Will Vesper, né à Barmen (qui fait aujourd'hui partie de la ville de Wuppertal), le et mort au domaine Triangel, dans le village homonyme, commune de Sassenburg, près de Gifhorn, le , est un écrivain, directeur de revue et critique littéraire allemand.
Tant par ses œuvres littéraires (notamment ses odes au Führer) que par ses essais et ses recensions, il se fit le porte-voix de l'idéologie nazie, faisant preuve en particulier d'un nationalisme et d'un antisémitisme exacerbés.
Biographie Issu d'une famille paysanne protestante, il fit des études de philologie germanique et d'histoire à l'université de Munich, puis à partir de 1906 travailla comme conseiller littéraire et traducteur à la maison d'édition C. H. Beck. Après un séjour à Florence entre 1913 et 1914, il combattit dans la Première Guerre mondiale de 1915 à 1918, d'abord comme soldat d'infanterie, ensuite, vers la fin de la guerre, comme collaborateur scientifique au quartier-général de l'armée.
Il assuma pendant deux ans, entre 1918 et 1920, la fonction de directeur de la section culturelle du quotidien Deutsche Allgemeine Zeitung, pour devenir ensuite, de 1923 à 1943, l'éditeur de la revue Die schöne Literatur (litt. la Belle Littérature, titre changé plus tard en Die Neue Literatur, la Nouvelle Littérature), qui allait s'imposer comme la principale revue littéraire nazie. Dans le même temps, il publia ses propres romans, récits et poèmes ; dans ces œuvres, qui avaient pour principal sujet le passé historique de l'Allemagne, et plus particulièrement les premiers temps de la civilisation germanique, s'expriment des conceptions nationalistes exacerbées, ce qui, ajouté à sa glorification de la maternité, de la guerre et de l'attachement à la glèbe, le désigna tout naturellement comme porte-drapeau et interprète de l'idéologie nazie. Son œuvre la plus connue, Das harte Geschlecht (trad. approx. l'Âpre Lignage), traitant de la christianisation de l'Islande, parut en 1931 et fut encensé par le Völkischer Beobachter en comme « roman nordique gorgé de sang (blutsatt durchtränkter Nordlandroman) »Ernst Klee: Das Kulturlexikon zum Dritten Reich. Wer war was vor und nach 1945, S. Fischer, Francfort-sur-le-Main 2007. , S. 630.. Les éditions Bertelsmann surent s'attacher Vesper comme auteur dès le début des années 1930.
En 1931, Vesper, qui selon la formule de Thomas Mann avait « depuis toujours été un des pires bouffons nationalistes »Thomas Mann, lettre à Hermann Hesse du 16 février 1936, dans : Hermann Hesse/ Thomas Mann: Briefwechsel, Frankfurt am Main 1968, p.64 etss (65)., adhéra au NSDAP d'Adolf Hitler. Après la prise de pouvoir de celui-ci, et une fois que l'on eut en 1933 exclu de la section Poésie de l'Académie prussienne des Arts une série d'écrivains honnis, tels que Thomas Mann, Leonhard Frank et Alfred Döblin, Vesper put faire son entrée, en compagnie de Hans Friedrich Blunck, Hans Carossa, Hans Grimm et quelques autres, dans l'Académie des Poètes. Lors de l'autodafé de livres le à Dresde, c'est par Vesper que fut prononcé le discours d'apparat. Il fit également partie des 88 écrivains qui, en , mirent leur signature au bas d'un solennel serment de fidélité indéfectible à Adolf Hitler.
Par la voie de sa revue littéraire Die Neue Literatur, Vesper s'autorisait à exercer une sorte de censure privée a posteriori, en exposant écrivains et éditeurs, lorsque ceux-ci n'étaient pas conformes à ses conceptions personnelles, à de véritables campagnes de diffamation. En parut de sa main un pamphlet, empreint d'idées racistes nazies, dans lequel Vesper vitupérait contre les éditeurs « juifs » : « Quand une jeune fille allemande a une liaison avec un juif, tous deux sont condamnés, à juste titre, pour souillure raciale (Rassenschande). Quand un écrivain allemand et un libraire allemand entretiennent des rapports avec des éditeurs juifs, n'est-ce pas là une souillure raciale bien plus grave encore, et plus dangereuse ? ».
Cependant, Vesper n'hésitant pas à attaquer aussi la politique officielle en matière d'écrits et de littérature, il vit ses soutiens s'amenuiser de plus en plus, de sorte qu'il finit en 1936 par se démettre de ses fonctions pour se retirer dans le domaine campagnard appartenant à sa femme Rose Vesper (veuve Rimpau) dans le village de Triangel près de Gifhorn, à la lisière sud de la lande de Lunebourg. Il y fut actif comme agriculteur, mais continua cependant d'éditer sa revue littéraire jusqu'en 1943.
Dans l'après-guerre, Vesper travailla à nouveau comme éditeur chez Bertelsmann. Il continua par ailleurs à s'engager dans les milieux de droite, notamment en prononçant des conférences lors de réunions littéraires au domicile de Hans Grimm à Lippoldsberg ainsi que sur le domaine de son épouse à Triangel. Dans le parc dudit domaine, il donnait ordre de tirer sur les chats, « les juifs parmi les animaux »Zitat bei Ernst Klee, Kulturlexikon, S. 630.. Il mourut le , au corps de logis du domaine.
Dans la zone d'occupation soviétique, plusieurs de ses ouvrages furent placés sur la liste des livres dont la consultation était réglementée...
Son fils Bernward Vesper, qui eut à subir, dans les décennies quarante et cinquante, l'éducation autoritaire de ce père nazi non repenti, accéda lui aussi à la notoriété, grâce à un livre singulier et déroutant, le Voyage (titre all. orig. Die Reise), publié à titre posthume en 1977, dans lequel il rend compte e.a. de ses rapports ambigus et contradictoires avec son père.
Chantre de l'idéologie nazie
Vesper, comme peu d'autres écrivains, se mit tout entier au service de la propagande nazie et, outre ses écrits purement de parti et ses nombreux Führergedichte (odes au Führer), menait des polémiques particulièrement virulentes à l'encontre de collègues écrivains ou éditeurs non agréés par le pouvoir, surtout les exilés. À titre d'exemple, en , Vesper s'en prend violemment à « la maison d'édition du Rolf Passer (ci-devant Epstein), qui édite les ouvrages des pires détesteurs d'Allemands, comme Urzidil et le malfaisant falsificateur d'histoire Tschuppik, et fait passer en contrebande en Allemagne des ouvrages pleins de fange et de turpitude, tel que ce livre, sorti il y a peu, apparemment traduit de l'américain, les Asiatiques, de Frederic Prokosch, à l'égard de qui on ne commettrait assurément aucune injustice si on le prenait pour un juif. En tous cas, son Roman d'un voyage est juif, nihiliste et plein de bavardage désintégrant – une arnaque spirituelle de bazar, à l'intention d'intellectuels stupides, mais dont émane un désabusement et une volonté calomnieuse diaboliques. (...) »
Un autre échantillon de sa virulence antisémite est la citation suivante : « Cependant, il ne suffit nullement que l'on se saisisse de quelques-uns de ces rats et qu'on les fiche dehors. Il y a lieu de trouver le moyen de protéger absolument le peuple allemand contre l'insidieuse sournoiserie de toutes les maisons d'édition juives du monde. Les livres issus de maisons d'édition juives doivent être signalés comme tels dans les librairies allemandes. Si l'on n'est pas en mesure de s'emparer des éditeurs au-dehors, c'est alors aux libraires allemands eux-mêmes à trouver une façon de rendre spécifiquement reconnaissables les livres provenant de maisons d'édition juives. La liste des éditeurs juifs, qu'ils le soient ouvertement ou subrepticement, peut être communiquée à tout moment. Les livres de ces maisons d'éditions devront alors être porteurs d'une estampille claire, par exemple l'étoile de David. Nous ne réclamons rien autre chose que la clarté. Qui donc pourrait y être opposé, ou s'en plaindre, dès lors qu'il pourra se dispenser désormais de dissimuler des choses ignobles et nocives dans l'obscurité ? »
Auparavant, en 1935, Vesper avait tenté, de sa propre initiative, d'inciter les auteurs publiant à la maison d'édition autrichienne Paul Zsolnay mais se reconnaissant dans les idées nationales à quitter cet éditeur, au motif que ce serait une maison d'édition juive.
Œuvres Romans, récits et contes Der Segen, 1905 Tristan und Isolde (adaptation), 1911 Parzifal (adaptation), 1911 Martin Luthers Jugendjahre, 1918 Der Balte, 1919 Annemarie, 1920 Traumgewalten, 1920 Gute Geister, 1921 Die Nibelungensage (adaptation), 1921 Daniel Defoe. Leben und Abenteuer des Robinson Crusoe (remaniement), 1922 Die Gudrunsage (adaptation), 1922 Fröhliche Märchen (adaptations), 1922 Porzellan, 1922 Die Wanderung des Herrn Ulrich von Hutten, 1922 Die ewige Wiederkehr, 1922 Der arme Konrad, 1924 Der Pfeifer von Niclashausen, 1924 (récit autour du prédicateur franconien Hans Böhm) Der Bundschuh zu Lehen, 1925 Jonathan Swift: Lemuel Gullivers vier Reisen (adaptation), 1927 Der Heilige und der Papst, 1928
Die Historie von Reinecke dem Fuchs (adaptation), 1928 Das Mutterbüchlein, 1928 Tiermärchen aus aller Welt (adaptation), 1928 Das harte Geschlecht, 1931 Sam in Schnabelweide, 1931 Drei Erzählungen, 1933 Ein Tag aus dem Leben Goethes, 1933 Der entfesselte Säugling, 1935 Geschichten von Liebe, Traum und Tod, 1937 Kämpfer Gottes, 1938 Im Flug nach Spanien, 1943 Der unzufriedene Igel, 1943 Seltsame Flöte, 1958 Zauber der Heide, 1960 Letzte Ernte, 1962
Drames et soties Spiele der Liebe, 1913 Die Liebesmesse, 1913 Wer? Wen?, 1927 Eine deutsche Feier, 1936
Poésie Die Liebesmesse und andere Gedichte, 1913 Vom großen Krieg 1914, 1915 Der blühende Baum, 1916 Briefe zweier Liebenden, 1916 Schön ist der Sommer, 1918 Das Buch vom lieben Weihnachtsmann, 1920 Mutter und Kind, 1920 Des Wiesenmännchen Brautfahrt, 1920 Inschriften und Gedichte, 1928 Kranz des Lebens. Gesamtausgabe meiner Gedichte, 1934 Rufe in die Zeit. Sprüche und Gedichte, 1937 Das Neue Reich, 1939 Bild des Führers, 1942 Dennoch!, 1944 Kleiner Kranz des Lebens. Auswahl, 1960
Essais et adaptations Friedrich Hölderlin: Hyperion (postface), 1921 Lob der Armut, 1921 Die Jugendbibel (édition remaniée), 1927 Das Recht der Lebenden, 1927 In den Bergen, auf dem Wasser (introduction), 1928 Die Weltenuhr, 1932 Rezension von Heinrich Hauser, Im Kraftfeld von Rüsselsheim, dans Die Neue Literatur, 41, 1940, p. 1681Ces deux national-socialistes communiaient dans un même enthousiasme dénué de critique en faveur de la technique. Vesper était l'éditeur de la revue.
Literatur Gisela Berglund: Der Kampf um den Leser im Dritten Reich. Die Literaturpolitik der "Neuen Literatur" (Will Vesper) und der "Nationalsozialistischen Monatshefte". Worms: Heintz 1980. (= Deutsches Exil 1933-45; 11) . Uwe Day: Hohepriester des Hitlerkults und literarischer Inquisitor. Über Will Vesper. Dans : Griffel. Hanovre. 9. 2000. Pages 61-73. Wilhelm Pleyer: Hans Grimm, E. G. Kolbenheyer, Will Vesper. Gedenkrede (discours de commémoration prononcé le à l'occasion de la journée de poésie de Lippoldsberg). Munich et divers lieux : Bogen-Verl. 1962. Alexander Reck (Hrsg.): Briefwechsel Paul Ernst - Will Vesper 1919-1933. Einführung - Edition - Kommentar. Würzburg: Königshausen und Neumann. 2003. . Bernward Vesper: Die Reise. Romanessay. Frankfurt am Main: März bei Zweitausendeins. 1977. Böckelmann/Fischler: Bertelsmann. Hinter der Fassade des Medienimperiums. Frankfurt/M. 2004, Eichborn, , S. 66, 84f., 92, 110.
Références
Liens externes
WDR 5 ZeitZeichen, émission du 11 octobre 2007 à l'occasion de l'anniversaire de la naissance de Will Vesper.
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