vignette|Allégorie de la philosophie - Détail de la fresque de la façade centrale. Université nationale et kapodistrienne d'Athènes.

La philosophie en Grèce antique apparaît durant l'époque archaïque, au et se poursuit à l'Antiquité tardive, lorsque la Grèce est intégrée dans l'Empire romain.

Aperçu historique

La Grèce antique voit l'apparition d'une forme de pensée originale, la philosophie. Si on la résume généralement à un ensemble de doctrines formulées par des penseurs, c'est plus largement , donc , une discipline qui a une (A. Motte)..

En dépit des différences entre les pensées philosophiques, se dégage une manière d'aborder le monde en mettant l'homme au centre de ses réflexions en le faisant acteur de sa propre destinée, qui est une des singularités de la Grèce antique par rapport aux civilisations antiques qui l'ont précédées, et aussi une de ses principales influences sur les civilisations postérieures. L'apparition de ces « amis de la sagesse » (c'est le sens du mot philosophos) est donc traditionnellement vue comme un élément marquant du « miracle grec », et les causes derrière ce phénomène ont fait l'objet de nombreux débats. Une explication courante est la coïncidence avec l'émergence de la cité, qui établit une égalité des citoyens devant la loi et leur permet de s'exprimer dans des débats publics contradictoires, libérant ainsi les réflexions et la parole. À la suite de Karl Jaspers, il a pu être tenté de relier ce phénomène à d'autres se produisant au même moment ailleurs (Israël, Inde et Chine) qui présenteraient une même approche mettant l'homme au centre de leurs préoccupations, formant un « âge axial », dont la réalité est débattue. Dossier « ‘‘Axial Breakthrough’’ in Ancient Greece », Fudan Journal of the Humanities and Social Sciences vol. 9, no 4, 2016, p. 539-588..

Il est généralement considéré que le premier philosophe est Thalès de Milet, qui a vécu dans les premières décennies du S'ouvre une première phase de l'histoire de la philosophie, dite « présocratique ». Le premier développement de la philosophie se fait en Ionie, puisqu'il est suivi par ses compatriotes milésiens Anaximandre et Anaximène, puis plus tard l'éphésien Héraclite et Anaxagore de Clazomènes. Cette région est un des principaux points de contact entre le monde grec et les civilisations orientales, et peut se nourrir de ces influences intellectuelles (notamment scientifiques) tout en les repensant. Il apparaît qu'ils sont en fait plus que des philosophes au sens moderne du terme, puisqu'ils font aussi évoluer les sciences (voir plus bas). Ces penseurs développent une philosophie de la « nature » (physis) s'interrogeant notamment sur les origines de l'univers en se détachant des explications traditionnelles, essentiellement surnaturelles. Il ne reste néanmoins quasiment rien de leurs écrits, en dehors de citations. Autour de se développe un nouveau pôle de la pensée, en Grande Grèce (Crotone, Élée, Agrigente), notamment à la suite de la venue dans cette région d'un des principaux penseurs antiques, Pythagore, originaire de Samos, qui développe le concept de cosmos, et fonde un courant de pensée qui porte son nom. Un de ses disciples, Parménide, introduit une importante évolution dans la pensée grecque en développant une approche moniste (il n'y a qu'un seul principe formant le cosmos), et les philosophes suivants se positionnent face à sa proposition : il est suivi par son disciple Zénon, mais Empédocle d'Agrigente et Démocrite d'Abdère ont une approche pluraliste Donald Russell, « Rhetoric, Greek », dans ..

Athènes devient le centre de la philosophie à partir du milieu du , avec l'essor de son régime démocratique qui donne un élan aux débats et réflexions. La philosophie athénienne se dégage des préoccupations présocratiques sur la nature, pour se consacrer à la réflexion (C. Mossé) . La pensée est d'abord stimulée par la venue de Sophistes (Gorgias, Protagoras) qui se spécialisent dans l'art rhétorique, l'éducation et ont une approche morale relativiste, puis par un penseur athénien, Socrate, qui introduit une rupture majeure dans la philosophie, ceux qui lui succédant comme l'indique la césure entre philosophes « présocratiques » et « socratiques ». Sa pensée est surtout connue par les écrits de son disciple Platon. Il raisonne par le dialogue, considère que la vertu est dans le savoir, sa maxime étant le fameux qui enjoint à l'homme de prendre conscience de sa propre mesure. Platon (-) et son disciple Aristote (-) sont les deux philosophes grecs antiques qui ont le plus marqué la philosophie occidentale. Leur œuvre, abondante, est connue par quelques dizaines de textes en prose, une grande partie étant perdue. Ils interrogent sur la place de l'homme dans la cité, donc la politique, le recherche de la perfection morale et de la vérité, l'éducation. Platon a porté à un nouveau stade de développement l'art du dialogue, avec la dialectique qu'il érige en méthode majeure du raisonnement philosophique. Aristote est aussi à l'origine du raisonnement scientifique par sa capacité de systématisation et son intérêt pour à peu près tous les domaines du savoir de son temps.

Ces deux philosophes ont chacun fondé un lieu d'enseignement, l'Académie de Platon et le Lycée d'Aristote, qui recueillent leur héritage et structure les écoles de pensée qui se revendiquent d'eux. Mais la philosophie hellénistique voit le développement d'autres courants opposés. L'époque n'est plus vraiment à la réflexion sur la place dans la cité, mais plus sur la posture et le perfectionnement moral. Le cynisme (Diogène de Sinope) refuse ainsi l'implication politique. Le scepticisme met plus l'emphase sur le savoir et la vertu, tout comme l'épicurisme, qui doit son nom à Épicure (341-270), enseignant dans le « Jardin », qui recherche le bonheur par la satisfaction des seuls désirs basiques. Le stoïcisme, développé par Zénon de Kition (336-262), généralement considéré comme son opposé, qui professe la compréhension et l'acceptation du monde naturel sans laisser ses sentiments l'emporter.

Durant l'époque romaine, l'épicurisme et surtout le stoïcisme s'imposent comme des courants majeurs auprès des élites romaines, même si les Aristotéliciens et Platoniciens poursuivent leurs réflexions en adoptant diverses tendances. Le dernier courant philosophique important de l'Antiquité grecque est le néoplatonisme, apparu dans le courant du à la suite des réflexions de Plotin (un Grec d'Égypte), qui donnent un tournant encore plus métaphysique au platonisme. Les autres philosophes majeurs de ce courant sont Porphyre de Tyr et Jamblique. Cette école comme les autres courants philosophiques déclinent face à l'essor du christianisme qui apprécie très peu leurs réflexions « païennes », leur fin symbolique dans le monde grec étant la fermeture des écoles athéniennes par décision de Justinien en 529, même si Alexandrie reste un centre de philosophie pendant un bon siècle. Le néoplatonisme conserve une influence notable à l'époque byzantine D. O'Meara, « Neoplatonism », dans ..

Les Présocratiques

L'École ionienne

L'École milésienne

Thalès de Milet

L'École pythagoricienne

Pythagore

L’École éléatique

Xénophane de Colophon (fondateur de l'école éléatique) Parménide d'Élée (considéré comme le fondateur de l'ontologie) Zénon d'Élée

Les Atomistes

Leucippe Lucrèce Démocrite Épicure

Les Sophistes

La philosophie classique

Sommaire de la section

Socrate Platon L'Académie Aristote Le Lycée et l'école péripatétique

Socrate

Socrate (en grec ancien ) est considéré comme le père de la philosophie occidentale parce qu'il a centré sa philosophie uniquement sur l'être humain, se démarquant ainsi des études des penseurs présocratiques sur la nature. Il a également été l'initiateur des méthodes qui resteront celles de la philosophie, en questionnant la définition de certaines notions, et en développant des examens dialectiques.

Né en -470 près d'Athènes d'une mère sage-femme, Phénarète, et d'un père tailleur de pierre, Sophronisque, Socrate a cela d'étonnant qu'il n'a laissé absolument aucun écrit ; Platon, son principal disciple, est le philosophe par qui nous connaissons le mieux son enseignement et ses méthodes. Sur sa vie, cependant, le témoignage le plus fiable se trouve dans les MémorablesXénophon, Mémorables (), éd. Les Belles Lettres, Paris, 2000, . Pour une lecture bilingue en ligne, suivre ce lien de Xénophon, un autre disciple de Socrate.

Un événement l'aurait plongé définitivement dans la philosophie : la visite d'un de ses amis à l'oracle de Delphes. Cet ami ayant demandé à l'oracle qui était le plus sage des hommes, celui-ci répondit que c'était Socrate lui-même, ce qui bouleversa profondément ce dernier et décida de sa « conversion »Platon, Apologie de Socrate, 21b-c..

Il fréquentait les sophistes (Hippias, Protagoras…) et discutait souvent avec eux dans le but de démasquer leur pseudo-science. Il prend pour sienne la sentence écrite sur le fronton du temple d'Apollon à Delphes « Connais-toi toi-même » (Γνῶθι σεαυτόν : gnōthi seautón), qu'il ne faut pas comprendre au sens de l'introspection moderne, mais plutôt au sens où il convient de savoir quelle est sa place dans la cité, et aussi dans la nature, en se souvenant que les hommes sont de simples mortels. Sa véritable devise est toutefois la suivante : « Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien » ()Platon, Apologie de Socrate, 21d..

La méthode de Socrate peut se résumer en un mot : la maïeutique (de ), ou « art d'accoucher ». Il prétendait en effet que, bien qu'ignorant, il était capable, grâce à sa façon d'interroger, de faire accoucher l'esprit de ses interlocuteurs de connaissances qu'ils portaient déjà en eux sans le savoir. Il nommait cette méthode « maïeutique » pour faire le parallèle avec le métier de sa mère.

Mais Socrate possédait aussi un art de la réfutation (ou elenchos), qui consistait à pousser le point de vue de son interlocuteur aussi loin qu'il était possible, jusqu'à le faire déboucher sur des conséquences contradictoires, qui montraient clairement la fausseté du point de vue de départ. De cette manière, il parvenait à le faire changer de point de vue par l'usage de la raison seule, sans artifice rhétorique.

Socrate disait posséder un démon (), c'est-à-dire une voix intérieure (et non un démon au sens maléfique du mot), une puissance supérieure qui l'empêchait parfois de faire quelque chose qu'il s'apprêtait à fairePlaton, Phèdre et Le Banquet. Ainsi, on raconte qu'un jour, Aristippe de Cyrène lui envoya vingt mines d'argent, et que Socrate les renvoya sous prétexte que son démon le lui interdisaitDiogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, , Aristippe.

thumb|left|280px|La Mort de Socrate par Watteau, 1780.

En -399, après un procès (raconté dans l’Apologie de Socrate de Platon) où il était accusé de corrompre la jeunesseLire notamment Les Nuées d'Aristophane, auteur qui ridiculisa Socrate et écrivit à son sujet : « Ce hâbleur détourne la jeunesse de notre enseignement ! » Sur quoi Socrate aurait répondu « Tant mieux ! », de ne pas reconnaître les dieux de la cité et d'en importer de nouveaux (allusion à son daïmôn « démon »), il fut jugé coupable par une majorité de voix et condamné à mort. Il dut pour cela avaler un poison mortel : la ciguë. Socrate aurait refusé, par fidélité et respect envers les lois de la cité, de s'évader de prison à la veille de sa mort sur le conseil d'un ami, bien que se sachant condamné injustement (voir le Criton de Platon). Les dernières heures de Socrate, ainsi que sa mort, sont relatées dans le Phédon de Platon.

Il y affirme croire aux dieux athéniens comme n'y croit aucun de [ses] accusateurs, formule aux interprétations possibles multiples, dont celle de leur existence comme métaphores.