve aujourd'hui au musée Guimet voir la page du Musée Guimet, La Chine à Versailles – art et diplomatie au , https://amis-musee-cernuschi.org/la-chine-a-versailles-art-et-diplomatie-au-xviiieme-siecle/.

Le voyage de Marco Polo et son récit (1271) participent de l'image que les Européens se font de l'Asie. Le écrit et illustré par un artiste chinois v.1590 pour le roi d'Espagne Philippe II, donne ainsi une connaissance générale des peuples de Manille, de la Chine et du Japon. Au , les nombreuses éditions illustrées de récits de voyage et correspondances des missionnaires jésuites, dont le fameux "China illustrata" d'Athanasius Kircher, éditée à Rome en 1667, constituent une source encyclopédique mélangeant réalité et fiction.

thumb|L'affiche de la boutique parisienne "À La Pagode" de chinoiseries du marchand Edme-François Gersaint par François Boucher (). On reconnait un coffre japonais sur lequel le marchand Guersaint est caricaturé assis tenant à la main un bibelot, devant du corail, une théière et un service à thé.

L'instauration de la route du « galion de Manille » à partir de 1565, par les Espagnols fut un des commerces les plus rentables avec des bateaux de 50 mètres de long et de 2000 tonneaux traversant le Pacifique. Les Espagnols échangeaient et achetaient avec l'argent de la Nouvelle-Espagne aux Chinois et Japonais de l'or et des porcelaines qu'ils convoyaient depuis Manille et les Philippines jusqu'à Acapulco, une fois déchargée la marchandise était convoyée vers Veracruz pour être chargée à bord de galions pour l'Europe.

Le dominicain espagnol Domingo Navarrete (1618- ap.1672) est tellement impressionné par les possibilités économiques qu'offrait la Chine en produits de fantaisie qu'il écrit dans son récit de voyage en Chine : « Si on envoyait quatre gros galions dans les villes de Nankin, de Suzhou, de Hangzhou, et dans n’importe quelle autre ville comparable, on pourrait les charger de milliers d’objets curieux et de jouets que le monde admirerait et on en tirerait un gros bénéfice tout en les vendant à des prix raisonnables.»Domingo Navarrete,The Travels and Controversies of Friar Domingo Navarrete, 2 vol., traduit et présenté par J. S. Cummins, The Hakluyt Society, 2e série, no 118, Londres, 1960. cité par Jonathan D. Spence, La Chine Imaginaire, chapitre 2, Voyageurs du , Presses de l’Université de Montréal, Montréal, 2000. pp 33-55..

La chinoiserie de commande

thumb|gauche|Assiette en Canton , une chinoiserie faite en Chine pour l'exportation. thumb|Affiche d'une boutique parisienne de chinoiseries, de porcelaines en 1855.