Maria Gabriella Baers, née à Anvers, le et décédée à Bruxelles le est une femme politique belge et une des grandes figures du féminisme chrétien. Travailleuse sociale à l'origine, elle s'engage dans le syndicalisme, devient sénatrice et membre de plusieurs organisations internationales. Elle est la fondatrice du (KAV, Mouvement des femmes chrétiennes ouvrières).
Elle consacre sa vie à améliorer l'accès des femmes à l'éducation, leurs conditions de travail, leur accès à la santé et l'hygiène et revendique la reconnaissance de la valeur économique du travail de ménagère.
Famille Maria Baers est née dans une famille de commerçants en marchandises coloniales.. Elle perd ses deux parents à un âge précoce et doit prendre en charge l'éducation de sa sœur cadette Margriet et de ses deux jeunes frères Joris et Eduard (procureur de la Couronne à Anvers pendant la Seconde Guerre mondiale)..
Études Maria Baers passe ses études moyennes « chez les Sœurs de Notre Dame ».d'Anvers. Afin de parfaire « son éducation intellectuelle », elle va également suivre de temps en temps des cours sociaux dispensés par le « Volksverein für das katholische Deutschland à Mönchen-Gladbach ».
Ensuite, elle étudie la philosophie à l'Institut Saint-Louis de Bruxelles. Après ses années de candidature, elle étude les sciences sociales à l'Université de Fribourg en Suisse.
En 1908, elle commence à travailler comme assistante sociale pour les travailleurs d'Anvers. Elle s'engage auprès des travailleuses de la paroisse Saint-Michel à Anvers et acquiert une expérience syndicale dans les syndicats de femmes. Elle condamne fermement les mauvaises conditions de vie et de travail des ouvriers..
Engagements Engagement politique vignette|Maria Baers Après la Première Guerre mondiale, le régime électoral change grâce à une longue négociation entre les trois partis traditionnels du pays dont les socialistes qui réclament le suffrage universel masculin ce qui fait que les catholiques imposent en contrepartie le suffrage communal des femmes. Pourtant les mentalités ont peu évolué quant aux grandes discriminations sexuées. Après de longs débats, les catholiques parviennent à inscrire dans la Constitution, que le vote législatif des femmes pourra être obtenu par une loi à la majorité spéciale des deux tiers ce qui permettra d’obtenir le suffrage féminin pour les élections communales. Davantage d’amendements proposés sont pris au sérieux et discutés notamment la division du corps électoral selon le sexe de l’individu, entre hommes et femmes séparés..
Par contre, les femmes sont éligibles à tous les niveaux ce qui a permis à Maria Baers, en 1936, d’être cooptée par le parti catholique au Sénat N. MATHEVE, « Une Républiques des Camarades ? », Revue belge de Philologie et d’Histoire, 92-2, 2014, . pour ses compétences et son engagement pour la cause des femmes, ce qui en fait la première femme sénatrice catholique belge. Elle est restée sénatrice jusqu’en 1954, année où elle s’est retirée. Malgré sa démission, elle a essayé de faire pression sur le président du PSC-CVP pour que la cooptation reste acquise à une femme, ce qui a permis à Maria de céder sa place à Jeanne Driessen qui malgré cela, perd son siège de cooptée au bénéfice d’un homme, Raf Hulpiau..
Les dernières élections avant la Seconde Guerre mondiale du amènent quatre élues au Parlement dont Maria Baers. Malgré cela, la présence féminine restait très limitée au Parlement. Sur les six femmes qui ont siégé à la Chambre et au Sénat, seules deux étaient flamandes dont Maria Baers. Ce qui confirmait encore une fois que l’espace politique, surtout parlementaire était un « espace masculin »..
Après la Seconde Guerre mondiale, le suffrage féminin commence à être revendiqué au plan provincial et au plan législatif.. Après plusieurs propositions en faveur du vote féminin, le suffrage législatif féminin est enfin voté à la Chambre et au Sénat. Ainsi, en vertu de la loi du , les femmes sont admises au vote pour l’élection des Chambres législatives. Cependant malgré le suffrage féminin obtenu, l’arène parlementaire reste essentiellement masculine..
Le Sénat Il y a eu une grande répartition sexuée des tâches parlementaires pour les fonctions supplémentaires, ce qui a permis à Maria Baers d’occuper la fonction de secrétaire au Sénat, de 1945 à 1954..
Maria Baers est présidente de la commission de la Santé publique et de la Famille. Elle s’implique beaucoup dans les domaines « de la santé publique, de l’éducation, de la législation sociale, de la condition sociale et juridique de la femme ». Elle insistait notamment sur « les conditions de travail des ouvrières, l’hygiène, la formation professionnelle, la protection maternelle, sur la valeur économique du travail ménager » et a même proposé une « rétribution pour la mère au foyer ». Elle se préoccupe également de la distribution et de l’épuration des eaux, de la construction de logements sociaux, de la médecine préventive, du budget familial ainsi que de la formation ménagère..
Elle met ainsi en œuvre des projets de loi visant à interdire le travail des femmes dans les mines et les carrières et à protéger le titre d'assistante sociale. Elle écrit de nombreux rapports, études et articles sur la situation sociale et le travail des femmes. Elle est l'auteur de la loi du sur la protection juridique du titre d'assistant social. et des propositions législatives concernant le contrat de service du personnel domestique (1939 et 1940) et pour des allocations familiales différenciées pour la mère au foyer (1946 et 1949).. En effet, Maria Baers et Jeanne Driessen se sont beaucoup intéressées à la Sécurité sociale.. Ainsi après 1946, elles sont beaucoup intervenues lors des discussions de propositions de loi et de budget..Maria Baers a laissé après elle un style féminin propre aux femmes mandataires. Elle a apporté « en politique une certaine culture issue du mouvement social féminin »..
Engagement féministe Vers 1908, aux côtés de l’abbé F. Bernaerts, Maria Baers s’engage dans les œuvres féminines d’Anvers.. En 1912, elle préside le Secrétariat général des unions professionnelles féminines chrétiennes concernant la partie flamande tandis que Victoire Cappe préside la partie francophone. Après la guerre, le Secrétariat général est renommé Secrétariat général des Œuvres sociales féminines chrétiennes..
Première école sociale de Belgique Maria Baers parcourt les villages en ayant pour objectif de rassembler les ouvrières à domicile. La Première Guerre mondiale l’empêche de continuer malgré la poussée croissante syndicale. En effet, la Première Guerre mondiale perturbe l'activité syndicale du Secrétariat général mais représente une opportunité pour une réorganisation intérieure, de sorte qu'après la guerre, le mouvement des femmes chrétiennes sociales se développe fortement et joue un rôle de plus en plus important dans la vie sociale de la Belgique.
Elle décide alors de s’orienter « vers une action éducative », avec Victoire Cappe, notamment en organisant « des cycles annuels de formation religieuse et sociale pour les dirigeantes et les militantes ».
En 1916, Maria Baers organise la première formation pour les œuvres des femmes chrétiennes sociales, avec l'aide du professeur Victor Brants. Les cours suivis par Maria Baers lors de ses études à Mônchen-GIadbach l’ont incité à reproduire des cours similaires sous la forme de formation. Au départ, il s’agit « de cours approfondis de formation sociale et religieuse », qu’elle organise en collaboration avec le professeur Victor Brants. Les cours étaient réorganisés chaque année jusqu'à l'aboutissement de la fondation de l'École normale sociale catholique pour femmes à Bruxelles en 1920, première école sociale de Belgique. dans laquelle Maria Baers préside la section flamande. La mission de cette école est de « former des personnes compétentes, profondément croyantes, qui contribueront à la réalisation des réformes socio-économiques de l'après-guerre, conformément à la doctrine sociale chrétienne » (discours d'ouverture de Victoire Cappe)..
La limitation du travail féminin Il y a un idéal de « la femme au foyer » soutenu par les mouvements catholiques et les organisations féminines. Ainsi sous la direction de Maria Baers ainsi qu’en accord avec les syndicats chrétiens, les Ligues ouvrières féminines chrétiennes (LOCF) tentent d’obtenir « des mesures pour limiter le travail des femmes mariées ».. À partir de 1921, Maria Baers suppose que « le droit au travail de la femme mariée est limité par les devoirs qu’elle a vis-à-vis de ses enfants » et qu’ainsi il est incompatible de lier la maternité et le travail. Mais en , une proposition de loi sur la limitation du travail des femmes mariées déposée par le sénateur Rutten incite le gouvernement « à contingenter le travail des femmes pour résorber le chômage masculin ». Un arrêté-loi du provoque une « mobilisation féminine » qui aboutit finalement, en , à la création d’une Commission du travail féminin chargée d’étudier les problèmes concernant le travail féminin où Maria Baers représente les œuvres féminines chrétiennes.
Au niveau international Dès 1925, Maria Baers devient active au niveau international. De 1925 à 1952, Maria Baers siège au bureau de l’Union internationale des ligues féminines catholiques où elle préside la commission d’étude du travail féminin.
À partir de 1926, Maria Baers préside la commission de la Confédération internationale des syndicats chrétiens (CISC) qui traite des questions féminines. Elle exerce une grande pression sur le Bureau international du Travail (BIT) pour obtenir « une enquête sur le travail des femmes et un programme précis pour le limiter ». En 1932, elle est nommée « membre correspondante » de la Commission internationale du Travail féminin. En 1933, elle reste combative au Congrès international « sur le travail industriel de la mère et le foyer ouvrier » ainsi qu’en 1937 et 1947, aux Congrès consacrés à « la mère, ouvrière du progrès humain ». En 1937, tout en siégeant au bureau de l’Union internationale des ligues féminines catholiques, Maria Baers présente un rapport aux Journées internationales de l’Union « sur le thème de la restauration de la famille par la suppression du travail salarié des femmes »..
La Seconde Guerre mondiale Pendant l'occupation allemande de la Belgique, Maria Baers est intervenue avec le KVA pour obtenir des concessions concernant la déportation ou le travail obligatoire des femmes.
Lorsque le travail obligatoire est instauré, de nombreuses protestations se manifestent en Belgique. Le Roi Léopold III et le cardinal Van Roey, poussés par Maria Baers, interviennent auprès des autorités allemandes, sans succès. Elle-même agit plus activement . Elle établit une liste de motifs pouvant être évoqués pour dispenser les femmes de la déportation vers l'Allemagne. Cette liste peut être utilisée par ceux qui interviennent pour faire libérer des femmes ou empêcher leur départ. Elle fait pression sur les autorités belges et allemandes pour abolir l'emploi obligatoire des femmes ou du moins relever la limite d'âge. Elle s'appuie notamment sur l'idéologie sexiste des nazis qui prône que la place d'une femme est dans son foyer, avec sa famille.
Grâce à elle et à d'autres personnalités qui ont suivi son action, plus aucune femme belge ne sera envoyée en Allemagne à partir du . Cependant, toutes celles qui ont déjà été déportées ne vont pas pouvoir revenir tout de suite, d'autres sont mises au travail dans des usines en Belgique et Maria Baers s'évertue à améliorer leur situation. Les femmes domestiques continuent d'être déportées en Allemagne pour y travailler, sans que personne, ni Maria Baers n'intervienne.
Engagement syndical Secrétariat général des Syndicats des femmes chrétiennes de Belgique