Charles Joseph Fortuné d'Herbouville, marquis d'Herbouville, né le à Paris et mort le à Paris, est un militaire et homme politique français. Maréchal de camp sous l'Ancien Régime, préfet du département des Deux-Nèthes en 1799, à la Seconde Restauration, il est nommé pair de France, et directeur général des Postes.

Biographie Charles Joseph Fortuné d'Herbouville est l'héritier d'une longue lignée de la noblesse de Normandie, ininterrompue depuis le François-Alexandre de La Chenaye-Aubert, Dictionnaire généalogique, héraldique, chronologique et historique, contenant l'origine et l'état actuel des premières maisons de France, des maisons souveraines et principales de l'Europe ; les noms des provinces, villes, terres… érigées en principautés, duchés, marquisats, comtés, vicomtés et baronneries ; les maisons éteintes qui les ont possédées, celles qui par héritage, alliance ou achat ou donation du souverain les possèdent aujourd'hui, les familles nobles du royaume et les noms et les armes dont les généalogies n'ont pas été publiés par M. D.L.C.D.B., volume 8, , 1774, .Ascendance de Charles Joseph Fortuné d'Herbouville jusqu'au .

Né le à Paris puis baptisé le en l'église Saint-Paul, il est mort le à ParisArchives municipales de la ville de Paris, actes de décès, , . dans son hôtel particulier situé au 87 de la place du Palais-Bourbon.. Il est issu de l'union le de François Fortuné d'Herbouville, mestre de camp de chevau-légers, mort au champ d'honneur en 1759, avec Anne Victoire de Cambis (1726-1756), ancienne abbesse du chapitre noble d’Épinal.

Le en l'église Saint-Sulpice de Paris, il épouse Marie Louise Victoire Le Bascle d'Argenteuil (1751-1829). De leur union, naissent deux filles : Caroline-Louise (1789-1863) mariée en avec Louis-Marie-Félix-Prosper, marquis de Berton des Balbes, comte de Crillon, colonel du régiment des chasseurs de l'Oise, chevalier de l'ordre de Saint-Louis (1784-1869) et Éléonore Louise (1791-1878) mariée le avec Albéric César Guy de Choiseul-Praslin (1787-1868)...

Il est le beau-frère d'Erard-Louis-Guy, comte de Chastenay de Lanty, l'oncle maternel de Victorine de Chastenay (1771-1855) et d'Henri-Louis de Chastenay de Lanty (1772-1834).

Il avait acquis par son mariage la seigneurie de Pouy (Aube)Volume 3 de l'inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790, Archives départementales de l'Aube, Duféy-Robert, 1830, note 170, , .. N'y résidant pas, il confie la gestion de sa terre à Louis Hemard, receveur des droits d'enregistrement à Villeneuve-l'Archevêque ; puis vend ces terres en 1805 à monsieur Fortier, de Troyes.

Il possédait le château de Saint-Jean-du-Cardonnay près de Rouen..

Carrière Militaire Il commence sa carrière militaire en 1771 en entrant surnuméraire dans les gendarmes de la garde. Il est ensuite sous-lieutenant dans le régiment de cavalerie Mestre-de-Camp. Il est ensuite capitaine dans le régiment Royal-Navarre puis nommé par le roi Louis XVI, enseigne des gendarmes de la garde du roi avec le grade de colonel. En , il est maréchal de campJean-Baptiste-Pierre Jullien de Courcelles, Histoire généalogique et héraldique des pairs de France : des grands dignitaires de la couronne, des principales familles nobles du royaume, et des maisons princières de l'Europe, précédée de la généalogie de la maison de France, volume 7, , .. Il terminera en 1814 au grade de lieutenant-général des armées (le grade le plus élevé de la hiérarchie militaire sous l'Ancien Régime), sans avoir jamais fait la guerrePierre Louis Pascal de Jullian, Galerie historique des contemporains, tome 5, 1823, , .Joseph Fr. Michaud, Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, volume 67, 1840, , ..

Politique Visite en Angleterre Quatre mois avant l’Édit de Versailles par lequel le roi Louis XVI accorde aux protestants des droits qu'ils réclamaient, notamment en instituant le mariage civil en France, Charles Joseph Fortuné d'Herbouville se rend en mission pour y visiter les hôpitaux afin de réformer ceux de France. Il est accompagné de deux académiciens : le chirurgien Jacques Tenon et le physicien Charles-Augustin Coulomb, ce dernier servant d’interprète. Ils mettent à profit leur mission pour s'informer sur d'autres sujets dont l'institution britannique des Écoles du dimanche. Ils rencontrent Robert Raikes à Gloucester, le The Gentleman's magazine, 20 juillet 1787, cité par Greenbaum, 1971, . En 1787, Nicolas de Condorcet est le secrétaire de l’Académie royale des sciences et a donc connaissance des documents rapportés par Jacques Tenon, il sera l'instigateur des écoles du dimanche dans son discours de 1792Histoire méconnue d'une « Institution » évangélique très connue : le mouvement des écoles du dimanche au , , étude de l'Institut biblique de Nogent-sur-Marne, ..

Seine-Inférieure En 1787, il est nommé membre de l'assemblée provinciale de Haute-Normandie à Rouen. Il est élu procureur-syndic pour le clergé et la noblesse, puis nommé président de l'administration du département de la Seine-Inférieure. Il prend la tête de la noblesse libérale défendant la renonciation à certains privilèges fiscaux et proposant la mise en œuvre d'une politique de type physiocratique et libéral. En 1789, il est chef du corps des « volontaires patriotes » qui assure le maintien de l'ordre à Rouen en . S'opposant aux contre-révolutionnaires mais aussi aux débordements populaires, il incarne l'une des figures du compromis de 1789Charles-Étienne Coquebert de Montbret, Voyage de Paris à Dublin à travers la Normandie et l'Angleterre en 1789, , ..

Il se conduit à Rouen avec modération ayant soustrait un grand nombre de personnes aux persécutions et à la mort. Il applique toutefois de façon inflexible les lois en matière de conscription et d'impôtE. Gosselin, greffier-archiviste à la Cour impériale de Rouen, Principaux épisodes de l'époque révolutionnaire à Rouen & dans les environs, de 1789 à 1795, ., ce qui fait dire à Napoléon . Il se met ainsi à dos ses administrés, il est emprisonné après les événements de la journée du 10 août 1792 et persécuté lui-même. Il réussit à s'échapper et se retire dans son château de Saint-Jean-du-Cardonnay près de Rouen, où il s'adonne à l'agriculture en propageant des méthodes nouvelles et en introduisant des cultures alors inconnues.

Deux-Nèthes Le , le Premier Consul de la République Bonaparte le nomme préfet du département des Deux-Nèthes, département créé par les Français dans la partie septentrionale du duché de Brabant (aujourd'hui en Belgique), dont le chef-lieu est Anvers. C'est sous son administration que la ville d'Anvers est embellie. Il envisageait de faire d’Anvers le plus grand centre commercial du monde, lié à Marseille par un réseau de canaux et pour cela il fonde le 5 messidor de l'an IX ) la Société d'émulation des sciences et des arts, dont il est lui-même le premier président Charles Joseph E. van Hulthem, Discours sur l'état ancien et moderne de l'agriculture et de la botanique dans les Pays-Bas, , 1817, ... Un club de médecins néerlandophones existait à Anvers depuis 1796 ; pour contester le gouvernement français, il publie Lof der rijke en bevallige Moedertael (Éloge de la langue maternelle riche et gracieuse). En 1801, le préfet les contraint à fusionner avec la francophone et francophile Société d'émulationRobert Halleux, Carmélia Opsomer en Jan Vandersmissen (red.), Geschiedenis van de wetenschappen in België van de Oudheid tot 1815, Gemeentekrediet / Dexia, Brussel 1998, , .. La même année, il crée à Anvers une commission de santé pour contrôler les apothicaires de la ville Lodewijk Torfs, Nieuwe geschiedenis van Antwerpen, tome 2, 1866, ..

Compte tenu des succès obtenus par le scientifique et médecin anglais Edward Jenner qui vient de découvrir qu'une personne à qui on a inoculé de la vaccine était immunisée contre la variole, il décide de lancer une campagne de vaccination dans le département pour lutter contre le fléau de cette maladie. Le 21 nivôse an X ), il publie un arrêté instituant un comité de vaccine à Anvers. Il décide de faire procéder à la vaccination, mais les religieuses qui tiennent l'hôpital s'y refusent. Charles d'Herbouville n'hésite pas : il fait entourer l'hôpital d'un cordon de troupes, fait ouvrir les portes par un serrurier, emprisonne les religieuses, et fait procéder à la vaccination générale, malgré la résistance opiniâtre des patients. Les médecins de Malines décident d'en faire autant. Le , les membres de la commission de santé Corneille Broeckx, Histoire du Collegium Medicum Antverpiense, , Buschmann, 1858, 389 pages, Pamphlets on vaccination, , Buschmann, 1856, Mémoires des concours des savants étrangers publiés par l'Académie royale de médecine de Belgique, , volume 6, Henri Manceaux, 1866, 741 pages, Annales de la société de médecine d'Anvers, , Buschmann, 1851, 712 pages, .

À la fin des guerres de Révolution, le port et les docks d’Anvers sont en ruine. Charles d'Herbouville reconstruit en plus grand, avec l'intention d'en faire un port plus important que ceux d'Amsterdam et Rotterdam. Le premier bateau qui quitte le dock, en 1803, est baptisé « D’Herbouville » F.H.Mertens et K.L.Torfs, Geschiedenis van Antwerpne, tome 7, 1853,, ..

Il entre en conflit avec les notaires d'Anvers et des Deux-Nèthes, à qui il essaye d'imposer la réglementation française, alors que les notaires des Provinces réunies des Pays-Bas n’ont pas la même fonction que ceux des notaires français Fred Stevens, Revolutie en notariaat Antwerpen 1794-1814, , ..

Le , un rapport officiel envoyé au général Bonaparte par le général Lagrange en Belgique indique Lettre du général Lagrange, Anvers, 5 messidor an XI ), .. À la fin de l'année 1803, les habitants du département le choisissent comme candidat au Sénat Conservateur.

Rhône thumb|Signature de Charles Joseph Fortuné d'Herbouville. En 1806, il est nommé préfet du département du Rhône. Une des premières mesures qu'il prend est de compte tenu de l'épidémie de variole qui touche le département Roy, Rapport présenté à la société de médecine de Lyon au nom d'une commission, Rodanet, 1851, , .

Il travaille avec Nicolas Fay, comte de Sathonay, le maire de Lyon pour fonder en 1806 le musée des tableaux et des antiquités et l’École des Beaux ArtsLéopold Niepce, Les bibliothèques anciennes et modernes de Lyon, Lyon, 1874, , J. B. Monfalcon, Histoire Monumentale de La Ville de Lyon: Description de Lyon, Volume 6, Paris 1856, , . Ils relançaient l’industrie de la soierie. Après avoir fondé le bâtiment de la condition des soies en Ballanche, Bulletin de Lyon (1802), Imprimerie de Ballanche père et fils, , . et compte tenu de son état de santé, il sollicite sa retraite et l'obtient le . En 1815, Louis XVIII le nomme président du collège électoral du département du Rhône (juillet), en étant nommé pair de France dès le mois suivant ().

Direction des Postes

En , l'éventualité de sa nomination en tant que ministre de l'intérieur dans le nouveau gouvernement mené par le duc de Richelieu est un temps envisagé. C'est finalement le comte de Vaublanc qui est nommé à sa place Capefigue, Histoire de la Restauration . En contrepartie, en , il est nommé directeur général des Postes, poste dont il est démis en tant sa direction n'était pas satisfaisante.

Fin 1821, son nom circule à nouveau au poste de ministre de l’Intérieur par la droite. C'est finalement le comte de Corbière qui est choisi.

Publications Publications politiques En 1815, il rédige le projet d'ordonnance définissant les statuts d'une nouvelle « École nationale d'administration » destinée à former les fonctionnairesGuy Thuillier, Un projet d'école d'administration en 1815, in Bureaucratie et bureaucrates en France au siècle, Volume 38, Centre de Recherches d'Histoire et de Philologie de la . Section de l'École pratique des Hautes Études, Hautes Études Médiévales et Modernes, , ..