La Benetton B192 est une monoplace de Formule 1 engagée par l'écurie britannique Benetton Formula dans le cadre du championnat du monde de Formule 1 1992. Elle est pilotée par l'Allemand Michael Schumacher, présent dans l'équipe depuis la fin de la saison 1991 et qui dispute sa première année complète dans la discipline-reine, et le Britannique Martin Brundle, en provenance de l'écurie Brabham Racing Organisation.
Conçue par les ingénieurs Ross Brawn et Rory Byrne, la B192, équipée d'un moteur V8 Ford-Cosworth HBA, est une évolution de la B191 de la saison précédente et reprend ses bases aérodynamiques, par un nez surélevé qui contraste avec l'architecture des autres monoplaces du plateau.
Après un déverminage effectué par Martin Brundle le sur le circuit de Silverstone, la Benetton B192 fait ses débuts en compétition lors du Grand Prix d'Espagne, quatrième manche du championnat, en remplacement de la B191B utilisée en début de saison. Sa grande fiabilité et ses bonnes performances permettent à Michael Schumacher de remporter sa première victoire en Formule 1 lors du Grand Prix de Belgique et à Martin Brundle de monter à cinq reprises sur le podium.
Forte d'une victoire, de onze podiums et de deux meilleurs tours en course, la B192 permet à Benetton de ravir la troisième place du championnat du monde des constructeurs avec 91 points et à Michael Schumacher, longtemps en lice pour le titre honorifique de vice-champion du monde, d'occuper la troisième place du classement des pilotes.
Contexte et développement En 1990, Benetton Formula, écurie britannique fondée en 1986 par Luciano Benetton, le fondateur de la marque de prêt-à-porter italien éponyme, entreprend une véritable refonte technique. En effet, Flavio Briatore, le directeur de l'équipe, recrute en qualité de directeur technique John Barnard, alors l'ingénieur le plus réputé de la Formule 1 qui a contribué aux succès de McLaren Racing et de la Scuderia Ferrari dans les années 1980. L'ingénieur britannique constate, au bout de quelques semaines d'audit, que les infrastructures techniques de Benetton ont une à deux années de retard sur celles des écuries pour lesquelles il a travaillé auparavant. Il imagine alors un nouveau bureau d'études, une équipe de test et un centre de fabrication de carbone à Godalming et développe la Benetton B191 avec le concours de la soufflerie de la de Farnborough. Cette monoplace possède un nez surélevé et des pontons plus classiques que ses devancières, des modifications techniques qui perdureront sur les monoplaces Benetton jusqu'en 1999. En parallèle, Briatore obtient un accord de trois ans pour la fourniture des moteurs Ford-Cosworth, avec une remise commerciale de 20 %, et s'assure de la bonne santé financière de son équipe en obtenant une enveloppe de dix millions de dollars annuel par , le cigarettier Camel qui devient le commanditaire principal. ..
Pourtant, dès 1991, John Barnard quitte Benetton à cause des réductions salariales imposées par Briatore, qui l'accuse également de concentrer ses efforts dans l'installation de son nouveau centre de recherches de Godalming, sacrifiant ainsi le développement de la B191. La direction technique est provisoirement laissée à Tom Walkinshaw, le patron de l'équipe Jaguar en endurance, qui rachète 35 % des parts de Benetton Formula. Walkinshaw impose également la venue de son pilote Martin Brundle en 1992 pour remplacer Nelson Piquet en fin de carrière, et épauler l'Allemand Michael Schumacher, arrivé depuis le Grand Prix d'Italie 1991. Enfin, Ross Brawn, le directeur technique de Jaguar, est recruté pour concevoir la Benetton B192 avec l'assistance de Rory Byrne tandis que Walkinshaw lance la construction d'une nouvelle usine à Enstone pour centraliser le siège technique de Godalming et le siège sportif de Witney. La nouvelle voiture ne doit être lancée que pour la quatrième manche du championnat 1992. ..
Conception de la monoplace thumb|left|alt=Photo du museau et de l'aileron avant d'une monoplace de Formule 1|La Benetton B192 se singularise des autres monoplaces de Formule 1 en 1992 par un nez surélevé. thumb|left|alt=Photo de l'arrière d'une monoplace jaune et verte|L'arrière de la Benetton B192. thumb|alt=Photo des bras de suspension avant d'une monoplace de Formule 1|Les bras de suspension avant de la Benetton B192. thumb|alt=Son de la Benetton B192|Bruit de la Benetton B192, enregistré au 2009.
La Benetton B192, conçue par Ross Brawn et Rory Byrne, dispose d'un châssis monocoque moulé en fibre de carbone et en aluminium et d'une structure en nid d'abeille, d'une masse de 505 kilogrammes. Sa voie avant est de et sa voie arrière est de . La B192 se distingue des autres monoplaces du plateau par son aérodynamique soignée et un nez surélevé qui favorise l'écoulement du flux d'air sous la coque. Contrairement aux Williams FW14B, McLaren MP4/7A et Ferrari F92A, elle ne dispose ni de suspension active, ni de transmission semi-automatique : ses suspensions présentent une architecture classique composée de doubles triangles, de poussoirs et d'amortisseurs conçus en interne. La transmission est assurée par une boîte de vitesses transversale manuelle à six vitesses développée par Benetton. Ross Brawn justifie ce choix : . Les disques de frein en carbone sont conçus par Carbone Industrie et les étriers par Brembo. Les roues sont fournies par Enkei et les pneumatiques par Goodyear. Enfin, le carburant, fourni par Mobil, est stocké dans un réservoir de 200 litres....
La B192 est propulsée par un moteur V8 Ford-Cosworth HBA7 ouvert à 75 degrés, de de cylindrée développant à . Cette spécification moteur n'est disponible qu'à partir du Grand Prix de Saint-Marin, la deuxième épreuve à laquelle est engagée la monoplace britannique. Pour sa première apparition en Espagne, la B192 dispose du bloc Ford-Cosworth HBA5, moins puissant de vingt chevaux. Le nouveau moteur américain rend 90 chevaux au V12 Honda équipant les McLaren MP4/7A, 50 chevaux au V12 équipant les Ferrari F92A et 70 chevaux au V10 Renault des Williams FW14B, les trois autres monoplaces du haut du tableau. .. ..
La B192 fait ses premiers tours de roue le lors d'un déverminage effectué par Martin Brundle sur le circuit de Silverstone..
Choix des pilotes thumb|alt=Portrait d'un homme souriant|Martin Brundle (ici en 2004) intègre une écurie de pointe avec Benetton après avoir connu le succès en endurance.
Le premier pilote, engagé dès , est le novice allemand Michael Schumacher. Après une saison en Formule Ford 1600 où il est vice-champion d'Europe en , Schumacher intègre le championnat d'Allemagne de Formule 3 qu'il termine termine deuxième en et qu'il remporte en . Il gagne ensuite le prestigieux Grand Prix de Macao de Formule 3 1990 après une lutte âpre face au Finlandais Mika Häkkinen. En parallèle de sa carrière en monoplace, Schumacher dispute le championnat du monde des voitures de sport avec l'écurie Sauber-Mercedes. Cinquième du classement des pilotes en 1990, il fait équipe avec l'Autrichien Karl Wendlinger la saison suivante : le duo se distingue en terminant cinquième des 24 Heures du Mans où ils réalisent le meilleur tour en course..
Ses performances lui permettent d'obtenir un volant en Formule 1 au sein de l'écurie irlandaise Jordan Grand Prix où il impressionne les observateurs en se qualifiant en septième position du Grand Prix de Belgique 1991, devant son équipier, l'expérimenté Andrea De Cesaris.. Il est alors convoité par Flavio Briatore qui l'embauche dès la manche suivante, en Italie en remplacement du Brésilien Roberto Moreno. Après une fin de saison où il domine son équipier Nelson Piquet, Schumacher obtient son premier podium en Formule 1 lors du Grand Prix du Mexique, deuxième manche du championnat 1992..
Le deuxième pilote, recruté en pour la saison en remplacement de Nelson Piquet, est l'expérimenté Britannique Martin Brundle... Il fait ses débuts en Formule 1 dès 1984 avec Tyrrell Racing et obtient son premier podium dès sa huitième course à Détroit, avant que sa saison ne soit interrompue par une blessure à la cheville survenue à Dallas. Il perd le bénéfice de ses résultats lorsque la Fédération internationale du sport automobile disqualifie son écurie pour tricherie. Après une saison anonyme en 1985, il renoue avec les points en 1986 et rejoint, l'année suivante, l'équipe allemande Zakspeed mais, eu égard à la faiblesse de sa monoplace, se voit relégué en fond de grille. Brundle quitte alors la Formule 1 pour disputer le championnat du monde des voitures de sport 1988, qu'il remporte avec Jaguar après cinq victoires de rang.
En 1989, il revient en Formule 1 au sein de l'écurie Brabham, en fond de grille, ce qui le pousse à retourner en endurance l'année suivante où il remporte les 24 Heures du Mans 1991. Rejoignant Benetton en , il est immédiatement dominé par Schumacher, tant en qualifications qu'en course où il essuie trois abandons consécutifs au volant de la Benetton B191B. . ..
Engagement en championnat du monde La Benetton B192 fait sa première apparition en compétition début mai lors du Grand Prix d'Espagne, quatrième manche de la saison à Barcelone, alors que l'écurie britannique, qui dispute le centième Grand Prix de Formule 1 de son histoire, est deuxième du championnat du monde des constructeurs avec onze points, tous marqués par Michael Schumacher, mais loin derrière les 48 unités de Williams. Schumacher occupe la troisième place du championnat du monde des pilotes tandis que Martin Brundle n'a jamais rallié l'arrivée des trois premières manches du championnat. Les observateurs s'attendent à ce que le novice allemand défie la suprématie des pilotes Williams, Nigel Mansell et Riccardo Patrese ..
Une monoplace candidate aux podiums en début de saison européenne Au volant d'une monoplace préparée pour lui, bien que dépourvue de suspension active, Michael Schumacher se qualifie en première ligne pour la première fois de sa carrière, en à une seconde de la pole position établie par Mansell, et ce malgré une sortie de piste lors des essais où il détruit sa nouvelle voiture.. Parti deuxième, il prend un mauvais départ et perd deux places. Après un dépassement d'autorité sur Jean Alesi et l'abandon de Riccardo Patrese, l'Allemand profite des fortes intempéries pour combler son retard sur Nigel Mansell qui a réduit son rythme de course, sans pour autant chercher à rattraper le pilote Williams et risquer la sortie de piste, pour terminer deuxième de l'épreuve. Mansell justifie alors cette baisse de régime en milieu de course en expliquant que le a sans doute trouvé un raccourci, mais la plaisanterie laisse de marbre son cadet. En outre, les observateurs estiment la bonne performance de Schumacher a été permise par l'absence d'aides électroniques sur sa monoplace, la piste très égale et détrempée de Barcelone gommant le bénéfice tiré par Williams, Ferrari et McLaren de leurs suspensions actives et de leur transmission semi-automatique. De son côté, Martin Brundle, qualifié sixième en , abandonne au cinquième tour de l'épreuve après avoir été envoyé en tête-à-queue par Érik Comas (Ligier) qui tentait de le dépasser dans le virage Elf. . ..