Rita Thalmann, née le à Nuremberg (Allemagne) et morte le à Paris, est une historienne française. Titulaire d'une agrégation et d'un doctorat, elle s'est spécialisée dans l'étude du nazisme, de la Shoah et de la Seconde Guerre mondiale tout en accordant une place particulière à la condition des femmes aussi bien dans son métier que dans ses engagements, qui concernaient également la lutte contre l'antisémitisme et la défense de l'école.

Biographie Nathan Thalmann, le père de Rita, fonde en 1920 avec son frère Max une entreprise de laine et de textile en gros. Il rencontre Hélène Haussmann à l'opéra. Celle-ci est issue d'une famille traditionaliste qui a des difficultés pour accepter son mariage avec Nathan, avec qui elle fonde une famille juive à la fois pratiquante et tournée vers la culture et la modernité.

Rita Thalmann est née dans cette famille à Nuremberg en 1926. Le , à , elle assiste à la mise à sac du journal local par les SA et les SS. En les Thalmann fuient l'Allemagne et commencent par s'installer à Bâle, où vit la famille d'Hélène, la mère de Rita. Les Thalmann vivent ensuite à Dijon. En 1939 Nathan Thalmann y est arrêté par les autorités françaises aux yeux desquelles il semble suspect, en tant que Juif et Allemand. Cet événement entraine la dégradation de la santé d'Hélène, qui est alors internée à l'hospice d'aliénés "Les Chartreux" de Dijon. Rita va au lycée de la ville pendant un court moment. Elle doit cesser ses études en 1941 du fait de la guerre et de la répression anti-juive.

Rita Thalmann voit disparaître ses parents sous le régime de Vichy : son père Nathan, réfugié à Grenoble avec elle et son frère Alfred, y est arrêté en 1943, sur dénonciation, et est déporté à Auschwitz, où il meurt, de même que son frère Max et sa sœur Frida. Sa mère décède à l'hospice, vraisemblablement d'inanition, comme des dizaines de milliers d'autres malades mentaux pendant l'Occupation. Rita Thalmann et son frère Alfred bénéficient de nombreuses solidarités. Ainsi ils réussissent à retourner en Suisse, où ils sont d'abord internés pendant trois mois. Ils rejoignent ensuite la famille de leur mère. Rita Thalmann y subit du mépris et de l'abus de pouvoir.

Après la guerre, elle suit des études malgré l'opposition de sa famille maternelle. En même temps elle est éducatrice à l'Œuvre de secours aux enfants. C'est par correspondance qu'elle prépare les deux parties du baccalauréat, qu'elle passe à Strasbourg. Devenue institutrice à l'école Yabné à Paris ( arrondissement) elle s'inscrit en 1948 à la Sorbonne où elle poursuit des études d'histoire et civilisation germaniques. Elle y côtoie les enseignants Edmond Vermeil et Robert Minder et s'engage à l’Union des étudiants juifs de France (UEJF).

Elle s'engage au Parti communiste avant de le quitter en 1953 lors des grands procès des pays de l'Est et de l'affaire du complot des blouses blanches.

Elle passe l'année scolaire 1953-1954 à l’université de Heidelberg, en tant que lectrice. Elle devient professeure certifiée d'allemand en 1955. Elle obtient son agrégation dans la même matière en 1958). Elle enseigne durant quinze ans dans les établissements suivants : collège de La Fère dans l’Aisne, lycée de jeunes filles de Blois, puis à Paris successivement au lycée Turgot de 1958 à 1965 puis au lycée Camille Sée pour l'année scolaire 1965-1966. Elle mène parallèlement une thèse d'État dirigée par Pierre Grappin et intitulée Protestantisme et nationalisme en Allemagne de 1900 à 1945 (Klincksieck, 1976). Elle est professeur à l'université de Tours après son recrutement en 1966 puis à partir de 1984 à l'université Paris-VII où elle fonde le Centre d'études et de recherches internationales et communautaires (CERIC) et anime pendant onze ans le séminaire « Sexe et Race : discours et formes d'exclusion aux ». Elle devient professeure émérite d'histoire et de civilisation germanique à l'université Paris-Diderot. Tout comme Michelle Perrot, Françoise Basch ou Marcelle Marini elle œuvre à la reconnaissance des études féministes au sein de l'université, par exemple en s'impliquant dans l'organisation du colloque « Femmes, féminismes, recherches » qui se tient à Toulouse en 1982. Elle défend la pluridisciplinarité et se revendique tout autant historienne que germaniste.

Dans les années 1970 elle milite pour la liberté de l'avortement et est secrétaire nationale de l'association Choisir où elle assure en particulier le suivi des sections locales. Impliquée à la Licra dans les années 1980 elle y fonde la commission « Mémoire historique et Droits de l’homme ». Elle est aussi déléguée ONG (représentante du B'nai B'rith) à l'Unesco. Rita Thalmann est également membre du Comité national de réflexion et de propositions sur la laïcité à l'école.

Elle décède à Paris le 18 août 2013 des suites d'une leucémie. Elle a refusé un acharnement thérapeutique.

Elle a écrit et dirigé de nombreux ouvrages, dont La Nuit de cristal (1972), Être une femme sous le Reich (1982) et La Mise au pas : idéologie et stratégie sécuritaire dans la France occupée : 1940-1944 (1991), première étude en langue française de l'ensemble de la politique allemande en FranceAnnette Wieviorka, « Historienne du nazisme - Rita Thalmann », Le Monde, mardi 20 août 2013.. Elle publie son autobiographie Tout commença à Nuremberg en 2004.

Archives Alfred Thalmann, le frère de Rita Thalmann, a donné les archives de celles-ci à La Contemporaine en mars 2014. L'ensemble du fonds, coté ARCH/0018, est librement consultable.

Hommages En 2015, la Ville de Paris a nommé l'allée centrale du jardin BioPark dans le arrondissement en sa mémoire. C'est depuis 2016 l'allée Rita-Thalmann, située sur le Campus Grands Moulins de l’université Paris-Cité.

Publications Ouvrages La Nuit de cristal (avec Emmanuel Feinemann), Laffont, 1972 Dix leçons sur le nazisme (sous la dir. d'Alfred Grosser), Fayard, 1976 Protestantisme et nationalisme en Allemagne de 1900 à 1945, Klincksieck, 1976 Être femme sous le Reich, Laffont, 1982 / réédition en 2023 aux Éditions Chryséis (dir.) Femmes et Fascismes, Tierce, 1987, recension en ligne, site Persée (dir.) La Tentation nationaliste, 1990 La Mise au pas de la France, 1940-1944, Fayard, 1991 Naissance des cités, Nathan, 1991 La République de Weimar, « Que sais-je ? », PUF, 1995 Tout commença à Nuremberg (autobiographie), Berg International, 2004 Être femme sous le Reich, édition numérique, Chryséis Éditions, 2014

Articles et conférences « L'oubli des femmes dans l'historiographie de la Résistance », article de Rita Thalman, Clio, numéro 1-1995, Résistances et Libérations France 1940-1945 « La Nuit de Cristal : Prologues de l'irrésistible ascension », vidéoconférence de Rita Thalmann sur le site Akadem. « Discours et formes d'exclusions (du CIFFR au CERIC) », article de Rita Thalmann, Les Cahiers du Cedref

Distinctions Décorations (2002)

Chevalier de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne

Récompenses Prix de la recherche de l'Académie des sciences morales et politiques Prix Bernard-Lecache 1985.

Notes et références

Bibliographie Marie-Claire Hoock-Demarle, coordination et traduction Dominique Bouchery, « Rita Thalmann (1926-2013) Germaniste et historienne », Matériaux pour l'histoire de notre temps, 2013/3-4 ( - 112), , lire en ligne.

Filmographie Rita Thalmann : jusqu'au bout du chemin, film de Denise Brial, DVD 68 min, Atalante vidéos féministes, 2011.

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