La Ducasse d'Ath est une fête populaire traditionnelle de la ville d'Ath, dans le Hainaut, en Belgique. Remontant au Moyen Âge, elle s’est enrichie au fil du temps, pour devenir une fête très appréciée qui dure plusieurs jours, caractérisée par la présence de géants processionnels, de chars décoratifs et de groupes historiques Klaus Beitl, , Vienne, 1961..

Depuis le , le phénomène des « géants » est bien présent en Europe occidentale dans les processions et cortèges, les carnavals ou les fêtes publiques en général. Le contexte politique, économique et culturel a changé mais les géants ont survécu là où la tradition s'est solidement enracinée dans les populations. Ce cortège qui, directement issu des processions, a conservé ses géants anciens, est animé par une population locale qui leur demeure extrêmement attachée. La ducasse est l'événement majeur de la vie festive régionale. Elle donne lieu a de nombreuses réjouissances et manifestations culturelles.

La ducasse d'Ath était inscrite de 2008 à 2022 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l'Unesco, après sa proclamation en 2005, comme élément des Géants et dragons processionnels de Belgique et de France. Elle a été retirée de cette liste en 2022 à la suite de polémiques entourant le personnage du Sauvage.

Histoire Traditions analogues en Europe

Les plus anciennes mentionsCe paragraphe est basé sur Les Géants processionnels en Europe, ouvrage collectif, catalogue de l'exposition du du Goliath d'Ath, 1981, ministère de la Communauté française. connues de géants processionnels remontent au plus tôt, au au Portugal. À la fin du , en 1398 exactement, les premières figurations gigantesques sont attestées à Anvers. Au , dans les Pays-Bas bourguignons, le phénomène s'affirme, et Goliath marche dans les processions aux côtés de Saint Christophe, d'un Hercule et d'un Samson ; le cheval Bayard est, quant à lui, chevauché par les quatre fils Aymon dans dix villes. La majeure partie de ces figurations sont religieuses, tels les récits bibliques du combat de David et Goliath ou des hauts faits de Samson. L'histoire du grand Bayard et Hercule, issu de la mythologie grecque, constituent les seuls éléments tout à fait profanes et s'intègrent habituellement dans une procession religieuse. Le but premier de ces histoires est sans doute l'éducation religieuse. La plupart illustrent des récits destinés à l'édification des fidèles. De même que le théâtre et l'art de l'époque ont une finalité didactique, de même les groupes figuratifs de la procession montrent clairement la représentation concrète, matérielle et vivante des scènes que le clergé et les notables veulent faire connaître à une population peu instruite et peu capable d'abstraction. Toutefois, les organisateurs ont voulu faire passer leur message en amusant le public : la représentation est également pittoresque et colorée. Ces jeux processionnels ont été repris et imités d'une ville à l'autre à la faveur des échanges commerciaux. Ainsi, le cheval Bayard d'Ath reprend à celui d'Audenarde la plupart de ses éléments.. Toutefois, on n'explique pas le fait que certaines régions (Pays-Bas, Espagne, Autriche, Angleterre) semblent avoir été plus que d'autres les terres de prédilection des personnages gigantesques et pourquoi la tradition s'est maintenue de façon différente suivant les pays ou les régions.

Contexte de l'apparition de la ducasse d'Ath La ville d'Ath fut fondée vers 1160. , dit le Bâtisseur, comte de Hainaut, achète une partie de la terre d’Ath à Gilles de Trazegnies, qui y avait quelques propriétés. Il y construit un donjon carré, la tour Burbant, afin de protéger le nord de son comté. Il existait une modeste église rurale, au lieu-dit « Viès-Ath », qui était dédiée à saint Julien et qui appartenait à l'abbaye de Liessies, située alors également dans le comté de Hainaut (elle se trouve aujourd'hui dans le nord de la France). Au , la ville connaît une expansion considérable. Une seconde enceinte de rempart est construite et en 1393, commence l'édification de l'église Saint-JulienJean Dugnoille, La ville d'Ath. Bref regard sur son passé dans Ath et sa région, Imprimerie provinciale 1973.. La procession serait née avec l'expansion de la ville au assurant un lien entre l'église du Vieux-Ath et l'agglomération nouvelle. Elle a lieu le quatrième dimanche d'août, à une date proche de la fête du saint patron, Julien de Brioude, honoré le 28. Les premiers géants apparaissent à la fin du . Tous enrichissent de leur présence le cortège qui mêle allègrement religieux et profane. Les personnages religieux servent, comme les mystères, à catéchiser une population largement analphabète. Les représentations profanes apportent de l'agrément à la procession et attirent les habitants des environsJP Ducastelle, MF Gheusquin, , Géants et dragons. Mythes et traditions à Bruxelles, en Wallonie, dans le nord de la France et en Europe, , Casterman, Tournai, 1996..

Naissance de la ducasse d'Ath thumb|upright|Le saint Christophe de Flobecq.

C'est en 1399 que se situe la première mention d'une procession. C'est à cette date en effet que l'on trouve, dans les comptes de la massarderie la mention du paiement d'un certain nombre de personnes pour faire passer les pèlerins, refaire la voirie ou enlever les ordures une fois les cérémonies terminées.. Dans le deuxième quart du , des groupes figuratifs se montrent dans la vieille procession paroissiale de saint Julien. L'historien athois Emmanuel Fourdin situe cette émergence vers 1430.. Le compte de 1431-1432 comprend, en effet, un paiement de quatre livres à des compagnons qui représentent la vie de plusieurs saints et martyrs.. En 1462, le nombre des « histoires » s'est grandement multiplié : il faut de chevaux. pour tirer les chars sur lesquelles la plupart d'entre elles sont jouées. Mais l'événement de l'année est la naissance du « Grant Béart » et des quatre fils Aymon, créés pour .. Le cheval est copié sur celui d'Audenarde où des envoyés sont allés s'initier à sa construction et à son maniement. Porté par une équipe de dix à douze hommes, suivant les années, le cheval athois est énorme. C'est une souscription publique rapportant plus de qui a permis de couvrir le coût de sa construction et de son équipement. La même année, il est fait mention d'un Saint Christophe.

Il est difficile d'imaginer l'ordonnance du cortège de cette époque. Il n'existe pas de document à ce propos avant le . On y trouvait des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, par exemple : le groupe des prophètes armés de la vierge blanche ou rouge et l'histoire de Daniel, la Nativité et la Passion du Christ, l'Annonciation, la Présentation au Temple, l'Histoire de la Madeleine Défilaient également les serments des archers, des arquebusiers et des bombardiers-couleuvriniers, qui deviendront plus tard les canonniers-arquebusiers..

1481 voit l'émergence historique de Goliath.. Le choix de héros bibliques, tels que Goliath ou Samson, qu'il n'est même pas nécessaire de gigantifier puisqu'ils sont déjà gigantesques dans les Saintes Écritures, est quasi général, en effet, dans les Dix-Sept Provinces, au . Treize des quinze plus vieux géants des anciens Pays-Bas, créés à cette époque, sont des Goliath.. center|600px|Première mention du géant d'Ath, Goliath, 1481.« Item pour havoir nettoyet visité et refait pluisseurs coses à Golias 6 s. Item pour avoir fait plusieurs verges de vermillon lesquelles verges serviront à conduire la procession 4 s. Item pour avoir point les personnages le jour de ladite procession l0 s. »

Du thumb|La compagnie des « Bleus », 2010. Il n'est pas possible, en l'état actuel des connaissances, de se faire une idée de ce que cette procession est devenue aux s. Fourdin. affirme qu'elle prit de plus en plus d'ampleur entre 1450 et 1550 mais qu'elle déclina, au cours de la seconde moitié du , aussi rapidement qu'elle avait prospéré. La première de ces affirmations ne s'appuie sur aucun argument. La seconde, en revanche, est fondée sur l'état désastreux des finances communales, totalement ruinées par les innombrables subsides, taxes et réquisitions, sur les guerres, sur la peste, enfin, qui sévit presque sans discontinuer de 1578 à 1599.. En effet, le cortège était alors financé par la commune, la paroisse et les confréries. Cependant, en 1589 on dépense pour un somptueux banquet qui réunit la comtesse de Beaurieu, accompagnée de monseigneur le baron , les sieurs Dandelot et d'Ayseau .. La procession avait donc toujours un certain faste. En 1647, le magistrat accorde cent livres aux arbalétriers .. Il est, en outre, probable que le char de l’Église triomphante, inspiré par la Contre-Réforme, date de cette époque.

Il n'est pas impossible qu'un géant Samson ait participé à la procession, peut-être dès le , mais sans aucune preuve formelle. Samson fut introduit dans le cortège de la ducasse d'Ath en 1679 comme géant de la confrérie des canonniers. Dans les comptes de la massarderie de cette année on peut lire :

Aux confrères de Sainte-Marguerite canoniers se donne annuellement par gratification à eux accordée à suitte de résolution du conseil pour l'année 1679 en juillet 1091. À eux pour faire le Samson en posture à esté payé 38 l. 8 sA.V.A., Comptes de la massarderie de la Ville d'Ath, 24 juin 1679-1680,71 v°.

thumb|upright=0.8|left|L'aigle monocéphale de 1851.

En 1698, Ath redevient espagnole. Le Conseil de Ville se demande à la dédicace ; il décide .. Dans une copie du compte pour l' de la confrérie des tailleurs de saint Maur, figure la plus ancienne mention de l'Aigle connue à ce jourA. Dupont et J.-P. Ducastelle, Aux origines de l'Aigle, dans le Bulletin du Cercle Royal d'Histoire et d'Archéologie d'Ath et de la région, , (juillet 1997), .. Un mandelier et un certain De Peste y reçoivent un salaire de cinq livres deux sous « pour avoir raccommodé l'aigle pour la procession ». L'aigle ainsi restauré accuse donc déjà quelques années et ce document permet de faire reculer sa création avant la fin du . Le compte mentionne aussi la rémunération des porteurs du géant et du « tamboureur quy l'at accompagné à la procession ». Comme à Douai de nos jours encore, les géants athois n'étaient sans doute alors escortés que par un tamboureurLe terme « tamboureur », batteur de tambour, est spécifique dans ce cas. Il accompagne le géant ou le Gille lors du Carnaval de Binche. et que les pas de danse qu'ils exécutaient n'étaient soutenus que par le seul roulement du tambour.

thumb|Résolution du Conseil de Ville, .

La procession a-t-elle disparu quelques années, pendant la guerre de Succession d'Espagne ? Lorsque les Français, de 1701 à 1706, puis une garnison hollandaise installée par les Alliés, occupent la ville, on ne trouve que quelques résolutions relatives à la comédie que représentent les élèves du collège. Mais, en 1713, le Conseil conclut de faire marcher Goliath et . Pour la première fois depuis quinze ans, il est à nouveau question de la procession de la dédicace. Ainsi restaurée, elle sera embellie l'année suivante et, surtout, en 1715, par la construction d'un char de triomphe, d'une femme à Goliath, et l'ajout d'un deuxième cheval Diricq. Cette même année, on célèbre le de la dédicace de l'église Saint-JulienVers l'Avenir, 14 février 2015.. Désormais, Goliath se mariera chaque année la veille de la ducasse, avant que se dispute le « jeu parti » qui l'oppose à David. On notera, à ce sujet, que, si l'on sait que les solennités de la fête débutent « le nuict de le procession a vespres » dès 1478, on ignore, en revanche, quand le jeu parti a été reporté de la procession du dimanche au samedi après-midi..

Jusqu'à la guerre de Succession d'Autriche, soit jusqu'en 1743, les « postures » et les chars sortiront à l'accoutumée, le Magistrat veillera sur le matériel en bon père de famille. En 1749, les Français laissent la ville en piteux état, mais le Conseil décide unanimement de . On restaure Goliath.