Le est un ancien parti politique japonais fondé en . Il a, sous différents noms, dominé la vie politique japonaise en pleine reconstruction durant l'occupation américaine et dans le direct après-Seconde Guerre mondiale. Son fondateur était Ichirō Hatoyama mais, purgé en 1946 par les Américains pour son passé politique d'avant-guerre, il est vite repris en main par Shigeru Yoshida. Il fusionne le avec le Parti démocrate pour former le . Son nom initial était

Le Parti libéral du Japon (1945-1948) Le Parti libéral du Japon a été créé le par 46 députés sortants élus lors des élections législatives de 1942. Ils étaient issus des deux partis constitutionnalistes rivaux qui ont animé la première période de gouvernement parlementaire au Japon dans les années 1920 et 1930 avant de se fondre en 1940 dans le parti unique du « nouveau régime » totalitaire, nationaliste et impérialiste, l'Association de soutien à l'autorité impériale (Taisei Yokusankai) : ils viennent surtout de l'ancienne Association des amis du gouvernement constitutionnel (Rikken Seiyūkai), plus conservatrice, dont le président fondateur du nouveau parti (Ichirō Hatoyama) et son secrétaire général (Ichirō Kōno) ou encore Hitoshi Ashida, Banboku Ōno ; mais aussi du Parti démocratique constitutionnel (Rikken Minseitō), plus libéral, comme le premier président du conseil général (ou numéro trois) du Parti libéral (Bukichi Miki), ou encore Reikichi Kita.

Ichirō Hatoyama tente d'éviter de donner à son nouveau parti une image de mouvement héritant des collaborateurs parlementaires du pouvoir militaire durant la Seconde Guerre mondiale. Ce pourquoi la réelle base de son nouveau mouvement est en fait l'ancienne « Association des esprits semblables » (Dōkōkai) que Hatoyama avait créée entre 1941 et 1942 comme groupe dissident à celui du Taisei Yokusankai et qui menait une forme de résistance passive au gouvernement militaire du général Hideki Tōjo (tout en soutenant officiellement sa politique, son discours nationaliste et la guerre). Il met également en avant son image d'ancien opposant de premier plan au pouvoir de l'aristocratie (l'ancienne oligarchie de Meiji dite Hambatsu) ou de l'armée (les factions militaires ou Gunbatsu) au profit d'une démocratie parlementaire sur le modèle britannique. Le Parti libéral de 1945, dans la continuité de ce positionnement, adopte notamment un certain discours hostile à l'avènement d'une « bureaucratie » où les hauts fonctionnaires remplaceraient l'ancienne noblesse et l'État-major de l'armée impériale. Il attire aussi certains nouveaux visages provenant de la politique locale, de la fonction publique (le diplomate Shigeru Yoshida), du milieu universitaire (l'économiste Takayoshi Aoki) ou du journalisme (Tanzan Ishibashi), et souhaite coopérer avec l'aile droite du Parti socialiste (dont Tetsu Katayama, qui devient président de ce parti en 1946 et qui lui aussi a été membre du Dōkōkai).

Lors des élections législatives du , le Parti libéral obtient la victoire avec voix, des suffrages exprimés et 141 sièges sur 466. Ichirō Hatoyama semble alors le favori pour devenir Premier ministre. Mais le Commandant suprême des forces alliées d'occupation (SCAP), Douglas MacArthur, après une enquête sur son passé, émet le une directive l'empêchant d'accéder à ce poste en le qualifiant de « personne indésirable » pour une telle fonction, le soupçonnant d'avoir contribué, dans ses fonctions passés, à la mise en place progressive du régime totalitaire et militariste. Des 46 députés fondateurs, ils sont en tout 30 à être ainsi « purgés ».

C'est Shigeru Yoshida qui est finalement élu comme Premier ministre le et remplace Ichirō Hatoyama à la présidence du Parti libéral le suivant. Il prend progressivement en main le Parti libéral grâce à la mise à l'écart des derniers partisans de Hatoyama non touchés par la purge de 1946 : Ichirō Kōno démissionne de lui-même en par fidélité au fondateur du parti ; Hitoshi Ashida quitte le parti au printemps 1947 avec une partie de ses parlementaires pour s'unir avec le Parti progressiste (créé en 1945 par d'anciens membres du Minseitō d'avant-guerre) pour créer le Parti démocrate qui forme une coalition avec l'aile droite du PSJ jusqu'en 1948 ; Tanzan Ishibashi est à son tour « purgé » en 1947 pour avoir critiqué l'occupation par l'armée américaine. Il les remplace par de nouvelles têtes qui lui sont fidèles, dont beaucoup issus comme lui de la haute fonction publique d'État : Hayato Ikeda du ministère du Trésor ou Eisaku Satō de l'administration des Chemins de fer. De plus, Yoshida rejette la possibilité envisagée par Ichirō Hatoyama d'un rapprochement avec l'aile droite du PSJ, adopte une politique résolument anti-communiste (s'étant dans un premier temps opposé à légaliser le Parti communiste japonais), soutient une politique de coopération avec la bureaucratie (dont il est issu) par laquelle « un État fort prendrait la préséance face à l'individu autonome et libéré » et une politique dite de la « doctrine Yoshida » qui met l'accent sur la reconstruction du pays par son économie (et notamment sa politique commerciale) et l'abandon des fonctions de défense du pays à l'occupant puis allié américain S. H. NOLTE, Liberalism in Modern Japan : Ishibashi Tanzan and His Teachers, 1905-1960, éd. University of California Press, 1987, p. 289.

Aux premières élections législatives faisant suite à la révision de la Constitution, organisées le , le Parti libéral arrive toujours en tête en nombre de voix ( votes et des suffrages) mais n'est toutefois plus que la deuxième force en nombre de sièges (obtenant 131 députés contre 143 au PSJ et 124 au Parti démocrate). Le même jour, au cours du premier scrutin permettant la constitution de la Chambre des conseillers, le Parti libéral totalise voix () et 8 élus sur 100 au vote unique non transférable dans la circonscription nationale (le en nombre de voix, après le PSJ et le Parti démocrate, et le en nombre de sièges, après les socialistes) et bulletins () et 30 élus sur 150 au vote unique non transférable au niveau des préfectures (le en nombre de voix toujours derrière le Parti socialiste tout en obtenant autant d'élus que lui à ce mode de scrutin). Le Parti libéral est alors dans l'opposition jusqu'en 1948.

Le Parti démocrate libéral (1948-1950)

Le est formé en lorsque le Parti libéral de Shigeru Yoshida absorbe la faction conservatrice du Parti démocrate emmenée par Takao Saitō. Le Parti démocrate se retrouve donc limité à son aile réformiste, partisane de la continuation de l'alliance centriste avec l'aile droite du PSJ, de Hitoshi Ashida.

Le , le gouvernement de Hitoshi Ashida tombe à la suite d’un scandale financier (pour lequel il est par la suite blanchi) et Shigeru Yoshida redevient Premier ministre d'un Cabinet minoritaire entièrement constitué du nouveau Parti démocrate libéral. Une motion de censure étant votée contre lui le , il dissout la Chambre des représentants. Les élections législatives anticipées du sont alors marquées par une nette victoire des démocrates libéraux qui gagnent la majorité absolue à la chambre basse avec votes () et 264 députés sur 466.

Le Parti libéral « Yoshida » (1950-1954)

thumb|Shigeru Yoshida (à g.) et Ichirō Hatoyama (à dr.) à Hatoyama Hall à Tokyo, à une date indéterminée entre 1952 et 1954

Une nouvelle division au sein du Parti démocrate permet au mouvement de Shigeru Yoshida de s'agrandir à nouveau en . En effet, ce dernier est rallié par les partisans d'une coalition conservatrice au sein du Parti démocrate et prend le nom de .

C'est sous cette étiquette que le Parti remporte (sans obtenir, et de loin, la majorité absolue) lors du renouvellement de la moitié de la Chambre des conseillers du avec voix () pour 18 sièges sur 56 dans la circonscription nationale et votes () pour 34 élus sur 76 dans les préfectures, à quoi s'ajoutent les 24 conseillers qui ne voyaient pas leurs sièges remis en jeu à cette occasion, donnant ainsi 76 membres sur 250. Puis, aux élections législatives du , les libéraux réunissent votes () et 240 élus sur 466.

Mais ce dernier scrutin voit surtout le retour à la Chambre des représentants des anciens parlementaires purgés en 1946, dont tout particulièrement Ichirō Hatoyama, ainsi que de ses lieutenants qui s'étaient mis en retrait à cette époque (comme Ichirō Kōno). À partir de là, une rivalité de plus en plus forte voit le jour entre Shigeru Yoshida, qui ne souhaite pas laisser l'emprise sur le parti et le gouvernement qu'il a gagné en 1946, et Ichirō Hatoyama. Le , deux lieutenants de ce dernier, Tanzan Ishibashi et Ichirō Kōno, sont exclus pour avoir fait des commentaires critiques de Shigeru Yoshida durant la campagne des législatives. Ils ne peuvent réintégrer le parti que grâce à l'intervention de Hatoyama le suivant.

Le , une motion de censure est déposée contre Shigeru Yoshida par l'opposition car le Premier ministre a traité de « stupide » un parlementaire lors de sa participation à une séance de questions au gouvernement. Le jour même, 22 parlementaires anti-Yoshida et pro-Hatoyama du Parti libéral, dont surtout Tanzan Ishibashi et Bukichi Miki, déclarent vouloir voter cette motion (qui est adoptée le ) et créent un nouveau Parti libéral, dit ou , par opposition au . Le , ils sont rejoints par 15 autres membres de la Diète issus de la faction menée par Kōzen Hirokawa (jusque-là ministre de l'Agriculture par intermittence depuis 1950, il avait milité dans un parti social-démocrate avant-guerre avant de rejoindre le Rikken Seiyūkai) et le , Ichirō Hatoyama est élu à la présidence de ce Parti libéral séparatiste.

La motion de censure contre Shigeru Yoshida ayant été adoptée grâce à eux, des élections anticipées sont décidées pour le . Toutefois, si celles-ci entraînent la perte de la majorité absolue pour le Parti libéral Yoshida (qui retombe à votes, des suffrages et 199 sièges sur 466), celui-ci garde une nette avance sur le camp de son rival (les 102 candidats du parti de Hatoyama n'ont réuni que voix soit des suffrages et 35 élus). De même, lors du renouvellement de la moitié de la Chambre des conseillers organisé cinq jours plus tard, le camp pro-Yoshida perd des électeurs et des sièges (retombant à votes, des suffrages pour 16 élus sur 53 dans la circonscription nationale et voix, pour 30 sièges sur 75 dans les préfectures, atteignant toutefois, avec les 47 sièges non renouvelés, les 93 conseillers sur 250). Lors de l'élection pour désigner un Premier ministre le , beaucoup de membres du Parti libéral pro-Hatoyama décident de voter pour Mamoru Shigemitsu (ancien ministre des Affaires étrangères qui a signé les actes de capitulation du Japon en 1945, condamné à sept ans de prison par le tribunal de Tokyo pour crimes de guerre et finalement libéré sur parole en 1950), le président du Parti réformateur (Kaishintō, héritier de l'ancien Parti démocrate et de plusieurs petits mouvements conservateurs ou centristes marginaux, devenu le principal parti d'opposition en 1952). Shigeru Yoshida n'obtient que 203 voix sur 466 contre 104 à Shigemitsu, et le premier n'est élu au second tour qu'à la majorité relative, uniquement parce que les 138 députés socialistes (eux-mêmes divisés à l'époque en deux partis rivaux, un dit « de droite » social-démocrate et un « de gauche » marxiste) se sont abstenus Modern Japan in archives: political history from the opening of the country to post-war : 6-3 Confrontation between YOSHIDA and HATOYAMA, site de la National Diet Library.