(littéralement en allemand : La Scène mondiale) est un magazine hebdomadaire allemand consacré à l'art, à la littérature, à la politique et à l'économie, paru de 1905 à 1933.
Fondé par Siegfried Jacobsohn sous le nom Die Schaubühne (La Scène), il est publié pour la première fois le et se consacre à la vie théâtrale. À partir de l'année 1913, le magazine traite également de sujets ayant trait à la politique et à l'économie. Il change de nom pour Die Weltbühne le . À la mort de Siegfried Jacobsohn en 1926, la publication est dirigée par Kurt Tucholsky, puis à partir de 1927 par Carl von Ossietzky.
Paraissant sous forme de petits cahiers de couleur rouge, l'hebdomadaire s'affirme pendant la République de Weimar comme un espace d'expression de démocrates de la gauche allemande de l'époque. De 1905 à 1933, apportent leur contribution : outre Siegfried Jacobsohn, Kurt Tucholsky et Carl von Ossietzky, on y compte de nombreuses personnalités du monde journalistique, intellectuel et artistique : Lion Feuchtwanger, , Kurt Hiller, Erich Mühsam, Else Lasker-Schüler, Erich Kästner, Alfred Polgar, Carl Zuckmayer, Arnold Zweig, Rudolf Arnheim, Julius Bab, , Axel Eggebrecht, Hellmut von Gerlach, Richard Lewinsohn, Fritz Sternberg, Heinrich Ströbel.
Peu après l'incendie du Reichstag dans la nuit du 27 au , nuit lors de laquelle le directeur Carl von Ossietzky et d'autres de ses collègues sont arrêtés, le magazine fait l'objet en d'une interdiction de publication par le pouvoir national-socialiste. Après une dernière publication le , Die Weltbühne est contraint à l'exil.
Histoire 1905 - 1913 Jusqu'en 1913, le magazine est consacré à la vie théâtrale. Siegfried Jacobsohn écrit à ce sujet dans l'introduction du premier cahier de la Schaubühne que : « daß der Geist eines Volkes und einer bestimmten Zeit eindringlicher als in der übrigen Literatur im Drama zum Ausdruck kommt »..
1913 - 1918 L'écrivain Kurt Tucholsky, alors étudiant en droit, apparaît en 1913 dans le magazine sous trois pseudonymes : Ignaz Wrobel, Theobald Tiger et Peter Panter. L'influence de Tucholsky, devenu un étroit collaborateur de Siegfried Jacobsohn, se fait vite sentir dans la ligne éditoriale : en sont publiées les premières Réponses, une rubrique dans laquelle on répond à des lettres de lecteurs, réelles ou imaginées ; en , Siegfried Jacobsohn ouvre la publication à des thèmes politiques et économiques.
Pendant la Première Guerre mondiale, Siegfried Jacobsohn réussit à maintenir la parution du magazine malgré les restrictions. Dès , chaque cahier débute par un éditorial politique où s'exprime un point de vue « patriote ». En , le journaliste entame une série d'articles où il critique la politique du gouvernement du Reich et la situation politique du Reich allemand, et qui culmine le avec un article intitulé « La crise du capitalisme » qui vaudra au magazine une interdiction de publication que Siegfried Jacobsohn évitera de justesse en acceptant une censure préalable de la publication. Le magazine publiera aussi des demandes d'illustrations pour les obligations de guerre. Les choix éditoriaux de cette époque seront l'objet de critiques de la part de Franz Pfemfert et de Karl Kraus.
Le , Die Schaubühne devient Die Weltbühne, « magazine de politique, d'art, d'économie » (Zeitschrift für Politik, Kunst, Wirtschaft).
1918 - 1926 Les positions politiques de Siegfried Jacobsohn se rapprochent alors de celles de l'USPD. Durant la révolution de Novembre, le magazine n'adopte pas de ligne conforme à un parti politique précis. De à , les éditoriaux sont signés par le social-démocrate Heinrich Ströbel.
Le , Kurt Tucholsky y publie le texte : « Wir Negativen » (qui peut se traduire par Nous disons non) pour se défendre du reproche de ne pas voir des aspects positifs à la jeune république de Weimar et y déclare : « Wir können nicht zu einem Volk Ja sagen, das, noch heute, in einer Verfassung ist, die, wäre der Krieg zufälligerweise glücklich ausgegangen, das Schlimmste hätte befürchten lassen. Wir können nicht zu einem Land Ja sagen, das von Kollektivitäten besessen ist, und dem die Korporation weit über dem Individuum steht. » Die Weltbühne, 13 mars 1919
Dans les années qui suivent, le magazine adopte un ton résolument pacifiste et antimilitariste, et s'engage en faveur d'une réconciliation entre les anciens belligérants. Le magazine dénonce notamment dès les nombreux meurtres politiques commis à l'époque, les Fememorde.
L'action de Carl von Ossietzky, rédacteur et éditorialiste depuis , oriente le magazine de façon déterminante dans ses choix éditoriaux. À la mort de Siegfried Jacobsohn le , est posée la question de la survie du magazine qui est alors publié à .
1927 - 1933 thumb|right|alt=Rudolf Procès Ossietzky 1932|Carl von Ossietzky et ses avocats devant la prison de Tegel en 1932. De gauche à droite: Kurt Grossmann, Rudolf Olden, Carl von Ossietzky, , Kurt Rosenfeld À la mort de Siegfried Jacobsohn, Kurt Tucholsky abandonne son poste de correspondant à Paris, revient à Berlin et prend pour un temps la direction de la publication avant que Carl von Ossietzky en devienne responsable en 1927 « en collaboration avec Kurt Tucholsky »« unter der Mitarbeit von Kurt Tucholsky », précisé en page de couverture jusqu'en 1933.. Des dissensions subsistent entre eux, mais les deux journalistes se rapprocheront lors des dernières années du magazine.
Au début des années 1930, la publication atteint un tirage de . Die Weltbühne a alors une répercussion significative chez ses lecteurs de nombreuses villes allemandes et jusqu'en Amérique du Sud. Au-delà de son lectorat, le magazine est connu pour ses démêlés judiciaires avec le ministère de la Défense du Reich en raison de son travail d'investigation antimilitariste, et notamment pour le Procès de la Weltbühne à la suite duquel Carl von Ossietzky et le journaliste Walter Kreiser sont condamnés à 18 mois de détention.
Même si le magazine continue à traiter de la vie culturelle et artistique, il mène de plus en plus un combat contre ce que Kurt Tucholsky appelle « le voyage vers le troisième Reich »« die Reise ins Dritte Reich ». En 1932, Kurt Tucholsky ne contribue plus qu'épisodiquement. Hellmut von Gerlach prend la direction de la publication en en raison de la détention de Carl von Ossietzky, qui est libéré en malgré une nouvelle inculpation à la suite du texte de Kurt Tucholsky publié sous le titre : « Les soldats sont des assassins »« Soldaten sind Mörder ».
Après l'incendie du Reichstag et l'arrestation de Carl von Ossietzky et d'autres journalistes, Hellmut von Gerlach fuit à l'étranger ; , futur cofondateur du quotidien Der Tagesspiegel prend alors la direction de la rédaction. L'édition du est imprimée mais ne peut être distribuée. La dernière publication officielle de Die Weltbühne est le numéro 10 du , dont l'exemplaire se conclut par l'affirmation : « Denn der Geist setzt sich doch durch. ».
L'exil : 1933 - 1939 Il existait déjà à Vienne une publication affiliée, la Wiener Weltbühne, à laquelle participaient des émigrés berlinois, dirigée par le journaliste , disciple de Karl Kraus et de Léon Trotski. Cette publication déplaça son siège à Prague en 1933 à la suite des événements en Autriche. D' à paraissent 4000 articles sous le titre Die neue Weltbühne (La nouvelle Weltbühne). Dans les dernières années, des problèmes financiers conduisent la veuve de Siegfried Jacobsohn, Edith Jacobsohn à se séparer de ses droits sur la maison d'édition. En , la maison d'édition est transférée à Paris car les exemplaires du magazine sont confisqués en raison d'articles critiques à l'égard de l'Allemagne. Les autorités françaises interdisent la publication qui paraît pour la dernière fois le .
Après la guerre , épouse de Carl von Ossietzky, et reprennent le titre et la publication Verlag der Weltbühne (Éditions de la Weltbühne) à Berlin-Est en 1946. Pendant les années d'après-guerre, la publication trouve aussi un écho dans les zones d'occupation occidentales, et est considérée comme un lien avec les cercles intellectuels d'Allemagne de l'ouest.
Réception et critique
Auteurs d'articles dans Die Weltbühne Le magazine a reçu de nombreuses contributions de journalistes, artistes, et intellectuels allemands de l'époque ; dont Joachim Bergmann : Die Schaubühne – Die Weltbühne 1905–1933, Bibliographie und Register mit Annotationen. Saur, Munich, 1991 :
Notes et références
Bibliographie Joachim Bergmann : Die Schaubühne – Die Weltbühne 1905–1933, Bibliographie und Register mit Annotationen. Saur, München 1991, Istvan Deak : Weimar Germany’s Left-Wing Intellectuals. A Political History of the Weltbühne and its Circle. Berkley, Los Angeles 1968 Alf Enseling : Die Weltbühne, Organ der intellektuellen Linken. Fahle, Münster 1962 Axel Eggebrecht, Dietrich Pinkerneil : Das Drama der Republik. Zum Neudruck der Weltbühne zwei Essays. Athenäum, Königstein 1979 : Heimat Weltbühne. Eine Intellektuellengeschichte im 20. Jahrhundert. Wallstein Verlag, Göttingen 2012, . Friedhelm Greis, Stefanie Oswalt (Hg.) : Aus Teutschland Deutschland machen. Ein politisches Lesebuch zur "Weltbühne". Lukas Verlag, Berlin 2008, ; umfangreiche Website W. B. van der Grijn Santen: Die Weltbühne und das Judentum, eine Studie über das Verhältnis der Wochenschrift Die Weltbühne zum Judentum, hauptsächlich die Jahre 1918 – 1926 betreffend. Königshausen und Neumann, Würzburg 1994, , Online lesen bei google-books Heidemarie Hecht : Von der „Schaubühne“ zur „Weltbühne“. Der Entstehungsprozeß einer politischen Zeitschrift. Dissertation, Jena 1991. Philipp Heyde : „Die Weltbühne“: Ein kleines, radikales Zorn- und Lustbrevier. in: Damals. 5.1993, S.64–68. Elmar Holly : Die Weltbühne 1918–1933: ein Register sämtlicher Autoren und Beiträge. Berlin 1989, Ann-Katrin Silke Horst : Ein vernachlässigter Aspekt der Berliner Pressegeschichte. Die Journalistinnen der Zeitschrift 'Die Weltbühne' in der Weimarer Republik. Magisterarbeit Univ. München. München 1998. Siegfried Jacobsohn : Der Fall Jacobsohn. Verlag der Schaubühne, Charlottenburg 1913. Dieter Lang : Staat, Recht und Justiz im Kommentar der Zeitschrift Die Weltbühne. Lang, Frankfurt am Main 1996, Ursula Madrasch-Groschopp : Die Weltbühne. Porträt einer Zeitschrift. Buchverlag Der Morgen, Berlin 1983, Bechtermünz im Weltbild Verlag, Augsburg 1999 (Repr.). Gunther Nickel : Die Schaubühne – Die Weltbühne, Siegfried Jacobsohns Wochenschrift und ihr ästhetisches Programm. Westdeutscher Verlag, Opladen 1996, Stefanie Oswalt : Siegfried Jacobsohn. Ein Leben für die Weltbühne. Bleicher Verlag, Gerlingen 22001, Oswalt, Stefanie (Hrsg.) : Die Weltbühne, zur Tradition und Kontinuität demokratischer Publizistik. Röhrig, St. Ingbert 2003, Peter Queckbörner : „Zwischen Irrsinn und Verzweiflung“. Zum erweiterten Kulturbegriff der Zeitschrift Die Schaubühne/Die Weltbühne im Ersten Weltkrieg. Lang, Frankfurt am Main 2000, Elke Suhr : Zwei Wege, ein Ziel – Tucholsky, Ossietzky und Die Weltbühne. Weisman, München 1986, Toralf Teuber : Ein Stratege im Exil. Hermann Budzislawski und „Die neue Weltbühne“. Lang, Frankfurt am Main 2004,
Articles connexes République de Weimar Siegfried Jacobsohn Kurt Tucholsky Carl von Ossietzky
Liens externes
Die Schaubühne (1905-1918) : Sur la bibliothèque numérique de l'Université du Michigan Die Schaubühne – Die Weltbühne sur de.wikisource
Catégorie:Titre de presse créé en 1905 Catégorie:Presse écrite disparue en Allemagne Catégorie:Revue littéraire en Allemagne