Pellia endiviifolia est une espèce d’hépatiques à thalle, de la famille des Pelliaceae. Par rapport à d'autres espèces proches ayant besoin d'humidité mais tolérant une certaine déshydratation, cette espèce est considérée comme « aquatique », car ne tolérant pas la déshydratation Pentecost A & Zhaohui Z (2006). Response of bryophytes to exposure and water availability on some European travertines. Journal of bryology, 28(1), 21-26 |résumé.Deltoro, V.I, Calatayud A, Gimeno C, Abadía A & Barreno E (1998). Changes in chlorophyll a fluorescence, photosynthetic CO 2 assimilation and xanthophyll cycle interconversions during dehydration in desiccation-tolerant and intolerant liverworts. Planta, 207(2), 224-228., mais elle peut être trouvée dans des tufs ou travertins en formation si le film d'eau est permanentCouderc J. M. (1977). Les groupements muscinaux des tufs de Touraine. Documents phytosociologiques NS, 1, 37-50.Pentecost, A., & Zhaohui, Z. (2006). Response of bryophytes to exposure and water availability on some European travertines. Journal of bryology, 28(1), 21-26.. Cette espèce est présente en Eurasie et était connue dans l'ouest de l'Amérique du Nord, et n'a été "découverte" (signalée pour la fois) que récemment au Québec (introduite ?)Faubert, J., Bastien, D. F., Lapointe, M., & Roy, C. (2012). Cinq hépatiques nouvelles pour le Québec. Carnets de bryologie, 2, 12-16.. Elle est réputée produire un poison pour les poissons (ce qui pourrait être une défense contre des espèces herbivores)Cannon J.G, Burton R.A, Wood S.G & Owen N.L (2004). Naturally occurring fish poisons from plants. J. Chem. Educ, 81(10), 1457..
Aire de répartition Pellia endiviifolia est considérée comme une espèce de l'hémisphère nord, présente sur les continents et certaines îles de toute l'Amérique du Nord, de l’ouest de l’Europe et dans l'Asie orientale.
En 1981, Schuster décrit pour l'est de l’Amérique du Nord l'espèce Pellia megaspora et considère qu'il n'y a pas de Pellia endiviifolia dans cette même partie du continent (ou qu'il y a eu confusion avec Pellia megaspora). Selon lui, Pellia endiviifolia ne vit qu'à l'ouest de l'Amérique du Nord, mais depuis des populations de Pellia endiviifolia sensu stricto ont récemment été identifiées au sud-Québec (introduites ou naturelles ?) où elle peut côtoyer les trois autres espèces du genre, Faubert notent en 2012 qu'elles sont alors .
Description Un premier critère d'identification sont les petites ramifications dichotomiques présentes au bout des thalles. Elles sont si nombreuses qu'elles peuvent parfois être source de confusion avec un Riccardia. Il a été souvent écrit que ces ramifications apparaissent surtout à l’automne, mais les populations récemment découvertes au Québec présentaient d'abondantes ramifications dès le début ou au milieu de l'été.
Les spécimens mâles ont des thalles plus étroits et souvent colorés sur la face dorsale le long de la nervure.
Les chambres anthéridiales sont nettement brunes à rougeâtres ; elles contrastent fortement avec la surface du thalle.
Les spécimens stériles présentent parfois une ramification plus forte sur leur partie distale, bien que les dichotomies ne sont parfois pas isolées et sont de petite taille. La forme de ces plantes évoque alors de petits éventails.
C'est une espèce dont les thalles sont toujours immergés ou mouillés par un film d'eau ou des éclaboussures. Leurs rhizoïdes sont plus ou moins foncés (c'est l'un des critères d'identification) et leurs parois cellulaires ne sont pas particulièrement minces (autre critère). A l’extrémité du thalle, les papilles mucigènes sont portées par un poil formé de (1-) 2-8 cellules.
Symbioses Comme d'autres espèces proches, elle est considérée comme pouvant développer une mycorhization de type « arbusculaire » (arbuscular mycorrhiza), un type qui est considéré comme ancestral chez les espèces terrestres, et qui est prédominant chez les hépatiquesRead DJ, Duckett JG, Francis R, Ligrone R, Russell A (2000) Symbiotic fungal associations in ‘lower’ land plants. PhilosTrans R Soc Lond B 355:815–831 . Une hypothèse est que l'apparition de ce type de mycorhization a été contemporain de l'établissement des premières plantes sur le milieu terrestre.
Génétique Ce bryophyte volontiers subaquatique a fait l'objet d'études génétiquesGrosche, C., Funk, H. T., Maier, U. G., & Zauner, S. (2012). The chloroplast genome of Pellia endiviifolia: gene content, RNA-editing pattern, and the origin of chloroplast editing. Genome biology and evolution, 4(12), 1349-1357., qui ont notamment montré qu'elle présente génétiquement certains traits communs aux algues et aux plantes terrestresAlaba, S., Piszczalka, P., Pietrykowska, H., Pacak, A. M., Sierocka, I., Nuc, P. W., ... & Karlowski, W. M. (2015). The liverwort Pellia endiviifolia shares microtranscriptomic traits that are common to green algae and land plants. New Phytologist, 206(1), 352-367.. Une étude de 2011 a porté sur la découverte de nouveaux gènes spécifiquement exprimés lors du développement du thalle mâle et de l'antéthioïde chez cette espèceSierocka, I., Rojek, A., Bielewicz, D., Karlowski, W., Jarmolowski, A., & Szweykowska-Kulinska, Z. (2011). Novel genes specifically expressed during the development of the male thalli and antheridia in the dioecious liverwort Pellia endiviifolia. Gene, 485(1), 53-62..
Biochimie La plante a aussi fait l'objet d'études biochimiques, dont sur les composés qu'elle synthétiseHashimoto, T., Suzuki, H., Tori, M., & Asakawa, Y. (1991). Bis (bibenzyl) ethers from Pellia endiviifolia. Phytochemistry, 30(5), 1523-1530 |résumé. ; sesquiterpénoïdes notammentAsakawa, Y., Toyota, M., Takeda, R., Suire, C., & Takemoto, T. (1981). Sesquiterpenoids of Riccardia and Pallavicinia species. Phytochemistry, 20(4), 725-728.
On s'est aussi intéressé à sa capacité à synthétiser des antioxydantsDey, A., De, A., Ghosh, P., & Mukherjee, S. (2013). Altitude and tissue type influence antioxidant potential of Pellia endiviifolia from Darjeeling Himalaya. Journal of Biological Sciences, 13(8), 707.
Écotoxicologie Les thalles de P. endiviifolia ont aussi fait l'objet au Japon d'une étude poussée de leur teneur/composition en certains éléments physicochimiques (B, Na, Mg, Al, P, K, Ca, Ti, Mn, Fe, Cu, Zn, Sr, Cd, Pb), donnant des indices sur leur capacité à intégrer ou bioaccumuler des métaux lourds ou métalloïdes écotoxiques (ou à les tolérer)Satake, K., Nishikawa, M., & Shibata, K. (1987). Elemental composition of the sub-aquatic liverwort Pellia endiviifolia (Dicks.) Dum. in relation to heavy metal contamination. Hydrobiologia, 148(2), 131-136 | résumé.. Cette étude a montré que les thalles de ce végétal présentent un taux moyen de de K, de Na, de Ca, de P et de Mg. L'étude a confirmé qu'en zone polluée par des métaux, ces mêmes thalles pouvaient bioaccumuler d'importantes quantités de cuivre, zinc ou plomb (Cu, Zn, Pb) et contenait des concentrations élevées de ces éléments (maxima 0,88% de Cu, 0,55% de Zn et 0,36% de Pb dans le thalle ancien), ce qui démontre la potentialité de cette hépatique comme indicateur de la contamination par les métaux lourds. Cette espèce peut facilement être confondue avec d'autres espèces prochesNewton M.E (1981). Evolution and speciation in Pellia, with special reference to the Pellia megaspora-endiviifolia complex (Metzgeriales), II. Cytology. Journal of Bryology, 11(3), 433-440. | résumé.
Une autre étude a voulu tester l'hypothèse qu'une variation de composition élémentaire au cours de l'année présentait un schéma saisonnier (en cherchant alors si de tels changements sont contrôlés par des facteurs internes de la plante ou par des facteurs environnementaux. Les auteurs ont montré qu'un cycle annuel est effectivement observé pour N, P, Na et Fe, avec comme tendance temporelle la plus fréquente : de moindres concentrations au printemps et les plus élevées en automne. Les résultats de ce travail ont suggéré que Néanmoins, l'étude n'a pu mettre en évidence que des corrélations dispersées entre les taux d'un élément donné dans les bryophytes et son taux dans l'eau du milieu aquatique, ce qui montre que les bryophytes ne se comportent pas comme de simples éponges passives vis-à-vis des éléments, mais comme des organismes plus complexesNUNEZ-OLIVERA, E., García-Álvaro, M., BEAUCOURT, N., & MARTINEZ-ABAIGAR, J. (2001). Changes in element concentrations in aquatic bryophytes over an annual cycle. Archiv für Hydrobiologie, 152(2), 253-277. résumé Inist-CNRS.
Synonyme : Apopellia endiviifolia (Dicks.) Nebel & D.Quandt
Utilisations Elle est parfois utilisée comme espèce bioindicatrice, au sein de communautés (dites )Hugonnot V (2010). Les bryophytes et les bryocénoses du site d’Entraygues (Var, France) comme outil d’évaluation d’un projet de renaturation hydrologique. Revue internationale d’écologie méditerranéenne International Journal of Mediterranean Ecology..
Habitats Rochers calcaires suintants.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Gorham, J. (1977). Lunularic acid and related compounds in liverworts, algae and Hydrangea. Phytochemistry, 16(2), 249-253 (résumé).. HASHIMOTO, T., OKUMURA, Y., SUZUKI, K., TAKAOKA, S., KAN, Y., TORI, M., & ASAKAWA, Y. (1995). The absolute structures of new 1β-hydroxy-sacculatane-type diterpenoids with piscicidal activity from the liverwort Pellia endiviifolia. Chemical and pharmaceutical bulletin, 43(11), 2030-2032 Shanker A (2014). Computationally mined microsatellites in chloroplast genome of Pellia endiviifolia. Univ.-Bibliothek. Suire, C. (1970). Recherches cytologiques sur deux hépatiques:" Pellia epiphylla"(L.) Corda (metzgériale) et" Radula complanata"(L.) Dum.(jungermanniale): ergastome, sporogénèse et spermatogénèse. Université de Bordeaux, Laboratoire de Botanique.
Liens externes
Catégorie:Jungermanniopsida Catégorie:Espèce de Marchantiophytes (nom scientifique)