Le est une forme de danse narrative traditionnelle des îles Ryūkyū. Kumi odori ou Kumi wudui signifie « combinaison de danse » ou « ensemble de danse ».

Originaire de Shuri, capitale de l'île d'Okinawa en 1719, la fonction première de cette danse est d'amuser et de divertir, ce qui est appelé ukwanshin, les diplomates chinois en visite à Okinawa. Tamagusuku Chōkun, courtisan de Ryūkyū (1684-1734), est crédité de la création du kumi odori comme une démonstration fréquemment présentée devant la cour. Fusion de plusieurs types de danse d'Asie de l'Est, le kumi odori continue d'occuper une place dans la culture d'Okinawa, et est maintenant reconnu par le gouvernement japonais comme bien culturel immatériel. Le kumi odori est inscrit en 2010 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l'UNESCO sous le titre « Le Kumiodori, théâtre traditionnel musical d’Okinawa ». Cela reste aujourd'hui un excellent exemple de l'art indigène soutenu par les habitants d'Okinawa.

Contexte historique et politique La préfecture d'Okinawa est composée de plus de 140 îles, dont 40 habitées, qui se trouvent sous les îles japonaises principales les plus méridionales. Point de discorde au fil des ans, la propriété d'Okinawa a souvent été contestée par les grandes puissances. L'île d'Okinawa est gouvernée par les seigneurs de guerre appelés soit aji ou anji et unifiée sous le règne de Shō Hashi au début du (Smits 90). Finalement Okinawa conquiert les autres îles Ryūkyū et étend son petit royaume. Le commerce est en plein essor en Asie de l'est à la fin du et début du et la position intermédiaire d'Okinawa permet de favoriser les relations avec le Japon et la Chine. Une fois que le commerce diminue, Ryūkyū fait face à la menace d'invasion par le Japon. En 1609, le domaine de Satsuma prend le contrôle du royaume de Ryūkyū afin de profiter de ses liens avec la Chine mais ne le dirige que de manière indirecte jusqu'aux années 1870 (Smits 91). Par coïncidence, cela sert à promouvoir la culture chinoise. L'ambiguïté du statut politique des Ryūkyū sous contrôle japonais est un débat qui concerne presque toute l'élite. Même si elle est sous domination japonaise et que ses dirigeants en sont conscients, elle maintient son autonomie jusqu'en 1879 (Smits 107). À cette époque, les Ryūkyū commencent à passer sous un contrôle japonais plus formel et avec la restauration de Meiji en 1868, elles deviennent une préfecture du Japon puis sont occupées par les États-Unis de 1945 à 1972. En 1972, elles sont finalement retournées au Japon en raison de l'augmentation progressive du contrôle japonais.

Le kumi odori naît des nécessités diplomatiques. En 1372, le roi Satto de Chozan consent à suivre le système d'hommage avec la Chine et, dans le cadre de ce système, des envoyés chinois s'installent à Okinawa pendant environ six mois par an chaque fois que la succession d'un nouveau roi doit être confirmée par l'empereur chinois (Foley 2). Il est essentiel que ces visiteurs importants se divertissent de sorte que le kumi odori est développé en 1719 par le odori bugyō ou ministre de la danse, Tamagusuku Chokun. Nommé à ce poste en 1715, sa principale responsabilité est de commander des divertissements pour les somptueux banquets organisés pour les émissaires en visite. Il a déjà fait cinq voyages au Japon, en s'arrêtant à la fois à Satsuma et Edo (l'actuelle Tokyo). Il étudie sur place tous les beaux-arts et acquiert des connaissances sur le kyogen, le kabuki et le théâtre nô, ce qui influence considérablement son travail (Foley 3). Il est aussi inspiré par les arts chinois et à cette époque, la littérature chinoise, le confucianisme et même le sanshin, instrument de musique plus tard adapté pour les performances de kumi odori, sont absorbés dans la culture d'Okinawa (Foley 2). Le kumi odori est mis en scène pour la première fois lors du banquet Choyo au printemps de 1719 : Shushin kaneiri (« Possédée par l'amour, elle prend possession de la cloche du temple ») et Nido tekiuchi (« La revanche des enfants ») , qui sont les premières œuvres de Chokun, sont jouées par des aristocrates et restent une partie importante du répertoire jusqu'à aujourd'hui.

Avec la chute du shogunat Tokugawa et l'augmentation de la domination Meiji en 1868, le kumi odori est presque oublié. Les aristocrates qui bénéficiaient auparavant du luxe du temps et de l'argent qui leur permettaient d'étudier la danse de cour sont désormais peu nombreux mais, grâce à quelques personnalités notables, la danse se transmet par delà les générations et est jouée pour le grand public. Même les gens ordinaires ont maintenant la chance d'entrer dans les écoles et de devenir des artistes (Thornbury 233). Après que l'occupation américaine d'Okinawa a pris fin et qu'Okinawa a été rétrocédée au Japon en 1972, il y a une renaissance de toutes les formes d'art autochtones. Le soutien japonais aux arts locaux d'Okinawa est source de bien des débats. Bien que la culture d'Okinawa a été supprimée par le gouvernement japonais pendant la guerre, le le kumi odori est proclamé patrimoine culturel immatériel d'importance nationale ou kuni no juyo mukei bunkazai en vertu de la loi sur la protection des biens culturels ou bunkazai Hogoho. Le kumi odori est le cinquième art de représentation sélectionné en tant que tel, rejoignant le gagaku (musique de cour ancienne), le bunraku (théâtre de marionnettes), le nô et le kabuki (autres danses traditionnelles japonaises) comme des entités à part entière. Après leur création, Gidayu bushi''', tokiwazu bushi, Itchu bushi, kato bushi, Miyazono bushi et ogie bushi - tous arts ou formes de narration musicale - se joignent aux cinq précédents dans cette prestigieuse catégorie (Thornbury 233-234). Après une décennie de pétition pour la création d'un complexe des arts destiné à abriter les arts indigènes de la préfecture, le Théâtre national d'Okinawa est construit à Urasoe-shi, près de la ville de Naha en 2004. Les raisons n'en sont pas tout à fait claires mais en dépit des pénuries de financement du gouvernement, les fonctionnaires de Tokyo acceptent de soutenir le projet. Non seulement le théâtre confère-t-il de l'importance à la ville d'Okinawa mais c'est aussi une attraction touristique, ce qui donne une base plus rationnelle à leur soutien (Thornbury 243).

Éléments de style Le kumi odori est un mélange de styles de danse qui ont leurs racines dans les méthodes okinawaiennes, chinoises et japonaises. En plus de cela, il intègre des particularités de danses religieuses, le kami Ashibi ou le chondara et des chants umui qui autrefois prévalaient dans les villages (Foley 2). Véritable pot pourri, il fusionne musique, chant, récit et danse afin d'obtenir un effet dramatique. Exécuté à l'origine par une distribution entièrement composée d'hommes d'origine aristocratique, il est aujourd'hui également joué par des femmes qui prennent généralement le rôle des femmes ou de jeunes hommes. Dans le passé, la distribution dépendait grandement du type de corps et les hommes plus petits jouaient ces rôles.

Les mouvements du kumi odori sont très lents et réfléchis. Il n'y a pas de morceaux de bravoure ni de prouesses évidentes de difficulté mais la complexité des pas réside plutôt dans sa sobre simplicité (Foley 6). Très stylisé, le glissement des pieds caractéristique passe pour être l'un des pas les plus difficiles à maîtriser. En ballet classique, on dit qu'il est plus difficile de vraiment maîtriser les bourrées (petits pas successifs en pointe qui se déplacent sur le sol) qu'il ne l'est d'achever de multiples pirouettes, bien que ces dernières peuvent paraître plus impressionnantes, et la même notion s'applique ici. D'une manière générale, plus un pas semble facile, plus il est difficile à réaliser. Il existe trois niveaux dodori (danse) : actions réalistes, actions émotionnelles et danses au sein d'une danse. La marche caractéristique mentionnée plus haut est un exemple d'une action réaliste destinée à raconter une histoire. L'ajout de pas de danse à ces actions comprend le deuxième niveau et l'inclusion de danses de voyage (ou michiyuki) dans l'histoire complète le troisième niveau (Foley 7). Cette situation est commune dans de nombreuses formes de danse, en particulier dans le ballet classique. L'histoire principale est souvent interrompue par des danses paysannes ou divertissements dont l'unique raison d'être est la danse elle-même, plutôt que pour promouvoir substantiellement l'intrigue. Bien que le kumi odori montre de grands parallèles avec le style de performance nô, plusieurs caractéristiques permettent de les distinguer. Tous deux présentent une mise en scène clairsemée, éliminant le besoin de décors ou paysages élaborés. Avec un matériau similaire, la structure et la qualité de la performance se font réciproquement écho. Cependant, alors que le nô traite de la pensée bouddhique, le kumi odori penche vers le confucianisme et choisit de promouvoir la modération plutôt que l'illumination. Là où les artistes nô portent généralement un masque, les artistes kumi odori expriment leurs personnages à travers le maquillage et autres moyens (Foley 3-4). Les expressions faciales sont modestes et l'émotion est représentée par les mouvements de la tête ou la pose des yeux (Foley 7). Les yeux mènent toujours la tête, et tout comme dans le ballet classique, les yeux arrivent et le reste du corps suit. Une telle attention aux détails donne une action vivante raffinée et contrôlée sans laquelle l'art cesserait de donner l'impression souhaitée.

Deux qualités définissent une bonne performance kumi odori : le kan et le konashi. Le kan est semblable à l'idée de la présence innée sur scène, quelque chose qui ne s'apprend pas. Le konashi d'autre part est le point culminant des compétences acquises par des années d'expérience. Tous les artistes doivent posséder ces deux caractéristiques afin que la représentation puisse être considérée comme bonne. L'idée de hin, ou grâce innée, est également importante (Foley 11). Cela ne vient pas immédiatement et ne peut être obtenu qu'après des années de travail acharné et d'investissement personnel. Il est dit que l'on ne peut pas être un bon interprète de kumi odori, de nô ou de kabuki avant au moins cinquante ans, ce qui est tout à fait à l'opposé des ballerines enfants privilégiées par beaucoup dans la danse occidentale. L'élément peut-être le plus important est qu'en ne se concentrant pas sur les événements passés, le style kumi odori met l'accent sur l'action présente (Foley 4). Le kabuki et le nô manquent tous deux de l'accent mis sur la musique qui est si importante dans le kumi odori.

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