Ricardo Flores Magón, né le à San Antonio Eloxochitlán (Oaxaca) et mort le au pénitencier de Leavenworth (Kansas, États-Unis), est un réformateur du Mexique et anarchiste, considéré comme l'un des précurseurs intellectuels de la révolution mexicaine.
« Apôtre de la révolution sociale mexicaine » selon Diego Abad de Santillan, il est aussi le précurseur et est à l'origine de sa tendance la plus radicale, le magonisme. À la tête du Parti libéral mexicain (PLM), il est l'une des figures de proue de l'opposition à la dictature de Porfirio Díaz. Son mot d’ordre, « Tierra y Libertad », animera les armées d'Emiliano Zapata.
En 1900, il fonde, avec ses frères Enrique et Jesús, le journal Regeneración. En , il fuit la répression et s'exile aux États-Unis où il participe à la création du Parti libéral mexicain. Il manifeste alors son adhésion à l'idéal libertaire. Ennemi acharné de l'autorité, du capitalisme et de l'Église, il consacre sa vie à la lutte contre ce qu'il pense être l'oppression du peuple mexicain et, par extension, de l'humanité dans son ensemble.
En , il planifie l'invasion du territoire de Basse Californie du Nord, dans l'objectif d'en faire une république socialiste libertaire indépendante du Mexique et des États-Unis.
Réfugié aux États-Unis, il y publie, le , un manifeste contre la guerre. Inculpé de « défaitisme », accusé de saboter l'effort de guerre des États-Unis engagés dans la Première Guerre mondiale, il est condamné à 20 ans de bagne. Incarcéré et gravement malade, il meurt le , « dans des conditions suspectes ».
Sa dépouille mortelle repose à Mexico, à la Rotonda de las Personas Ilustres, équivalent du Panthéon français.
Biographie
Son père, , est un métis et a fait une carrière militaire. Sa mère, Margarita Magón, est d'origine espagnole.
Le , étudiant en droit à Mexico, Magón participe à une manifestation contre la dictature du président Porfirio Díaz. Il est arrêté et condamné à cinq mois de prison. Il contribue à la publication d'opposition Le Démocrate. En 1895, il est admis au barreau comme avocat.
Regeneración
Il rejoint un petit groupe de réformateurs libéraux (dont ses frères Enrique et Jesús), avec qui il fonde, le , le journal Regeneración.
Le , il est condamné à un an de prison pour « insulte au président ». En 1901, il participe au premier congrès des Clubs libéraux à San Luis Potosí, où il attaque rudement le gouvernement en place. S'ensuit l'interdiction du journal et une deuxième incarcération. En 1902, il reprend avec son frère Enrique le journal satirique El Hijo del Ahuizote, fondé en 1885 par Daniel Cabrera et Manuel Pérez Bibbins. Il est à nouveau condamné.
En 1903, après une troisième arrestation pour s'être opposé au gouvernement Díaz, avec plusieurs autres radicaux, il fuit aux États-Unis.
Parti libéral mexicain
En 1904, il s'exile à Laredo au Texas. Après avoir survécu à une tentative d'assassinat commanditée par Porfirio DiazChronologie, Ricardo Flores-Magon et la révolution mexicaine, Éditions Rupture, 2004, page 21.B. Cano Ruiz, La révolution mexicaine 1910-1920, Tierra y Libertad, novembre 1973, lire en ligne. (qui met sa tête à prix ), il s'installe, avec le reste du groupe, à Saint-Louis (Missouri), où il reprend la publication de Regeneración dont la diffusion au Mexique est faite clandestinement.
En 1906, il est parmi les fondateurs du Parti libéral mexicain (Partido Liberal Mexicano - PLM). En , les premières insurrections du PLM éclatent dans plusieurs villes du Mexique. À Los Angeles, il fait paraître clandestinement le journal Revolución, mais est arrêté au Mexique sur ordre de Díaz, le , avec les cofondateurs du PLM Librado Rivera et Antonio Irineo Villarreal. Il n'est libéré que le . Il reprend alors la parution de Regeneración (avec une page en anglais). La devise en devient « Tierra y Libertad » (Terre et Liberté), inspiré de l’œuvre d'Alexandre Herzen.
Radicalisé par la répression, c’est à ce moment qu’il prend contact avec des membres de l'Industrial Workers of the World (IWW, Travailleurs Industriels du monde, syndicat révolutionnaire américain fondé en 1905). Il restera lié aux anarcho-syndicalistes des IWW.
Il devient alors la figure de proue du PLM.
La Révolution mexicaine
Ricardo Flores Magón est souvent considéré comme un précurseur de la Révolution mexicaine.
Au début de la Révolution mexicaine, Francisco I. Madero l'invite à entrer dans le mouvement, mais Ricardo Flores Magón rejette l'offre : il considère que la lutte dirigée par Madero est une rébellion bourgeoise, sans proposition de changement social. Par la suite, Ricardo a quelques contacts infructueux avec Francisco Villa et Emiliano ZapataJésus Silva Herzog, La révolution mexicaine, Maspero, 1977, chapitres 9-10-11..
La Commune de Basse-Californie
Le , il planifie l'invasion du Nord du Territoire de la Basse-Californie, pour en faire une base opérationnelle du PLM dans la guerre révolutionnaire.
Après plusieurs escarmouches, les rebelles prennent Mexicali et Tijuana, soutenus par des anarchistes de diverses nationalités, dont une centaine d'internationalistes de l'Industrial Workers of the World. C'est le principal reproche que lui font les autres révolutionnaires qui sont très nationalistes. Le gouvernement les considère comme des flibustiers ..
Durant cinq mois, ils vont cependant faire vivre la Commune de Basse-Californie, expérience de communisme libertaire (abolition de la propriété, travail collectif de la terre, formation de groupes de producteurs, etc.) avant d'être battus militairement, ce qui marque la fin de leur rêve d'établir une république socialiste libertaire.
Incarcération aux États-Unis
Réfugié aux États-Unis, le , Magón cosigne un « Manifeste de la junte du PLM au peuple du Mexique », qui affirme la nécessité pour la révolution de socialiser les terres et les industries, et confirme son tournant communiste libertaire de la junte du PLM. Au printemps 1911, l'anarchiste américaine Voltairine de Cleyre soutient l'action de Ricardo Flores Magón, « l'anarchiste mexicain le plus important de l'époque », selon Paul Avrich. Elle rassemble des fonds pour aider la Révolution mexicaine et commence à donner des conférences pour expliquer ce qui se passe et l'importance de la solidarité internationale. Elle devient la correspondante et la distributrice du journal Regeneración à Chicago.
Le , il est à nouveau condamné à deux ans de prison aux États-Unis. À sa libération, il s’installe dans une communauté près de Los Angeles.
Le , il publie dans Regeneración, avec Librado Rivera, un manifeste contre la guerre. Inculpés pour « défaitisme », accusés de saboter l'effort de guerre des États-Unis engagés dans la Première Guerre mondiale, ils sont condamnés tous deux au bagne : 20 ans pour Magón, 15 ans pour Librado Rivera.
Mort suspecte au bagne de Leavenworth
Ricardo est conduit à la prison de McNeil Island, dans l'État de Washington puis, gravement malade, transféré à celle de Leavenworth au Kansas, où il meurt le .
Les causes de la mort de Flores Magon ont été contestées. Certains pensent qu'il a été délibérément tué par des gardiens de la prison. D'autres affirment qu'il est mort à la suite de la détérioration de sa santé causée par sa longue détention, peut-être accentuée par la négligence médicale des autorités pénitentiaire de Leavenworth. Magón a écrit plusieurs lettres à des amis pour se plaindre de ses problèmes de santé qu'il percevait comme une négligence délibérée du personnel de la prison..
D'après Librado Rivera, il aurait été assassiné le dans sa cellule. Il aurait été étranglé par un geôlier dans le pénitencier de Leavenworth. Son assassin, « El Toro », aurait été exécuté par les compagnons de cellule de Ricardo.
Rotonda de las Personas Ilustres Le , la Chambre des députés du Mexique adopte une résolution demandant le rapatriement du corps de MagónMexico's Martyr, The Nation, Vol. CV , 18 décembre 1922, .. Les autorités américaines rejettent la demande et Magón est enterré à Los Angeles.
Ses restes sont finalement rapatriés en 1945 et reposent à la Rotonda de las Personas Ilustres, l'équivalent du Panthéon français à MexicoRicardo Flores Magón, Dictionary of Hispanic Biography, Gale, Detroit, 1996..
Ricardo Flores Magón et le « magonisme »
« Apôtre et martyr de la révolution mexicaine », chantre de la révolte, anti-autoritaire, illégaliste, révolutionnaire, critique du mendiant acceptant sa misère contre le voleur qui veut renverser le système, adepte d'une théorie de la barricade, Flores Magón est avant-tout un révolutionnaire en acte plutôt qu'un penseur en fait. Ennemi acharné de l'autorité, du capitalisme et de l'Église, il consacre sa vie à la lutte contre ce qu'il pense être l'oppression du peuple mexicain et, par extension, de l'humanité dans son ensemble.
Contre sa volonté, le terme de « magonisme » est utilisé d’abord par la presse et les services de police, puis repris ensuite par les études qui lui sont consacrées. Désormais, même les anarchistes désignent ainsi l’organisation et le courant politique dont il est l’initiateur.
L’une des particularités du magonisme réside dans son évolution politique. Avant de se déclarer partisan du communisme libertaire d’influence « kropotkinienne », il connaît de nombreuses mutations. D’idéologie libérale dans un premier temps, dans la continuité de la « Réforme » mexicaine du , il intègre progressivement un certain nombre de concepts socialistes, avant de prôner l’instauration du communisme libertaire. À la liberté politique revendiquée par le libéralisme, il ajoute l’émancipation économique et sociale du prolétariat. Ainsi le Parti libéral mexicain, au départ parti politique classique et légaliste, se transforme peu à peu, sous son impulsion, en organisation révolutionnaire adepte de la lutte armée. D’abord opposant démocratique à la dictature de Porfirio Díaz, il devient ensuite la faction la plus radicale de la Révolution mexicaine.
Cette évolution politique et idéologique n'est pas sans conséquences. De nombreux libertaires mettent en doute le fait que Flores Magón soit un véritable « anarchiste »Au sujet de cette polémique, dont Jean Grave, directeur des Temps nouveaux, est l’un des protagonistes, voir Heiner Becker, Les Temps nouveaux, controverses et débats, in Itinéraire, Ricardo Flores Magón, Paris, , 1992, .. Nombreux sont également ceux qui pendant la Révolution mexicaine l’accusent de « flibusterie » et de connivence avec les États-Unis, en particulier pendant l’invasion de la Basse-Californie.
Le magonisme connut des problèmes d’interprétation, de dénigrement, d’oubli ou de récupération, suivant les tendances et les époques, tant de la part de ses opposants que de ses « alliés ». Parfois les critiques les plus dures viennent de son propre campDiego Abad de Santillán, Ricardo Flores Magón, el apóstol de la revolución social mexicana, Mexico D. F, Centro de estudios históricos del movimiento obrero mexicano (Cehsmo), 1978, ..
En réalité, plus qu’une idéologie, le magonisme représente avant tout une attitude de révolte et de résistance face à l’oppression, tout comme un espoir de libération : .
Jusqu'à l'époque contemporaine, des collectifs libertaires mexicains se réclament de son héritage politique.
Ricardo Flores Magón et Emiliano Zapata vignette|Une affichette (peut-être éditée par El Taller de Grafica Popular après 1937) représentant Emiliano Zapata, avec derrière, le slogan magoniste « Tierra y libertad ».. Flores Magón adopte une attitude très critique vis-à-vis des autres factions engagées dans la lutte. Une seule, celle d’Emiliano Zapata, attire son attention et suscite son estime. L’Armée du Sud est d’ailleurs la seule à qui les libertaires du PLM aient envoyé des émissaires. Zapata a rencontré des représentants de tous les partis et factions, et les émissaires magonistes n’aboutissent à aucun accord concret avec lui.