Robert Hale Merriman (1908, Eureka – début , Corbera d'Ebre, Espagne) est un universitaire et militant communiste américain, maître-assistant d'économie à l'Université de Californie (Berkeley). Engagé du côté républicain pendant la Guerre civile espagnole. Il a été commandant du Bataillon Abraham Lincoln, a fait partie de l'état-major de la XV° Brigade Internationale et est mort pendant la retraite suivant l'offensive nationaliste d'Aragon.

Jeunesse : USA et URSS Fils d'un bûcheron de la côte Ouest des USA, Merriman fait plusieurs métiers pour payer ses études à l'Université du Nevada. Il s'inscrit aux stages du "ROTC" (Corps d'entraînement des officiers de réserve) et y apprend le maniement des armes.

Il obtient une bourse et poursuit ses études d'économie à Berkeley (Université de Californie). Nommé maître-assistant, il devient ami de Robert Oppenheimer, fait partie de l'intelligentsia de gauche. Il veut étudier le système économique socialiste, demande une bourse d'études, et part pour Moscou avec Marion, sa jeune épouse, en 1935.

En 1936 (Merriman a 28 ans), la guerre civile espagnole éclate, et il décide de s'engager parmi les volontaires qui vont combattre le fascisme aux côtés des Républicains. Il part pour Valencia.

Espagne Débuts Selon E.B. Colemanle chapitre suivant est traduit-résumé du travail de E.B. Coleman : Some men put up their lives (voir bibliographie), "l'arrivée de Robert Merriman, fin janvier 37, au camp d’entraînement des volontaires américains de VillanuevaHarry Fisher, un vétéran américain des BI se souvient : "Les camps d’entrainement des BI se trouvaient dans les petites villes autour d’Albacete. Les Américains (de mon contingent) allèrent à Madrigueras ("Les Tanières"), et on nous attribua un entrepôt vide comme caserne" ("The small towns surrounding Albacete were used by the International Brigades for training purposes. The Americans went to Madrigueras, where we barracked in an unused warehouse"). In Harry Fisher Comrades, tales of a brigadista in the spanish civil war, University of Nebraska Press, , compliqua encore un peu plus la situation en ce qui concerne le commandement du Bataillon LincolnColeman a expliqué plus haut que le parti communiste américain (PCUSA) tenait à nommer lui-même les chefs militaires des troupes (tout comme les chefs politiques, les commissars, qui avaient le pas sur les militaires) ; le commandant des Américains en Espagne choisi par le PCUSA était un certain James Harris, ex-sergent de l’armée américaine, aux compétences plus que limitées et peu aimé des hommes. Par ailleurs, les Américains, peu nombreux au début et suspectés d’embourgeoisement et d’individualisme par André Marty et ses adjoints, avaient été cantonnés dans des villages à l’écart (Tarrazona, Villanueva) et dans des conditions plus que spartiates. Merriman, 28 ans, étudiant en fin de cycle d’études supérieures d’économie, chargé de cours à l’Université de Californie (Berkeley), arriva en Espagne, venant d’URSS. Il y étudiait apparemment l’organisation des kolkhozes quand sa conscience l’appela en Espagne. Quelques brigadistes du Lincoln pensèrent qu'en fait Merriman suivait des cours à l’Institut Lénine en vue de devenir un des chefs du PCUSA, et avait été placé par le Comintern à la tête du bataillon. D’autres estimaient que Merriman était bien un idéaliste non-communiste. En fait, Merriman était étroitement lié au PC, et devint même membre du PC espagnol pendant la guerre selon Some men put in their lives de E.B. Coleman, ".

David G. Gilmore, quant à lui, pense que Merriman « en participant à la guerre civile en Espagne, cherchait en somme à se tester, à trouver sa vérité. Fils d’un bûcheron de la côte ouest, grand et athlétique, Merriman était aussi par nature un intellectuel, animé par la curiosité d’un chercheur… Selon sa veuve, Merrimann n’était pas communiste quand il quitta Moscou pour l’Espagne, mais était un idéaliste pré-politique. La Grande Dépression américaine et quelques exemples intéressants découverts en URSS avant la Grande Purge staliniste l’avaient orienté vers le gauchisme et l’activisme, mais apparemment il ne s’était pas inscrit au PC »"he was seeking some kind of personal testing and certitude in the Spanish war. Merriman, the son of a West Coast lumberjack, was tall and athletic, a natural intellectual with a searching curiosity. His wife, Marion, paints a deeply admiring and loving portrait of this enigmatic adventurer, who remains, despite her warm recollections, disturbingly vague. Merriman was not a Communist when he left Moscow for Spain, according to his wife, but a prepolitical idealist. The Depression and some positive experiences in Russia before the Stalinist purges turned him leftward and toward activism, but he apparently never made a formal commitment to the Communist Party." In Casualties of a Pure War, par David D. Gilmore; The New York Times, 8 juin 1986

https://www.nytimes.com/1986/06/08/books/casualties-of-a-pure-war.html

Merriman, nommé officiellement adjoint du commandant Harris, prend en fait la direction du Lincoln et, fort de son expérience d’ancien élève des EOR à l’université du Nevada, commence activement à entraîner ses hommes : ce sont pour la plupart des blue-collars (ouvriers, dockers, marins...) certes habitués à faire le coup de poing mais qui n’ont pas fait de service militaire et n’ont aucune expérience de la guerre et des armes à feu. Merriman développe l'entraînement physique et les enseignements pratiques : marches, techniques de progression, camouflage et défilement sur le terrain. Quant à l’initiation au maniement des armes de guerre, elle tourne court : le Lincoln n’a été doté que d’une cinquantaine de fusils russes Mosin-Nagant modèle 1891, de quelques mitrailleuses vétustes, et de quelques boîtes de cartouches.

Jarama Début , alors que les Américains sont à peine acclimatés et un peu entraînés, une rumeur leur parvient : les Nationalistes, après avoir échoué à pénétrer dans Madrid au nord (batailles de la Cité universitaire et de la Casa de Campo) puis au nord-ouest (3 assauts infructueux contre la route de La Coruña) vont attaquer au sud-est, sur le rio Jarama, pour couper la route Madrid-Valencia ; et les Lincoln risquent d’être appelés à la défense. La plupart des 400 (environ) Américains n’a pas encore tiré un coup de feu. Le chef de la section de mitrailleuses, qui n’a pas encore dérouillé ses armes, de désespoir fait un coma éthylique lorsqu'il apprend la nouvelle. thumb|Le cours paisible du rio Jarama (ici vue de Titulcia depuis le Vieux Pont) a été le théâtre d'une bataille terrible (6 au 27 février 37) pour la possession de la route Madrid-Valencia

Le , le généralissime républicain José Miaja ordonne une contre-offensive totale, et lance les Brigades internationales dans la bataille : les , , et BI (le bataillon Lincoln fait partie de la ) vont attaquer.

Lors du transport des Lincoln au front, on fait arrêter les camions et on improvise une instruction de dernière minute au tir : chaque homme essaie son fusil en tirant quelques cartouches dans un talus.

Le 37, dans l’après-midi, les Lincolns reçoivent pour la fois l’ordre de sortir de la tranchée et d’attaquerl'expression anglaise est "to go over the top". Elle est bien illustrée par un tableau de John Nash, peint 18 ans avant la bataille de Jarama (voir File:NashOverTheTop.jpg) . Sur le Jarama, la neige de février 37 n'était guère abondante, il s'agissait plutôt de pluie glacée; les Lincoln rencontreront cependant ces conditions à la Noël 38, lors de la bataille de Teruel. Ils avancent un peu, et sont fauchés par un feu nourri des mitrailleuses nationalistes ; les survivants s’enterrent et attendent la nuit pour revenir à la tranchée. Bilan : 20 morts et 40 blessés.

Le , en milieu de journée, le « general Gal » (János Gálicz) ordonne aux Lincoln de monter à l’assaut du Pingarrón, une éminence fortement tenue par les nationalistes, mais sans intérêt stratégique, et à l’évidence imprenable par des fantassins. Merriman en appelle de cet ordre abstrus à Vladimir Ćopić. Ćopić ne donne pas de contre-ordre. Sans préparation d’artillerie, sans appui de chars ou d’avions, en l’absence des troupes espagnoles qui devaient les appuyer, les Lincoln sortent des tranchées, et sont fauchés par les mitrailleuses nationalistes. Les Américains essaient d’avancer, puis se plaquent au sol et s’enterrent. À la nuit, sur les 400 hommes environ qui étaient sortis, seulement une centaine rentre indemneselon EB Coleman, Some men put in their lives, . Coleman note dans son travail les différences d’évaluation des pertes du Lincoln à Jarama selon les sources. Sandor Voros, militant communiste envoyé spécial du PCUSA, (et donc peu suspect d’avoir sous-évalué les pertes) a noté : « 153 morts sur 377 combattants le 27 février » (sans compter les blessés) . Ce taux de pertes énorme explique la mutinerie et les désertions des brigadistes américains dans les jours suivants. Coleman ajoute (références à l’appui) : "Gal et André Marty sont écœurés, et voient justifiée la mauvaise opinion qu’ils ont des Américains"..

Les Lincoln, révoltés par ce massacreA Jarama, lors de l’attaque du 27 février 37, l’écrivain, activiste et poète irlandais Charles_Donnelly, un des chefs de la Colonne Connolly, a été tué. Le sculpteur britannique Jason_Gurney gravement blessé à la main droite, sera rapatrié. se débandent, cherchent les responsables pour se venger. Merriman, grièvement blessé au bras, est hospitaliséselon l’article de WP english "Spanish Civil War, 1937", § "February 27" : " après ce désastre, Copic, le responsable de la mauvaise préparation de l’attaque, refuse de voir Robert Merriman, le chef du bataillon Lincoln, qui a été blessé", Les jours suivants, les Lincoln se calment, sont réorganisés : un officier apprécié des hommes, Martin Hourihan, prend le commandement, aidé de George Montague Nathan, dont le courage lors des attaques a sidéré les hommesselon Copeman, Fred : Reason in Revolt, 1948. Blandford Press, . Plus tard, quand Hourihan tombe malade, c’est le sous-officier afro-américain Oliver Law qui est nommé à la tête du bataillon Lincoln (fait sans précédent depuis la fin de la Guerre de Sécession : un Noir commande des soldats américains). Par ailleurs, après le désastre de Jarama, le PCUSA (qui ne publicise pas aux USA le désastre et la démoralisation consécutive dans la troupe) envoie en urgence des hommes de confiance reprendre les Américains en main : parmi eux Sandor Voros, Dave Doran (né David Dransky) et (né Stjepan Mesarosh), qui deviendront commissaires politiques.

L’épouse de Merriman, Marion, arrive de Moscou ; elle soigne son mari pendant sa convalescence et tient un poste administratif à l’état-major.

Après la bataille de Jarama (6– 37), le front se stabilise sur une ligne de fortins et de tranchées creusées de part et d'autre ; il restera relativement calme jusqu'à la fin de la guerre, mais sa garde immobilisera de nombreuses troupes républicaines.

Brunete Après avoir passé 4 mois dans les tranchées sur le Jarama, les Lincoln sont envoyés à l’ouest de Madrid dans la bataille de Brunete : les Républicains lancent cette offensive tant pour des raisons de prestige politique international que pour desserrer l’étau franquiste autour de Madrid et perturber l’attaque nationaliste en cours contre le Nord.

Les Lincolns ont reçu le renfort d’un bataillon américain nouvellement formé, le "George Washington". Au second jour de la bataille, les Américains prennent Villanueva de la Cañada après de durs combats dans la chaleur torride de l'été castillan. Par contre ils échouent, et perdent de nombreux hommes, devant les positions nationalistes de "Mosquito Ridge" (à Villaviciosa de Odon).