Le commissaire général de la République chargé de réorganiser les trois anciens départements d'Alsace-Lorraine est un haut fonctionnaire français qui, à la fin de la Première Guerre mondiale, est chargé d'organiser la réintégration au territoire français des trois anciens départements d'Alsace-Moselle, annexés par l'Allemagne après la guerre de et récupérés par la France en .
Le commissaire général de la République, aussi appelé haut-commissaire, est nommé à Strasbourg ; il est secondé par des commissaires de la République nommés à Colmar et Metz.
Histoire Planifications Durant la Première Guerre mondiale, le Gouvernement français met en place des services chargés d’étudier et de préfigurer ce que sera l’Alsace-Lorraine française qui sont regroupés au sein de la Conférence d’Alsace-Lorraine instituée dès , puis du Service d’Alsace-Lorraine avec ses sections d’études thématiques. Ces services sont composés de différents groupes de réflexion constitués sous l’égide de personnalités liées aux départements de l’Est (le Comité d’études économiques et administratives constitué autour d’Albert Kahn pour l’Alsace et autour de Maurice Bompard et de François de Wendel pour la Lorraine), ainsi que sur l’expérience acquise dans le cadre de l’occupation en continu pendant les quatre années de guerre des cantons de Thann, de Masevaux et de Dannemarie.
Les résultats de ces analyses permettent d’avancer trois voies au retour de l’Alsace-Lorraine dans l’unité nationale. Le retour à l’Alsace et à la Lorraine de , soutenu par Georges Weill et Daniel Blumenthal, le maintien d’un statut transitoire dans le but de faciliter l’assimilation administrative et législative des provinces recouvrées, soutenu par un grand nombre des fonctionnaires parisiens, et enfin la réorganisation de l’Alsace-Lorraine française en tenant compte des évolutions intervenues sous le régime allemand, soutenu par les membres du groupe lorrain comme Maurice Bompard ou Anselme Laugel.
La constitution du gouvernement Clemenceau le oriente cependant les choix politiques relatifs à l’administration de l’Alsace-Lorraine dans le sens de l’assimilation.
Haut-commissariat de la République Le est décidée la création d’un Service général d’Alsace et de Lorraine auprès de la présidence du Conseil. Ce service est placé sous l’autorité d’un sous-secrétaire d'État à la Présidence du Conseil chargé des questions d’Alsace-Lorraine, Jules Jeanneney, personnalité radicale-socialiste proche de Georges Clemenceau qui a une réputation de jacobin et d’anticlérical, et reçoit son organisation définitive par décret du .
Les premières décisions règlementaires sont prises au cours des semaines qui précèdent l’Armistice. Les différents services sont organisés au fur et à mesure des disponibilités de personnel en dépit d’importantes carences en moyens matériels et humains, et placés sous la direction d’inspecteurs généraux représentant leur département ministériel. Cet édifice administratif est complété par un conseil supérieur d’Alsace et de Lorraine.., organe consultatif composé d’une majorité de fonctionnaires de l’« intérieur » et de douze personnalités alsaciennes ou lorraines proposées par l’administration.
Les modalités de l’occupation militaire de l’Alsace-Lorraine et des départements libérés du Nord de la France sont définies au cours d’une conférence tenue, à l’initiative du maréchal Foch, le . L’administration civile des territoires libérés d’Alsace-Lorraine relève quant à elle du sous-secrétaire d’État de la Présidence du Conseil chargé des questions d’Alsace-Lorraine qui est assisté d’un haut-commissaire de la République qui coordonne l’action des services d’Alsace-Lorraine et d’un commissaire de la République nommé à la tête de chaque district.
Une conférence tenue au ministère des affaires étrangères le arrête les principales orientations en matière d’organisation administrative des provinces libérées avec un retour au plus vite au statut départemental et une liquidation des institutions communes d'Alsace-Lorraine.
Après la signature de l'Armistice, le , les Allemands évacuent les terres annexées en et dès le , un décret confie l’administration préfectorale à trois commissaires de la République résidant à Metz, Colmar et Strasbourg. Le commissaire de la République de Strasbourg assure en même temps, avec le titre de haut-commissaire, le fonctionnement des services communs. Mais les services et organes de décision restent encore à Paris et le haut-commissaire, Georges Maringer, conseiller d’État en service extraordinaire, beau-frère de Jules Jeanneney et proche de Clemenceau, se contente d’assurer la transmission des consignes entre le sous-secrétaire d’État et les commissaires de la République Léon Mirman, précédemment « préfet de guerre » à Nancy, nommé à Metz, et Henry Poulet, précédemment à la tête de l’administration de la vallée de Thann libérée, nommé à Colmar.
À son arrivée en Alsace, Maringer, sectionne les différentes institutions centrales de l’Alsace-Lorraine en trois administrations départementales et renvoie les fonctionnaires allemands, ce qui conduit au printemps à un grave manque de personnel d’encadrement conduisant certains fonctionnaires à cumuler plusieurs fonctions. Le Conseil national d'Alsace-Lorraine..., assemblée issue du suffrage universel, tire la sonnette d’alarme dès .
Pour combler le manque de fonctionnaires, il est fait appel à de nombreux fonctionnaires français, sans connaissance de l’allemand, auxquels sont proposés des primes qui suscitent la critique. De plus, à ce déficit d’encadrement civil s’ajoutent des conflits d’attributions entre autorités civiles et militaires, autorités militaires qui, par la convention de La Haye, avaient juridiction sur les territoires occupés pendant la guerre.
Le haut-commissariat de la République à Strasbourg va agir dans de nombreux domaines. En coopération avec le délègue Louis Guyot, sous-chef de bureau au ministère du Travail, ayant fonction d’inspecteur général du Travail et de la Prévoyance sociale en Alsace-Lorraine (arrêté du ) : réglementation et inspection du travail, organisation du travail, prévoyance et hygiène sociale, assurances sociales et privées, office de statistique d’Alsace-Lorraine. Dès , l’ensemble des postes d’inspecteurs du travail sont pourvus et les postes d’inspecteur-adjoints sont confiés à des Alsaciens-Lorrains, le ministère du Travail ne disposant pas de fonctionnaires susceptibles d’y être affectés. Le classement de la population. Dès l’entrée des troupes françaises en Alsace, les mairies reçoivent pour consignes de délivrer des cartes d’identité répartissant la population en quatre catégories sur des critères ethniques. considérées comme « allemandes » sont expulsées à la fin de l'année ; des commissions de triage sont chargées de l’examen individuel des Alsaciens-Lorrains signalés pour leurs sentiments germanophiles.. L’enseignement primaire et secondaire. Des fonctionnaires français sont placés aux postes de commandes, à charge pour eux d’encadrer étroitement les exécutants afin de franciser le plus rapidement possible l’Alsace et la Lorraine.. L’introduction du français comme langue de l’administration, ce qui pose des problèmes délicats pour les fonctionnaires alsaciens comme pour le public. L’action culturelle française. Afin de diffuser la langue française et faire connaître la France aux Alsaciens, les autorités développent des cours d’adultes, mais se servent aussi du théâtre comme du cinéma. Cependant, devant les problèmes d’ordre administratif, linguistique et religieux qui se posent, le haut-commissaire de la République de Strasbourg et la présidence du Conseil se renvoient la balle. Au cours de l’hiver, les Alsaciens commencent à demander des comptes devant l’insolence des fonctionnaires venus de l’intérieur et la désorganisation des services publics. De multiples interventions auprès du président de la République, Raymond Poincaré, font ressortir les inconvénients et les dangers de la politique centralisatrice de Jules Jeanneney. Le Conseil national adopte à l’unanimité un mémorandum qui conteste le régime étroitement centralisé qui se met en place en Alsace, l’adressant à Clemenceau par l’intermédiaire de Maringer. La réponse de Clemenceau, datée du , est une fin de non-recevoir.
Un décret du réorganise la justice, et le a lieu la séance de rentrée solennelle de la Cour d’appel de Colmar.
Début , le groupe parlementaire pour l’étude des questions alsaciennes et lorraines envoie une délégation, dirigée par le général Adolphe Messimy, auprès de Georges Clemenceau pour lui proposer de placer à la tête de l’Alsace-Lorraine une haute personnalité, résidant à Strasbourg, qui réunirait dans ses mains tous les pouvoirs, y compris le pouvoir militaire et serait assistée par des fonctionnaires connaissant parfaitement la langue allemande. Les informations sur le malaise grandissant sont confirmées par les membres alsaciens et lorrains du Conseil supérieur d’Alsace et de Lorraine qui se réunit pour la première fois le à Paris.
Commissariat général de la République vignette|redresse|alt=Portrait photographique de trois-quarts d'un homme aux cheveux gris-blancs, aux sourcils et à la moustache broussailleux, portant des lorgnons, un nœud papillon, une chemise blanche, un veston et une veste noire|Alexandre Millerand, commissaire général de la République à Strasbourg de à . En , Georges Clemenceau confie le haut-commissariat d’Alsace-Lorraine à Alexandre Millerand, l’un des chefs du Bloc national. Le même mois, la direction administrative de l'Alsace-Lorraine quitte Paris pour Strasbourg, où, sous la direction directe du haut-commissaire, elle va former le commissariat général de la République. Le haut-commissaire prend alors le titre de commissaire général et a les pleins pouvoirs législatifs (décret du ) pour mener à bien son objectif de réadapter progressivement les trois départements à l'administration française.
Entre et , Millerand va réorganiser le haut-commissariat, le dotant d’un cabinet, d’une direction des affaires militaires et d’une direction des affaires civiles, d’un service de presse et de propagandeCARAN, 470 AP 45.. Il met en place des directions en fonction des attributions des ministères : finances, justice et études législatives, commerce, industrie et mines, instruction publique et beaux-arts, travaux publics et voies de communication, eaux et forêts et agriculture, postes, télégraphes et téléphones et surtout travail et législation ouvrière et Assurances sociales.
Par décision du , les services d’administration générale des territoires d’Alsace et de Lorraine sont placés sous l’autorité directe du commissaire général. Cependant, les préfectures de Strasbourg, Colmar et Metz relèvent directement de la Présidence du Conseil.