Les stéroïdes anabolisants, également connus sous le nom de stéroïdes androgéniques anabolisants ou SAA, sont une classe d'hormones stéroïdiennes liée à une hormone naturelle humaine : la testostérone. Ils augmentent la synthèse des protéines dans les cellules, entraînant une augmentation de tissus cellulaires (anabolisme), en particulier dans les muscles. Les stéroïdes anabolisants ont également des propriétés telles que le développement et l'entretien des caractéristiques masculines comme la croissance des cordes vocales et la pilosité. Le mot anabolisant vient du grec anaballein — « faire monter » — et le mot androgène, du grec aner, andros — « l'homme (au sens du mâle humain) » — et de genos — « production, génération ».

Les stéroïdes anabolisants ont été isolés, identifiés et synthétisés pour la première fois dans les années 1935 et sont maintenant utilisés en thérapeutique médicale pour stimuler la croissance des os et l'appétit, provoquer la puberté masculine et traiter les situations cachectiques chroniques, comme dans les cancers et le sida.

Les stéroïdes anabolisants produisent également une augmentation de la masse musculaire et de la force physique et sont par conséquent utilisés dans le sport, notamment en musculation pour renforcer la force physique ou la masse musculaire.

Leur utilisation à long terme peut avoir des conséquences graves pour la santé.

Leurs effets néfastes sont des changements dans les taux de cholestérol (augmentation des lipoprotéines de faible densité — LDL cholestérol — et une diminution des lipoprotéines de haute densité — HDL cholestérol), de l'acné, une perte de cheveux, de l'hypertension artérielle, des lésions hépatiques, et des changements dangereux dans la structure du ventricule gauche du cœur. Certains de ces effets peuvent être atténués par l'exercice ou en prenant des médicaments supplémentaires.

L'utilisation des stéroïdes anabolisants à des fins non médicales est sujette à controverse en raison de ses effets néfastes. L'utilisation de stéroïdes anabolisants est interdite par toutes les grandes instances sportives comme la Fédération internationale de tennis, le Comité international olympique, la Fédération internationale de football association (FIFA), l'Union des associations européennes de football (UEFA), l'Association européenne d'athlétisme. Les stéroïdes anabolisants sont des substances réglementées dans de nombreux pays dont les États-Unis, le Canada, la France, le Royaume-Uni, l'Australie, l'Argentine et le Brésil, tandis que dans d'autres pays, comme le Mexique et la Thaïlande, ils sont librement disponibles. Dans les pays où l'utilisation de ces médicaments est contrôlée, il y a souvent un marché noir de contrebande ou de faux médicaments. La qualité de ces drogues illicites peut être médiocre et les contaminants peuvent causer d'autres risques pour la santé. Dans les pays où les stéroïdes anabolisants sont strictement réglementés, certains ont demandé un allègement de la réglementation.

Histoire Les substances censées améliorer les performances ont été utilisées pendant des milliers d'années dans la médecine traditionnelle dans le monde entier.. En particulier, l'utilisation d'hormones stéroïdes date d'avant leur identification et leur isolement : l'usage médical d'extraits de testicule a commencé à la fin du alors que ses effets étaient encore à l'étude. En 1889, le neurologue franco-britannique Charles-Édouard Brown-Séquard, soixante-douze ans, s'est injecté des extraits de testicule de chien et de cochon d'Inde et a décrit lors d'une réunion scientifique la variété d'effets bénéfiques qu'il en avait tirée.

Le développement des stéroïdes anabolisants remonte à 1931 lorsqu'Adolf Butenandt, un chimiste de Marbourg, extrait d'androsténone à partir de dizaines de milliers de litres d'urine. Cette hormone est synthétisée en 1934 par Leopold Ruzicka, chimiste à Zurich. On savait déjà que les testicules contenaient un androgène plus puissant que l'androsténone et trois groupes de scientifiques aux Pays-Bas, en Allemagne et en Suisse, financés par des sociétés pharmaceutiques entrent en compétition pour tenter de l'isoler.

Cette hormone mâle est identifiée pour la première fois par David Karoly Gyula, E. Dingemanse, J. Freud et Ernst Laqueur en dans un document intitulé (Testosterone). Ils l'appellent testostérone, composition des radicaux testis (testicule) et stérol et de la désinence cétonique. La synthèse chimique de la testostérone est réussie en août de cette année-là, quand Butenandt et G. Hanisch publient un document décrivant une méthode pour la préparation de testostérone à partir du cholestérol. Seulement une semaine plus tard, le troisième groupe, formé de Ruzicka et A. Wettstein, annonce le dépôt d'un brevet dans un article intitulé On the Artificial Preparation of the Testicular Hormone Testosterone (Androsten-3-one-17-ol). Ruzicka et Butenandt obtiennent le prix Nobel de chimie en 1939 pour leur travail, mais le gouvernement nazi oblige Butenandt à refuser le prix.

Les essais cliniques sur l'homme, impliquant soit des doses orales de méthyl-testostérone soit des injections de propionate de testostérone, commencent dès 1937. Le propionate de testostérone est mentionné dans une lettre au rédacteur en chef du magazine en 1938, ce qui est la plus ancienne référence connue de l'utilisation de stéroïdes anabolisants aux États-Unis dans un magazine de culturisme. vignette|upright=1.3|Structure chimique de l'hormone de synthèse : le méthandrosténolone (Dianabol, DBOL).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les scientifiques allemands synthétisent d'autres stéroïdes anabolisants et les expérimentent sur des détenus des camps de concentration et des prisonniers de guerre dans une tentative de traiter leur cachexie chronique. Ils l'expérimentent également sur des soldats allemands, dans l'espoir d'accroître leur agressivité. Adolf Hitler lui-même, selon son médecin, reçoit des injections de dérivés de la testostérone pour traiter diverses affections. Les études sur le développement musculaire par utilisation de la testostérone se sont poursuivies dans les années 1940, en Union soviétique et dans les pays de l'Est tels que l'Allemagne de l'Est les stéroïdes ont été utilisés pour améliorer les performances des haltérophiles lors des Jeux olympiques et autres compétitions amateurs. En réponse au succès des haltérophiles russes, le médecin de l'équipe olympique américaine, le Dr. John Ziegler, cherche à trouver des stéroïdes anabolisants pour les haltérophiles américains et réussit à produire la methandrostenolone, le (Dianabol). Le Dianabol, développé par la société Ciba Pharmaceuticals, est autorisée aux États-Unis par la Food and Drug Administration en 1958. Le Dianabol a des propriétés analogues à la testostérone, mais avec moins d'effets secondaires P. Justin « The Man Behind the Juice », Slate Friday, Feb. 18, 2005, consulté le 29 avril 2008.

À partir des années 1950 et jusque dans les années 1980, il est envisagé que les stéroïdes anabolisants ne produisent qu'un effet placebo. Dans une étude en 1972Medicine and Science in Sports, Anabolic steroids: the physiological effects of placebos. (Ariel & Saville, 1972)., les participants sont informés qu'ils vont recevoir des injections quotidiennes de stéroïdes anabolisants mais ne reçoivent effectivement qu'un placebo. Ils ne s'apercevront pas de la supercherie et l'amélioration de leur rendement sera semblable à celle des sujets prenant de véritables composés anabolisants. Selon Geraline Lin, chercheur de l'Institut national sur l'abus des drogues, ces résultats n'ont pas été recontrôlés pendant dix-huit ans, bien que l'étude n'ait pas donné lieu à des contrôles sérieux et que les doses d'hormones utilisées aient été insignifiantes. En 2001 est menée une étude sur les effets de fortes doses de stéroïdes anabolisants, par l'injection intramusculaire de doses variables — jusqu'à par semaine — d'énanthate de testostérone pendant vingt semaines. Les résultats ont montré une nette augmentation de la masse musculaire et une diminution de la masse grasse associée à la dose de testostérone.

Effets biologiques et pharmacologie

Voies d'administration Les stéroïdes anabolisants sont généralement administrés par voie orale ou parentérale (par piqûre) mais certains stéroïdes anabolisants peuvent également être administrés par voie transdermique (par la peau). On connaît peu de choses sur cette voie d'administration. Les voies traditionnelles d'administration n'ont pas d'influence particulière sur l'efficacité du médicament. Les études indiquent que les propriétés anabolisantes de ces stéroïdes sont relativement similaires, malgré les différences de pharmacocinétique des molécules telles que leur métabolisation lors de leur passage hépatique. Toutefois, ce premier passage pour des médicaments administrés oralement tend à produire plus d'effets secondaires nocifs, en particulier au niveau du foie.

Mécanismes d'action vignette|upright=1.3|Un récepteur des androgènes lié à la testostérone on montre ici la structure secondaire d'un récepteur en rouge, vert et bleu avec le steroïde en blanc.

Comme tous les stéroïdes, le mode d'action des stéroïdes anabolisants passe essentiellement par des effets génomiques au niveau de la modulation de l'expression des gènes cibles. En raison de leur caractère lipophile, basé sur leur structure dérivée de celle du cholestérol, les stéroïdes pénètrent par diffusion passive dans les cellules des tissus cibles : muscles, testicules, cerveau L'action biologique des stéroïdes anabolisants commence lorsque l'hormone traverse cette membrane et se lie au récepteur des androgènes, sous-classe de récepteur des stéroïdes, non conjugué présent dans le cytoplasme. La liaison hormone-récepteur entraîne un changement de conformation du complexe qui migre alors dans le noyau cellulaire pour agir sur la régulation des gènes cibles. Le complexe se fixe sur des sites d'ADN bien précis des séquences régulatrices des promoteurs géniques provoquant l'activation du complexe transcriptionnel et la synthèse d'ARN, par le mécanisme classique de la transcription. L'ARN messager transcrit sera ensuite traduit en protéines actives par les ribosomes qui agiront alors au sein de la cellule. Les différents types de stéroïdes anabolisants se lient aux récepteurs des androgènes avec des cinétiques et des affinités variables fonction de leur structure chimique propre. Certains stéroïdes anabolisants tels que la methandrostenolone se lient faiblement à ce récepteur et agissent plutôt directement sur la synthèse des protéines ou la glycogénolyse. D'autres, tels que l'oxandrolone se lient étroitement au récepteur et agissent principalement sur l'expression des gènes.

Une autre voie alternative est dite non-génomique par l'activation de processus de phosphorylation de protéines intracellulaires qui envoient des signaux à d'autres parties de la cellule. Cette voie est cependant beaucoup moins connue ou étudiée et les effets non-génomiques des stéroïdes encore largement ignorés.

D'un point de vue physiologique, les stéroïdes anabolisants agissent sur la masse musculaire au moins de deux façons: d'une part, ils augmentent la production de protéines, d'autre part, ils réduisent le temps de récupération en bloquant les effets du cortisol sur le tissu musculaire, de sorte que le catabolisme des muscles est grandement réduit. On a émis l'hypothèse que cette réduction serait due au fait que les stéroïdes anabolisants inhiberaient l'action d'autres hormones stéroïdes appelées glucocorticoïdes qui favorisent la dégradation des muscles. Les stéroïdes anabolisants ont également une incidence sur le nombre de cellules qui se développent en cellules graisseuses de stockage, en favorisant la différenciation cellulaire vers les cellules musculaires.

Effets androgènes et anabolisants