Jean Valery (également connu comme Jean-Joseph Valéry ou comte Joseph Valery) est un homme politique, armateur et négociant français né en 1828 à Bastia (Corse) et décédé le à Florence (Italie).

Il est le Fils de Jean Mathieu Valery, armateur, (mort à Bastia le ) et de Marie Antoinette Lazzarini et le neveu Joseph Valéry, frère du précédent, conseiller général de la Corse, né à Brando dans le cap Corse et décédé en 1861, deux marins cap-corsins créateurs dès 1843 de la première compagnie de navigation à vapeur sur la ligne Continent-Corse (Cf Infra). Il est indirectement apparenté au poète et écrivain Paul Valery (1871-1945) par un cousin de son père, Barthélémy Valery (né à Bastia en 1825, Contrôleur des douanes à Cette -orthographié Sète de nos jours- et époux de Fanny Grassi, fille du consul d'Italie dans ce port)

Président de la chambre de commerce de Bastia en 1856, directeur de la compagnie des paquebots de la Méditerranée en 1861, il est consul ou vice-consul de plusieurs pays étrangers. Il est sénateur de la Corse de 1876 à 1879, inscrit au groupe bonapartiste de l'Appel au peuple.

C'est un homme d'affaires influent, qui bénéficie de liens privilégiés avec Napoléon III, lequel lui fera attribuer une forte subvention et un contrat (équivalent à l'actuelle continuité territoriale) pour le service postal et passagers de la Corse à partir de Marseille, lui permettant d'étendre un très important réseau de lignes de transport maritime (en partie subventionné) entre Marseille, La Corse, l'Italie, la Sardaigne et les colonies françaises d'Afrique du Nord.

Il reçoit de Pie IX le titre de comte romain, se faisant désormais appeler comte Joseph Valéry.

Il entretient des liens privilégiés avec le Vatican (Cf Infra naufrage du Général Abbatucci) au point de faire don en 1873 aux états pontificaux (alors fraichement envahis par les troupes de Garibaldi puis annexés au royaume d'Italie) d'un navire neuf, lImmaculée Conception baptisé en grande cérémonie par l'évêque d'Ajaccio...mais "en même temps" il a été intronisé en 1855 maître de la loge maçonnique "la parfaite harmonie française" de Bastia (rattachée au Grand Orient de France)

Ses armoiries de comte romain (emblématiques des tours génoises du cap Corse et de son métier d'armateur ) sont : "Une tour de sinople sur champ d'azur surmontée d'une ancre entre deux étoiles d'or."

(Son nom sera donné à un navire à vapeur, lancé en 1861 à Greenock, en Ecosse, sous le nom de Roi Jérôme, rebaptisé Comte Joseph Valery en 1877, célèbre pour avoir ramené en corse la dépouille mortelle de Pascal Paoli, précédemment enterrée à l'abbaye de Westminster pour services rendus aux Anglais dont il avait pris le parti contre la France. Ce navire, âgé et mal entretenu, fera naufrage à Barcaggio en Janvier 1892 à la suite de la rupture de son arbre d'hélice) .

Il épouse en Octobre 1855 Catherine-Hortense Piccioni (fille de Sebastiano Piccioni, armateur et maire d'Ile Rousse).

Du mariage naitront une fille, Marie Antoinette, richement mariée en 1880 à Jean Casimir Gontrand de Galard, comte de Bressac de Béarn et apparenté à la lignée de Choiseul Praslin, ainsi que deux fils François Marie Valery (né en 1859, qui sera maire d'Ile Rousse) et Jean Mathieu Valery (né en 1856, épousera Mlle De Santi de Porto Rico et sera consul de France au Venezuela).

Ce dernier, fils ainé et voué à reprendre la direction des affaires développées par ses père, grand père et grand oncle, se révèlera un incapable et un joueur compulsif fabuleusement dépensier menant la compagnie à la ruine dans un contexte de concurrence accrue avec la compagnie Fraissinet et à la perte des appuis politiques après la chute de Napoléon III (il aurait par exemple joué et perdu un des navires de sa compagnie en une partie de cartes imprudente).

C'est cet héritier prodigue, naufrageur d'un empire familial, qui a laissé une trace dans le folklore corse par un proverbe, encore en usage actuellement : "Ancu Valéry s' ha fermatu " (Même Valéry, il a bien fallu qu'il s'arrête), équivalent en dialecte corse du proverbe "les meilleures choses ont une fin" ou encore du Sic transit Gloria Mundi des romains.

La Compagnie Valéry : ses réussites, ses appuis, ses navires, ses naufrages, son déclin, sa chute. NB : Les informations de ce paragraphe sont tirées (sauf indications contraires) du livre de Charles Finidori, ancien officier de marine marchande et historiographe des liaisons Corse-Continent cité au paragraphe "sources", publié à Ajaccio (Ed A. Piazzola) et vendu au profit de la recherche contre le cancer (Cf. Infra).

Une entreprise Pionnière C'est en 1840 que les deux frères, Jean Mathieu et Joseph Valery (père et oncle du comte Joseph Valery), marins armateurs du cap Corse (Brando) fondent la société Valery Frères, au capital de 60 000 Napoléons c.à.d. 1 200 000 Francs or pour armer des navires à vapeur essentiellement destiné au transport entre Livourne et Bastia de "Lucchesi" (travailleurs agricoles saisonniers originaires de Lucques, dans ce qui n'est pas encore l'Italie).

Les liaisons avec la France continentale sont alors effectuées depuis Marseille par des navires de L'Etat (comme le Phase et plus tard le Napoléon, premier navire français à hélice construit au Havre par Augustin Normand et dont le prince de Joinville, officier de marine moderniste vint suivre la construction).

Une autre compagnie, privée, celle-là, opère depuis Toulon, c'est l'armement Gérard, avec des bateaux construits par les chantiers Benet à La Ciotat.

L'entreprise des frères Valery est donc passablement avant-gardiste, si on se souvient que le premier vapeur à roues anglais réellement pratique et rentable (le Comet) date de 1812 et la traversée (de justesse) de la Manche par un navire à vapeur, normalement fluvial, (L Elise, ex Margery, anglais) de 1816.

La Compagnie Valery a d'ailleurs de la concurrence : celle des armateurs Begnini frères de Bastia qu'elle absorbera en 1844. A cette date la compagnie Valéry possède cinq navires à vapeur (roues à aubes) le Télégraphe, le Golo, l'Ambassadeur Pozzo di Borgo,le Maréchal Sebastiani et le Letitzia ; Le choix des noms couvre habilement l'arc politique de l'époque (Pozzo di Borgo est un ennemi juré du parti bonapartiste, Sebastiani un ministre de Louis Philippe, général napoléonien rallié à la monarchie de Juillet... et Letitzia désigne évidemment la mère de Napoléon).

L'affaire est hautement rentable, mais déjà des points noirs apparaissent : Les pauvres travailleurs Lucquois sont entassés par centaines à bord de ces navires qui jaugent une trentaine de tonneaux pour des longueurs entre 28 et 35 mètres... équipés de machines d'une puissance que l'on jugerait ridicule de nos jours, entre 28 et 60 chevaux-vapeur, ce qu'on trouve actuellement sur des canots de plaisance de 5 ou 6 mètres.

Le gouvernement de Louis-Philippe en est d'ailleurs conscient (son fils, le prince de Joinville, officier de marine jeune et moderniste, est un expert en matière de propulsion par la vapeur). Le gouvernement crée une commission de surveillance des navires à vapeur et édite des ordonnances de sécurité portant sur la maintenance des navires et les limites du nombre de passagers pour un navire donné.

En 1846, premier drame, et première commission d'enquête : La chaudière du Maréchal Sebastiani (pourtant à basse pression, 2 atmosphères) explose et tue le mécanicien et plusieurs soutiers. Les conclusions seront sévères : tôle de chaudières rongées par la rouille (épaisseur diminuée de plus de moitié) soupapes de sécurité rendues inopérantes (corrosion) absence de niveau d'eau ou de manomètre fonctionnel. Le navire, construit à Nantes en 1843, fera d'ailleurs naufrage en 1851 près de Campomoro. L'entassement des passagers sur les navires de la compagnie Valery occasionnera aussi des interpellations au parlement à Paris.

Avec la Révolution de 1848 la donne politique va changer, et plus encore lorsque le président de la République, Louis Napoléon Bonaparte, commettra un coup d'Etat et instaurera le second empire, en décembre 1851.

Des appuis politiques puissants Entre 1845 et 1848, les Valery, entrepreneurs ambitieux, visent le service du courrier (subventionné) et des passagers entre Corse et Marseille, qui est alors assuré par des marins de l'Etat... qui font pression pour continuer d'assurer le service de continuité territoriale. Cible de ce qu'on appellerait aujourd'hui du lobbying, le conseil municipal de Bastia est en plein conflit d'intérêts : Pas moins de huit de ses membres sont actionnaires de la Compagnie Valéry... ils s'abstiennent tandis que les autres votent par solidarité pour un troisième navire (de l'armement Valery) sur la ligne de Marseille... mais, détail important, émettent le souhait "qu'il importerait que le courrier du Paquebot de l'Etat soit maintenu". Les marins de l'État maintiennent, eux, que les paquebots de l'État sont plus sûrs, et le 15 février 1849 le conseil municipal de Bastia leur donne raison contre la compagnie Valery – par dix-huit suffrages contre sept – et demande, dans la même résolution, une diminution du prix du transport des passagers de et . Mais l'avènement du Second Empire et de Napoléon III change la donne et, à partir de 1851, la Compagnie Valery obtient le monopole du trafic Continent Corse, et une subvention généreuse.

Avec l'expansion de la compagnie viennent des navires plus ambitieux, comme le Comte de Paris, à roues à aubes (pales articulées) de 43 Mètres et 247 tonneaux TJB qui sera rebaptisé, politique oblige, Courrier de Bastia après 1848 et surtout le Bonaparte, premier paquebot à hélice de la compagnie, construit en 1845 Chez Benet à La Ciotat 175 Tx de Jauge Brute et 100 CV de puissance. Il n'aura qu'une très courte carrière car éperonné en octobre 1847 par le Comte de Paris (de la même compagnie) qui, venant à contre-bord, aborde et coule le Bonaparte à dix milles dans le Sud Ouest de l'île de Capraia. Le Comte de Paris porte assistance et on ne déplorera que trois noyés.

Second Empire : La période faste... mais contrastée Le Second empire est la période faste de la Compagnie Valery. Jean Joseph Valery, dynamique et ambitieux, âgé de 28 ans, est entré à la direction de la compagnie en 1854 qui devient alors Compagnie Valery Frères et fils. Jean Joseph Valery sera président de la chambre de commerce de Bastia de 1859 à 1877 et élu sénateur (bonapartiste) de la Corse en1875.

Cependant les mauvaises habitudes ne se perdent pas, les navires sont toujours surchargés de Lucquois (le maire de Bastia, le Dr Piccioni en compte 1200 débarqués à Bastia pour une seule journée de septembre 1867). La commission de contrôle a cependant fixé des limites au nombre de passagers selon les navires (par exemple 328 sur le Télégraphe de 28 M de long et 53 tonneaux ou 453 sur le Letitzia de 100Tx et 60 CV... ce qui est énorme par rapport aux jauges actuelles des navires à passagers)... mais même ces normes à la limite du laxisme ne sont guère respectées.

Le service du courrier sur les navires de l'Etat cesse en 1850 à la suite d'un projet de loi qui accorde le monopole postal à la Compagnie Valery pour dix ans assorti d'une subvention de 250 000 Francs or par an. Ajaccio, Bastia et Calvi sont les ports d'escale en Corse mais Ile Rousse s'estime lésée et intrigue pour avoir aussi une escale. Les traversées durent de vingt-quatre à trente heures (les car ferries de nuit actuels mettent une grosse dizaine d'heures et les véloces et gourmands NGV des années 1990-2000 mettaient seulement trois heures au prix d'une consommation de fuel gargantuesque). Les prix des billets sont jugés – sans surprise – trop élevés. L'Etat tente de règlementer le tarif, sans grand succès, si ce n'est que la Compagnie Valéry finit quand même par abaisser ses taux de fret marchandises.