vignette|right|Mariée hindoue. vignette|right|Auvaiyar, poétesse-sainte tamoule. La place des femmes dans l’hindouisme est souvent contestée, et les opinions vont de l'égalité de statut avec les hommes jusqu'à un statut restrictif.
Rôle et symbolique du féminin selon la théorie hindoue
Selon la théorie hindoue, le féminin est l'eau contenant le feu en puissance : le masculin ne peut exister et « se manifester qu'au prix d'un travail rituel, d'une action » (c'est pour cette raison que, dans le monde hindou, on doit faire des rites précis si l'on veut avoir un fils, une fille étant obtenue sans effort rituel – ce qui n'empêche pas qu'il existe aussi des techniques rituelles si l'on veut absolument une fille) Selon le Brihadaranyaka Upanishad : « VI-iv-17 : Celui qui désire engendrer une fille qui deviendra érudite et parviendra au terme d'une longue vie, doit faire cuire du riz avec du sésame et le partager avec sa femme, accompagné de beurre clarifié. Ils seront alors capables d'engendrer une telle fille. » D'après 108 Upanishads, traduction et présentation de Martine Buttex, éditions Dervy, page 154 ; le féminin est sans cesse et spontanément le possible (la Nature, Prakriti, est la « Femelle » par excellence, offrant nourritures et dons), le masculin est le résultat « d'une extraction » : pendant la grossesse, l'enfant mâle a d'abord été féminin Caraka-Samhitâ Traité d'Âyurveda, volume I, traduction de Michel Angot, éditions Les Belles Lettres, page 76 .
Règles
Selon la mythologie hindoue, les règles sont une souillure exprimant une mauvaise action, en l'occurrence le meurtre du Brahman commis par le dieu Indra, faute qu'il a transmise partiellement sur les femmes, avec leur accord : en échange, les femmes ont obtenu « de pouvoir toujours faire l'amour, contrairement aux autres êtres » Caraka-Samhitâ Traité d'Âyurveda, volume I, traduction de Michel Angot, éditions Les Belles Lettres, page 640 :
Selon Vishnusmriti (XXII, 91), les règles sont un moyen efficace de purification : « Une femme dont les pensées ont été impures est purifiée par ses règles. »
Place de la mère
Le sage Kaiyata, commentant Patanjali, dit que « la mère a plus de valeur que le père parce qu'elle porte le fœtus. »Caraka-Samhitâ Traité d'Âyurveda, volume I, traduction de Michel Angot, éditions Les Belles Lettres, page 648
Tantrisme
Dans le tantrisme, la théorie hindoue affirme que
Cette conception de la femme vue comme le cosmos ou la Nature, se veut à la fois comme la personnification des grands principes de la réalité universelle et comme le rôle actif de la femme dans les rapports amoureux Vâtsyâyana, les Kâma-sûtra, Jean Papin, éditions Le livre de poche, , page 20..
Incarnation de la Déesse vignette|Statue représentant la déesse Lakshmî sous le nom de Shrî Dévî. Dans de nombreux textes hindous, toute femme peut incarner la Déesse suprême, comme Lakshmi, une déesse majeure des Purana et des Itihasa de l'hindouisme. Dans les anciennes écritures de l'Inde, toutes les femmes sont déclarées être des incarnations de Lakshmi, comme le montrent ces hymnes dédiés à la déesse Lakshmî :
Historique
L'hindouisme est basé sur de nombreux textes, dont certains remontent à 2000 ou plus tôt. Ils sont variés en position d'autorité, d'authenticité, de contenu et de thème, et ceux ayant le plus d'autorité sont les Védas. La connaissance de ceux-ci est toutefois réservée aux trois hautes castes (dvija) et aux hommes. La place des femmes dans l'hindouisme est largement tributaire du texte et du contexte spécifique. Des références positives sont faites à la femme idéale dans des textes comme le Râmâyana et le Mahâbhârata, alors que certains textes tels que les Lois de Manu préconisent une restriction des droits des femmes (une femme doit obéir à son père, puis, épouse, à son mari, puis, lorsque son mari est mort, à ses fils) et considèrent que le dharma/devoir premier de la femme vivant en société, est de vénérer son époux comme son Dieu principal L'hindouisme, anthropologie d'une civilisation, Madeleine Biardeau, éditions Flammarion. :
Dans ces textes de lois, la femme est assimilée à un shudra, un « serviteur », un homme non initié aux Védas, à moins qu'elle n'aie ses règles, auquel cas elle est particulièrement impure et est assimilée à un chandâla, un intouchableLois de Manou, traduites par Loiseleur-Deslongchamps. Elle ne peut notamment pas servir de témoin dans un procèsMichel Angot, L'Inde classique, Les Belles Lettres, Paris, 2007, page 89 .
Dans le Kâma-Sûtra, ouvrage sacré de l'hindouisme dédié à l'éros, Vatsyayana indique que les désirs de la femme doivent être respectés, et qu'il s'agit là d'une condition à son épanouissement nécessaire ; le Kâma-Sûtra refuse les mariages forcés, l'union physique devant être précédée d'abord par une union intellectuelle entre les deux partenaires ; par exemple :
Dans les temps modernes, la femme hindoue a été traditionnellement considérée comme quelqu'un qui doit à tout prix rester chaste ou pur. (page manquante à ajouter). Ceci est en contraste avec les traditions très différentes qui ont prévalu dans les temps anciens des royaumes hindous, qui comprenaient de très respectées courtisanes professionnelles (comme Ambapali de Vesali), des devadasis sacrées, des mathématiciens et des magiciens de sexe féminin (les basavis, les kulikas tantriques). Certains chercheurs européens ont observé chez les femmes hindoues du dix-neuvième siècle qu'elles étaient « naturellement plus chastes » et « plus vertueuses » que les autres femmes, bien qu'exactement ce qu'ils voulaient dire par là est sujet à controverse. En tout cas, en tant qu'hommes étrangers, ils n'auraient pas pu avoir accès aux espaces secrets et sacrés que les femmes ont souvent habitésAbbe Jean Antoine Dubois, Hindu Manners, Customs, and Ceremonies, translated from the French by Henry King Beauchamp, (Oxford: Clarendon Press, 1897).
Le Mahâbhârata et les Lois de Manu affirment que les dieux ne sont ravis que lorsque les femmes sont vénérées ou honorées, sinon, toutes les actions spirituelles deviennent futiles(ManuSmriti 3.56) (Mahabharata 13-45.5), , les Lois de Manu précisant bien que ceux qui violentent ou font souffrir les femmes, sont maudits par les Dieux :
Friedrich Nietzsche précisant sur les Lois de Manu à ce propos :
Selon Mata Amritanandamayi, toutes les restrictions que les femmes ont subies en Inde du fait de leur sexe n'ont aucune légitimité, tant dans le domaine profane que sacré :
L'Inde ancienne
vignette|left|Vasantasenā, une Nagarvadhu. vignette|Carte de l'Inde védique de l'âge du fer, d'après Witzel (1989). Les tribus sont écrites en noir, les tribus étrangères mentionnées dans les textes védiques anciens en violet et les shakhas védiques en vert. Les rivières sont en bleu. Le désert du Thar est en orange. Le statut de la femme dans l’Inde ancienne est toujours débattu : si certains universitaires estiment que les femmes bénéficiaient de la parité avec les hommes dans tous les aspects de la vie civile, d’autres sont plus réservés. Selon Michel Angot, « le féminin et la femme sont plutôt valorisés dans le Védisme ancien »Le Nyâya-sûtra de Gautama Akshpâda et Le Nyâya-Bhâshya d'Akshapâda Pakshilasvâmin, traduction de Michel Angot, éditions Les Belles Lettres, page 697 . Les écrits des anciens grammairiens indiens, tels Patanjali et Kātyāyana, nous indiquent en tous cas que les femmes avaient accès à l’instruction au cours de la période védiqueCf. le « commentaire de Pāṇini » (vārttika) de Kātyāyana, chap. 125, v. 2477Commentaires à l’Ashtadhyayi (§§ 3.3.21 et 4.1.14) de Patanjali. Les versets du Rig Veda montrent que les femmes se mariaient à l’âge adulte et qu'elles pouvaient probablement choisir leur mariR. C. Majumdar et A. D. Pusalker (editors): The history and culture of the Indian people. Volume I, The Vedic age. Bombay: Bharatiya Vidya Bhavan 1951, . Enfin, les textes sacrés : le Rig Veda et les Upanishads citent plusieurs femmes réputées pour leur sagesse ou leurs prophéties, entre autres Gargi et Maitreyi.
Ainsi, les filles ne sont pas exclues de l’initiation védique, du moins dans la plus haute Antiquité, car « à l'époque védique, [la femme] a, à tout égard, été tenue pour l'égale de l'homme. Au même titre que lui, elle était investie du cordon sacré ; comme [l'homme], elle recevait l'enseignement spirituel (plusieurs Upanishad ont été composées par des femmes). »Le plus beau fleuron de la discrimination, Viveka-Cûdâ-Mani, par Sri Sankarâcârya, d'après la traduction anglaise du Swâmi Mâdhavânanda, par Marcel Sauton, Adrien Maisonneuve éditeur, p.2. Dans « l'hindouisme traditionnel, l'instruction védique des filles était considéré comme une indispensable préparation au mariage et à leurs responsabilités sociales108 upanishad, traduction et présentation de Martine Buttex, éditions Dervy, p.1267.. »
Selon Jean Varenne : « L'épouse du Sacrifiant participe de plein droit au sacrifice et en partage les bénéfices avec son mari. »Mythes et légendes extraits des Brâhmanas, traduits et annotés par Jean Varenne, éditions Gallimard, page 172
Très peu de sources traitent spécifiquement de la place des femmes dans la société ancienneD'après . ; la Stri Dharma Paddhati de Tryambakayajvan, un notable de Tanjavûr qui écrivait vers 1730, constitue une exception notableD'après .. Ce texte rassemble les contraintes sociales imposées aux femmes depuis l'Apastamba dharmasutra (vers le ). Le premier vers est : .
Dans certaines villes de l’Inde ancienne, la tradition locale invitait les épouses à concourir pour être couronnées nagarvadhu (« femme de la cité » ou courtisane royale) et ce titre n'était pas considéré comme tabouSpectrum lead article, The Sunday Tribune, Dec 24, 2000. Amrapali est la plus célèbre nagarvadhu, et aussi disciple de Bouddha, à qui, selon les textes, elle a fait don d'un verger de manguiers. Une autre nagarvadhu est Vasantasenā, un personnage du classique de la littérature sanscrite du (मृच्छकटिका, adapté en français au sous le titre Le chariot de terre cuite), attribué à Shûdraka.
Cependant, avec l’entrée en vigueur de la manou smriti (Manusmṛti, ), vers 500 , le statut social des femmes commence à régresser. Bien que certains versets tels que (III – 55, 56, 57, 59, 62) glorifient les femmes, d'autres versets (IX – 3, 17) semblent des attaques envers la position et la liberté des femmes.
La période indo-musulmane
vignette|left|La reine gond Dourgavati règne quinze années avant de trouver la mort au combat en 1564 en s'opposant à la conquête par l'Empire moghol. La condition de la femme indienne s'était détériorée au cours de la période médiévale avec la banalisation dans certaines communautés des coutumes du suicide rituel, du mariage forcé et l'interdiction pour les veuves de se remarier.
Les conquêtes musulmanes des Indes s'accompagnèrent de la pratique du purdah. Dans certaines provinces de l'Inde, les prêtresses Devadasis furent rabaissées au rang de prostituées. La polygamie se répandit chez les princes hindous de la caste des KshatriyaD’après .
La reine gond Dourgavati d'origine rajput (Rajasthan) règne quinze années avant de trouver la mort au combat en 1564 en s'opposant à la conquête par l'Empire moghol. Les bardes râjasthâni gardent la mémoire, dans leurs chants, des hauts faits d'armes de la lutte des Rajputs contre les musulmans et les Moghols, et des suicides collectifs par le feu — ou jauhâr — de leurs femmes pour échapper à l'indignité de tomber entre les mains de l'ennemi qui les réduisait à l'esclavage Approche de l'hindouisme, Alain Daniélou, éditions Kailash..
Coutumes historiques controversées sous le Raj britannique
vignette|Représentation de la Sati, au moment où la veuve va se jeter dans le bûcher. vignette|Gravure britannique du sacrifice d'une veuve (1851).