Les maisons de l'île de Délos donnent une image précise de l'habitation privée hellénistiqueDu moins une image de l'habitat cossu dont l'architecture plus développée, est mieux conservée.. Les maisons forment la grande majorité des édifices exhumés à Délos dans un bon état de conservation.

La population délienne comptait plus d'un millier de personnes, esclaves et étrangers non compris. Au début de l'époque hellénistique la ville est encore exigüe mais déjà, certains « quartiers » se spécialisentPhilippe Bruneau dans Guide de Délos, note que la spécialisation des quartiers est artisanale uniquement.. Après 166, sous la domination athénienne, l'urbanisme s'y développe particulièrement. Les quartiers d'habitation se multiplient en raison d'un subit afflux de commerçants attirés par la franchise du port (privilèges financiers)Le privilège n'était pas que financier, les franchises octroyaient notamment des « libertés communales »..

L'Architecture de la maison délienne thumb|220px|left|Une rue de Délos dans le quartier du théâtre. On distingue les divers matériaux utilisés conjointement. L'ensemble urbain délien donne un effet de grande confusion. D'abord, l'emplacement de la villeLa topographie de l'île de Délos, faite de collines rocailleuses, est relativement accidentée. ne permet pas l'usage du plan hippodaméen, classique et ordonné. De plus, à Délos, il n'existe aucune réglementation municipale imposée, les propriétaires n'ont pas de contraintes. Il n'existe aucun obstacle à l'extension sauf les droits du voisin et les exigences dues au terrain accidenté de l'île.

Situation urbaine à Délos thumb|220px|right|Entrée d'une maison au bout d'une rue en cul-de-sac, façade aveugle percée d'une porte avec encadrement en marbre. Il existe beaucoup de maisons luxueuses aux vastes proportions comme la maison du tridentVoir Ph. Bruneau sur la maison du Trident. mais aussi de nombreuses maisons simples, beaucoup de variations et de transformations. Les insulæIci le terme « insula » désigne le quartier et non l'immeuble comme dans le sens latin. ne correspondent en rien à celles des autres villes, les formes et les superficies présentant, à Délos, des variantes considérables. Ces irrégularités sont souvent surprenantes, sans justification de contraintes parcellaires.

Dans ces îlots, les maisons présentent des contours capricieux où la seule constante est la forme de la cour intérieure, qui doit rester rectangulaireExigence fonctionnelle et technique.. Le plus souvent, les habitations empiètent les unes sur les autres ou se pénètrent, réduisant parfois des pièces en d'étroits couloirs. Il paraît impossible de trouver une explication à ces imbrications extraordinaires. La plupart des auteurs insistent sur l'extravagance de certains plans. Une des hypothèses avancées par Philippe Bruneau est que les maisons n'étaient pas toujours occupées que par une seule famille.

La différence de superficie des îlots se répercute dans le découpage des surfaces bâties et dans le nombre des maisons par îlot. Ainsi un îlot ou insula peut contenir une maison, quinze maisons ou même vingt-quatrePhilipe Bruneau en particulier, analyse de la répartition de l'habitat dans les quartiers, notamment le quartier du théâtre..

Matériaux de construction Les maisons de Délos sont construites avec des matériaux locaux qui leur donnent une physionomie propre. On trouve du gneiss (schiste) pour la grande majorité d'entre elles, du granit dans la partie sud de la ville ou du marbre où il s'en trouve un filon. Dans quelques maisons, un socle de moellons supporte un mur de terre crue élevé au moyen d'un coffrage sur une hauteur considérable. Très souvent les Déliens emploient conjointement des matériaux variés, fournis principalement par les carrières de l'île : marbre, granit, pôros. Le pôrosSelon P. Roussel, les principales carrières de pôros se trouvaient sur l'île de Rhénée, voisine de l'île de Délos. est une pierre tendre, plus légère, surtout employée à la construction des étages. En règle générale, les maisons sont bâties avec le matériau dont on dispose sur place. Les bâtisseurs de la maison de l'InoposCe sont les chercheurs qui ont donné ce nom à la maison car une sculpture d'Inopos, le dieu-fleuve y fut découverte. par exemple, utilisèrent en abondance des moellons d'amphibolite et de pyroxénite dont le gisement se trouvait à l'endroit même des fondations de la demeure. thumb|330px|right|La maison des dauphins. On voit l'entrée et son auvent à colonnes, la cour à péristyle et le reste d'enduit sur les murs.

De l'immense variété des matériaux employés, c'est le gneiss qui domine et qui donne aux murs déliens leur physionomie si particulière. Cette roche, comme les schistes, se délite aisément, surtout à Délos où à la suite de dislocations, les couches de gneiss ont été traversées de diaclases verticalesLa roche se fend.. Pour monter les murs, on assemblait des moellons de toutes formes et de toutes tailles, l'irrégularité de l'appareil étant masquée par un épais revêtement mural en stucSelon Hellman, ce mode de construction est commun dans la Grèce antique.. Ce travail nécessitait trois, voire quatre, couches préparatoires : une première couche faite d'un épais mortier de chaux, d'éclats de pierre et de sable. Cette couche était striée d'incisions pour plus d'adhésion de la couche suivante ; une deuxième couche de stuc blanc grossier était ensuite appliquée ; Pour finir on enduisait le mur d'une troisième couche de stuc particulièrement bien apuré.

Façades et entrées Les façades La grande variété de la forme des maisons et l'aspect tortueux des rues étroites étaient renforcés par l'irrégularité des façades. Celles-ci ne comportaient aucune caractéristique architecturale, présentant des murs en biais, des décrochements ou des saillies inexplicablesLes nombreux travaux archéologiques qui ont permis de constater ce fait sont bien décrits dans les Dossiers d'Archéologie.. thumb|250px|left|Vestibule de la maison des dauphins avec vue sur la cour. Les façades, peu « mouvementées », sont uniquement percées de portes au rez-de-chaussée et de quelques fenêtres à l'étage. La maison délienne tourne le dos à la rue, à laquelle elle présente au moins au rez-de-chaussée, des murs aveugles — Philippe Bruneau parle même de « forteresses ». En effet si l'on possède des vestiges de fenêtres d'étages, les fenêtres de rez-de-chaussée sont exceptionnelles. Sur les côtés qui bordaient la rue, les maisons comportaient parfois une rangée de pièces indépendantes s'ouvrant vers l'extérieur. Il s'agissait de locaux commerciaux ou artisanaux, boutiques et échoppes qui se rencontrent surtout le long des artères principalesLes archéologues ont par exemple mis au jour une longue suite de boutiques au nord du quartier du théâtre..

Les portes Certaines maisons ont deux portes contiguës, une pour l'entrée et l'autre pour un escalier indépendant. Les portes comportaient divers encadrements, soit en gneiss soit en marbre, ornés de moulures plus ou moins chargées avec des linteaux supportés quelquefois par des chapiteaux. Les propriétaires de demeures cossues empruntaient à l'architecture monumentale quelques détails sophistiqués donnant une touche particulière à leurs entrées qui pouvaient être garnies d'auvents soutenus par des colonnes de granit par exemplePour P. Roussel, l'architecture est parfois directement inspirée par les bâtiments publics tels que les temples ou les thermes.. Les vestibules L'entrée dans la maison se faisait par un long vestibule qui conduisait directement à la cour. Par cet élément la maison délienne est comparable à celle d'Olynthe (en Grèce). La longueur du vestibule pouvait être très importante si la maison se trouvait à l’intérieur de l'îlot.

La cour : le centre de la maison thumb|250px|left|La cour à péristyle de la maison des masques (en partie restaurée). La cour est le seul élément constant de l'architecture privée délienneLe schéma grec se retrouvera également chez les Romains.. Il s'agit là d'un principe habituel dans la Grèce antique. Le centre de la maison, quels que soient le nombre de pièces et l'importance de l'habitation, est toujours formé d'une cour autour de laquelle sont distribuées les différentes pièces. La cour est et doit rester rectangulaire, même sensiblement et même si à côté, l'architecte se permet de faire des pièces de toutes les formes. Le nombre de pièces dans la maison peut varier de deux à dix-sept. Il pouvait s'agir d'une simple « courette » grossièrement dallée ou d'une somptueuse cour à péristyle de marbre et décor de mosaïque. Les belles demeures occupaient des surfaces considérables autour des cours. La plus importante des maisons déliennes, la maison du diadumèneMaison baptisée par les archéologues du nom d'une sculpture de Diadumène qui y fut découverte. occupait et sa seule cour faisait . Dans ces demeures luxueuses, le type du péristyle et le nombre de colonnes sont très variables. Les canons classiques mêmes sont détournés et connaissent à Délos des variantes notables. Par exemple, les colonnes des péristyles étaient d'ordre doriqueColonnes à cannelures et chapiteaux simples.. À Délos, seule la partie supérieure de la colonne est cannelée, la partie inférieure était taillée en pans coupés. Il arrive également que les colonnades bordant la cour soient juchées sur un parapet.

Les pièces sont groupées sur deux ou trois côtés de la maison sans préoccupation d'orientation, car l'irrégularité des plans ou le manque d'espace ne le permet pas. La « salle de séjour » ou « oikos » et ses annexes sont placées de préférence au nord, avec la façade ouvrant au sud sur la cour ou sur un portique très dégagé. Souvent, il est difficile de préciser l'usage des pièces, seules quelques salles sont très reconnaissables comme l'ocus maior, la plus vaste des salles de réception. On reconnaît aussi des salles à manger, des communsDans son ouvrage, Hellmann précise que les cuisines pouvaient être imposantes et équipées de pressoirs et de fours à pain. des fourneaux, des cuves et des baignoires, mais aussi des latrines avec leurs caniveaux en équerre disposés le long de deux murs.

L'eau thumb|190px|right|Citerne du théâtre. Absentes de bien des maisons, les latrines étaient construites le long de deux ou trois côtés d'une petite pièce, presque toujours à l'entrée de la maison. Les eaux usées s'évacuaient par un dispositif collectif, un réseau d'égouts qui aboutissait à la mer, ménagé dans l'axe des ruesLe réseau d'égouts couraient sous le dallage ou la terre des rues..