Le Premier festival international de rock est un événement musical qui a lieu au Palais des sports de Paris, le .
Little Tony, Emile Ford & The Checkmates, Les Chaussettes noires, Frankie Jordan, Bobby Rydell et Johnny Hallyday sont à l'affiche.
Cette manifestation a un grand retentissement et lance véritablement le rock 'n' roll en France.
Contexte et organisation du festival
En ce début des années 1960, à l'exception du Golf Drouot - « temple » de la première heure pour les faiseurs et les amateurs parisiens de rock 'n' roll - et de l'Alhambra, qui, à l'automne 1960, a programmé Johnny Hallyday pour trois semaines en vedette américaine de Raymond Devos - encore voulut-on, dès le premier soir, le supprimer du programme... il fallut l'intervention de l'humoriste pour que sa prestation soit maintenueJean-François Brieu, Johnny Hallyday intégrale live 2003, page 8. - le Palais des sports de Paris fait office de précurseur en ouvrant ses portes à la première grande manifestation consacrée à cette musique décriée qui depuis déjà quelques années sévit aux États-Unis.
Le festival, à l'instigation de Claude Wolff - attaché de presse de Johnny Hallyday chez Vogue et agent en France, des chanteurs Little Tony et Emile Ford - est organisé par Roger de Mervelec, producteur et animateur de l'émission radiophonique Jazz dans la nuit sur France I. Daniel Filipacchi, pourtant son concurrent sur une autre radio et animateur vedette de l'émission Salut les copains, soutient le projet et au passage inscrit au programme Frankie Jordan dont il est, chez Decca, le directeur artistiqueLivret du CD Festival Mondial de Rock'n'Roll 1961, auteur Jacques Leblanc, ..
La date du vendredi est retenue, avec une représentation en matinée et une seconde en soirée.
« Jour J » (24 février 1961)
Le matin même, le président Charles de Gaulle inaugure le tout nouvel aéroport d'Orly. En conséquence de quoi, la télévision diffuse, le soir l'émission Variétés à Orly, tandis que le « tout Paris » se rend au Théâtre des Champs-Élysées, où est projeté le dernier film de Luchino Visconti, Rocco et ses frères, précédant la première du film La Nuit, en présence du réalisateur Michelangelo Antonioni et de ses interprètes Monica Vitti, Jeanne Moreau et Marcello MastroianniJean-François Brieu, Johnny Hallyday intégrale live 2003, page 15..
L'ambiance en coulisses
L'ordre de passage des intervenants est l'occasion d'un incident entre Les Chaussettes Noires et les autres protagonistes. Le groupe, qui en janvier a publié son premier disque et dont c'est ici la première prestation publique professionnelleDaniel Lesueur, L'argus Eddy Mitchell, édition Alternatives, 2004, pages 20 et 22., est qualifié d'« amateurs » par leurs confrères qui souhaitent qu'ils passent « en lever de rideau », ce que refusent Les Chaussettes Noires qui menacent de partirLivret du CD Festival Mondial de Rock'n'Roll 1961, 2012, auteur Jacques Leblanc, page 4. Finalement, Little Tony, pour les deux représentations, entre le premier en scène, tandis que Johnny Hallyday, programmé en vedetteDaniel Lesueur, L'argus Eddy Mitchell, édition Alternatives, 2004, page 22., clôt le gala.
La première représentation
Le public, essentiellement des collégiens et lycéens des arrondissements voisins, tout juste libérés des cours, débarque du métro vers seize heures. Une heure plus tard, le Palais des sports ouvre ses portesJean-François Brieu, Johnny Hallyday intégrale live 2003, page 13.. La représentation, aussi enflammée qu'elle soit sur scène, se déroule sans incident et marque peu les esprits. La postérité ne la retient pasJean-François Brieu. Source : livre Johnny Hallyday intégrale live 2003, .
Seconde séance La foule qui s'amasse, vers dix-neuf heures, autour du Palais des sports, pour la représentation de vingt-et-une heures, est d'un autre acabit. Jean-François Brieu, Johnny Hallyday intégrale live 2003, .. On les appelle les « blousons noirs », et ils sont souvent assimilés à des voyous. Il y a des incidents entre les groupes. Avec discrétion, les forces de l'ordre renforcent leurs effectifs. , portant des brassards de presse, calment les esprits et encadrent les plus virulents jusqu'à l'entrée dans la salle. Tout s'apaise à peu près jusqu'aux environs de minuit.
À l'intérieur, plus de cinq mille spectateursLivret du CD Festival Mondial de Rock'n'Roll 1961, auteur Jacques Leblanc, 2012, ., dans une ambiance électrique et survoltée, se bousculent pour être au premier rang. Little Tony chante Talahassee Lassie de Freddy Cannon, et cède la place à Emile Ford & The Checkmates, qui se fendent de quatre titres, reprenant Blue Suede Shoes de Perkins, It's Now Or Never de Presley, Buena Sera de Prima et leur hit, Counting The Tears.
Les Chaussettes Noires font, d'entrée, une grosse impression avec leurs adaptations en français de Johnny B. Goode et Be-Bop-A-Lula, signées Claude Moine, alias Eddy Mitchell, le chanteur du groupe, qui arrache son nœud papillon pour le jeter à la foule qui se déchaine, choquant au passage la presse : Jean-François Brieu, Johnny Hallyday intégrale live 2003, ..
Sur Wondrous PlaceEn octobre 1961, Frankie Jordan, sous le titre Elle est passée, adapte, en français, cette chanson de Jimmy Jones, (également reprise par Billy Fury). Source : Livret du CD Festival Mondial de Rock'n'Roll 1961, auteur Jacques Leblanc, 2012, . et Odile, Frankie Jordan se donne tel un dément. Lui succède Bobby Rydell, qui interprète son succès Wild One, et reprend Volare et When The Saints.
Enfin, Johnny Hallyday entre en scène, accompagné à la guitare par Jean-Pierre Martin, à la contrebasse par Alphonse Masselier et par Teddy Martin à la batterie.
Le tour de chant de Johnny Hallyday
À son arrivée, la salle est déjà en pleine effervescence et, aussitôt, les fauteuils sont arrachés et jetés sur les côtés. Johnny Hallyday interprète neuf titresUne rumeur persistante, mais nullement confirmée, veut que la seconde prestation d'Hallyday fut plus longue que la première : Jean-François Brieu, Source : Johnny Hallyday intégrale live 2003, , déchainé, debout, un genou au sol, jetant sa veste, se roulant par terre, malmenant sa guitare... tandis que le devant de la scène se divise entre danses et bagarresJean-François Brieu, livre Johnny Hallyday intégrale live 2003, . Lorsque Johnny, couvert de sueur, salue le public, la police intervient et les incidents commencent avec les blousons noirs. Ils se poursuivront au dehors...
L'incident avec Richard Anthony
Initialement, Richard Anthony doit être au programme, mais la presse, commentant l'événement à venir, transforme l'affaire en un affrontement entre les deux grandes vedettes du moment et leurs publicsDaniel Lesueur, L'argus Johnny Hallyday, Éditions Alternatives, 2003, p.33. Richard Anthony préfère alors déclarer forfait, alléguant dans le quotidien Paris-Jour : . Richard Anthony est pourtant présent au Palais des sports de Paris, mais en tant que spectateur. Tandis qu'Hallyday achève sa prestation, des fans d'Anthony le soulèvent et le hissent sur la scène, d'où il est expulsé manu militari par le service d'ordreJean-François Brieu, Johnny Hallyday intégrale live 2003, . Cela n'a duré que quelques secondes et Johnny ne s'est aperçu de rien. Mais l'incident n'échappe ni à la presse, ni au public et sur le devant de la scène, les bagarres redoublent alors d'intensité, cette fois entre les supporters d'Anthony et ceux d'HallydayRémi Bouet Johnny Hallyday mille et… une vie, Éditions Sala, p.33. À Music Hall, dans un entretien, quelques jours plus tard, Richard Anthony, commente l'incident : Livret du CD Festival Mondial de Rock'n'Roll 1961, 2012, auteur Jacques Leblanc.
L'après-représentation : incidents et arrestations
Tandis que le plus grand nombre des spectateurs quitte la salle, des bandes de « rockers » restent sur place et les bagarres (commencées à l'intérieur), se poursuivent aux alentours du Palais des sports, où les premières dégradations commencent. La police intervient, et il s'ensuit une traque aux « voyous » à travers les rues du magazine Johnny 100 concerts cultes qui ont marqué sa vie, auteur Christian Dureau, 2012, . Ceux-ci s'engouffrant dans la station de métro Porte de Versailles, dévastent au passage portes, vitres et distributeurs automatiques, avant d'envahir les rames de métro en direction de la porte de la Chapelle. Le vandalisme se poursuit et trois rames successives sont mises à mal, avant que le trafic ne soit interrompu.
Malgré les incidents, les violences et les interpellations (Quarante neuf personnes sont arrêtées par la policeJean-François Brieu Johnny Hallyday intégrale live 2003, ), largement dénoncés dans la presse, l'impact de l'événement est tel qu'il lance véritablement le rock 'n' roll en FranceRémi Bouet Johnny Hallyday mille et... une vie, p. 33 34, édition Sala, 2002..
Diffusions et commentaires dans les médias Nota, source pour l'ensemble de la section (sauf mentions spéciales)Livret du CD Festival Mondial de Rock'n'Roll 1961, écrit par Jacques Leblanc (2012). :
Le lendemain matin, les radios commentent allègrement l'évènement et les dégradations qui l'ont suivi. On dénonce les prestations de Johnny Hallyday qui provoquent l'hystérie. Source : Jean-François Brieu, livre Johnny Hallyday intégrale live 2003, .. Sur la RTF, l'unique chaîne de télévision, on ne diffuse pas une image, pas même au journal télévisé. Au cinéma, les actualités Gaumont proposent quelques extraits ; il n'en est pas de même chez Éclair qui ignore l'évènement.
Dans la presse écrite, Paris-jour évoque également l'hystérie collective déclenchée par Hallyday : Modérant son propos, il souligne aussi : .
France-soir s'attarde sur les dégâts et les 49 arrestations qui s'ensuivirent :
, écrit dans son , du , la Discographie française.
Dans le de L'Express, du , Michèle Manceaux écrit que sur les , deux tiers étaient des garçons. Plus loin, elle évoque Les Chaussettes Noires : La journaliste termine son article par cette citation :
Le , le de Paris Match révèle que Johnny Hallyday fut surveillé par soixante-sept agents de police.
Le même jour, en Grande-Bretagne, le Melody Maker, parle de l'émeute qui a embrasé Paris au Festival de rock'n'roll :
Jours de France, dans son du , sous la plume de Marcel Mithois, évoque et conclut : .
Les incidents sont unanimement mis en avant. En avril, la revue Music Hall publie un article de Janine Eries : .
Quelques jours après le festival, il est encore question de Johnny Hallyday à l'Assemblée Nationale, où un député souhaite faire interdire ces rassemblements hystériques.
En 1963, le cinéaste François Reichenbach réalise un court métrage sur l'événement : À la mémoire du Rock, avec des séquences consacrées à Johnny Hallyday et aux Chaussettes Noires (certains plans sont issus du second festival).
Captations
Le dimanche , Roger de Mervelec diffuse des extraits du récital dans son émission Jazz dans la nuit, sur France 1. À l'époque, seul le tour de chant de Johnny Hallyday fait l'objet d'une diffusion sur vinyle. Le disque sort le : Johnny Hallyday et ses fans au festival de Rock'n'Roll. 51 ans plus tard, sort le double CD Festival Mondial de Rock'n'Roll 1961, issu des enregistrements radiophoniques diffusés sur France 1Livret du CD Festival Mondial de Rock'n'Roll 1961, auteur Jacques Leblanc, 2012.
Les deux autres festivals de rock au Palais des sports de Paris
Deuxième festival : 18 juin 1961
Toujours au Palais des sports, a lieu le , un deuxième festival de rock 'n' roll. Le groupe Les Chaussettes Noires est, cette fois, programmé en vedetteDaniel Lesueur, L'argus Eddy Mitchell, Éditions Alternatives, 2004, . Danny Boy, Les Chats Sauvages et Richard Anthony sont au programmeLivret du CD Les 5 Rocks, auteur Jacques Leblanc. Richard Anthony, pas plus chanceux que lors du premier festival, reçoit une bouteille au visage et est contraint d'interrompre son tour de chant au bout de quelques minutes.