Johann Chapoutot, né le à Martigues (Bouches-du-Rhône), est un historien français. Professeur d'Histoire contemporaine à Sorbonne Université, il est spécialiste de l'histoire du nazisme, de l'Allemagne et de la modernité occidentale.

Ses travaux explorent les enjeux historiographiques ou épistémologiques de l'écriture de l'histoire contemporaine, singulièrement en histoire culturelle du politique. Auteur d'une dizaine d'ouvrages traduits dans quinze langues, il a remporté plusieurs prix, notamment pour La Loi du sang, penser et agir en nazi et Les Irresponsables : Qui a porté Hitler au pouvoir ? (2025). Son travail s'inscrit dans le courant de l'histoire culturelle.

Biographie Jeunesse et études Johann Chapoutot naît et grandit à Martigues, dans un milieu familial où les idées d'extrême droite sont présentes...

Au lycée, son professeur d'histoire l'inscrit au concours général d'histoire (), dont le sujet est . Il obtient le premier prix du concours., et, l'année suivante, un baccalauréat littéraire.

Il est admis au en classe préparatoire, puis à l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud (promotion , classé premier au concours d'entrée dans la série « Langues vivantes »)Arrêté du portant ordre de classement au concours d'entrée en première année à l'École normale supérieure de Fontenay - Saint-Cloud, Journal officiel de la République française, , , , NOR MENS9802252A, sur Légifrance.. Il obtient l'agrégation d'histoire en . Il est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris (promotion ).

Il est docteur en histoire des Universités Paris I et TU Berlin (2006).

Thèse de doctorat

Sa thèse de doctorat, Le national-socialisme et l'Antiquité, est publiée aux PUF en 2008Sujet de thèse de Johann Chapoutot : . et rééditée avec le titre Le nazisme et l'Antiquité en 2012. Elle est traduite en six langues.

Elle reçoit un accueil particulièrement élogieux d'historiens francophones spécialistes de l'histoire antique comme d'histoire moderneLe National-Socialisme et l'Antiquité, histoire.presse.fr, mensuel , février 2009, Le livre Le nazisme et l’Antiquité de Johann Chapoutot - Deux opinions, comptes-rendus de Marilyne Dewavrin-Farry et Thierry Feral, quatrea.com. Selon l'historien Philippe Foro, . La réception est moins enthousiaste chez les historiens d'obédience structuraliste germanophonesReview of Chapoutot, Johann, Der Nationalsozialismus und die Antike, Matthias Willing, H-Soz-u-Kult, H-Net Reviews. October, 2014.Der Nationalsozialismus und die Antike, Beat Näf, DAMALS 11/2014Der Nationalsozialismus und die Antike / Johann Chapoutot. Aus dem Französischen von Walther Fekl. - Darmstadt : von Zabern, 2014, academia.edu, Informationsmittel (IFB )Totalitäre Vergangenheitspolitik, Stefan Rebenich, nzz.ch, 19.11.2014.

Parcours professionnel Professeur d'histoire contemporaine à Sorbonne Université (ancienne université Paris-Sorbonne ou université Paris-IV) depuis , il a auparavant été successivement maître de conférences à l'université Pierre-Mendès-France de Grenoble ()., puis professeur à l'université Sorbonne-Nouvelle (Paris-, ). Il a également été membre de l'Institut universitaire de France. (). Lauréat de la fondation Humboldt, il a été chercheur invité à la Freie Universität de Berlin ().

Il enseigne l'histoire de l'Allemagne, en particulier son histoire contemporaine depuis , les sociétés européennes au (), ainsi que l'histoire mise en regard avec le cinémaJohann Chapoutot sur France Inter....

Il a également publié des travaux généraux sur l'histoire de l'Allemagne et sur l'Europe des dictatures de l'entre-deux-guerres.

Vie privée Johann Chapoutot est marié et père de deux filles : Hortense et Louise. Il vit à Paris et rachète en 2014 une bâtisse familiale à la Doye (Les Rousses), dans le Jura, où il passe ses vacances en famille. Il est fils unique.

Thèses et travaux Histoire culturelle du nazisme Johann Chapoutot pratique une histoire culturelle du nazisme : pour comprendre celui-ci, il faut selon sa démarche les idées et les représentations des nazis car elles constituent un ensemble cohérent de leur point de vue. Ses travaux s'inscrivent dans le courant récent de l'historiographie du nazisme. Il cherche à montrer combien elles s'inscrivent dans une tradition culturelle européenne et occidentale. Ces thématiques ont été l'objet de sa thèse de doctorat (Le National-socialisme et l'Antiquité, ) et de la synthèse qu'il a présentée pour obtenir l'habilitation à diriger des recherches (La Loi du sang, ).

En 2011, il participe à un groupe de travail pour préparer la réédition de Mein Kampf dans la perspective de l'entrée du texte dans le domaine public en 2016. Des désaccords éditoriaux le font quitter le projet en 2015, craignant une mise en avant d'une vision « hitléro-centriste » du nazisme. Il déclare : .. Il se montre favorable à la publication d'éditions scientifiques et critiques, notamment en format dématérialisé.

En , il participe en tant que spécialiste du nazisme avec Christian Ingrao au documentaire Hitler et les Apôtres du mal, qui dépeint , , sachant parfaitement s’entourer..

La Révolution culturelle nazie (2017) Avec la parution de son ouvrage La Révolution culturelle nazie ()., Chapoutot approfondit sa thèse qui cherche à exposer la « cohérence intellectuelle et culturelle du projet national-socialiste développé par Adolf Hitler ». Selon l'auteur, il s'agit d'une continuité « contre-révolutionnaire », qui se nourrit du romantisme allemand. Il souligne l'hostilité des nazis envers la Révolution française et ses principes, avec en exemple le discours du de Joseph Goebbels, qui clame ou la déclaration d'Alfred Rosenberg en , suivant laquelle .

Le livre analyse les ressorts de l'idéologie nazie: . Chapoutot observe que le national-socialisme ne s'est voulu révolutionnaire qu'au sens pré-révolutionnaire du terme, la réflexion normative nazie ayant en fait voulu retrouver la . De manière proprement contre-révolutionnaire, la « révolution », dans le lexique national-socialiste, signifie , ce qui était bien le sens du mot avant que les révolutionnaires français ne s'en saisissent dans les années .

La Révolution culturelle nazie n'est en rien : bien au contraire, le nazisme a construit un système de pensée, distinct de la tradition chrétienne et européenne, un raisonnement . Ce système rationnel et cohérent est pourvu d’une logique que l’esprit peut décortiquer et appréhender. Il s’agit d’un monde en soi, dont les adeptes ont intégré les règles, une fois qu’ils avaient opéré sur eux-mêmes cette « révolution culturelle ». La « révolution culturelle » est d’abord une révolution conservatrice : elle vise à . Elle définit aussi le corps social comme la communauté du peuple (), suivant une vision organiciste de la société. L’individu n’existe qu’en tant que membre du groupe et son existence se justifie seulement si son action est bénéfique pour celui-ci.

La « révolution culturelle » des nazis s'appuie aussi sur une conception raciste de l’histoire, qui conclut à la nécessité d'une lutte pour la préservation de la race, menacée par un péril biologique. La menace ne serait pas seulement biologique mais aussi intellectuelle et morale. Les nazis veulent désaliéner la race germanique du christianisme, de la philosophie des Lumières, du matérialisme, et lui rendre son authenticité, c'est-à-dire restituer la virilité originelle à la race nordique, que les influences extérieures auraient dévirilisée. Cette révolution ou ce « retour aux sources » doit se faire à la fois collectivement et individuellement, par un travail de chacun sur lui-même..

Agnès Graceffa estime que .

Biographie d'Hitler (2018) Coécrite avec Christian Ingrao et publiée le , la biographie d'Hitler est une commande des PUF, dans un format de deux cents pages maximum et sans note en bas de page. Le cahier des charges est de faire « œuvre de pédagogie et de simplification sur ce sujet complexe »Critique par Nicolas Charles, le 29 octobre 2018, sur le site de l'Association des professeurs d’histoire et de géographie : et la mission est largement réussie selon Nicolas Charles. Ce dernier qualifie le petit livre de « lecture à conseiller à tous ceux qui recherchent une vision d’ensemble, actuelle et nécessairement partielle, de l’âge du nazisme ». Pour les auteurs, il ne s'agit pas de réécrire une traditionnelle biographie - ils renvoient les lecteurs désirant de plus amples informations aux énormes et excellentes biographies de Ian Kershaw, Peter Longerich ou Volker Ullrich dans l'introduction - mais de sortir de l'hitlérisme et « de se méfier d’une approche trop hitléro-centrée pour comprendre les mécanismes d’adhésion de la population à une des idéologies les plus meurtrières du »..

Libres d’obéir. Le management, du nazisme à aujourd’hui (2020) Dans Libres d’obéir. Le management, du nazisme à aujourd’hui (2020), Chapoutot s'appuie sur le parcours de Reinhard Höhn, un ancien officier SS devenu un mentor du management en Allemagne après-guerre.avec pour résultat selon Yannik Van Praag dans un livre Pour Sébastien Vaumoron, « Johann Chapoutot nous fait découvrir un pan de l’histoire du management qui fait écho à notre époque. Certes, cet écho est douloureux et gênant, mais tels sont les faits historiques et l'auteur veille à ne pas procéder à des assimilations ou rapprochements abusifs».

Les Irresponsables (2025) ..

Réfutation d'explications traditionnelles de l'arrivée d'Hitler au pouvoir Johann Chapoutot revient sur les circonstances de l'accession d'Hitler au pouvoir : en janvier 1933 Johann Chapoutot, « Hitler, les dessous d’une prise de pouvoir », Le Monde diplomatique, août 2024.. Alors que les nazis reculaient dans les urnes (1932), l'arrivée d'Hitler a été soutenue par une pétition adressée au président Hindenburg (Industrielleneingabe) que Chapoutot résume en ces termes : elle « fut le résultat d’intrigues menées par des industriels et des banquiers » afin de « casser l’élan électoral de la gauche » et d'utiliser « un contexte de crises parlementaires à répétition et de paniques morales orchestrées par une presse aux ordres d’un magnat d’extrême droite ». Chapoutot fait ici référence à l'action d'Alfred Hugenberg, au cabinet von Papen et aux deux dissolutions du Reichstag en 1932 ( et ). Il rappelle aux lecteurs que l'Allemagne n'était plus gouvernée que par décrets présidentiels depuis 1930.

Selon Arnaud Gonzague, rédacteur en chef adjoint de l'Obs, le livre s’inscrit dans une « démarche dite contrefactuelle déjà adoptée par les historiens Pierre Singaravélou, Quentin Deluermoz et Wolfram Pyta» dans le sens où l'arrivée d'Hitler au pouvoir n'avait rien d'inéluctable, contrairement à une « historiographie donnant souvent le sentiment d’une fatalité brune » et « aux préjugés tenaces attachés à la fin de la République de Weimar».

Alexandre Demidoff, dans un article paru le Alexandre Demidoff, « Johann Chapoutot, historien : "En janvier 1933, l’arrivée d’Hitler au pouvoir pouvait être évitée" », Le Temps, 15 mars 2025. dans le journal Le Temps, souligne que l'accession d'Hitler au pouvoir aurait effectivement pu être évitée si les alliances et stratégies politiques ayant directement précédé l'accession d'Hitler au pouvoir n'avaient pas eu lieu comme le relate l'essai de Chapoutot. Tel l'épisode décisif du où Franz von Papen, ancien « baron du Zentrum », battu à plate couture à deux scrutins législatifs, convainc le président Hindenburg de nommer chancelier Adolf Hitler car il pense que « l'incurie du petit hystérique éclatera au grand jour ». Face aux résistances d'Hindenburg, Franz von Papen argue qu'il n'y a que trois ministres nazis sur douze et obtient finalement le feu vert du président pour former le « cabinet Hitler-Papen ». Si l'avènement du cabinet Hitler-Papen a pu constituer pour Papen une revanche, il n'aurait pas imaginé « un instant être évincé par celui qu'il a adoubé ».