Le gisant de Saint-Merd-les-Oussines est une sculpture funéraire qui se trouve dans l’église de Saint-Merd-les-Oussines, en Corrèze ; cette tombe sculptée serait, selon les études qui lui ont été consacrées, celle de la sépulture d’un dignitaire de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui daterait du ; à la lumière des connaissances recueillies sur ce monument, le gisant de Saint-Merd-les-Oussines est le seul gisant en granite du conservé en Limousin, où, sur un total de du qui n’ont pas été détruits à la Révolution, en granite sont connus.

Il a été classé monument historique au titre objet par arrêté du .

Le contexte historique et culturel thumb|upright|Portail sud de l'église du bourg de Courteix, qui, comme Saint-Merd-les-Oussines, dépendait de la commanderie templière de Bellechassagne.

L'ordre hospitalier en Haute-Corrèze à la fin du Moyen Âge Les Hospitaliers est un ordre religieux catholique hospitalier et militaire voué aux services des voyageurs, des pèlerins, des malades. Les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, un ordre institué en 1113 (qui a reçu les biens des Templiers à la dissolution de l'ordre du Temple, un ordre uniquement militaire)Régine Pernoud, Les Templiers, Paris, Presses universitaires de France, 1992.

Les recherches historiques montrent que ces ordres religieux ont joué un rôle important dans le développement des campagnes françaises, en général, et cela a été le cas pour la Haute-Corrèze, en particulier, depuis le Moyen Âge ; dans un périmètre géographique qui est celui d’un cercle de de rayon tracé autour de Saint-Merd-les-Oussines, plusieurs implantations religieuses hospitalières ont été historiquement identifiéesJean-Marie Allard, « Templiers et Hospitaliers en Limousin au Moyen Âge », revue Mabillon, 14 (tome 75) 2003, Turnhout, Brepols ; pour l’ordre du Temple : Gentioux, en Creuse, Crabanat, en Creuse, Bellechassagne, en Corrèze, où une implantation templière a effectivement existé, et où subsistent très peu de vestiges pour témoigner de cette implantation, Courteix, en Corrèze, où l’église Saint-Pierre-ès-Liens est attestée en 1282, à une époque où cette église appartenait à l'ordre du Temple ;

pour l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem : Plainartige, en Haute-Vienne, Féniers, en Creuse, Malleret, en Creuse, Lavinadière, en Corrèze, commanderie de l'ordre canonial régulier du Saint-Sépulcre dévolue aux Hospitaliers en 1489.

Ce que montrent les rares vestiges que l’on peut étudier, c’est que les sources dont nous disposons sont trop limitées pour que l’on puisse retracer de manière détaillée l’histoire de la présence de ces ordres dans la région de Saint-Merd-les-Oussines aux , ; ainsi, par exemple, il n’existe que des informations très lacunaires sur un monument tel que la Croix du Bélier, appelé aussi Croix des Templiers, qui se trouve sur la commune de Peyrelevade, proche de Saint-Merd-les-Oussines, et qui daterait du ; de plus, l’histoire de ces deux ordres, l’ordre du Temple et l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, est telle que les implantations de l’ordre du Temple ont souvent été reprises et remaniées par l’ordre de Saint-Jean de JérusalemJulien Frizot, Sur les pas des Templiers en terre de France, Rennes, Ed. Ouest-France, 2005 ; il en est ainsi, à Saint-Moreil, en Creuse, à une quarantaine de kilomètres de Saint-Merd-les-Oussines, du site de Charrières, où subsiste une église.

Les tombes sculptées des Hospitaliers aux Les sources manquent pour déterminer l’emplacement originel de la sépulture qui est maintenant dans l’église de Saint-Merd-les-Oussines ; le gisant a été, en 2012, transféré dans l’église, depuis le cimetière de la commune où il se trouvait ; cette opération de transfert et de restauration a été rendue possible grâce à de nombreuses initiatives, et, dans ce projet, l’association Les Amis du Pays de Bugeat a joué un rôle important ; ce déplacement du gisant permet d’assurer une bonne conservation de cette sculpture funéraire, bien meilleure que dans le cimetière où elle se trouvait, exposée aux intempéries ; on ignore à quelle date le gisant a été installé dans le cimetière communal ; et l’on ne sait pas non plus où était placé, avant la création de ce cimetière, le gisant qui a pu se trouver dans l’église, ou bien dans le cimetière qui jouxtait l’église, ou encore dans un bâtiment privé, manoir ou chapelle.

La présence d’un gisant de cette nature, à Saint-Merd-les-Oussines, peut être comprise si l’on prend en compte la présence de membres de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans cette région de Haute-Corrèze, comme cela a été vu plus haut ; et il faut également tenir compte du contexte culturel qui existait, dans les derniers siècles du Moyen Âge, dans le domaine des pratiques religieuses et funéraires ; nous sommes, aux - , dans une époque où change l’attitude des individus devant la mort et l’au-delà ; on observe que les défunts (si leur position sociale le permet) souhaitent de moins en moins des sépultures « discrètes » ; on se tourne vers des monuments funéraires « spectaculaires », tel le gisant de Saint-Merd-les-Oussines ; il en est ainsi de ce gisant qui met en scène, au moment de son décès, une personne socialement importante, qui est sans doute un dignitaire de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem ; un tel changement de mentalité a été décrit de la manière suivante : « Le témoignage de l’art et de la littérature est formel, et plus encore celui des pratiques funéraires : l’image que les hommes se font du passage dans l’au-delà se transforme considérablement pendant les derniers siècles du Moyen Âge. (…) (avant ces changements) pas de tombeaux construits, peu d’inscriptions, quelques croix, un pré couvert d’herbe : le mort rejoint dans une sorte d’indétermination spatiale et temporelle les multiples « patres », les ancêtres anonymes de la communauté (…) (après ces changements) les hommes de ce temps sont les premiers à adopter les pompes funèbres « flamboyantes » ; ils demandent à être enterrés dans les églises (…) et se font construire des tombeaux qui singularisent le mort et sa lignée pour les générations à venirJacques Chiffoleau, « La religion flamboyante (1320 – 1520) », dans Histoire de la France religieuse, sous la direction de Jacques Le Goff et René Rémond, Éditions du Seuil, Paris, 1988. »

Le gisant de Saint-Merd-les-Oussines n’est pas, en Limousin, un témoignage isolé de la présence des ordres hospitaliers dans cette partie de la France et de pratiques funéraires visant à laisser pour la postérité un monument sculpté rappelant la personne défunte ; nous connaissons ainsi deux autres gisants qui sont, en Limousin, identifiés comme des tombes de chevaliers hospitaliers : en Creuse, à Maisonnisses, qui était une implantation hospitalière (et ce gisant ne peut donc pas être celui d'un Templier), dans l’église Saint-Sébastien, on peut voir le gisant d’un chevalier, en calcaire, daté du , en Haute-Vienne, à Sainte-Anne-Saint-Priest, dans l’église Sainte-Anne, on peut voir le gisant d’un chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, en granite, daté du .

Il existe, à Saint-Merd-les-Oussines, accolée à l’église Saint-Médard, sur un mur extérieur, dans un enfeu, une pierre tombale sculptée avec une croix en tau (la croix en tau, qui est associé avec l'ordre des Antonins, ne peut pas être liée à un chevalier hospitalier), et une épée ; la question de savoir si cette sépulture a un lien avec tel ou tel ordre n’est pas résolue.

Le bourg de Saint-Merd-les-Oussines (Saint-Merd-de-Moinache) était rattaché à la commanderie de Bellechassagne qui dépendait elle-même du grand prieuré d'Auvergne ; étaient membres de la commanderie de Bellechassagne les localités suivantes : Courteix, Chavanac, Bugeat, Soudeilles, Sérandon, Thalamy, Saint-Bazile, et Saint-Merd-les-Oussines. ; il a été émis l’idée que l’établissement templier de Saint-Merd-les-Oussines était situé au lieu-dit « La Côte », à à l’ouest du Bourg, et que le bâtiment des Hospitaliers avait été remplacé, vers 1800, par une construction nouvelle, et que le puits qui se trouve dans la cour de cette propriété était de facture templière. ; il a également été avancé que la mairie actuelle de Saint-Merd-les-Oussines, qui occupe un bâtiment, construit en 1825, qui était auparavant le presbytère de la paroisse, se trouve à l’emplacement qui était celui de la commanderie de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem jusqu’au Raymond Pérel, Châteaux et maisons anciennes dans le Pays de Bugeat, Bugeat, Les Amis du Pays de Bugeat, 2006.

Étude iconographique du gisant de Saint-Merd-les-Oussines thumb| Exemple d'un gisant, taillé dans le granite, se trouvant en Limousin, à Bénévent-l'Abbaye, en Creuse.

Les sculptures des gisants et leur signification Les historiens des mentalités aident à comprendre la signification des thèmes iconographiques des sculptures funéraires ; l’analyse suivante s’intéresse aux gisants de la fin du Moyen Âge : « le gisant ne représente pas un défunt qui vient de mourir et qui est exposé au public avant la cérémonie des funérailles [...] ; [...] les gisants ne sont ni des morts, ni des vivants, mais des « béats », des bienheureux, des corps glorieux, éternellement jeunes [...] ; [...] ils ne sont ni des vivants insouciants, ni des agonisants douloureux, ni des morts putrescibles, ni des ressuscités dans la gloire, mais des élus qui attendent dans le repos et la paix la transfiguration du dernier jour, la résurrection [...]Philippe Ariès, L'Homme devant la mort, Paris, Éd. du Seuil, 1985 » « le corps qui est représenté par le gisant est montré habillé, et présenté couché sur le dos [...] ; [...] les gisants, le plus souvent, ont les yeux grands ouverts et les plis de leurs vêtements tombent comme s’ils étaient debout et non couchés [...] ; [...] ils portent assez souvent dans leurs mains des objets [...] » « les bas-reliefs couvrant les côtés du socle qui supporte le gisant représentent souvent le déroulement du convoi funéraire [...] ; [...] les bas-reliefs peuvent être ceux d’un convoi surnaturel, composé d’anges et de clercs alternés, ou bien ceux d’un convoi réel, formé de moines, de clercs, de pleureurs en cagoules, qui transportent et accompagnent la bière [...] »

Le gisant représente un ecclésiastique étendu sur un drap dont le bord est plissé en serviette. Sa tête aux cheveux courts repose sur un mince coussin rectangulaire, dans sa main gauche est placé un livre, sa main droite repose sur sa poitrine. Il porte une chasuble à galons ornés de cabochons, une aube plissée, un manipule au bras gauche, et une étole.

La dalle verticale est sculptée de six colonnes doriques qui supportent des arcs polylobés et délimitent cinq panneaux. Au centre, plus large que les autres, la scène principale : un personnage allongé (l'ecclésiastique défunt ?) est entouré par deux figures féminines tenant des enfants, l'une à sa tête (vraisemblablement une Vierge à l'Enfant assise : elle est couronnée) et la seconde à l'arrière (peut-être sainte Anne présentant l'âme du défunt, sous la forme d'un petit personnage tendant les bras en prière, à la Vierge et l'Enfant Jésus). Sur les panneaux latéraux, sont sculptés des moines : deux pleurant (celui de droite tient un livre) et deux portant des livres. »

L’iconographie du gisant de Saint-Merd-les-Oussines

Le gisant est classé à titre d'objet des monuments historiques en 1969 et l'une des descriptions du gisant, dont on dispose à ce jour, est celle, succincte, que l’on trouve dans la base documentaire du Ministère de la Culture : « Tombeau, en granite taillé, avec décor en relief ; tombeau rectangulaire dont chaque côté est composé d'une dalle de granite ; une dalle sculptée recouvre le tombeau ; la dalle située aux pieds du gisant comporte des retours, elle est également sculptée ; sur la dalle de couverture figure le gisant ; deux personnages à mi-corps ornent la dalle située aux pieds du gisant. »

Description des images des dalles sculptées du gisant