Le premier gouvernement pré-constitutionnel de la monarchie espagnole (Primer Gobierno preconstitucional de la Monarquía española) était le gouvernement du royaume d'Espagne, du au .
Contexte vignette|gauche|Proclamation de Juan Carlos le .
Le , le général Franco meurt après trente-neuf ans au pouvoir. Son héritier désigné, Juan Carlos de Borbón est proclamé roi deux jours plus tard. Désireux d'entamer des réformes politiques en Espagne, ce dernier se retrouve face à l'appareil d'État franquiste : l'armée, le Mouvement national, les Cortes franquistes et le Conseil du Royaume. Comme il l’avouera lui-même plus tard, Juan Carlos est seul et isolé ; coincé entre les immobilismes du régime d’une part et les poussées révolutionnaires de l’autre..
Depuis le début des années 1970, le camp réformateur (acquis à Juan Carlos) partant du principe que la transition vers démocratie ne peut emprunter que la légalité Franquiste, estime que le Roi à deux solution : soit il se présentait comme l’unique moteurs du changement du processus démocratique qui au besoin tordais le bras au lois fondamentale du régime (la thèse de Miguel HerreroQue celui-ci défendra dans son essai, El principio monárquico publié en 1972.) ou alors le monarque et les Cortès collaborait et un changement politique s’opérait (thèse soutenu par Manuel Fraga, et le groupe Tacito).
Hors la situation est délicate, l'armée lui étant en apparence acquisedurant l'agonie de Franco, Juan Carlos due faire face à la marche verte déclenché par Hassan II du Maroc qui revendique le Sahara espagnol. L'armée espagnol, fort d'un contingent de dizaines de milliers d'hommes, se retrouve face à des civils armés de coran et du drapeaux marocains. Chef de l'état par intérim depuis le 30 octobre 1975, Juan Carlos se rend directement sur place et annonce un retrait [...]en bon ordre et avec dignité. Non parce que nous avons été vaincus mais parce que l'armée espagnole ne peut pas tirer sur une foule de femmes sans défense. Ce qui fit forte impression dans les rangs de l'armée. Juan Carlos ne désire pas entamer une épreuve de force sans avoir un gouvernement en totale solidarité avec lui. Or il ne peut désigner un président du gouvernement sans l'avis du Conseil du Royaume. Véritable verrou dans l'architecture institutionnelle franquiste, le Conseil du Royaume doit présenter une liste composée de trois noms de responsables politiques potentiellement premier ministrables et cette procédure ne semble guère contournablePhilippe Noury, Juan Carlos, édition Tallandier P-264/265. vignette|Carlos Arias Navarro est le dernier chef de gouvernement nommé par Franco (ici le ). De plus le dernier chef du gouvernement désigné par Franco, Carlos Arias Navarro, n'a aucune envie de céder sa place arguant que Franco l'ayant nommé pour cinq ans, son mandat court jusqu'en Juan Carlos et Arias ne s'aiment guère. Durant l'agonie de Franco, les deux hommes s'opposeront durant la crise du Sahara occidental.. D'un autre côté, le Bunker (les franquistes les plus conservateurs, hostiles à Juan Carlos) fait bloc derrière Arias et milite contre toute initiative de changement.
Cependant Alejandro de Valcárcel, le président des Cortes et du Conseil du Royaume arrive au terme de son mandat. Profitant de cette opportunité, Juan Carlos passe un marché avec Arias en appuyant la candidature de Torcuato Fernández-Miranda au poste de président des deux institutions franquistes. En échange de quoi, Arias démissionnerait et serait automatiquement reconduit à la tête d'un nouveau gouvernement. Cela constitue un moyen simple d’écarter le principal obstacle à son maintien, du point de vue d'Arias, et une simple marque d'attention et de fidélité due au nouveau roi d'Espagne, héritier désigné par Franco lui-même du point de vue de ses alliés du Bunker.
Mais très vite Juan Carlos entend écarter une grande partie des ministres du précédent gouvernement, dont seuls trois ministres sont conservés (Antonio Valdés aux Travaux publics, José Solís au Travail, Pita da Veiga à la Marine) et faire émerger des têtes nouvelles : l'ancien ambassadeur aux États-Unis Antonio Garrigues Díaz-CañabateIl avait été directeur général au ministère de la Justice dans le premier gouvernement de la République, sous l'autorité de Fernando de los Ríos. remplace Pascual à la Justice, l'entrepreneur Juan Miguel Villar Mir devient ministre des Finances et aucune affiliation franquiste connue mais très lié aux millieux éconnomiques. S'ensuit l'entrée en force des démocrates-chrétiens : Alfonso OsorioCofondateur du club de réflexion Tácito. (Présidence), Leopoldo Calvo-Sotelo (Commerce), Rodolfo Martín Villa (Relations syndicales) et Adolfo Suárez qui prend le ministère-secrétariat général du Mouvement.
La nomination du général Fernando de Santiago au poste de chargé des Affaires de défense vise surtout à rassurer l'armée d'autant que celui-ci était réputé proche du Bunker.
La nomination de Manuel Fraga à l'Intérieur fragilise Arias vis-à-vis du Bunker, car Fraga (ancien ministre de Franco de 1962 à 1969) à l'image d'un prestigieux réformateurÀ l'époque, Fraga passe pour un libéral depuis son éviction du gouvernement en 1969. et plus compétentancien ministre de l'information et du tourisme, il est l'auteur de deux slogans les plus marquant de ces dix dernières années : Spain is different (l'Espagne est différente) et XXV Años de Paz (XXV Ans de Paix). que le président du gouvernement et recours potentiel des franquistes si Arias était chassé du pouvoir par le Roi. D'ailleurs, Fraga impose son propre beau-frère Carlos Robles Piquer à l'Éducation, et un de ses anciens collaborateurs, Adolfo Martín-Gamero à l'Information et au Tourisme, ce qui ne favorise pas l’autorité d’Arias sur ces derniers.
Mais la nomination la plus spectaculaire et la plus inacceptable pour les franquistes est celle de José María de Areilza au ministère des Affaires étrangères. Diplomate de carrière passé dans l'opposition monarchique au début des années 1960, il fut chargé des questions politiques auprès du comte de Barcelone, opposant historique au général Franco et père du Roi. La principale tâche d’Areilza consistera à vendre la réforme, voulue par le Roi, aux capitales européennes et à Washington.
Prêtant serment le , le gouvernement apparaît aux yeux des commentateurs politiques en deçà des attentes du Roi exprimées lors de son discours de couronnement. . À ce stade, Juan Carlos semble prôner la réforme mais reste prudent et préfère concentrer son attention sur l’armée. De plus il ne souhaite pas présider régulièrement le Conseil des ministres afin . C'est un attelage bancal entre des ministres appartenant à des secteurs disparates du franquisme, dont on voulait s'assurer la collaboration ou du moins la neutralité, et un Premier ministre en sursis dont la composition du cabinet lui fut imposée soit par le Roi soit par les poids lourds de son propre gouvernement. Sans aucune feuille de route ou programme politique, quoique Arias esquisse quelques grandes lignes directrices (loyauté envers la monarchie, unité nationale, anticommunisme, défense et garantie de l'ordre public), ce gouvernement est sans leadership.
Sur cette incertitude politique viennent se greffer des problèmes économiques ; le taux d’inflation est de 17 % fin 1975, à cela s’ajoute une forte revendication ouvrière de revalorisation des salaires et en complément, le rétablissement de la liberté syndicale et l’amnistie politique. Autre point épineux pour le gouvernement, le premier trimestre de l’année 1976 marque l’échéance à laquelle doivent être renouvelés les deux tiers des conventions collectives du pays, ce qui représente un total de deux mille conventions. Le tout s’ajoute à un fait indéniable, surtout depuis la mort de Franco : le Syndicat vertical, l’organisation syndicale officielle, est soit infiltré par le PCE (à travers les commissions ouvrières) où, de manière clandestine, les anciennes centrales syndicales (UGT et USO) interdites depuis la fin de la guerre civile se sont réorganisées. De fait, le Syndicat vertical était totalement désorganisé et incapable d'endiguer la moindre contestation ou revendication sociale future.
Tous ces facteurs mis bout à bout portent en germe une relance des conflits sociaux, intervenant de surcroît dans un contexte de crise économique internationale dont les effets commencent à se faire sentir en Espagne.
Composition Poste Titulaire Président du gouvernement Carlos Arias Navarro (chargé des Affaires de défense) Ministre sans portefeuille Fernando de Santiago y Díaz de Mendívil (chargé des Affaires intérieures) Ministre de l'Intérieur Manuel Fraga (chargé des Affaires économiques) Ministre des Finances Juan Miguel Villar Mir Ministres Ministre des Affaires étrangères José María de Areilza Ministre de la Justice Antonio Garrigues Díaz-Cañabate Ministre de l'Armée de terre Félix Álvarez-Arenas y Pacheco Carlos Franco Iribarnegaray Ministre de la Marine Ministre de l'Industrie Ministre du Commerce Leopoldo Calvo-Sotelo Ministre des Travaux publics Ministre de l'Agriculture Ministre du Logement Ministre du Travail José Solís Ministre de l'Éducation Carlos Robles Piquer Ministre, secrétaire général du Mouvement national Adolfo Suárez Rodolfo Martín Villa Ministre de la Présidence Alfonso Osorio
Historique du gouvernement Le eut lieu le premier Conseil des ministres où les questions de réforme furent abordées. Devant les tergiversations d’Arias, Fraga soumit à ses collègues un projet dans lequel il proposait d’élaborer une nouvelle loi électorale afin d’instaurer un système bicaméral, la réforme de la loi des associations ; liberté de réunion et d’expression. Il fut convenu que ledit projet soit présenté d’ici la fin janvier aux Cortes. Le , le ministre des Finances, Villar Mir, prononça aux Cortes un discours dans lequel il expliqua que la situation économique imposait le gel des salaires, car . Cette maladresse jeta les salariés dans la rue.
vignette|gauche|Rames du Métro de Madrid. Le , un mouvement de grève débuta dans le métro de Madrid, et s’amplifia le dans d’autres secteurs économiques espagnols. À la mi-janvier, le mouvement atteignit plus de grévistes, rien qu’à Madrid.
Le , Arias Navarro présenta son programme de gouvernement en faisant siennes les idées de réforme proposées par son vice-président, mais son discours fut noyé dans une rhétorique autoritaire émaillée de références à Franco, d’accusations envers les médias et de menaces contre l’opposition. Fait notable, le gel des salaires évoqué fin décembre est écarté. Avec ce discours, Arias sembla rassurer le Bunker et calmer les grévistes en compromettant sérieusement la crédibilité de son gouvernement.
Il n’en fut rien. Début février, l’attitude de certains patrons, pratiquant des lock-outs et des licenciements de gréviste ; la rhétorique sécuritaire de Fraga ; la circonspection et les hésitations de l’opposition durcissent le mouvement. À Barcelone, près de personnes défilent sous le slogan Thierry Maurice, La Transition Démocratique, Presses universitaires de Rennes, P-132/136.
Le fut mise en place une commission mixte gouvernement-Conseil national, chargée d’élaborer les textes réformateurs devant être soumis aux Cortes. Dans son discours inaugural, Arias déclara être .
Au même moment, Juan Carlos commença à manifester son impatience devant les lenteurs de la réforme. Le Roi, qui avait initialement choisi de se cantonner dans un rôle d’arbitre afin de ne pas se compromettre dans les querelles politiques, ne pouvait ignorer que le sort de la monarchie nouvellement restaurée était lié à celui du processus démocratique. Dans l’immédiat, son objectif était de faire accepter par la population une institution monarchique qui n’avait d’autre légitimité que celle, bien mince, que lui conférait la légalité franquiste.