Raymond Pinchard, né le à Saint-Dizier et mort le à Nancy, est un ingénieur, industriel et homme politique français, sénateur-maire de Nancy sous la République et dans les premières années de la République.
Milieu social et études Raymond Pinchard est le petit-fils d'un ouvrier métallurgiste et le fils d'un contremaître de tréfilerie, Louis Pinchard. Ingénieur diplômé de l'École des Arts et Métiers (Châlons-sur-Marne, 1905), il sort major de sa promotion en 1908Notice biographique sur le site du Sénat.
Carrière professionnelle Il est d'abord dessinateur aux ateliers de constructions de locomotives de la Compagnie des chemins de fer PLM (Paris-Lyon-Marseille)Henri Temerson, Biographies des principales personnalités françaises décédées au cours de l'année, 1962. Incorporé en 1910, il devient élève-officier de réserve du d'artillerie de Toul puis du d'artillerie de Besançon. Après son service militaire, il redevient ingénieur, aux établissements métallurgiques Durenne à Sommevoire (Haute-Marne) puis aux fonderies Bayard, à Saint-Dizier, dans le même département.
Grande Guerre En 1914, il est mobilisé comme sous-lieutenant au d'artillerie et participe à toutes les batailles de la Grande Guerre. Il est blessé trois fois et reçoit la Légion d'honneur et la croix de guerre des mains du Président de la République Raymond Poincaré en 1916. Il termine la guerre comme commandant de batterie.
Entre-deux-guerres Raymond Pinchard retrouve le monde industriel. En 1920, il est nommé directeur des fonderies de Bayard et de Saint-Dizier. Il devient ensuite administrateur des Fonderies de Tréveray (Meuse), puis son gérant, administrateur à partir de 1925 des établissements Champenois (constructions mécaniques), liés aux fonderies Bayard et directeur jusqu'en 1937 de cette entreprise dont le siège social est à Nancy et qui a des usines à Cousances-aux-Forges (Meuse), Chamouilley et Saint-Dizier. Il est aussi administrateur-délégué des fonderies de Vitry et Frignicourt (Marne).
En 1938, il devient directeur de la Grande chaudronnerie lorraine, entreprise de construction métallique située à Nancy et fondée en 1899, succédant à Auguste Noblot. C'est alors une société anonyme au capital de cinq millions de francs, ayant des usines en Meurthe-et-Moselle (Nancy et Longuyon) et en Côte-d'Or, à Longvic-les-Dijon. Il est alors membre du comité central de la société des anciens élèves des écoles nationales d'Arts et métiers.
Seconde Guerre mondiale En 1939, Raymond Pinchard est mobilisé comme chef d'escadron et il participe à la campagne de France à la tête d'un groupe d'artillerie.
Le siège de la Chaudronnerie lorraine est déplacé à Longvic-les-Dijon. Son capital est porté à 12,5 millions de francs en 1942.
Après guerre Désormais président-directeur général de la Grande chaudronnerie lorraine, il devient un notable. Il est élu vice-président en 1946 puis président en du Football Club de Nancy (FC Nancy). Il préside le groupement de Meurthe-et-Moselle de la société des anciens élèves des écoles nationales d'Arts et métiers, est vice-président puis président de cette association nationale, de 1948 à 1951. Il est membre de la Chambre de commerce de Nancy et administrateur de plusieurs entreprises lorraines : la Mécanique moderne, les Etablissements Nordon-Fruhinsholz et les Papeteries de Clairefontaine.
Il est également administrateur de L'Est républicain ; il possède en 1955 7 706 actions de ce quotidien et en contrôle 2 188 autres par l'intermédiaire des forges de Tréveray qu'il dirige. Son gendre Charles Boileau en possède 249Étienne Criqui, Louis-Philippe Laprévote, François Roth (dir.), Le quotidien dévoilé. L'Est républicain, 1889-1989, éditions de l'Est, 1990.
Carrière politique Raymond Pinchard se lance en politique en 1945, aux côtés de Pierre André : il est l'un des deux vice-présidents du groupement politique de droite que ce dernier a lancé, l'Action républicaine lorraine (ARL) et il soutient financièrement le quotidien nancéien L'Eclair de l'Est qui connait des difficultés financièresJean-Marie Launay, L'Est républicain de 1944 à ns jours, vol. 1, Université de Lille III, 1981, . Concurrencé par L'Est républicain, ce journal marqué à droite se transforme en hebdomadaire en 1949. Raymond Pinchard demeure membre du comité directeur de l'ARL par la suite et achète des actions de L'Est républicain après 1949Jean-Marie Launay, op. cit..
Il se présente aux élections municipales d' sur une liste menée par le docteur Pierre Weber et devient adjoint aux écoles du nouveau maire gaulliste Jean Lionel-Pèlerin, qui menait une autre liste. Il mène en 1953 une liste investie par le Centre national des indépendants et paysans (CNIP), rivalisant avec celle du maire sortant"D'une ville à l'autre", Le Monde, 24 avril 1953Amandine Vincent, Les campagnes électorales à Nancy et en Meurthe-et-Moselle sous la IVe République, dans les Annales de l'Est, 2004/2. Il est élu maire en mai, battant au bénéfice de l'âge Lionel-PèlerinMichel Parisse, Histoire de Nancy, Privat, 1978, . Il a auparavant intenté un procès en diffamation à son rival, ainsi qu'à l'épouse et à la fille de ce dernier, surprises en train d'apposer des papillons hors des panneaux électorauxLes derniers échos de la campagne, Le Monde, 27 avril 1953. Il est réélu en après avoir mené une liste de droite avec comme deuxième candidat Pierre Weber, premier adjoint et député, opposée à une liste communiste et à une liste gaulliste menée par les députés William Jacson et Roger Souchal"LA CAMPAGNE DES ÉLECTIONS MUNICIPALES", Le Monde, 4 mars 1959. Il préside l'association départementale des maires de Meurthe-et-Moselle de sa fondation en 1954 à sa mort en 1961Notre histoire, site de l'adm54.
Il s'investit dans la reconstruction et l'aménagement de la ville : il fait rénover des quartiers (Brichambeau, Beauregard, quartier Saint-Sébastien) et fait construire de nouveaux logements, notamment le grand ensemble composé de barres géantes du Haut-du-Lièvre, dont la première pierre est posée en 1958, sur les hauteurs d'un plateau surplombant NancyCollectif, Le grand Nancy: histoire d'un espace urbain, Presses Universitaires de Nancy, 1993, . Il fonde en et préside la Société lorraine d'économie mixte d'aménagement urbain (SOLOREM)Gino Tognolli, Les Trente glorieuses en Lorraine, 1945-1975, Place Stanislas, 2010, .
Il est élu au Conseil de la République en et réélu en et . Il est notamment membre de la Commission des Affaires économiques et du Plan et préside à partir de le groupe des indépendants au Sénat, en ces premières années de la toute nouvelle République fondée et présidée par le général de Gaulle à qui il a donné par son vote les pleins pouvoirs législatifs en 1958.
Il siège alors au bureau exécutif du CNIP.
Comme sénateur, il se montre hostile, comme Pierre André, député, au projet d'armée européenne (Communauté européenne de défenseL’Aurore, 23 mars 1953), aux Accords de Paris (1954) et au réarmement allemandLe Monde, 26 mars 1955, "La ratification sans amendement A PU REGAGNER DES VOIX au Conseil de la République", Ibid., "LE DÉBAT DU CONSEIL DE LA RÉPUBLIQUE", 26 mars 1955, à l'indépendance de l'Algérie française, déclarant en 1956, dans le contexte des premières années de la guerre d'Algérie : Le Monde, 17 mars 1956, "Par 288 voix contre 6 les sénateurs ont voté les pouvoirs spéciaux" et cosignant en 1960 un texte de parlementaires catholiques reprochant à l'épiscopat français sa modération, au lendemain de la publication du Manifeste des 121 appelant à l'insoumission. En , lors du congrès du CNIP, il présente une motion avec François Valentin et Henry Bergasse qui affirme : .
Malade, il meurt le .
Détail des fonctions et des mandats 1953 - 1961 : maire de Nancy Mandats parlementaires - : Sénateur de Meurthe-et-Moselle - : Sénateur de Meurthe-et-Moselle
Distinctions (1951) avec 6 citations
51x51px Officier de l'ordre du Mérite commercial et industriel
Military Cross
Fratrie Raymond Pinchard épouse Marcelle Foissy en 1913, à Saint-Dizier, et a cinq enfants, quatre filles et un garçon. L'une de ses filles, Jacqueline, épouse en 1943 un médecin, Charles Boileau (1915-1991).
C'est ce dernier qui succède à Raymond Pinchard à la tête du FC Nancy, de 1952 à 1963, de la Grande chaudronnerie de l'Est, de 1962 à . Il est aussi administrateur de L'Est républicain, à la suite de son beau-père, et devient le principal actionnaire du journal en 1974 (33 % du capital) et son président de à 1983. Les dernières années de sa présidence sont marquées par des conflits entre actionnaires, des démêlés judiciaires et juridiques, une rupture avec l'un de ses beaux-frères, Bernard Pinchard, directeur général de La Grande chaudronnerie lorraine, qui évince Charles Boileau de la présidence de cette entreprise en 1979 et s'allie contre ce dernier à Gérard LignacCollectif, Le quotidien dévoilé, op. cit.Le Monde, novembre 1982, "Le Républicain lorrain rachète 21 % du capital de l'Est républicain".
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Liste des sénateurs de Meurthe-et-Moselle Liste des maires de Nancy
Liens externes
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