vignette|Une reconstitution moderne de quelques légionnaires romains en formation portant la lorica segmentata, environ du -

Le légionnaire romain (legionarius en latin, pluriel legionarii) était un fantassin d'infanterie lourde professionnel appartenant à l'armée romaine, après les réformes mariales. Ces soldats étaient chargés de conquérir et de défendre des territoires durant l'ère de la Rome antique, de la fin de l'époque de la République jusqu'à la fin du Principat, en compagnie de détachements auxiliaires et de cavalerie. À son apogée, les légionnaires romains étaient considérés comme la principale force de combat de l'Empire romain, leur efficacité au combat étant vantée par des commentateurs tels que Vegetius des siècles après la disparition du légionnaire romain classique.

Les légionnaires romains étaient une armée de volontaires ouverte aux citoyens romains âgés de 18 à 21 ans, et exceptionnellement jusqu'aux romains âgés de 45 ans lors de périodes de crise. Les conditions pour être sélectionné dans l'armée étaient de ne s’être pas trop fait remarquer par une vie débridée sur le plan moral et sur le plan physique, de présenter une bonne santé, une bonne vue et de s’approcher de la taille idéale de . À l'origine, ils étaient principalement constitués de recrues de l'Italie romaine, mais au fil du temps, le recrutement s'est étendu à des citoyens d'autres provinces. Lorsqu'ils étaient stationnés dans les provinces nouvellement conquises, les légionnaires participaient à la romanisation de la population locale et à l'intégration des régions disparates de l'Empire romain en un seul régime, afin de prévenir les révoltes et de favoriser le commerce.

Les légionnaires s'engageaient dans une légion généralement pour une période de 25 ans de service, un changement par rapport à la pratique initiale qui consistait à s'engager pour une campagne qui durait moins d'un an. Outre leur formation au combat, les légionnaires étaient également formés à la construction de campements, de ponts et de routes, ce qui a permis aux forces armées de construire une grande partie de l'infrastructure de l'Empire romain lors de travaux publics. Ils servaient également de force de maintien de l'ordre dans les provinces.

Les cinq dernières années de service des légionnaires étaient généralement consacrées à des tâches plus légères. Après leur retraite, les légionnaires romains recevaient une parcelle de terrain ou une compensation financière équivalente, et devenaient souvent des membres éminents de la société. Beaucoup d'entre eux poursuivaient une carrière politique et étaient élus à des postes tels que le consulat, les questeurs et d'autres fonctions importantes.

Histoire

Début : les réformes de Marius vignette|223x223px|Buste de Caius Marius (157 - 86 av. J.-C.). Lorsque Caius Marius devint consul en 108 av. J.-C., Rome était en guerre avec le roi numide Jugurtha. Voyant un besoin de plus de personnel et d’infanterie, Marius a éliminé les exigences de propriété qui permettaient aux Romains de se qualifier dans l’armée. Après ce changement de loi, tous les citoyens romains peuvent devenir légionnaires. Après la guerre, Marius entreprit de professionnaliser et d’uniformiser le légionnaire romain. Il a grandement amélioré la formation des soldats, il a fait armer uniformément les légionnaires ce qui donne à Rome une force armée qui n’a pas besoin d’être levée à chaque nouvelle campagne. L’armée romaine se transforme d’une armée de conscrit à une armée de métier. Marius a en outre donné à ses soldats des prestations de retraite, telles que des terres ou des paiements salariaux. Toutefois, ces réformes faisaient en sorte que les légionnaires se tournaient vers leurs généraux pour leurs récompenses, pour leurs avantages et, puisque les soldats restent pendant de longues périodes dans l’armée, ils devinrent bientôt plus fidèles aux généraux qu’au Sénat romain et à l’État. Cela finirait par sceller le sort de la République romaine.

Pendant le Principat vignette|redresse|Statue du créateur du principat, Auguste Alors que le pouvoir d'Auguste s'affermit en 27 av. J.-C. et qu'il instaure le nouveau régime du Principat, il cherche à professionnaliser davantage les légionnaires romains et à briser leur dépendance envers leurs généraux. Ainsi, la durée de service est augmentée de 10 à 25 ans et leur rémunération est uniformisée dans toutes les légions. De plus, les légionnaires sont garantis d'obtenir une concession de terre ou une compensation financière à la fin de leur service, leur permettant ainsi de moins dépendre des généraux pour leurs récompenses après les campagnes. Auguste a également modifié le sacramentum afin que les soldats ne prêtent plus allégeance à leur général, mais plutôt à l'empereur. Ainsi, Auguste a réussi à mettre un terme aux conflits internes qui ont ravagé la fin de la République romaine. Il a créé une armée dont la loyauté était largement acquise envers l'empereur et a ainsi permis aux légionnaires de conquérir de nouveaux territoires, tels que la Basse-Bretagne, la Dacie, l'Afrique du Nord et d'autres provinces, pour agrandir l'Empire romain.

Déclin de l'armée romaine et du légionnaire vignette| À mesure que la puissance du légionnaire romain diminuait, le Clibanarius, une forme de cavalerie lourde, a commencé à prendre de l'importance aux côtés d'autres types de cavalerie à la fin de l'Empire romain. À partir du règne de l’empereur Septime Sévère (empereur romain de 193 à 211), le prestige du légionnaire romain décline progressivement, en raison de multiples facteurs. Cependant, les tendances historiques suggèrent que la baisse de la loyauté des légionnaires envers l'empereur, ainsi que la diminution de la discipline dans les rangs, sont les principales causes de cette perte de prééminence. Septime Sévère, malgré lui, a amorcé ce déclin en offrant des cadeaux, des dons et des augmentations de salaire à ses légionnaires. Ce précédent a nui à la discipline des légionnaires, qui s'attendent de plus en plus à des récompenses pour leur loyauté. Si les légionnaires ne sont pas assez bien payés, cela ouvre la voie à leur désir de devenir empereur. Sous Caracalla, successeur de Septime Sévère, tous les affranchis de l'Empire romain sont devenus des citoyens romains, ce qui a effacé la distinction entre les auxiliaires et les légionnaires. Pendant que l'armée continuait de s'agrandir exponentiellement, les recrues de qualité diminuaient, ce qui signifie que les légions accueillaient des hommes d'origine plus douteuse et moins noble, ce qui affaiblissait encore la qualité du légionnaire romain.

Lors de la crise du , les temps extraordinaires ont nécessité un changement de stratégie de la part des généraux. Pour réagir contre les usurpateurs et les envahisseurs, l’empereur Gallien a recréé un grade de « Maître de cavalerie » (Magister equitum). Aurélien l’occupe avant de devenir empereur en 270, ce qui démontre la nécessité d’avoir une armée plus mobile et l’utilisation de la cavalerie montée devient essentiel pour défendre les longues frontières de l’Empire romain. Pour cette raison, le rôle de l’infanterie lourde romaine est grandement amoindri. Au , l’infanterie romaine n’est qu’une pâle copie de sa grandeur d’antan. Le légionnaire ne porte plus la grande armure corporelle du légionnaire classique et utilise des fléchettes plutôt que le pilum de ses prédécesseurs.

Fonctions Même si le légionnaire avait avant tout le rôle de soldat, il remplissait une variété d’autres fonctions essentielles au fonctionnement de l’Empire. Faute d’avoir une force de police professionnelle et organisée, les gouverneurs des provinces utiliseraient les légionnaires pour maintenir la paix et protéger les installations critiques. Les légionnaires aidaient à mater les émotions, émeutes ou révoltes inopinées des citoyens dues à des maladresses ou des impérities de la part des autorités responsables. Ils avaient aussi le rôle d’investigateur pour régler les vols, le crime ou d’unité anti-émeute pour briser les manifestations bruyantes et le public en désaccord ou en mécontentement.

Comme l’Empire romain manquait parfois de personnel dans la grande administration civile, le légionnaire se voyait parfois confier des postes administratifs. Des soldats de haut rang ont souvent agi en tant que juges dans les conflits entre les populations locales et l’armée était une composante importante de la collecte des impôts.

Les légionnaires ont également joué un rôle important dans la propagation de la culture romaine dans les provinces où ils étaient affectés. À mesure que les légions s’établissaient dans ces provinces, des cités se développaient autour d’elles, certaines devenant de grandes métropoles. Ainsi, en interagissant avec la population locale, les légionnaires ont contribué à la romanisation des provinces qu’ils avaient pour mission de défendre, s’adaptant à la culture locale tout en y apportant des éléments de la culture romaine.

Les légionnaires romains ont également servi comme une précieuse source de main-d’œuvre et d’expertise. Ils ont contribué à la construction d’une grande partie de l’infrastructure qui reliait la capitale aux provinces. Les légionnaires ont bâti des routes, creusé des canaux, construit des ponts et érigé des structures défensives comme des forteresses, des limes et des murs. L’exemple monumental de l’ingénierie romaine, le mur d'Hadrien, a été édifié par les trois légions stationnées dans la province de Bretagne. Toutefois, les légionnaires n’étaient pas limités à des projets d’ingénierie à grande échelle. Les géomètres, médecins, artisans et ingénieurs présents dans l’armée étaient utilisés pour une variété de services civils, en plus de leur rôle militaire.

Rôles secondaires

Les légionnaires qui s’entrainaient régulièrement et à longueur d’année portaient le nom de milites et ils étaient l’équivalent en rang du soldat moderne. Également inclus dans les rangs, se trouvaient les immuns, des soldats spécialisés avec des rôles secondaires tels qu’ingénieur, artilleur, instructeur de forage et d’armes, charpentier et infirmier militaire. Cependant, ces hommes étaient toujours des légionnaires parfaitement entrainés et, s’ils étaient appelés à combattre, ils le feraient sans vergogne et sans broncher des dents. Ils étaient dispensés de certaines des tâches les plus ardues tels que l’exercice et les fatigues et recevaient un meilleur salaire que leurs frères d’armes.

Recrutement Bien que les légionnaires romains soient principalement composés de citoyens volontaires, la conscription de nouvelles recrues s’est poursuivie pendant très longtemps lors de la République et dans le Principat, en particulier en temps de crise. Cela signifiait que les conscrits restaient une partie importante des légions romaines. L’État fournissait l’équipement aux recrues et ne demandait aucune exigence de propriété. Ce faisant, puisque, l’armée romaine était considérée comme une profession honorable et appréciée, même les citoyens romains les plus pauvres ont eu l’honneur de pouvoir rejoindre les légions. L’armée offrait un salaire stable, de bonnes prestations de retraite et même certains avantages juridiques, un légionnaire avait donc de nombreux avantages que les citoyens ordinaires trouvaient souhaitables. Ainsi, bien que les citoyens pauvres puissent rejoindre l’armée, des membres de toute la classe plébéienne ont été trouvés dans les légions romaines. En effet, l’armée était l’une des rares voies de mobilité ascendante dans le monde romain.