L'assassinat d', roi de France et de Navarre, est l'un des événements marquants de l'histoire de France. Le roi meurt sous les coups de couteau de François Ravaillac le .

Ce régicide surprend et bouleverse ses sujets. Le Dauphin, , n'a pas encore neuf ans et la reine Marie de Médicis, veuve d', assure une régence de 1610 à 1614, qui marque une inflexion dans la politique du royaume au sein duquel son époux avait ramené la paix civile après plus de trente ans de guerre de religion.

La mort dramatique d' concourt à sa gloire essentiellement posthume, faisant de lui l'un des rois français les plus populaires. Son prédécesseur ayant lui-même été assassiné, cet événement contribue au renforcement de l'absolutisme en France.

L'hypothèse d'une conspiration, contredisant les conclusions officielles qui attribuent cet acte à un fanatique catholique ayant agi seul, apparaît immédiatement. Impliquant des personnalités importantes du royaume de France et des puissances étrangères, elle donne toujours lieu à discussion plus de quatre cents ans après les faits.

Une période trouble Si l'assassinat d' stupéfie le royaume de France, c'est surtout en raison de ses circonstances soudaines. Le régicide est en cette époque trouble un acte présenté comme légitime dans certaines circonstances et l'assassinat d', en 1589, en réponse à l'assassinat du duc Henri de Guise et de son frère le cardinal de Lorraine, sert de référence à une frange catholique de la population.

L'attitude d', dont le règne est contesté par une partie des sujets de son royaume, ses décisions depuis quelques mois faisant craindre une reprise des guerres de Religion en Europe, rend envisageable un acte violent à son encontre.

La légitimation du tyrannicide Ayant depuis les origines du christianisme fait l'objet de discussions, le tyrannicide est un sujet de vives préoccupations au .

La question est indirectement abordée par Saint Augustin.. Jean de Salisbury, évêque anglais, publie en 1159 Policraticus dans lequel il admet la mise à mort d'un tyran « d'usurpation » (illégitime) ou « d'exercice » (dont la conduite n'est pas acceptable). Saint Thomas d'Acquin et Bartole, . restreignent cette interprétation en limitant le tyrannicide au seul cas d'usurpation. Le tyrannicide redevient légitime à l'occasion des guerres de religion, dans le camp protestant comme dans le camp catholique..

L'ouvrage Aphorismi confessoriorum du théologiste jésuite Emmanuel de Sâ est imprimé à Anvers en 1593. Juan de Mariana, autre jésuite, écrit De rege et regis institutione, imprimé à Tolède et Mayence en 1599. Ces deux livres sont à l'époque traduits en France et justifient le tyrannicide en certaines circonstances, en particulier s'il fait l'objet de l'approbation du peuple. Tandis qu'Emmanuel de Sâ estime que le tyrannicide doit obtenir l'accord préalable des autorités compétentes, Juan de Mariana affirme que tout particulier peut immédiatement tuer un tyran d'exercice. et fait l'éloge de Jacques Clément, assassin d'..

Un roi mal accepté L'accession d'Henri de Navarre au trône de France n'est pas acceptée par une partie de la population catholique de France, d'autant que la sincérité de sa conversion est sujette à caution. Au cours de sa vie, il change six fois de confession. Épargné lors du massacre de la Saint Barthélémy, il prend la tête du camp protestant en . Reconnu en 1589 comme son successeur par un mourant et esseulé face à la Ligue, il adopte définitivement la religion catholique le et est sacré roi de France à la cathédrale de Chartres le . Il doit attendre le pour que le pape lui accorde son absolution.. vignette|L'attentat de Jean Châtel (son supplice figure en arrière plan). Gravure anonyme à l'eau forte avec légende en allemand, fin du siècle (BNF). échappe lors de son règne à une vingtaine de tentatives d'assassinat., ce qui a pu contribuer à le conforter dans une certaine insouciance face à ces menaces. En Pierre Barrière, un ancien soldat de la Ligue, est arrêté avant de passer à l'acte. Le est blessé à la lèvre et une de ses dents est brisée, dans une seconde tentative commise par un jeune étudiant parisien, Jean Châtel.

En , on recherche à Paris un certain Chateaufort qui serait venu de Bruxelles pour attenter à la vie du roi, tandis qu'un Parisien dénommé Guignard est exécuté, suivi d'un second régicide potentiel ayant publiquement déclaré . Le de cette année, sept hommes sont arrêtés. Le lendemain c'est au tour de l'ancien prêtre Merleau de l'être. Deux semaines plus tard, un Espagnol ayant avoué avoir été envoyé par le roi d'Espagne est écartelé. Le c'est au tour de l'avocat angevin Jean Guesdon d'être exécuté. Toujours en 1595 un Italien devant tuer avec une arbalète est exécuté à Meaux. L'année suivante, cinq autres personnes sont arrêtées.

Les menaces s'estompent après l'absolution accordée par le pape en 1595 et le mariage d' et de Marie de Médicis en 1600. On compte toutefois encore cinq autres arrestations jusqu'à la fin de l'année 1608, les suspects connaissant des sorts divers..

La succession de Clèves et de Juliers

Le , le décès sans héritier de Jean-Guillaume de Clèves, duc de Clèves, de Berg et de Juliers, comte de La Marck et de Ravensberg, représente un nouveau risque de crise en Europe. Ses trois sœurs avaient été mariées, entre 1574 et 1579, respectivement au duc de Prusse, Albert Frédéric, au comte palatin de Neubourg, Philippe Louis de Wittelsbach, et au comte palatin de Deux-Ponts, . Ces trois familles se disputent la succession de ces riches territoires. redoute leur récupération par , empereur du Saint-Empire romain germanique, qui envisage en effet d'ajouter ces principautés aux possessions des Habsbourg aux Pays-Bas espagnols.

s'empare de Juliers lorsqu'un accord semble se dessiner pour la succession de Jean-Guillaume de Clèves. Les héritiers lésés demandent l'aide d', lequel prépare alors une expédition militaire d'envergure.. Il prend ainsi parti pour des princes protestants dans un conflit les opposant à un empereur catholique, au risque de voir l'Europe s'embraser, ce qui renforce le trouble au sein d'une partie de la population française..

L'assassinat L'assassinat est perpétré dans les derniers jours précédant le déclenchement d'une expédition militaire qui risque de relancer les conflits en Europe, et alors qu'a lieu le couronnement de Marie de Médicis. Lors d'une journée où le roi est très occupé, Ravaillac semble profiter d'une opportunité fortuite pour commettre son crime.

De nombreuses prédictions Dans une époque encore fortement marquée par la superstition, de nombreux signes auraient annoncé la mort du roi. Lui-même aurait vu en rêve une maison de la rue de la Ferronnerie lui tomber dessus.. Richelieu rapporte dans ses Mémoires plusieurs signes annonciateurs.. Nicolas Pasquier, le fils du magistrat Étienne Pasquier mentionne également de nombreux événements prédictifs., tout comme Eudes de Mézeray. et le duc de La Force..

Les derniers jours du roi gauche|vignette|Pierre Paul Rubens, Couronnement de Marie de Médicis, vers 1622-1625. Musée du Louvre, Paris|alt= Le couronnement de Marie de Médicis, prévu initialement après son mariage avec , repoussé pour des raisons financières, redevient d'actualité avec la préparation de l'expédition militaire devant libérer Juliers. Bien qu'assez réticent, le roi consent à ce couronnement qui a lieu à la basilique Saint-Denis le , après plusieurs reports, et prend même plaisir à participer à ses préparatifs.. Lors de la cérémonie, se montre jovial et ému. Il prend le Dauphin dans ses bras et s'exclame : « Messieurs, voici le roi »..

Revenu au Louvre, il refuse de recevoir un certain de La Brosse, médecin et astrologue du comte de Soissons, qui veut le mettre en garde contre la journée du lendemain. a prévu de la consacrer aux derniers détails de son expédition militaire. Une chasse permettra de se délasser le samedi 15 et l'entrée solennelle de la reine Marie dans Paris, à la suite de son couronnement, doit avoir lieu le dimanche 16. Le lundi , doit rejoindre son armée..

Le 14 mai 1610 vignette|Dans l'estampe de Gaspar Bouttats Assassinat d' (deuxième moitié du ), le carrosse largement ouvert, sans escorte royale, est bloqué par une charrette de foin et un haquet de vin. Ravaillac, poignard en main, prend appui sur un rayon de la roue et s'apprête à donner le coup fatal.vignette|Plaque commémorative encastrée dans la chaussée de la rue de la Ferronnerie, marquant le lieu de l'assassinat d'. Elle est composée d'un écu renfermant deux blasons accolés, chacun orné de meubles héraldiques : trois fleurs de lys (emblème du roi de France) et des chaînes d'or posées en orle, en croix et en sautoir (emblème du roi de Navarre). Au matin du , semble soucieux, et paraît avoir mal dormi. Son fils aîné César de Vendôme le mit en garde, qu'il ne devait pas sortir, d'après les prédiction d'un almanach. Mais le roi alla à la messe aux Feuillants, où le duc de Vendôme l'avait accompagné.. Peu avant quatre heures de l'après-midi, il décide de se rendre à l'Arsenal, à l'est de Paris, pour s'entretenir avec son conseiller le duc de Sully, surintendant des Finances, cloué au lit par une grippe..

Le domicile de Sully étant proche, le roi juge inutile de se faire escorter par la Garde à cheval : il est protégé par une faible escorte de fantassins et accompagné dans son vaste carrosse par quatre de ses officiers, dont le duc de La Force, le duc d'Épernon et le duc de Montbazon. Voulant voir les préparatifs prévus pour l'entrée solennelle à Paris de Marie de Médicis, il décide au dernier moment de son trajet de faire lever les rideaux de cuir de sa voiture..

François Ravaillac suit le carrosse royal dès sa sortie du Louvre. Catholique fervent, victime de visions souvent violentes, il est tourmenté depuis plusieurs années par l'idée de tuer le roi. Ces derniers mois, il a tenté à plusieurs reprises de le rencontrer pour le convaincre de combattre les Huguenots.. Ayant volé un couteau dans une auberge, il s'est finalement résolu au régicide.

Ravaillac rattrape le cortège royal rue de la Ferronnerie, un axe étroit de quatre mètres de largeur situé environ à à l'est du Louvre (dans l'actuel quartier des Halles). Une charrette de foin et un haquet chargé de tonneaux de vin y manœuvrent avec difficulté et provoquent un encombrement. Le convoi est donc bloqué, juste devant une auberge nommée Au cœur couronné transpercé d'une flèche. Des valets de pied se tenant sur le marchepied du carrosse s'éloignent pour disperser la foule qui reconnaît le roi, lequel salue les badauds en dodelinant la tête.

Ravaillac profite alors de l'aubaine et se précipite. Il porte trois coups : le premier touche le roi sans dommage majeur près de l'aisselle. Le deuxième, mortel, l'atteint au poumon droit, sectionnant veine cave et aorte. Le dernier perce la manche du duc de Montbazon, venu s'interposer.

Selon le récit de l'historiographe Pierre Matthieu , un des officiers d', le baron de Courtomer, aperçoit dans la rue un groupe de huit à dix hommes à pied et deux à cheval qui se précipitent sur Ravaillac en criant mais le baron parvient à les faire fuir..

Ramené à grand train au Louvre où accourent le Premier médecin du roi, Antoine Petit et l'archevêque d'Embrun, Honoré du Laurens, y meurt aussitôt., vers quatre heures de l'après midi.

Son méfait commis, Ravaillac n'a pas cherché à s'enfuir. Le duc d'Épernon s'interpose pour lui éviter d'être lynché par la foule. Il amène le régicide à l'hôtel de Retz, proche, où il reste 48 heures. On le laisse voir par de nombreuses personnes. En témoignent en particulier Pierre Matthieu et Pierre Coton, Jésuite confesseur du roi, qui essaie de le convaincre de ne pas impliquer son ordre, suivi en cela par plusieurs autres membres de cet ordre.

Ravaillac est finalement conduit pour une journée à l'hôtel particulier du duc d'Épernon, puis enfin transféré légalement à la Conciergerie..

Conséquences immédiates