Le Colisée (), à l'origine amphithéâtre Flavien (), est un amphithéâtre ovoïde situé dans le centre de la ville de Rome, entre l'Esquilin et le Cælius, le plus grand construit dans l'Empire romain. Il est l'une des plus grandes œuvres de l'architecture et de l'ingénierie romaines.
Témoignage monumental de la propagande flavienne, sa construction, juste à l'est du Forum romain, a commencé entre 70 et 72 , sous l'empereur Vespasien ( 69-79), et s'est achevée en 80 sous Titus ( 79-81). D'autres modifications ont ensuite été apportées au cours du règne de Domitien ( 81-96). Le nom d'amphithéâtre Flavien dérive du nom de famille (gens Flavia) de l'empereur Vespasien et ses fils Titus et Domitien.
Pouvant accueillir probablement entre et , le Colisée, témoin de l'évergétisme impérial, a été utilisé pour les (combats d'animaux sauvages), les (combats de gladiateurs) et autres spectacles publics, tels que des exécutions de condamnés à mort, des reconstitutions de batailles célèbres et des drames basés sur la mythologie romaine. Il est resté en service pendant près de , les derniers jeux étant produits au . Pour son inauguration, en 80 , Titus y donne, dans l'arène transformée en bassin, une naumachie reconstituant la bataille navale de Corinthe contre Corcyre. Le bâtiment cesse d'être utilisé au cours du haut Moyen Âge et a été réemployé successivement pour des usages variés tels que des habitations, des ateliers d'artisans, le siège d'un ordre religieux, une forteresse, une carrière et un sanctuaire catholique, une attraction touristique.
Le Colisée est en état de ruine, en raison des dommages causés par les tremblements de terre de 443, 508, 801, 847 et 1349, et par son utilisation en tant que carrière de récupération de pierres de construction. Devenu l'un des symboles de la Rome moderne, il constitue l'une de ses attractions touristiques les plus populaires avec de visiteurs, et garde encore des liens avec l'Église catholique romaine : chaque Vendredi saint, le pape mène une procession aux flambeaux sur un chemin de croix y aboutissant. Le Colisée est représenté sur la pièce de monnaie italienne de d'euro.
Avec l'ensemble du centre historique de Rome, le Colisée est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1980.
Dénominations du Colisée thumb|alt= avers de médaille avec profil d'un homme et revers avec un homme en toge, tête radiée, tenant de la main gauche un globe surmonté d'une Victoire.|Néron couronné de lauriers à et représentation probable du colosse à . Le Colisée s'est appelé initialement () car il a été construit par les empereurs de la dynastie flavienne pour offrir des spectacles aux citoyens ; ce nom est encore fréquemment utilisé dans les ouvrages spécialisés. Dans l'Antiquité et dans un contexte poétique, les Romains ont parfois évoqué le bâtiment sous l'appellation d (amphithéâtre des Césars)..
L'appellation (du bas latin qui vient du grec , )., est probablement dérivée d'une statue colossale de Néron érigée à proximité pour orner l'entrée de sa Domus aurea.. Lorsqu'après la mort de cet empereur, le palais impérial est démantelé, le colosse néronien est transformé en une figure d'Hélios (Sol ou Apollon) dieu du soleil, par l'ajout de la couronne solaire et sa tête sera remplacée à plusieurs reprises par celle d'autres empereurs.
En dépit de ses liens païens, la statue, considérée comme un symbole iconique de la permanence de Rome, subsiste pendant une bonne partie de l'époque médiévale chrétienne. Au , Bède le Vénérable () rédige une épigramme célébrant sa signification symbolique : (« Tant que durera le Colosse, Rome durera ; quand le Colosse tombera, Rome tombera ; quand Rome tombera, le monde tombera »).. Le colosse finit par disparaitre, probablement jeté bas pour pouvoir réutiliser ses éléments de bronze, mais le terme de subsiste, désignant l'amphithéâtre vers l'an 1000. La statue elle-même est fort oubliée, même si sa base perdure entre le Colisée et le temple de Vénus et de Rome tout proche.. C'est aussi au Moyen âge que est corrompu en Coliseum..
En Italie, l'amphithéâtre est connu sous le nom de et d'autres langues romanes utilisent des formes similaires telles que Colisée en français, en espagnol, en portugais ou en roumain.
Histoire Antiquité vignette|alt=Schéma en noir sur fond blanc de l'implantation des monuments et espaces avec inscriptions des noms ne latin.|Une carte du centre de Rome pendant l'Empire romain, avec le Colisée dans le coin supérieur droit (Nordisk familjebok, 1916). vignette|alt=Maquette en bois clair sur support blanc cassé, en trois dimensions.|Plan de Rome de Paul Bigot au (1908-1942). Le Colisée figure à gauche et le Circus Maximus (« Cirque Maxime ») à droite. vignette|alt=Deux images. Haut : une foule animée dans les gradins ; bas : coupe du sol de l'arène montrant les dessous.|Schéma explicatif de la vie dans le Colisée : l'installation du public dans les gradins (en haut) et la mise en scène des spectacles en coulisses (en bas). Après le grand incendie de Rome en 64 , Néron se fait construire un somptueux palais. S'étant saisi de terrains au fond d'une vallée basse au fond de laquelle court un ruisseau canalisé, entre le Cælius, l'Esquilin et le Palatin, il y fait édifier la Domus aurea et fait placer le Colosse non loin de l'entrée du domaine ; devant elle, outre des pavillons, jardins, et portiques, il crée un lac artificiel, constituant la partie centrale du complexe palatial, approvisionné par la prolongation de l'aqueduc préexistant : lAqua Claudia.
À sa mort en 68 , Néron fait l'objet d'une . La zone est transformée par l'empereur Vespasien et ses successeurs.. Si la statue colossale est conservée, une grande partie de la va disparaître . Le lac d'agrément est comblé et le terrain réutilisé pour remplacer l'amphithéâtre de Statilius Taurus ravagé par le grand incendieDion Cassius, Histoire romaine, LXII, 18. par la construction du nouvel Amphithéâtre Flavien qui commence dans les années 70-72. sous le règne de Vespasien. Cette décision peut être vue comme un geste populiste de retour au domaine public d'un quartier précédemment annexé par Néron pour son propre usage.
Selon l'inscription portée sur un bloc de marbre trouvé sur le site, telle que reconstituée par l'épigraphiste Géza Alföldy, . Compte tenu des montants en cause, il ne peut s'agir que des trésors saisis par les Romains à la suite de leur victoire dans la première guerre judéo-romaine de 70, notamment lors du sac de Jérusalem et du pillage de son temple... Il est peu probable que les juifs emmenés à Rome à la suite de cette campagne militaire aient été employés à la construction du monument, bien que certains, réduits en esclavage, aient pu être affectés aux travaux les moins qualifiés.. L'amphithéâtre peut donc être interprété comme un grand monument triomphal construit dans la tradition romaine de célébration des grandes victoires, ce qui expliquerait la présence d'un arc de triomphe ornant l'entrée principale et l'ajout ultérieur, par Domitien, de boucliers de bronze sur l'attique.
À la mort de Vespasien, en 79 , le troisième étage du bâtiment est achevé. Le dernier niveau est inauguré par son fils l'empereur Titus, en 80 , par des jeux pendant lesquels sauvages sont tuées, selon les dires de Dion Cassius. thumb|redresse|left|alt=Pierre rectangulaire gravée de 9 lignes d'un texte en caractères majuscules étroits.|Rappel antique de la restauration, à ses frais, par Decius Marius Venantius Basilius. L'empereur suivant, Domitien (fils cadet de Vespasien), rénove l'amphithéâtre, lui ajoute une galerie au sommet pour accroître encore le nombre de places et crée l'hypogée, un réseau de souterrains utilisés pour abriter les animaux et les gladiateurs.. L'amphithéâtre va servir de modèle à plus de 200 amphithéâtres construits au siècle suivant en Italie et dans les provinces de l'empire, comme l'amphithéâtre de Capoue ou l'amphithéâtre d'El Jem . Sous le règne de Trajan, en 107 , et auraient été employés dans un délai de . Côté technique, sont nécessaires pour manœuvrer le qui donne de l'ombre aux . Ceux-ci peuvent admirer à la belle saison, et environ six fois par an, le combat de gladiateurs dont l'âge dépasse rarement .
En 217 , l'amphithéâtre est endommagé par un incendie causé, selon Dion CassiusDion Cassius LXXVIII, 25., par la foudre et les étages supérieurs des gradins construits en bois sont détruits. D'autres dommages interviennent, notamment à la suite du tremblement de terre de 443. Des inscriptions latines reprises dans le (livre VI) indiquent que plusieurs restaurations du monument ont lieu ; l'une d'elles, datée entre 426 et 450, indique que sous ( 408-450) et ( 425-455), le préfet de Rome Rufius Caecina .. Une stèle existe encore dans l'amphithéâtre, au début du , rappelant que le consul et préfet de Rome Decius Marius Venantius Basilius a restauré à ses frais l'arène et le podium ruinés par un séisme.
L'arène continue d'être utilisée pour des concours jusqu'au au moins, les derniers combats de gladiateurs se produisant vers 435 et les ultimes chasses aux animaux sauvages en 523 Un combat de taureaux sera toutefois organisé en 1332.
Moyen Âge Le Colisée connaît bien des changements au cours du Moyen Âge. Une petite église est construite à l'intérieur de la structure, à la fin du , et l'arène devient un cimetière..
Le Colisée subit plusieurs tremblements de terre, dont ceux de 443, 508, 801, 847 et surtout celui de 1349 qui provoque l'effondrement de tout un pan du mur extérieur du côté sud, bâti sur une couche d'alluvions argileuse..
Les blocs de travertin sont systématiquement prélevés aux pour de nouvelles constructions. Avec l'autorisation du pape, une grande partie des pierres est alors récupérée pour la construction de palais, églises, hôpitaux et autres bâtiments. Ainsi, le palais de Venise et la basilique Saint-Pierre sont construits en utilisant le Colisée comme carrière. En 1451, le pape ( 1447-1455) fait extraire, tailler et acheminer vers les fours à chaux les travertins et les placages de marbre qui serviront à les alimenter. En une seule année, le pape fait extraire du Colisée de travertins et de tufs.. Les agrafes de fer ou de bronze scellées au plomb, servant à assujettir les pierres, sont pillées en creusant au burin entre les joints, laissant les innombrables trous visibles sur les murs intérieurs et extérieurs, et affaiblissant l'édifice qui souffre des tremblements de terre de 1703 et de 1812..
Un ordre religieux s'installe dans les ruines au milieu du , et s'y maintient jusqu'à la fin du ..
Époque moderne vignette|alt=Façade sud bordée par la Via Celio Vibenna.|Vue panoramique de l'extérieur.
Au cours des , les fonctionnaires de l'Église cherchent à donner un rôle au monument à l'abandon. ( 1585-1590) envisage de transformer l'édifice en filature de laine où l'on emploierait les prostituées, mais à la suite de son décès cette proposition n'est pas suivie d'effet.. En 1671, le cardinal Paluzzo Paluzzi Altieri Degli Albertoni autorise son utilisation pour des courses de taureaux, ce qui provoque un tollé..
Au début du , un moine Carme, le père Angiolo Paoli, intervient auprès du pape ( 1700-1721) pour préserver ce lieu laissé à l'abandon qui . Le pape approuve le projet du moine. Le Carme, avec l'aide de quelques volontaires, se transforme en maçon et fait fermer les arcs avec des murs épais et les portes avec de grosses traverses en fer. À l'intérieur, il érige trois grosses croix de bois..
En 1749, ( 1740-1758) décide que la politique officielle de l'Église est de faire du Colisée le lieu sacré où les premiers chrétiens ont été martyrisés. Il interdit l'utilisation du Colisée comme carrière, et consacre l'édifice à la Passion du Christ où il y fait installer un chemin de croix, le déclarant sanctifié par le sang des martyrs chrétiens qui y périrent.
Période contemporaine