Johann Jakob Bethmann ( – ), connu aussi sous le nom francisé de Jean-Jacques de Bethmann, est un négociant et armateur allemand du . Installé à Bordeaux, il est le cofondateur de la banque Bethmann, aujourd'hui connue sous le nom de Delbrück Bethmann Maffei AG, puis depuis 2011.
Biographie
Né à Bergnassau, membre important de la dynastie de banquiers et financiers d'origine allemande Bethmann, il est l’un des trois fils de (1687–1725), administrateur de sociétés, qui décède très tôt. Il est alors élevé à Francfort par son oncle Jakob Adami, avec ses frères Johann Philipp et Simon Moritz qui l’aident à fonder la banque Gebrüder Bethmann.
Il part s’installer à Bordeaux en 1740, où il fonde la société d’armement naval et de négoce Bethmann & Imbert, qui sera rebaptisée en 1779 Bethmann & fils. Il se fait alors appeler Jean-Jacques de Bethmann.
En 1745, il épouse Elisabeth Desclaux de Latané (1725–1785), née à Bordeaux, puis en 1749 prend la nationalité suisse avant d’être fait chevalier de l’empire allemand en 1776. Il était ami avec l’écrivain allemand Friedrich Melchior Grimm.
Résident dans son hôtel du faubourg des Chartrons, il acquit en 1776, comme beaucoup de notables bordelais, une propriété viticole aux portes de la ville. Ainsi il posséda, au village du Tondu, le domaine Picon, une vaste propriété plantée de vigne et traversée par le Peugue. Au sein du domaine viticole se trouvait une maison de maître, futur « Château-Picon », où il est mort en 1792. Sur ce site sera construit le Centre hospitalier spécialisé Charles-Perrens.
Il eut pour arrière petit-fils Alexandre de Bethmann (1805-1871), maire de Bordeaux de 1867 à 1870.
Jean-Jacques de Bethmann et l'esclavage
Implication financière dans la traite négrière
Bien qu'aucun document n'ait été retrouvé par les historiens, ni à Bordeaux, ni en Allemagne, attestant l'armement direct d'une expédition négrière par Jean-Jacques de Bethmann, on ne peut exclure qu'il ait pris part ponctuellement au financement de telles opérations, malgré son statut d’étranger lui interdisant officiellement d’armer des bateaux à cette fin. Selon Éric Saugéra, Jean-Jacques de Bethmann participa au financement de nombreuses opérations de traite dont il ne put avoir l’initiativeFrançois Hubert, Christian Block & Jacques de Cauna (dir.), Bordeaux au . Le commerce atlantique et l’esclavage, Bordeaux, Le Festin & Musée d’Aquitaine, 2010.. L'historien remarque que, sur les 191 trafiquants négriers de Bordeaux, les plus actifs sont les protestants, ceux dont on sollicite plus volontiers l'aide financière pour lancer une expédition négrière. À titre d'exemple, en 1789, Jean-Jacques de Bethmann investit (équivalant à 3,2 millions d'euros actuels) dans la firme négrière Romberg, Bapst et Paul Butel, Les négociants bordelais, l’Europe et les Îles au , Paris, Aubier-Montaigne, 1974. L'année suivante, en 1790, celle-ci arme deux navires à la traite, l'Aimable-Manon et le Lafayette.
Administrateur, puis copropriétaire de plantations esclavagistes vignette|Esclaves coupant la canne dans une plantation coloniale des Antilles. La société Bethmann & Desclaux s'est occupée d'administrer des plantations coloniales au nom de divers propriétaires, notamment à Saint-Domingue. Également, en 1777, la firme Bethmann & fils s'associe avec Abraham Gradis pour le rachat, pour moitié chacun, d'une habitation (plantation sucrière) aux Nippes de Saint-DomingueSylvia Marzagalli, « Opportunités et contraintes du commerce colonial dans l'Atlantique français au : le cas de la maison Gradis de Bordeaux » in Outre-mers, tome 96, n° 362-363, semestre 2009, L'Atlantique Français, sous la direction de Cécile Vidal, pp. 87-110. Lire en ligne.Jean de Maupassant, Un grand armateur de Bordeaux. Abraham Gradis (1699-1780), préface Camille Jullian, éditions Féret & fils, 1931, p. 142, texte entier : archive.org.
Lobbyiste de l'esclavage ? Bethmann et son épouse ont apporté un soutien personnel à la communauté protestante des Frères moraves, qui furent parmi les premiers militants abolitionnistes, avant même la création en 1788 de la Société des amis des Noirs. Mais parallèlement, Albert Rèche relève qu'on retrouve un Bethmann parmi les 300 signataires de la pétition contre l'égalité des Blancs et des gens de couleur libres en 1791Albert Rèche, Dix siècles de vie quotidienne à Bordeaux, Bordeaux, L'Horizon chimérique, 1988..
Références
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes
Famille de Bethmann
Port de Bordeaux Traite négrière à Bordeaux
Liens externes
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