La mosquée de Tsingoni est une mosquée française située à Tsingoni sur la Grande-Terre de Mayotte. Remontant au moins au , elle est la plus vieille mosquée en activité de France.

Mosquée royale lorsque Tsingoni était capitale de Mayotte, renommée dans tout l'archipel des Comores, elle témoigne de l'influence shirazienne et swahilie sur l'île. Elle reste un important foyer religieux de Mayotte et un symbole de l'île.

La mosquée a été plusieurs fois remaniée, notamment au , en 1986, en 1991 avec l'édification du minaret, puis en 2004. La mosquée d'origine a été absorbée par les extensions mais reste visible. Plusieurs parties majeures sont d'origine, comme la porte nord et surtout le mihrab en corail sculpté. Partiellement classée monument historique en 2012, elle fait l'objet d'importants travaux de rénovation.

Historique de l'implantation vignette|left|Vue sur le flanc de la mosquée La date exacte de construction de la première mosquée sur le site de Tsingoni est inconnue.. Les fouilles réalisées par l'INRAP font remonter les éléments les plus anciens . , et la présence d'une mosquée est bien attestée au Dossier de présentation par la DAC de Mayotte (2017)., ce qui en fait une contemporaine de Notre-Dame de Paris. On en trouve des mentions au moins dès 1521 dans les textes anciens, et plusieurs couches de construction ont été révélées par les fouilles archéologiques. La première date parfaitement connue avec certitude est celle de l'édification du mirhab, en 1538 sur ordre du sultan shirazien Ali ben Mohamed dit , qui l'embellit et l'enrichit : Tsingoni est alors la capitale de Mayotte, érigée en sultanat à partir de 1460-1470, et la mosquée est donc nommée mosquée royale. Proche de la mer, mais protégée par un éperon rocheux, son port est actif entre le et le . Un rempart en terre entourait la ville, qui comportait un palais et un tissu urbain de type médinaLa mosquée de Tsingoni, la plus ancienne mosquée en activité de France, sur le site de la d'Histoire et d'Archéologie de Mayotte, par Martial Pauly, 10 février 2011 : aujourd'hui disparu, l'emplacement du rempart marque toujours la séparation de la vieille ville de l'extension urbaine des années 1980.

Entre 1790 et 1820 la ville est en grande partie détruite par les razzias malgaches, mais pas la mosquée. La capitale sera alors transférée sur le rocher de Dzaoudzi, plus facile à défendre. Après cet abandon partiel de la ville, les habitants entreprendront au milieu du la restauration de la mosquée.

Construction et architecture La mosquée du a été absorbée par les extensions successives, notamment en 1986, 1991 et 2004, destinée à répondre à la progression démographique. Plusieurs éléments d'origine ont été préservés, notamment le mihrab en corail sculpté et les cimetières extérieurs. Mais la dégradation du site a motivé d'importants travaux de rénovation à partir de 2012. La mosquée originale thumb|left|Schéma de la mosquée de Tsingoni (Mayotte), avec les extensions successives et les mausolées shiraziens (d'après l'exposition de la DAC au sein de la mosquée, fouilles INRAP). La mosquée de 1538 a sans doute été précédée d'une autre, à partir au moins de 1517. Cette mosquée de 1538 est faite de pierres de corail et de chaux corallienne, avec des poutres en palétuvier. et un toit plat (servant à récupérer l'eau de pluie), et d'une architecture typiquement swahilie. En 1860, elle est décrite par le voyageur Alfred Gevrey comme couverte d'une toiture en feuilles de cocotier. Ayant servi de carrière de pierre au , c'est toute sa moitié sud-ouest qui a été remaniée tandis que des pignons sont ajoutés pour supporter une toiture à deux pans.

La mosquée originelle était organisée avec une salle de prière rectangulaire, avec des couloirs latéraux et des murs épais pour supporter le poids de la terrasse. Une ouverture au plafond et des fenêtres ogivales éclairaient la mosquée. Une seule porte, surmontée d'un arc cissoïde et avec des éléments de bois, et un pilier sont encore d'origine. L'accès se faisait alors par le nord et l'ouest, près de la qibla et du mihrab, où un petit escalier permettait d’accéder au toit terrasse. Un minaret-escalier, de faible hauteur, existait.

À l'intérieur, le mur de la qibla comporte une loge d'où est prononcé l'appel à la prière et un escalier-minaret typique des mosquées swahilies. Le plan d'origine n'a pas changé jusqu'aux années 1980. Des cimetières existent au nord et à l'est, avec différents types de tombes, dont deux mausolées dans le cimetière ouest, aux riches décors, abritant des membres de la famille du sultan Haïssa, qui rappellent les tombes d'architecture similaire présentes dans l'archipel de Lamu, au Kenya (haut lieu de la culture swahilie).

Les extensions du

L'entretien est assuré par les fidèles, qui dans les années 1980 refont la couverture et les enduits extérieurs, et sonorisent l'appel à la prière. Cette mosquée a longtemps été la seule du vendredi de Mayotte, la principale de l'île, dont la fréquentation a motivé l'extension. En 1986, l'architecte Attila Cheyssial construit un patio à arcades à l'ouest du bâtiment historique pour l'agrandir – démoli une vingtaine d'années plus tard – et un minaret au nord, livré en 1991. (la lune et l'étoile installées au sommet ont été retirées en raison de leur poids trop important), et une nouvelle salle de prière est édifiée en 2003. En 2004, une nouvelle mosquée est construite à la place du patio pour accroître la capacité d'accueil, avec pour la première fois un étage (salle de prière des femmes, l'ancienne au rez-de-chaussée devenant une salle de cours). Ces extensions entreprises depuis les années 1980, pour répondre à l'importante fréquentation, ont été sans cohérence d'ensemble et ont rendu nécessaire une restauration pour valoriser le site, qui est à présent entouré d'un dense tissu urbainUn diagnostic archéologique à Tsingoni, par l'INRAP Grand Sud-Ouest et Dom, 2017 (financement Préfecture de Mayotte, DAC et Mairie de Tsingoni), exposé dans la mosquée.. En effet : déplorait un archéologue en 2007.

Le mihrab en corail sculpté

Le mihrab de Tsingoni, la niche sculptée qui indique la direction de la Mecque dans les mosquées, est souvent présenté comme l'élément le plus remarquable de la mosquée. Ce mihrab est composé de blocs de corail sculptés, avec des moulures et des décors géométriques, intégrés au mur de la qibla. Sa baie est surmontée d’un arc trèflé et d’un arc cissoïde, et une voûte coffrée et cannelurée surmonte l'édifice. La décoration polychrome était régulièrement repeinte lors des fêtes, et des décorations antérieures restent à découvrir.

Les deux inscriptions sur les blocs de corail ont été découvertes en 2006 lors de travaux. Elles ont confirmé les sources indirectes sur le sultan commanditaire des travaux et la date de l'inauguration (1538, soit 944 de l'Hégire). Ces inscriptions sont :

Enfin, le mimbar originel en bois sculpté aurait été détruit lors des guerres avec les Malgaches, mais un semblable réalisé par le même constructeur est aujourd'hui dans la mosquée de Domoni

Les mausolées shiraziens et le cimetière

La mosquée abrite la tombe présumée du sultan Haïssa, d'abord à l'extérieur mais aujourd'hui intégrée au sein de la première extension nord. Elle était au percée d'ouvertures tréflées.

Deux mausolées extérieurs existent parmi les tombes de l'un des deux cimetières. Ces mausolées pourraient abriter la femme et la fille du sultan.. La toiture pyramidale des mausolées, qui sont du corail brut, figure de la végétation. Chacun était ajouré et avec des portes, pour symboliser une habitation.

Influence à travers l'archipel des Comores

Ce bâtiment culturel et cultuel est un exemple de la culture shirazienne à Mayotte. Elle ressemble également à celle de Domoni à Anjouan, attribuée au père du sultan Haïssa, et qui a les mêmes décors de cordes et de frises.

Déjà point de diffusion de l'islam à Mayotte par les marchands swahilis, arabes et perses, Tsingoni devient au la capitale du sultanat du sultan Haïssa, qui lui insuffle une forte dynamique. Selon les récits des voyageurs, la mosquée, qualifiée de « royale » du fait de la présence du sultan, est un lieu sacré renommé dans toutes les Comores. Elle est évoquée par le voyageur et poète Piri Reis avec la présence de musulmans chaféites.

Cette mosquée est l'un des plus anciens bâtiments de Mayotte, et le plus vieux encore en activité. Plus ancienne mosquée en activité de France, elle constitue aujourd'hui un symbole du département d'outre-mer de Mayotte. En , les Journées européennes du patrimoine ont été inaugurées par le préfet à la mosquée de Tsingoni..

La protection et la restauration La mosquée et les deux mausolées shiraziens et le sol, à l'exception du minaret et des extensions en béton au nord et à l'ouest attenant à la mosquée, ont été inscrits aux monuments historiques par arrêté du Liste des immeubles protégés au titre des monuments historiques en 2012, JORF 78 du , 5538, texte 22, NOR MCCC1307976K, sur Légifrance... Cette inscription fait suite à la visite à Mayotte de Frédéric Mitterrand, alors qu'il était ministre de la Culture., en Panneaux d'exposition installés au sein de la mosquée, Préfecture de Mayotte, DAC et Mairie de Tsingoni, 2017.. Ce même périmètre a ensuite été classé par arrêté du , JORF 95 du 22 avril 2016, texte 55, NOR MCCC1610377K, sur Légifrance.. Enfin, le minaret a été inscrit par arrêté du Liste des immeubles protégés au titre des monuments historiques en 2017, JORF 102 du 3 mai 2018, texte 14, NOR MICC1811949K, sur Légifrance..

Depuis un comité de pilotage réunit des notables et des religieux. Les études de restauration et de valorisation ont démarré en ; les ateliers Prévost ont remis une étude en 2016 pour définir, en concertation avec la population les travaux à réaliser. Dans le cadre de la restauration de la mosquée et de l’aménagement de ses abords, un programme architectural et technique (PAT) a été lancé en . La mission de maîtrise d’œuvre a été confiée à Pierre-Antoine GATIER, Architecte en chef des Monuments historiques (ACMH). La mosquée a été retenue parmi les édifices qui ont bénéficié du Loto du patrimoine 2019. En 2022, l’avant-projet définitif (APD) a reçu l’avis très favorable de l’Inspecteur général du patrimoine (IGP) compétent pour Mayotte et le projet-dossier de consultation des entreprises (PRO-DCE) a été remis par la maîtrise d’œuvre en mai. Le projet prend en compte l’aménagement de la mosquée moderne et la mosquée ancienne, ainsi que les abords. L’opération a été montée ainsi afin de réaliser les travaux d’un seul tenant, sous la maîtrise d’ouvrage de la Mairie de Tsingoni. Les travaux sur les parties protégées au titre monuments historiques sont financés par la DAC Mayotte sur des crédits du Plan de Relance (690 000 €).

Préalablement au chantier de restauration, une fouille archéologique préventive a eu lieu du au , dans la continuité du diagnostic réalisé en 2016Anne JEGOUZO (dir.), Diagnostic archéologique de la mosquée de Tsingoni et ses abords (XIIIe-XXe siècle). Inrap, rapport de diagnostic, 2017.. Celle-ci a été confiée à l’Inrap et doit permettre d’appréhender l’évolution complexe du bâtiment par la fouille sédimentaire sur à l’intérieur et à l’extérieur de la mosquée classée, ainsi que par l’archéologie du bâti. Cette opération archéologique a débuté avec les premiers travaux de purge des enduits et de dépose du sol intérieur de la mosquée, qui devaient mettre à nu les maçonneries afin de les rendre lisibles. La post-fouille de l’opération archéologique préventive est en cours.