La ferme des Bouillons est le nom donné à une propriété de 4 hectares située sur le territoire de la commune française de Mont-Saint-Aignan, près de Rouen, dans le département de la Seine-Maritime.

Elle fait l'objet d'un squat à caractère politique, souvent associé au mouvement des zones à défendre (ZAD), entre et , à la suite de l'acquisition du terrain par Immochan en .

La ferme des Bouillons est, depuis le , la propriété d'une société civile immobilière, dont les associés sont les frères Thibault, Mathieu et Baptiste Mégard. 3,5 hectares y sont exploités par la société civile d'exploitation agricole Saint-Aignan, dont les associés sont également les frères Mégard.

Histoire

Âge du fer Le site de la ferme des Bouillons a été étudié lors de fouilles dans le cadre de la construction du contournement routier de Bois-Guillaume. Ce pan de l'histoire du site est traité dans l’œuvre de Philippe Fajon, Les Implantations des habitats ruraux antiquesPhilippe Fajon, Les Implantations des habitats ruraux antiques.

Le site des Bouillons est lié à l'agriculture dès la fin de l'âge du fer. Il constituait une zone de au nord de Rotomagus (Rouen). Les sondages sur le site révèlent plusieurs maçonneries, ainsi que des fossés s'organisant entre eux de manière orthogonale. Le site pourrait correspondre à une exploitation de type villaP. Fajon dans le texte de N. Millard. Rocade Nord, RD 43. DSF 1173 de fouilles nécessitées par l'urgence absolue. 14/04/98 -21/07/98. Les fouilles mirent en évidence un petit ensemble agricole d'au moins deux bâtiments (dont l'un sans doute à vocation d'habitat) qui semblent s'articuler en formant l'angle d'un espace de cour.

La datation de cet ensemble est compliquée de par l’enchevêtrement des réseaux de fossés. Mais un premier réseau date de La Tène finale, et le comblement d'un fossé par des céramiques suggère une activité de construction au de notre ère comme date limite. Il se peut que l’existence des bâtiments remonte à une époque plus ancienne. L'état de conservation est relativement satisfaisant car une partie des maçonneries laisse voir le premier niveau de l'élévation et des lambeaux de sol. Les maçonneries sont constituées de blocages de rognons de silex N. Millard. Rocade Nord, RD 43. DSF 1173 de fouilles nécessitées par l'urgence absolue. 14/04/98 -21/07/98. Le plan pratiquement complet des bâtiments étant conservé en fondation, un tracé rectangulaire a pu en être dégagé. Le bâtiment principal avait une surface d'environ et les proportions de l'ensemble de la villa, basées sur un module de douze pieds, ne sont pas inédites puisqu'on les retrouve en un grand nombre de lieux (Luxembourg, Suisse, Somme…)« La villa de Sesselich, au Luxembourg présente un corps principal de mêmes proportions, […] le même cas se rencontre dans la villa de Wasserbillig (Luxembourg) ou dans l'habitat secondaire du Puits à Marne (Roye, Somme). » C. Gaston dans Rocade Nord, RD 43. DSF 1173 de fouilles nécessitées par l'urgence absolue. 14/04/98 -21/07/98, que l'ensemble du site se superpose à un réseau fossoyé qui pourrait être antérieur. Il se pourrait donc que des constructions liées à une activité humaine existassent déjà sur le site de la ferme des Bouillons avant l'époque gallo-romaine.

Une carte de la zone reprend les principaux sites agricoles gallo-romain au nord de l'actuelle commune de Mont-Saint-Aignan, dont la ferme des Bouillons.

Du mobilier datant de la fin du a été découvert dans les niveaux de comblement les plus récents des structures. L'abandon de la villa à la fin du est avéré « l'absence de toute occupation postérieure au est manifeste » () N. Millard, dans DSF de fouilles nécessitées par l'urgence absolue vol2. Rocade Nord RD43. Aujourd'hui, le chemin fait office de limite communale et nous héritons du système parcellaire de cette époque.

À la suite des fouilles, certains éléments du site sont mis en valeur, par exemple un imposant merisier centenaire qui devrait être préservé.

Ce que nous appellerons ferme des Bouillons par la suite ne se réfère pas aux mêmes bâtiments mais à des constructions réalisées sur la même parcelle ayant la même vocation (agricole).

Moyen Âge Au , la ferme des Bouillons semble déjà être implantée sur le site, conjointement avec la ferme de la Vatine. L'ensemble est connu sous le nom de ferme royale d'Estouteville. Cédée par Louis IX à Laurent Chambellan, son panetier royal dans la ville de Rouen, elle est donnée trente ans plus tard, en 1389, par Laurent et sa femme Maheut aux religieux du Mont-aux-MaladesPhilippe Deschamps, « De Mont-Saint-Aignan à La Grande Mare : histoire des plateaux nord de Rouen », Connaître Rouen, IV. Ce n'est qu'au que le fief d'Estouteville (Étouville) prend le nom de « Vastine », du nom du fermier François Sénécal, dit Vastine, dont les religieux n'obtenaient rien qu'à force de poursuites judiciaires.

vignette| Plan de la ferme de la Vatine, spécifiant l'existence d'une ferme des Bouillons vignette|Carte de 1757, par Cassini, de la zone nord de Rouen

Origine du nom Il existe principalement deux légendes contradictoires au sujet de l'origine du nom de la ferme des « Bouillons ».

Première légende : la reine Blanche de Castille, femme de Louis VIII et mère de saint Louis, régente du royaume, importunée par une maladie de peau, s'en vint à Saint-Aignan en pèlerinage à saint Méen pour se baigner dans la mare qui lui était consacrée. On raconte qu'en reconnaissance de sa guérison, elle fit don au laboureur de tous les terrains communaux appelés la « pelouse aux Ânes » ou encore « Commune Pâture ». Vaste lande qui s'étendait entre le village et la lisière de la forêt. On dit aussi que la reine Blanche, surprise par un orage, se serait réfugiée au hameau dit depuis « Les Bouillons »George Feret, Histoire d'un Village, son évolution au cours des siècles, . À la demande de la Société d'études et d'animation culturelles.

Seconde légende : .

Occupation politique de la ferme (2012-2015)

Achat de la ferme par Immochan et occupation du site vignette|Logo de l'Association de Protection de la Ferme des BouillonsLe rachat de la ferme, au début de l'année 2012, par Immochan (filiale immobilière du groupe Auchan), puis l'obtention par celle-ci d'un permis de démolir le ont mis en émoi les responsables politiques locaux, dont l'inaction aboutit à la création d'une associationAssociation de protection de la Ferme des Bouillons qui occupe illégalement les lieux à partir de , dans le but de sauvegarder les terres agricoles et le patrimoine rural. Après quelques mois de travail, l'Association de Protection de la Ferme des Bouillons envoie aux groupes politiques du conseil municipal un dossier présentant les démarches d'urbanisme possibles pour préserver la ferme, et les possibilités d'y maintenir une activité agricole. Sensible aux arguments des occupants de la ferme, le maire socialiste de Mont-Saint-Aignan, Patrice Colasse, annonce le , sa volonté de classer les quatre parcelles de la ferme des Bouillons en zone naturelle protégéeLa Ferme des Bouillons sera classée en zone naturelle protégée.. Le , le conseil municipal vote le classement en ZNP.

Durant l'occupation, les membres de l'association remettent la ferme en activité et se livrent à des actions militantes (dénonciation de l'urbanisation massive de terres agricoles par la galaxie Mulliez, soutien aux opposants à la ferme-usine des 1000 vaches, valorisation des "alternatives") et culturelles (organisation d'événements, dont le festival La Tambouille qui attire plus de en ). Ils se livrent également à un inventaire de la faune présente sur les lieux, et révèlent la présence de trois espèces protégées, non déclarées par la société Immochan. En , l'Association de protection de la ferme des Bouillons annonce son projet de racheter le site à Immochan, au moyen d'une levée d'épargne citoyenne appuyée sur la foncière Terre de Liens, pour y développer son projet agricole et culturel, et présente officiellement son projet de reprise le , lors d'une fête de printemps organisée sur le site.

Vente de la ferme et expulsion des militants (juillet-août 2015) En , Immochan vend secrètement la parcelle pour à In Memoriam, une société civile immobilière (SCI). Alertés par la Confédération paysanne, l'Association de protection de la ferme des Bouillons, la Confédération paysanne 76 et l'association Terre de liens Normandie demandent à la Safer locale d'exercer son droit de préemption afin de mettre les projets en concurrence. Le profil des futurs acquéreurs est également dénoncé : Thibault et Baptiste Mégard sont des militants de la droite radicale rouennaise proches des milieux catholiques intégristes entretenant des liens politiques avec Auchan et la famille Mulliez.

Le , le conseil régional de Haute-Normandie et le conseil de la Métropole Rouen Normandie appuient la demande de préemption portée par les occupants, mais le lendemain, la Safer renonce à celle-ci. Le , après deux ans et demi d'occupation, les militants sont expulsés dans le calme par les forces de l'ordre, provoquant des réactions d'indignation, locales comme nationales d'une partie de la classe politique et des associations de protection de l'environnement. Selon les informations d'une journaliste du journal Le Monde qui a couvert l'événement, le scénario avait été écrit d'avance par la préfecture, jusqu'aux .

Alors que les militants sont en cours d'expulsion, les frères Mégard prennent possession du site. Inexpérimentés pour les uns, débutants pour les autres mais diplômé en agriculture pour l'un des frères et soutenus par le syndicat Jeunes agriculteurs et la Chambre d'agriculture locale, ils annoncent une réouverture de la ferme pour le printemps 2016, autour d'un projet de permaculture et de ferme pédagogique. Baptiste Mégard, avance avoir été formé à la ferme du Bec-Hellouin, centre reconnu de permaculture, mais doit reculer devant le démenti envoyé par le fondateur de celle-ci, qui avertit : . Quelques mois plus tard, les anciens occupants révèlent que la partie du projet de reprise de la SCI In Memoriam consacré à la permaculture était un plagiat du site internet du Bec-Hellouin, consacré à cette pratique agricole.

Le rôle de la Safer de Haute-Normandie dans la vente de la ferme fait l'objet de nombreuses critiques, dont celles du Conseil régional de Haute-Normandie, administrateur de la structure, qui parle de « trahison » et réclame un conseil d'administration exceptionnel. Celui-ci a lieu en , mais son président, Emmanuel Hyest (également président de la Fédération nationale des Safer), impose à ses membres la confidentialité et rien ne filtre de la réunion. Devenu emblématique, le cas des Bouillons va servir par la suite d'illustration dans un article de fond consacré aux dysfonctionnements et limites des Safer dans la gouvernance du foncier agricole.

En , l'expulsion des occupants de la ferme est jugée légale par le tribunal de Rouen, qui reconnaît toutefois des irrégularités. Les anciens occupants ne font pas appel du jugement, tout en déplorant ce qu'ils considèrent être une violation de l'obligation de restituer les biens, leur serre et leur bibliothèque ne leur ayant pas été restitués.

À la suite de leur expulsion, les militants annoncent leur intention de poursuivre une veille sur le devenir de la ferme et sur celui du foncier de l'agglomération rouennaise, et renomment leur association Bouillons, Terres d'avenir.

La ZAD des Bouillons